L'alimentation des vaches allaitantes est un facteur déterminant pour leur santé, leur productivité et la qualité de leur production. Elle influence aussi la rentabilité de l'élevage et son impact environnemental. Cet article explore les différents aspects de l'alimentation des bovins allaitants, en mettant l'accent sur la composition de leur ration, les besoins nutritionnels spécifiques et les stratégies d'alimentation adaptées aux différents systèmes d'élevage.

Besoins énergétiques des vaches allaitantes

La vache allaitante utilise une part importante de l’énergie qu’elle ingère pour son besoin d’entretien, près de 70%. Cette dépense non productive a un impact important sur son efficience d’utilisation de l’énergie. Les nouvelles recommandations alimentaires de l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) permettent de mieux quantifier cette dépense non productive afin d’en maîtriser les principaux facteurs de variation.

Une base de données a été constituée en regroupant 30 expérimentations, présentant notamment des niveaux alimentaires contrastés (soit au final 101 traitements expérimentaux), menées en stations expérimentales avec des vaches allaitantes. L’Énergie des dépenses non productives (EDNP) exprimée en énergie nette (UFL) a été calculée pour chaque traitement comme la différence entre l’énergie nette ingérée et celles des besoins de lactation, de gestation, et des variations de la masse corporelle par estimation de sa composition chimique. La production de lait moyenne est de 8 kg/jour et prioritaire, quel que soit le niveau alimentaire subit. Estimée par sa composition chimique (respectivement 37 et 21% de lipides), la valeur énergétique de la variation de poids s’élève en moyenne à 2,4 UFL/kg pour les multipares et 1,8 UFL/kg pour les primipares.

Les dépenses non productives peuvent s’estimer à partir d’une seule équation dont les variables sont le besoin d’entretien (Eentretien), les conditions d’activité (Iact), la variation de poids (ΔPV) et l’état initial au vêlage (NEC) : EDNP = (Eentretien x Iact) + (0,0073 x ΔPVc x NEC). Le terme interférant (ΔPVc x NEC) traduit les adaptations du métabolisme en situation nutritionnelle contraignante ou pléthorique. Cette quantification nouvelle de l’épargne énergétique associée à la baisse des apports (ou l’inverse) permettra aux éleveurs de mieux gérer l’alimentation de leurs vaches.

L'importance des protéines

Les légumineuses sont une source d’apport en protéines pour les ruminants. Parmi elles, le sainfoin (Onobrychis viciifolia Scop.) présente de fort taux de protéine sans risque de météorisation du fait de la présence de tannins dans sa composition. Il s’agit d’une plante pérenne rustique prospérant sur sols secs et calcaires. La repousse automnale est appréciée car elle peut être pâturée en automne et hiver, après une saison de production de foin (fourrage « charnier »). Le but de ce travail est d’identifier les variétés présentant le meilleur potentiel fourrager ainsi que la valeur nutritive de la repousse automnale la plus élevée.

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Gestion du pâturage

La gestion du pâturage peut se raisonner de plusieurs façons selon la disponibilité en surfaces et la qualité des sols. Le pâturage libre avec un faible chargement peut présenter de très bonnes performances mais nécessite des surfaces importantes (ou un chargement faible). Dans des fermes qui disposent de moins de surface, et où le potentiel agronomique des sols est potentiellement plus important (sols profonds, bonne pluviométrie), une optimisation de la valeur de l’herbe et de son assimilation passe par la mise en place d’un pâturage tournant en paddocks, qui permet une intensification (relative) à l’hectare.

Le pâturage tournant permet d’optimiser la pousse de l’herbe au printemps grâce à un chargement instantané important, une durée de pâturage courte et un temps de retour qui laisse l’herbe se reconstituer en quantité et en qualité entre deux pâtures. Un déprimage pratiqué assez tôt sur la surface complémentaire permettra de nourrir les animaux en sortie d’hiver, sans nuire à la quantité de foin récoltés. Lorsqu’un paddock est pâturé, descendre suffisamment bas favorise la pousse du trèfle, mais en dessous de 5 cm, le risque est d’affaiblir les plantes en les forçant à puiser dans leurs réserves (cf courbe de croissance de l’herbe). En général les éleveurs n’entrent pas sur un paddock tant que l’herbe n’a pas atteint 20-25cm pour les bovins.

Composition des prairies

La composition de la prairie peut permettre de maintenir plus longtemps dans la saison la pousse d’une herbe de bonne valeur alimentaire : mélange graminée-légumineuse à minima, voire prairies multi-espèces. Pour un paddock à dominante de graminées précoces (ray grass, dactyle, etc), un temps de retour trop important peut générer des refus car ces plantes ont des feuilles qui jaunissent plus rapidement.

Choix des espèces, implantation des prairies temporaires

Pour maximiser l’herbe pâturée dans la ration, le choix des espèces composant les prairies temporaires est essentiel. Plusieurs facteurs sont à prendre en compte : la précocité, la période d’épiaison, la valeur nutritive de l’espèce et l’orientation de la prairie, entre fauche et pâture. Lors du semis, un équilibre doit être recherché entre graminées et légumineuses, notamment le trèfle, qui peut avoir tendance à prendre le dessus sur d’autres espèces. Une base de 3 à 4 kg de trèfle blanc (soit 650 graines par m²), dans une association avec 12 kg de Ray grass anglais et 8 kg de fétuque élevée semble être un bon compromis.

Maintien d’une flore favorable sur prairies permanentes

Le bon fonctionnement écologique et agronomique d’une prairie permanente, sa capacité à résister aux aléas climatiques et à nourrir un troupeau de ruminants de manière équilibrée va fortement dépendre de sa composition, elle-même sous le contrôle des pratiques d’élevage. L’essentiel est de bien connaître ses types de parcelles (précocité, espèces présentes) afin d’arriver à pâturer au moment idéal, et de pouvoir jouer sur les complémentarités d’espèces et de surfaces. Une grande diversité de milieux permet d’engraisser les animaux à l’herbe.

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L'engraissement à l'herbe

La plupart des éleveurs qui témoignent se basent sur des prairies naturelles. Certains systèmes maintiennent un engraissement à l’auge toute en remplaçant une partie des rations classiques par de l’herbe conservée (ensilage ou enrubannage). Le projet CAP protéines Elevage a testé plusieurs adaptations de régimes à base de céréales ou ensilage maïs pour la finition de jeunes bovins ou vaches de réforme.

L’introduction d’herbe conservée dans les régimes à base de céréales donne de très bons résultats et se traduit par une baisse des consommations de céréales et de tourteaux sans impacter les performances de croissance. Les résultats sont moins notables pour les systèmes à base de maïs. Ce type de systèmes nécessite une très bonne maîtrise technique des récoltes de l’herbe, des conditions météo favorables et une bonne conservation et implique une distribution pouvant être plus difficile dans le cas de l’enrubannage. La gestion des lots au pâturage est également importante pour mettre en adéquation les besoins alimentaires des animaux et la valeur nutritionnelle apportée par les prairies disponibles.

Caler la période des naissances

Caler la période des naissances aux périodes de pousse de l’herbe est important pour pouvoir engraisser au mieux des animaux au pâturage. Le vêlage de printemps permet d’ajuster la période de forts besoins des animaux à la période de pleine pousse de l’herbe. Pour ces mères, l’hiver correspond au tarissement ce qui permet de simplifier leur ration. Le sevrage des veaux est nécessaire avant la finition pour obtenir les meilleures performances : l’âge au sevrage est donc à adapter selon la période de vêlage. Pour le vêlage de printemps, les veaux peuvent être sevrés à 6 mois avant mise à l’herbe de printemps et 90- 120 j de finition.

Le vêlage d’hivers et d’automne permet d’étaler la période de vente et de passer plus facilement une période de sécheresse l’été, au moment du tarissement.

Témoignage : « Concernant les veaux nés en mars, ils sont triés début juin. Les femelles restent sous les mères sans complémentation. Les mâles sont également sous leurs mères mais reçoivent une complémentation de méteil en plus du pâturage, avant d’être vendus en broutards ou veaux rosés. A conduite égale, les femelles sont grasses beaucoup plus vite. Ne pas donner de complémentation aux femelles permet aussi de débuter leur éducation.

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Allongement de la durée du cycle de production

Lors de l’engraissement des animaux à base d’herbe, la composition énergétique ou protéique de la ration distribuée peut nécessiter un allongement de la durée du cycle de production pour arriver au poids carcasse et à l’état d’engraissement voulu.

Les aléas climatiques mais aussi le rythme de croissance des bêtes peut retarder le moment où l’animal est prêt pour l’abattage. Cet allongement de la période de croissance peut permettre de mieux faire face aux fluctuations de prix de vente et aux périodes de sécheresse. Si un animal n’est pas prêt à la fin d’une saison de pâturage, il passera l’hiver sur la ferme et reprendra sa croissance au cycle de pâturage suivant, au printemps d’après.

Selon son âge, il pourra soit être maintenu en état l’hiver (animaux jeunes comme les génisses de première année) soit perdre un peu de poids et le reprendre rapidement au printemps (animaux en âge de se reproduire). Il s’agit de « l’effet accordéon », qui est une aptitude physiologique des ruminants à reprendre au printemps le poids qui a pu être perdu pendant l’hiver. La complémentation (2 à 5 kg de concentrés) est une option pour avancer les sorties (raccourcir la finition). D’après l’IDELE, elle peut être nécessaire pour finir les animaux à plus forts besoins (génisses, races tardives) ou lorsque la qualité de l’herbe se dégrade (été ou automne).

Couverture de graisse

Un affouragement trop riche en énergie et/ou un apport en protéines insuffisant durant la période de croissance ou d’engraissement conduit à un dépôt de graisse précoce et indésirable. Cela a pour conséquence une mauvaise valorisation du fourrage. En effet, une couverture de graisse trop importante nécessite jusqu’à 40% d’énergie supplémentaire pour obtenir le même accroissement. Pour les animaux en croissance comme les veaux, il faut fournir les besoins en croissance et en engraissement au même moment, c’est à dire un fourrage de très bonne qualité sur toute la période d’engraissement. Les périodes où les fourrages de qualité sont susceptibles de manquer (sécheresse) entraînent parfois des changements de ration pour la finition d’un lot.

Production de génisses, bœufs, ou vaches de réformes

Ainsi, les éleveurs s’orientant sur la finition à l’herbe, cherchent souvent à produire des génisses, bœufs, ou vaches de réformes. Cette orientation implique de garder les animaux plus longtemps sur la ferme que pour la production de broutard par exemple. Pour les éleveurs ovins, dont la production principale sont les agneaux qui ont un cycle de vie court, la production d’agneaux d’herbe passe systématiquement par un calage des agnelages permettant de profiter du pic de croissance de l’herbe au printemps, à faire coïncider avec les besoins des brebis qui atteignent un pic un mois après l’agnelage.

A partir d’avril, la mère bénéficie, au pâturage, des premières pousses d’herbe riches en azote. La croissance de l’herbe maximale de mi-mai à début juin coïncide ainsi avec le pic de lactation, période où les brebis ont les plus forts besoins. Aucune complémentation en aliments concentrés n’est nécessaire.

D’après le projet Biovandes portant sur la production d’agneaux à l’herbe (voir bibliographie), la pousse de l’herbe ralentit avant que la plupart des agneaux soient engraissés. Ils nécessitent alors une complémentation en concentrés pour leur finition.

Le choix de la race

Le choix de la race n’est pas un élément déterminant. Contrairement aux idées reçues, avoir des animaux de race rustique n’est pas primordial pour réaliser de la finition au pâturage. De nombreux éleveurs réalisent la finition à l’herbe avec les animaux de leur terroir : Limousines en Limousin, Charolaises, Salers ou Aubrac en Auvergne, races mixtes ou rustiques. Ce sont les choix de conduite des animaux (date de vêlage, élevage des jeunes…) et les choix de système (chargement de l’exploitation, types d’animaux commercialisés) qui importent.

La race est le principal facteur de variation de la quantité et de la répartition de gras sur les carcasses, notamment à travers un gabarit et une capacité d’ingestion (CI) spécifique, qui représentent deux caractéristiques essentielles pour l’engraissement. Certains éleveurs orientent leur sélection génétique vers des animaux herbagers, avec un forte capacité d’ingestion. En élevage ovin, le cheptel peut être constitué de brebis de race herbagère.

L'éducation des jeunes

Là encore, contrairement aux idées reçues, l’animal est rarement limité par son temps d’ingestion mais plutôt par la capacité du rumen en volume. Les projets menés par le réseau Agriculture Durable de Moyenne Montagne (ADMM) préconisent donc d’offrir des aliments grossiers dès les premiers temps de vie afin d’augmenter le potentiel de valorisation des fourrages. Pâturer de l’herbe fraîche, oui mais de l’herbe mâture : un bon compromis entre protéine, azote et fibre. Des temps de retour suffisamment long entre deux passages de pâture le permettent (aux alentours du mois). Outre l’éducation alimentaire du troupeau, ces critères peuvent se sélectionner génétiquement à travers le choix de la souche du troupeau et de la race. Quelques éleveurs assument une éducation alimentaire stricte dans ce sens. L’état des animaux recherché est inférieur aux standards attendus dans un premier temps. Un engraissement de longue durée permet d’augmenter considérablement la part de gras intramusculaire.

Qualités nutritionnelles et organoleptiques de la viande

Chez les bovins, comme chez les ovins, l’alimentation à l’herbe fraîche augmente leur composition en acides gras polyinsaturées (AGPI) dont les Oméga 3 font partie. Une synthèse bibliographique récente (Normand et Gruffat, 2023) montre que comparativement à une finition à base d’ensilage de maïs ou de concentré, l’utilisation d’herbe dans la ration de finition des bovins permet de diminuer la teneur en lipides totaux de leur viande, tout en en augmentant les proportions des acides gras (AG) connus pour leurs propriétés bénéfiques sur la santé humaine. Cette étude précise que la forme de présentation de l’herbe joue un rôle important. Ces effets sont particulièrement marqués pour les gros bovins finis au pâturage, lorsque l’herbe consommée est jeune et feuillue. L’herbe conservée sous forme d’ensilage a un impact légèrement plus faible sur les teneurs en acides gras polyinsaturés n 3 (AGPI n 3) de la viande que l’herbe fraiche.

Concernant les qualités organoleptiques des viandes (couleur, goût et tendreté), les connaissances sur le sujet sont peu nombreuses. Il est reporté que la couleur de la viande en engraissement à l’herbe serait plus rouge que les autres, mais les résultats sur l’impact de l’engraissement sur la couleur de la viande ne sont pas homogènes : certaines études portées sur les carcasses entières dans les abattoirs, indiquent que le type de ration ingérée semble également avoir un impact sur la couleur du gras de couverture des bovins, certains auteurs ayant rapporté une pigmentation jaunâtre sur les animaux nourris à l’herbe, en faisant le lien avec certains carotènes spécifiques, effectivement plus présents dans les tissus des ruminants nourris à l’herbe, l’ensilage de maïs ne contenant que très peu de ce pigment.

Toutefois, cette observation n’est pas systématiquement possible à l’œil nu chez les bovins, et ce n’est jamais le cas chez les ovins. Sur un mode de commercialisation en circuit court, la finition au pâturage est bien valorisée. Pour les circuits de commercialisation longs, ces gages de qualité ne sont pas encore suffisamment reconnus et valorisés. Dans la grande majorité des cas, cette pratique n’induit aucune plus-value sur le prix d’achat par rapport à des animaux finis à l’auge.

Aspects économiques

La conformation des animaux est un élément déterminant pour la rémunération de l’éleveur en filière longue. Quelques projets traitent de ces aspects pour les animaux engraissés à l’herbe ; les défauts de carcasses le plus souvent observés, sont une conformation peu satisfaisante et des poids de carcasse peu valorisable par les filières, défauts essentiellement rencontrés sur des races précoces.

L’hétérogénéité des carcasses est également une problématique évoquée par les opérateurs de l’aval. Les résultats du projet Bioviandes, montrent que parmi les exploitations enquêtées, en bovin, les carcasses produites sont très hétérogènes. Seuls 2 élevages sur 8 obtiennent des carcasses conformes aux attentes de la filière (> 320 kgc et R = 3).

L’atteinte de conformation par l’engraissement à l’herbe semble ainsi relativement difficile. Dans la mesure où les impacts de la viande engraissée à l’herbe sont positifs, mais peu valorisée dans les circuits longs de commercialisation, la constitution d’une filière spécifique est aujourd’hui soulevée. Plusieurs études concluent qu’à performance de finition (durée, poids) presque équivalente, l’avantage économique de ce mode d’engraissement est notable. Une étude réalisée par l’institut de l’élevage (Mauron 2005 et 2009) compare des animaux finis à l’herbe sur des prairies de ray gras anglais trèfles blancs et des animaux finis à l’auge. Pour des génisses en filière viande (charolaises), le coût est de 0,55€/kg carcasse au pâturage contre 2,72€/kg carcasse à l’auge. Dans les deux cas, la durée de finition n’est supérieure que de 2 à 6 jours et le gain de poids carcasse n’est inférieur que de 5 à 6 kg au pâturage par rapport à une finition à l’auge. Des travaux similaires réalisés par le Civam du Haut Bocage et les Chambres d’Agriculture de Lozère et des Deux Sèvres confirment qu’une ration herbagère coûterait jusqu’à cinq fois moins cher par animal qu’une ration à l’auge, et ce…

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