Cet article explore la vie de Jeannette, une jeune fille vivant à la campagne en France, et offre un aperçu de la vie paysanne française traditionnelle, de ses défis et de sa résilience. Il met en lumière le rôle des femmes dans ce contexte, en s'appuyant sur des témoignages et des anecdotes pour illustrer une époque et un mode de vie en voie de disparition.

L'enfance et les premiers travaux de Jeannette

Jeannette Brun est née aux Mensolles en 1927. Ses parents, Henri et Léontine, ont eu six enfants : deux frères et trois sœurs qui ont accompagné l'enfance de Jeannette. Elle a passé son enfance dans des conditions modestes, typiques des familles de Réotier à cette époque. L'argent était rare, la nourriture était suffisante, mais le confort était inexistant. L'hiver, la neige et le froid étaient plus sévères qu'aujourd'hui et faisaient beaucoup souffrir dès que l'on s'éloignait du fourneau de la cuisine. Les déplacements se faisaient à pied, y compris pour aller à l'école.

Jeannette a dû attendre que ses frères et sœurs aînés aient terminé l'école pour pouvoir passer son certificat d'études. Une fois sa scolarité terminée, elle a été sollicitée pour garder les bêtes, celles de sa propre famille, mais aussi celles de Jean Baptiste Domeny. On peut imaginer cette jeune fille de 10 ans menant seule un troupeau d'une centaine de brebis sur Fontbonne et jusqu'à Manouel. Elle gardera également les brebis de Baptiste Eymar. À 16 ans, elle est envoyée travailler à Marseille, mais elle doit revenir tous les étés aux Mensolles pour reprendre son activité de bergère.

La vie de bergère et les défis rencontrés

En grandissant, Jeannette est devenue une bergère compétente. Elle gardait les moutons à la Selle. Cette charmante jeune fille ne tarda pas à être courtisée par le séduisant Roger Brun des Casses. Cette idylle n'était pas très bien vue par Amable, le père de Roger. Mais la guerre était là. Roger s'engagea. Cette période trop longue fut désenchantée pour tous. Les conditions de vie devinrent plus difficiles. Il fallait travailler encore plus pour espérer gagner sa vie. Même à Réotier, l'occupant n'était pas loin et la société locale était partagée.

Les journées de Jeannette étaient rythmées par le chant des oiseaux, le murmure du vent et le bêlement des animaux. Elle devait surveiller attentivement le troupeau, s'assurer qu'il restait dans les pâturages désignés et qu'il avait toujours accès à de l'eau fraîche. Elle devait rester vigilante et ne pas trop s'éloigner du groupe. La sécurité des animaux était primordiale, et Jeannette était consciente de sa responsabilité.

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Les années de guerre et la clandestinité

Le régime de Vichy fut assez bien accepté au début, mais la rigueur de « l'ordre moral » insupporta de plus en plus, surtout les jeunes comme Jeannette. Malgré les difficultés économiques, garçons et filles avaient envie de s'amuser, de danser, or c'était interdit ! Comme dit Jeannette, dont les yeux pétillent encore en évoquant ces parties de cache-cache avec les autorités « on n'avait rien… mais on s'amusait ».

Ainsi, clandestinement, on organisait des petites soirées avec un accordéoniste, au Villard, aux Sagnes, à Fontbonne, aux Casses. Et tous les jeunes ou presque étaient là. Pourtant, les gendarmes déboulèrent quelques fois. Dénonciation ? Tous ceux qui pouvaient prirent leurs jambes à leur cou, mais certains furent pris sur le fait et verbalisés. Marie Vasserot des Sagnes, accusée d'être organisatrice et récidiviste, fut même envoyée deux jours en prison à Gap. Ce furent des années tristes encore, quand l'obligation du STO poussa de nombreux jeunes à se cacher à La Combe ou Pinfol. Pour certains, à prendre le maquis.

Le mariage et la vie de labeur

La paix revenue, Jeannette et Roger purent enfin se marier en 1947. Une nouvelle vie de labeur commença dans la maison Brun des Casses. La vie du couple était rythmée par le calendrier saisonnier des paysans éleveurs. L'hiver était moins exigeant. Il y avait beaucoup de neige. Les activités extérieures étaient limitées. On faisait le bois et on gardait les bêtes le plus tard possible à l'automne autour du village pour économiser le foin. Dès que les jours s'allongèrent, l'emploi du temps s'alourdit. Il fallait tailler la vigne jusqu'à St Clément, nettoyer les champs, épandre le fumier puis labourer les terres qui n'avaient pas été semées de blé à l'automne. On commençait à sortir les bêtes, on plantait le potager, on semait. De mai à octobre, tous ceux ou celles qui avaient la moindre force de travail étaient occupés. Les plus jeunes comme les vieux encore valides pour garder.

Pour Jeannette, comme pour les autres femmes paysannes de cette époque, c'était encore autre chose. Elle a eu quatre beaux enfants, deux garçons, deux filles, mais il fallait les élever, en plus du reste. À fin mai, c'était la montée à Mikéou avec les vaches dans la petite montagne jusqu'au début juillet où elles étaient confiées à un berger. La traite avait lieu le matin et le soir à la maison ou à Mikéou. Si on n'était pas près du troupeau, on devenait « rassier », c'est-à-dire qu'il fallait monter et descendre deux fois par jour à la montagne pour traire. Jeannette y a eu droit ! Heureusement, il n'y avait pas de travail du lait. Jeannette assumait cette vie « normale » équilibrée, dans ce déséquilibre de travail, avec Roger. Le couple fonctionnait bien et ces jeunes paysans étaient très appréciés du voisinage.

Les défis personnels et la solidarité

Pour Roger comme pour Jeanette, amitié et solidarité avaient un sens. Il y avait quelques fois des fêtes bien conviviales, des veillées joyeuses, des rencontres amicales. Mais à la maison, Jeannette n'était pas à la fête : elle était venue vivre sa vie chez son mari. Elle n'était pas la bienvenue et trop souvent ses beaux-parents lui faisaient durement sentir sa situation de « pièce rapportée ».

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On ne sera pas surpris que la pression l'épuise et qu'elle puisse craquer : en janvier 1969, elle tomba gravement malade. Elle resta cinquante jours à l'hôpital Ambroise Paré à Marseille, puis un mois en maison de repos à Allauch. À son retour, tout recommença comme avant. Quand les moutons de la ferme furent vendus en 1968, il n'y avait pas moins de 20 à 24 vaches dont il fallait s'occuper avant la montée à l'alpage. Ainsi allait la vie : Jeannette a vécu vingt-deux ans avec ses beaux-parents hostiles. Amable disparut en avril 1969. Comme Jeannette était hospitalisée, c'est Jeanine, sa fille, qui prit la relève un temps pour s'occuper de sa belle-mère atteinte de la maladie d'Alzheimer. Il fallut malgré tout l'emmener à l'hôpital de Laragne.

La paix retrouvée et les voyages

Désormais, la vie sera plus paisible. La vraie vie en quelque sorte. Jeannette, qui a vu ses enfants bien engagés dans des vies qui leur convenaient, a enfin le temps de prendre des vacances avec Roger. Elle est heureuse de sortir de Réotier et de découvrir d'autres régions, d'autres pays.

Roger décéda en 2005. Ce fut une grande épreuve pour Jeannette. Depuis, elle coule des jours paisibles et un peu nostalgiques dans cette maison des Casses devenue un lieu de vie moderne et confortable.

L'importance de la solidarité et de la coopération

Un jour, alors que le soleil commençait à dorer les toits de la ferme, Jeannette se prépara pour sa journée de garde des vaches. Ses parents lui rappelèrent l'importance de surveiller attentivement le troupeau, de s'assurer que les animaux restaient dans les pâturages désignés et de veiller à ce qu'ils aient toujours accès à de l'eau fraîche. Ils insistèrent sur la nécessité de rester vigilante et de ne pas trop s'éloigner du groupe. La sécurité des animaux était primordiale, et Jeannette était pleinement consciente de sa responsabilité.

Cependant, la garde des vaches n'était pas toujours une tâche facile. Des défis imprévus surgissaient parfois. Un ruisseau à traverser, des passages escarpés à négocier, ou encore des moments de jeu un peu trop enthousiastes des vaches nécessitaient toute l'attention et le savoir-faire de Jeannette. Elle faisait preuve de patience, de fermeté et d'une grande habileté pour guider le troupeau et les maintenir groupées. Elle devait aussi gérer les caprices des animaux, les petites querelles entre elles, et les moments de fatigue qui pouvaient survenir au cours de la journée.

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Alors que le soleil commençait sa lente descente vers l'horizon, un événement imprévu vint perturber la tranquillité de la journée. À l'heure du rassemblement, Jeannette constata avec effroi qu'une vache manquait à l'appel : la Cornette, une vache réputée pour son caractère indépendant et parfois têtu, avait disparu ! La panique monta en Jeannette, mais elle se reprit rapidement. Elle se souvint des conseils de ses parents et décida d'agir avec calme et méthode. Armée de son courage et assistée de son fidèle chien, elle entreprit la recherche de la vache disparue.

Au détour d'un bosquet, ils rencontrèrent d'autres animaux de la ferme : un vieux cheval sage, des moutons curieux et un groupe de poules bavardes. Informés de la disparition de la Cornette, ces animaux, émus par le désespoir de Jeannette, décidèrent spontanément de l'aider. Une solidarité inattendue s'installa, un exemple concret de coopération entre différentes espèces. Ensemble, ces animaux et Jeannette formèrent une équipe soudée, une véritable alliance contre l'adversité.

Guidés par les indices précieux fournis par les animaux de la ferme, Jeannette et son chien finirent par localiser la Cornette. Elle se trouvait cachée dans un petit coin paisible du pâturage, à l'abri des regards, paisiblement en train de brouter. Le soulagement fut immense pour Jeannette ! Elle se précipita vers la vache, la rassura et la ramena doucement vers le reste du troupeau. Le retour au calme fut progressif. L'expérience vécue avait renforcé les liens entre Jeannette et les animaux, créant une profonde complicité.

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