L'alimentation du nourrisson est une étape cruciale de son développement, et les troubles qui y sont liés peuvent avoir des répercussions significatives sur sa santé et son bien-être. Les orthophonistes jouent un rôle essentiel dans la prise en charge de ces troubles, en collaboration avec d'autres professionnels de la santé. Cet article explorera les différents aspects de l'alimentation du nourrisson, les troubles orthophoniques associés, et l'importance d'une approche pluridisciplinaire.

Introduction

L'alimentation est bien plus qu'un simple besoin physiologique. Chez le nourrisson, elle est intimement liée au développement de l'oralité, un processus complexe qui commence in utero et se poursuit tout au long de la petite enfance. Les troubles de l'alimentation peuvent avoir des origines variées, allant de facteurs mécaniques à des problèmes sensoriels ou psychologiques. Il est donc essentiel de comprendre les différents aspects de l'alimentation du nourrisson et les rôles des différents professionnels de la santé impliqués dans sa prise en charge.

Développement de l'Oralité : De la Naissance à la Diversification Alimentaire

Le développement de l'oralité du bébé commence in utéro, où il boit plusieurs millilitres de liquide amniotique chaque jour. Son réflexe de succion est mature dès la fin de la gestation, et il est possible de le voir sucer son pouce ou le cordon ombilical. À la naissance, l’alimentation lactée, qu'elle se fasse au sein ou au biberon, est liée à la motricité réflexe. Rentrent en jeu le réflexe de succion, bien sûr, mais aussi le réflexe de fouissement, le réflexe des points cardinaux, le réflexe nauséeux, etc.

Petit à petit, le cerveau du bébé mature, les réflexes disparaissent vers 4/5 mois, et apparaît la motricité volontaire. C’est la première transition que bébé rencontre dans le développement de son oralité. Vers 4 mois, on peut commencer la diversification par des purées lisses. À partir de 6 mois et dès que bébé tient bien assis (avec un bon contrôle postural), il est possible de présenter des morceaux. En effet, bébé peut effectuer des mouvements d’écrasement au palais avec sa langue, il peut donc manger des morceaux fondants. Il est conseillé d’introduire les morceaux de façon précoce, c'est-à-dire au plus tard entre 9 et 12 mois.

Bébé est compétent pour manger des morceaux très tôt, notamment parce qu’il est protégé par le réflexe nauséeux. C’est un des 7 réflexes, il protège les voies aériennes de l’étouffement lorsqu’un morceau est trop gros ou va trop loin en bouche. Selon les compétences du bébé et les choix parentaux, il est possible de faire une diversification progressive en faisant évoluer le gradient de texture avant le passage aux morceaux, soit de passer directement aux morceaux à 6 mois. Il est même possible d’attendre 6 mois pour débuter directement par les morceaux, c’est ce qu’on appelle la DME (diversification menée par l’enfant).

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À partir de 9 mois environ, bébé peut effectuer des mouvements latéraux de langue, puis vers 12 mois des mouvements rotatoires, ce qui permet au fur et à mesure que les compétences oromotrices augmentent de faire évoluer les textures. Aussi, jusqu'à 12 mois, la diversification reste secondaire, il s’agit essentiellement d’une découverte sur le plan sensoriel et moteur.

Troubles de l'Alimentation du Nourrisson : Identifier les Signes d'Alerte

Même si le bébé est un expert sensoriel à la naissance, l’alimentation peut être un grand défi pour certains enfants et leur famille. Lorsque les difficultés perdurent dans le temps, on parle de trouble de l’alimentation en pédiatrie ou TAP. Les troubles de l'alimentation peuvent se manifester de différentes manières :

  • Difficultés de succion : Le nourrisson a du mal à téter au sein ou au biberon, il se fatigue rapidement, il s'énerve ou il refuse de s'alimenter.
  • Refus alimentaires : L'enfant refuse certains aliments ou textures, il a des nausées ou des vomissements lorsqu'on lui propose de nouveaux aliments.
  • Sélectivité alimentaire : L'enfant ne mange qu'un nombre très limité d'aliments, ce qui peut entraîner des carences nutritionnelles.
  • Troubles de la déglutition : L'enfant a du mal à avaler, il tousse ou s'étouffe pendant les repas.
  • Retard de croissance : L'enfant ne prend pas de poids de manière satisfaisante.

Dès les premiers signes distingués, il faut donc les évoquer avec le soignant en charge de l’enfant, sage-femme, pédiatre ou médecin généraliste. La confirmation de ces symptômes précoces peut mener à la consultation rapide d’un référent orthophoniste formé et, pour ce qui nous concerne ici, d’un ostéopathe.

Le Rôle de l'Orthophoniste dans la Prise en Charge des Troubles de l'Alimentation

Les orthophonistes sont les experts des fonctions liées à l’alimentation. En plus de leur formation initiale, ils peuvent suivre des formations complémentaires pour prendre en charge les nourrissons. L'orthophoniste joue un rôle clé dans l'évaluation et la rééducation des fonctions orales, en collaboration avec les médecins et les pédiatres.

Les interventions orthophoniques visent à :

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  • Évaluer les compétences oro-motrices du nourrisson : L'orthophoniste examine la succion, la déglutition, la mastication et la sensibilité orale.
  • Identifier les causes des troubles de l'alimentation : Les troubles peuvent être liés à des problèmes musculaires, neurologiques, sensoriels ou comportementaux.
  • Mettre en place une rééducation adaptée : La rééducation peut inclure des exercices pour renforcer les muscles de la bouche et de la langue, des techniques pour améliorer la coordination de la succion et de la déglutition, et des stratégies pour gérer les refus alimentaires.
  • Conseiller les parents : L'orthophoniste donne des conseils aux parents sur la manière de nourrir leur enfant, de gérer les refus alimentaires et de favoriser le développement de l'oralité.

L'Ostéopathie : Un Support Complémentaire dans le Traitement des Troubles de l'Oralité

L'ostéopathe peut représenter un support nécessaire aux soins d’orthophonie. Il est même parfois la solution la plus adéquate à proposer face à une origine mécanique du trouble de l’oralité. Les contraintes intra-utérines ou obstétricales subies par l’enfant peuvent contribuer à développer chez votre enfant un dysfonctionnement de la zone orale, d’une autre zone affectant le fonctionnement de l’alimentation ou un trouble plus général de son confort, altérant son comportement alimentaire.

Ces perturbations mécaniques, si elles sont correctement identifiées grâce à la vigilance des soignants, peuvent donc être traitées par une approche ostéopathique permettant à l’enfant de recouvrer un comportement alimentaire normal. Dans la zone orale, des tensions sur les muscles de la langue, les muscles labiaux ou du palais peuvent désorganiser la fonction de succion ou de déglutition. Cela peut notamment provoquer un défaut d’orientation automatique de la langue ou une hypersensibilité que l’on suspectera par exemple face à des réflexes nauséeux exagérés dès que le palais de l’enfant est en contact avec un élément extérieur (sein, tétine …), et empêchant une prise alimentaire normale.

De la même façon, des dysfonctions de la mécanique des cervicales, des épaules ou du thorax peuvent exercer un impact négatif sur ces mêmes fonctions orales ou sur le positionnement de l’enfant dans les moments alimentaires. Une mécanique cervicale perturbée peut altérer les réflexes cardinaux (positionnement de la tête) et/ou de fouissement (recherche du mamelon avec la bouche) du bébé et sans eux il lui devient difficile de se placer correctement au sein. De la même façon, des tensions du cou peuvent contraindre l’harmonie réflexe de la gestuelle d’ouverture/fermeture de bouche (réflexe antagoniste) grâce auquel l’enfant tète en temps normal sans mouvement parasite.

Plus généralement, un enfant dont le confort est altéré, par une douleur ou une sensation désagréable persistante, peut présenter des modifications de comportements primaires comme le sommeil ou l’alimentation car dans l’incapacité de se focaliser sur ce moment, cette tâche. L’ostéopathe aura alors à cœur de chercher s’il existe une cause fonctionnelle à son inconfort, douleur digestive, RGO, constipation, inconfort musculo squelettique … et le traiter s’il relève de ses compétences ou le référer au soignant référent sur le sujet.

Le Reflux Gastro-Œsophagien (RGO) et son Impact sur l'Alimentation

Le reflux gastro-œsophagien (RGO) est une pathologie fréquente chez le nourrisson. Il peut se présenter sous une forme physiologique ou pathologique. Des études récentes ont montré que le RGO pathologique représente un facteur de risque de développer un trouble alimentaire pédiatrique (TAP). Or, les liens qui unissent ces pathologies sont parfois méconnus des professionnels de santé.

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Le RGO physiologique est défini comme le passage du contenu gastrique dans l’œsophage avec ou sans régurgitation et/ou vomissement. Le RGO pathologique, quant à lui, se caractérise par des symptômes plus importants et des complications potentielles, tels que des troubles respiratoires, des difficultés d'alimentation et un retard de croissance.

L'impact du RGO sur le TAP peut être significatif. Les nourrissons souffrant de RGO peuvent développer une aversion pour l'alimentation en raison de la douleur et de l'inconfort associés aux régurgitations et aux vomissements. Ils peuvent également présenter des troubles de la succion et de la déglutition, ainsi qu'une hypersensibilité orale.

Troubles Alimentaires Pédiatriques : Au-Delà de la Simple "Différente Appétit"

Lorsqu’un enfant présente des difficultés alimentaires, il est parfois difficile de s’y retrouver parmi toutes les appellations des troubles. Pourtant, ils font tous référence à des diagnostics bien différents, qui nécessitent des prises en soin différentes.

  • Anorexie : Ce terme signifie « perte ou diminution de l’appétit ». C’est donc un symptôme comme un autre, qui signifie uniquement que l’enfant ne mange plus ou pas assez. Ce terme peut donc être utilisé par les médecins pour un enfant, quel que soit son âge, qui ne mange pas suffisamment.

  • Anorexie mentale : L’anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire plus courant chez les filles, qui apparaît le plus souvent à l’adolescence, alors même que l’enfant mangeait bien avant. Il entraîne une privation alimentaire stricte et volontaire pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. L’anorexie est très souvent associée à des troubles psychologiques et nécessite une prise en charge pédopsychiatrique.

  • Néophobie alimentaire : C’est une phase normale du développement alimentaire de l’enfant. Elle se manifeste par un sentiment de peur face à de nouveaux aliments, ou à des aliments présentés différemment. Les enfants présentent alors une grande crainte à goûter les aliments inconnus, alors qu’ils les mangeaient avant sous une autre forme (mixée, en purée, écrasés…). Cette phase est fréquente entre 2 et 5 ans, et diminue généralement par la suite grâce à la présentation répétée de ces aliments. Si cette phase ne dure pas, pas d’inquiétude c’est normal.

  • Trouble alimentaire pédiatrique (TAP) : Ce terme est aussi appelé trouble alimentaire pédiatrique, est un trouble de l’alimentation de l’enfant qui ne peut alors pas consommer une alimentation équilibrée appropriée à son âge (solides et liquides) pour permettre une croissance et un développement harmonieux. Il n’existe pas dans l’anorexie mentale, la néophobie alimentaire ni les troubles alimentaires pédiatriques puisque l’enfant ne peut pas manger !

Dans tous les cas, manger est un acte vital que l’on fait minimum 3 à 4 fois par jour. Lorsque l’enfant ne mange pas bien ou pas assez, peu importe son âge, une consultation médicale s’impose pour faire le point sur les difficultés de l’enfant. Le médecin évaluera les organes et les fonctions qui entrent en jeu dans l’alimentation, et questionnera l’enfant/les parents sur ses difficultés.

L'Importance d'une Prise en Charge Pluridisciplinaire

La prise en charge des troubles de l'alimentation du nourrisson doit être pluridisciplinaire, impliquant différents professionnels de la santé :

  • Médecin généraliste ou pédiatre : Il est le premier interlocuteur des parents et assure le suivi médical de l'enfant. Il peut identifier les signes d'alerte et orienter les familles vers les professionnels de santé adaptés.
  • Orthophoniste : Il évalue et rééduque les fonctions orales, en collaboration avec les médecins et les pédiatres.
  • Ostéopathe : Il peut aider à soulager les tensions musculaires et les dysfonctions mécaniques qui peuvent affecter l'alimentation du nourrisson.
  • Psychologue : Il peut aider à identifier et à traiter les facteurs psychologiques qui peuvent contribuer aux troubles de l'alimentation.
  • Diététicien : Il peut aider à élaborer un plan alimentaire adapté aux besoins de l'enfant et à gérer les carences nutritionnelles.

Conseils aux Parents

Voici quelques conseils aux parents dont l'enfant présente des troubles de l'alimentation :

  • Soyez attentifs aux signaux de votre enfant : Observez ses réactions face à la nourriture, ses expressions faciales et ses mouvements corporels.
  • Créez un environnement calme et détendu pendant les repas : Évitez les distractions et les pressions.
  • Proposez des aliments variés et adaptés à l'âge de votre enfant : N'hésitez pas à consulter un diététicien pour obtenir des conseils personnalisés.
  • Soyez patients et persévérants : Il faut parfois du temps pour que l'enfant accepte de nouveaux aliments.
  • N'hésitez pas à demander de l'aide : Parlez-en à votre médecin, à votre orthophoniste ou à d'autres professionnels de la santé.

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