L'alimentation des vaches allaitantes est un élément crucial pour assurer leur santé, leur bien-être, leur fécondité et leur productivité. Dans ce contexte, le maïs grain, sous différentes formes, est une option couramment envisagée par les éleveurs. Cet article explore en profondeur les avantages et les inconvénients de l'utilisation du maïs grain dans l'alimentation des vaches allaitantes, en tenant compte des différentes formes de maïs (grain humide, grain sec, etc.) et des besoins spécifiques de ces animaux.
Introduction
Dans un contexte économique où les prix des aliments pour le bétail sont en constante fluctuation, les éleveurs de vaches laitières et allaitantes cherchent constamment à optimiser leurs coûts alimentaires tout en maintenant, voire en améliorant, la performance de leurs animaux. L'utilisation du maïs grain, une céréale énergétique, est une stratégie répandue pour atteindre cet objectif. Cependant, il est essentiel de bien comprendre les avantages et les inconvénients de cette pratique afin de l'intégrer de manière éclairée dans la ration des vaches allaitantes.
Les Différentes Formes de Maïs et Leur Valeur Nutritionnelle
Le maïs peut être utilisé sous différentes formes dans l'alimentation des vaches allaitantes, chacune ayant ses propres caractéristiques nutritionnelles :
Maïs grain sec (MGS) : Forme la plus courante, caractérisée par une teneur élevée en amidon et une conservation facile.
Maïs grain humide (MGH) : Conservé par voie humide, il présente une meilleure disponibilité de l'amidon au niveau ruminal. Sa valeur UF est très intéressante, ce concentré fermier permet d'améliorer l'autonomie alimentaire du système laitier ou d'engraissement.
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Maïs plante entière : Ensilé, il apporte à la fois de l'énergie et des fibres, mais peut être moins concentré en énergie que le maïs grain.
Maïs épi : Constitue un fourrage intéressant au rapport qualité-prix, surtout si l'énergie est un facteur limitant.
Le tableau suivant résume les principales caractéristiques nutritionnelles de ces différentes formes de maïs, comparées à d'autres aliments couramment utilisés dans l'alimentation des bovins :
| Aliment | Teneur en MS (%) | Cellulose brute (g/kg MS) | MAT (g/kg MS) | Amidon (g/kg MS) | UFL (/kg MS) | UFV (/kg MS) | PDI (/kg MS) |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Maïs plante entière | 34,75 | 200 | 76 | 322 | 0,96 | 0,92 | 62 |
| Maïs épi | 53 | 90 | 83 | 630 | 1,08 | 1,05 | 78 |
| Maïs grain humide | 78 | 26 | 92 | 737 | 1,23 | 1,26 | 78 |
| Maïs grain sec | 86,3 | 26 | 89 | 773 | 1,24 | 1,26 | 94 |
| Blé | 86,9 | 28 | 126 | 396 | 1,19 | 1,21 | 89 |
Avantages de l'Alimentation au Maïs Grain
L'utilisation du maïs grain dans l'alimentation des vaches allaitantes présente plusieurs avantages significatifs :
Apport Énergétique Élevé
Le maïs grain est une source d'énergie concentrée, principalement sous forme d'amidon. Cet apport énergétique est particulièrement important pour les vaches allaitantes, dont les besoins augmentent considérablement après le vêlage pour la production de lait et le maintien de leur état corporel. Les céréales peuvent aider à réduire le coût de production du lait. Les céréales produites régionalement se caractérisent par une teneur énergétique élevée.
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Amélioration de l'Autonomie Alimentaire
Le maïs grain humide, en particulier, permet d'améliorer l'autonomie alimentaire des exploitations, en valorisant une production locale et en réduisant la dépendance aux aliments achetés. Vous allez avoir trop de maïs pour l'année à venir ? Pensez au maïs grain humide ! Avec une valeur UF très intéressante, ce concentré fermier permet d'améliorer l'autonomie alimentaire du système laitier ou d'engraissement.
Flexibilité dans la Ration
Le maïs grain permet d'ajuster le niveau énergétique de la ration sans l'encombrer, offrant ainsi une plus grande flexibilité dans la formulation des rations. Il permet ainsi de densifier les rations des animaux à hauts niveaux de production ou pour introduire des fourrages moins énergétiques (ensilage d’herbe, foin…).
Impact Positif sur la Production Laitière
L’utilisation de céréales, en particulier du maïs, ne réduit pas seulement le risque de cétose grâce à l’amélioration de l’apport en glucose dans l’intestin grêle de la vache ; des résultats positifs ont également été observés en ce qui concerne la quantité de lait et, en particulier, la production de protéines laitières.
Valorisation de l'Amidon
Des valeurs alimentaires proches du maïs grain sec mais une meilleure valorisation de l'amidon : voilà le gros avantage du maïs grain humide. Par rapport au maïs grain sec, la conservation par voie humide du MGH entraine une disponibilité plus importante et plus rapide de l'amidon au niveau ruminal (vitesse proche de celle d'un blé). La dégradabilité élevée de la matière sèche et de l’azote du MGH dans le rumen permet de rendre disponible une grande partie de l’énergie (amidon) et de l’azote pour l’activité des micro-organismes.
Inconvénients et Précautions d'Utilisation
Malgré ses avantages, l'utilisation du maïs grain dans l'alimentation des vaches allaitantes présente également des inconvénients et nécessite certaines précautions :
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Risque d'Acidose
L'amidon contenu dans le maïs grain est rapidement dégradé dans le rumen, ce qui peut entraîner une baisse du pH et un risque d'acidose, surtout si les quantités distribuées sont trop importantes ou si la ration est mal équilibrée. Le défaut principal d’une ration riche en amidon est d’abaisser le pH, ce qui nuit à certains microbes du rumen et en altère la muqueuse tapissée de papilles. Les inconvénients fréquemment cités des mélanges fermiers utilisés pour la production laitière, tels que l’acidose, ne se produisent que si le grain est trop finement broyé et si les quantités d’aliments concentrés dépassent 3 kg distribués en une fois.
Nécessité d'Équilibrer la Ration
Le maïs grain est riche en énergie mais pauvre en protéines et en fibres. Il est donc essentiel de l'associer à d'autres aliments, tels que des légumineuses (soja, luzerne, etc.) et des fourrages grossiers (foin, paille, etc.), pour équilibrer la ration et répondre aux besoins nutritionnels des vaches allaitantes. Les fourrages suffisent rarement à couvrir les besoins d’animaux performants en pleine production. Il faut donc les complémenter avec des aliments concentrés plus rapidement digestibles mais aussi plus coûteux et moins directement adaptés aux ruminants.
Importance de la Distribution
Afin de ne pas trop faire baisser le pH de la panse, la quantité d’aliments utilisés pour la production laitière doit être divisée en plusieurs petites doses. L’aplatissage au lieu d’un broyage fin ralenti la vitesse de dégradation et de fait la production massive d’acides. Si le pH descend en dessous de 6,0, comme c’est souvent le cas lors de la distribution de plus de 3 kg d’un aliment de production en une seule fois, alors l’ingestion de la ration de base baisse. Il est donc conseillé d’étaler la distribution des aliments concentré tout au long de la journée. De plus, une partie de l’aliment de production peut être additionné à la ration de base mélangée. Au DAC, la quantité d’aliments concentrés par visite doit être limitée à 2 kg.
Impact des Mycotoxines
Le maïs, comme d'autres céréales, peut être contaminé par des mycotoxines, des substances toxiques produites par des champignons. Il est donc important de surveiller la qualité du maïs et de prendre des mesures pour limiter les risques de contamination.
Coût
Les fourrages suffisent rarement à couvrir les besoins d’animaux performants en pleine production. Il faut donc les complémenter avec des aliments concentrés plus rapidement digestibles mais aussi plus coûteux et moins directement adaptés aux ruminants.
Conseils pour une Utilisation Optimale du Maïs Grain
Pour tirer le meilleur parti du maïs grain dans l'alimentation des vaches allaitantes, il est important de suivre les conseils suivants :
- Analyser les fourrages disponibles : Avant de formuler une ration, il est essentiel de connaître la valeur nutritionnelle des fourrages disponibles sur la ferme (ensilage d'herbe, foin, etc.). Un tableur facile à remplir permet de gagner du temps. Yan MATHIOUX présente le tableur, la façon de le remplir à raison d’une page par catégorie d’animaux. Des fourrages standards sont préremplis. Il suffit de les remplacer par les fourrages de la ferme dont l’analyse fournit les valeurs réelles en MS, UFL, UFV, PDI, minéraux.
- Calculer les besoins des animaux : Les besoins nutritionnels des vaches allaitantes varient en fonction de leur stade de lactation, de leur poids et de leur niveau de production. L’éleveur recherche la colonne qui répond à l’objectif de productivité qu’il a fixé et repère ainsi les besoins alimentaires correspondants des animaux.
- Équilibrer la ration : La ration doit être équilibrée en énergie, en protéines, en fibres, en minéraux et en vitamines. Un cadre orange attire l’attention de l’éleveur sur le niveau de risque par rapport aux taux d’amidon et de cellulose. Les deux principaux minéraux, P et Ca, ceux qui ont le plus d’impact sur la santé et la reproduction, ne sont pas oubliés.
- Fractionner la distribution : Pour limiter le risque d'acidose, il est préférable de distribuer le maïs grain en plusieurs petites doses tout au long de la journée. Afin de ne pas trop réduire le pH de la panse, les doses doivent être administrées en plusieurs fois et ne doivent pas dépasser 3 kg par distribution. En cas d’utilisation d’un DAC, il est recommandé de réduire la quantité d’aliment concentré à 2 kg par passage.
- Surveiller les animaux : L’état, le comportement et les boiteries mais aussi les bouses et les crottes permettent instantanément de déceler un déséquilibre alimentaire. Si les fèces ramollissent, c’est qu’il n’y a pas assez de fibres dans la ration. Les bouses noires et molles indiquent un excès d’azote ; arrêter l’urée, baisser la part du tourteau. L’entérotoxémie, mortelle chez la chèvre ou la brebis, avec une bête qui gonfle très rapidement, c’est comme un feu rouge : il faut baisser immédiatement la céréale.
- Adapter la ration : Yan MATHIOUX suggère de partir des rations que vous distribuez actuellement et, si nécessaire pour atteindre votre objectif de productivité et/ou d’autonomie alimentaire, de les modifier par petites touches.
Alternatives au Maïs Grain
Si le maïs grain ne convient pas à votre système d'élevage ou si vous souhaitez diversifier l'alimentation de vos vaches allaitantes, il existe plusieurs alternatives intéressantes :
- Méteil grain : Mélange de céréales et de légumineuses, il apporte à la fois de l'énergie et des protéines.
- Betterave fourragère : Riche en sucres, elle constitue une source d'énergie alternative.
- Tourteaux : De soja, de colza ou de lin, ils sont riches en protéines et peuvent compléter l'apport protéique des fourrages.
- Drêches de brasserie : Coproduit de l'industrie brassicole, elles sont riches en protéines et peuvent être ensilées.
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