Introduction

Les infections à streptocoque, causées par des bactéries du genre Streptococcus, sont courantes et peuvent se manifester de diverses manières, allant d'infections bénignes de la gorge à des infections invasives graves. Comprendre les causes, les modes de transmission, les symptômes et les mesures de prévention est essentiel pour limiter la propagation de ces infections et protéger la santé publique. Une recrudescence des infections à Streptococcus pyogenes (ou Streptocoque du groupe A - SGA) a été observée depuis septembre 2022, particulièrement chez les enfants, dans le contexte d'une forte circulation des virus respiratoires. Cette situation n’est pas liée à l’émergence d’une souche bactérienne nouvelle, mais possiblement liée à l’augmentation de la fréquence du génotype emm-1 de séquence-type (ST) 28 déjà connu. Ces augmentations pourraient résulter, au moins en partie, d’un rebond post mesures barrières, notamment chez des enfants dont le système immunitaire n’a pas été au contact avec les souches de SGA qui circulent habituellement.

Qu'est-ce que le Streptocoque ?

Le terme "streptocoque" désigne un genre de bactéries. Parmi les nombreuses espèces de streptocoques, certaines sont plus fréquemment associées à des infections chez l'homme. Les plus courantes sont le Streptococcus pyogenes (streptocoque du groupe A) et le Streptococcus agalactiae (streptocoque du groupe B). Les streptocoques A et B sont assez proches et appartiennent au même groupe de streptocoques.

Streptococcus pyogenes (Streptocoque du groupe A)

Le Streptococcus pyogenes est un cocci à Gram positif en diplocoque ou en chaînette, bêta-hémolytique aux très nombreux facteurs de virulence. Le réservoir est humain, principalement situé dans le rhinopharynx et la peau. La contamination interhumaine est respiratoire (gouttelettes) ou par contact indirect à partir de lésions cutanées. En 2020 comme en 2019, les quatre génotypes prédominants sont : emm1 (18,3 %), emm89 (9,5 %), emm87 (7,7 %) et emm28 (5,7 %) représentant 41,2 % des souches invasives (n=182). En 2022, la fréquence des génotypes emm1 et emm12 augmente à partir de mai-juin 2022.

Streptococcus agalactiae (Streptocoque du groupe B)

Le streptocoque B (Streptococcus agalactiae) n'est pas spécifique à l'espèce humaine même si c'est une bactérie principalement humaine. On le retrouve chez certains animaux, mais l'échange avec l'animal n'est pas très fréquent. Son habitat est l'intestin et le vagin.

Comment contracte-t-on une infection à streptocoque ?

La transmission des streptocoques varie selon l'espèce et le type d'infection.

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Modes de transmission du Streptocoque A

Le streptocoque A se propage généralement par contact direct avec une personne infectée (lorsqu’elle tousse, éternue, embrasse, etc.) ou par contact indirect avec des objets contaminés par les sécrétions infectieuses (poignées de porte, portables, jouets, ustensiles divers, etc.).

  • Transmission respiratoire : Les gouttelettes respiratoires produites lorsqu'une personne infectée tousse ou éternue peuvent propager la bactérie.
  • Contact direct : Le contact direct avec des lésions cutanées infectées ou des sécrétions nasales ou pharyngées peut également entraîner une transmission.

Modes de transmission du Streptocoque B

Le streptocoque B peut être transmis de la mère au nouveau-né pendant l'accouchement.

  • Transmission verticale : Le bébé peut inhaler, voire ingérer des sécrétions vaginales au cours de l’accouchement. Le streptocoque B se retrouve dans la flore vaginale chez au moins 15 % des femmes, de façon asymptomatique. L’Institut Pasteur précise que cette bactérie se retrouve chez 5 à 40 % des femmes au cours de la grossesse, « selon les techniques bactériologiques utilisées et les populations étudiées ».

Symptômes des infections à streptocoque

Les symptômes varient considérablement en fonction du type d'infection et de la localisation de la bactérie dans le corps.

Symptômes des infections à Streptocoque A

Les infections à streptocoque A peuvent se manifester par différentes formes cliniques.

  • Angine streptococcique : Mal de gorge, difficultés à avaler, ganglions enflés et sensibles, fièvre. L’angine à streptocoque peut être une angine rouge (dite érythémateuse) ou une angine blanche (dite érythémato-pultacée). Les symptômes de l’angine bactérienne se manifestent souvent brutalement.
  • Scarlatine : Éruption cutanée rouge et rugueuse, fièvre, mal de gorge, glossite (langue rouge et enflée). La scarlatine est une forme bénigne d'une infection à streptocoque, qui se présente comme un exanthème diffus typique évoluant vers la desquamation, associé à une glossite, elle peut évoluer vers des formes plus sévères et parfois réanimatoires constituant le syndrome du choc toxique.
  • Infections cutanées : Impétigo (plaies croûteuses), érysipèle (infection cutanée profonde avec rougeur et gonflement).
  • Infections invasives : Fièvre élevée, frissons, douleurs intenses, altération de l'état général, symptômes spécifiques à l'organe infecté (par exemple, pneumonie, méningite). Les manifestations les plus fréquentes sont les suivantes : Infection de la peau et des tissus mous (atteintes les plus fréquentes chez les adultes) : dermohypodermite éventuellement nécrosante, myosite, Infections respiratoires basses (atteintes plus fréquentes chez les enfants) : pneumonie et pleurésie. Syndrome de choc toxique streptococcique : peut survenir pour toute infection à streptocoque A, mais est plus fréquent en cas d’infection invasive. Il s’agit, par définition, de l’association d’une hypotension et d’au moins deux manifestations parmi les suivantes : insuffisance rénale, coagulopathie voire CIVD, hépatite (cytolyse ou hyperbilirubinémie > 2 N), SDRA, exanthème généralisé évoluant classiquement vers la desquamation, atteinte nécrosante des parties molles. Les diarrhées et vomissements sont également fréquemment rapportés.

Symptômes des infections à Streptocoque B

Le streptocoque B peut causer des infections graves chez les nouveau-nés.

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  • Infections néonatales précoces : Septicémie (infection du sang), détresse respiratoire.
  • Infections néonatales tardives : Méningite bactérienne (inflammation des méninges).
  • Infections chez la mère : Infection urinaire (cystite), endométrite (infection de l’endomètre qui tapisse l’utérus).

Diagnostic des infections à streptocoque

Le diagnostic précis est crucial pour un traitement approprié.

Diagnostic des infections à Streptocoque A

  • Angine streptococcique : Diagnostic par TROD (Test Rapide d'Orientation Diagnostique) sur écouvillon pharyngé (systématique chez l’enfant ≥ 3 ans, indiqué chez l’adulte en cas de score de Mac Isaac ≥ 2).
  • Scarlatine : Diagnostic par TROD. Si TROD négatif, prélèvement de gorge pour culture bactériologique.
  • Infections invasives : Isolement de Streptococcus pyogenes dans un prélèvement habituellement stérile (liquide articulaire, …). Des prélèvements de sang (hémocultures) sont mis en culture dans des flacons afin d'identifier la bactérie. Des prélèvements locaux (écouvillonnage et mise en culture) peuvent également être faits, par exemple en cas d'érysipèle. Des examens de sang habituels (NFS) peuvent détecter une infection (augmentation de la CRP, hyperleucocytose).

Diagnostic des infections à Streptocoque B

  • Dépistage prénatal : Dépistage systématique du streptocoque B est recommandé entre 34 et 38 SA (semaines d'aménorrhée).
  • Infections néonatales : Hémocultures, ponction lombaire (en cas de suspicion de méningite).

Traitement des infections à streptocoque

Le traitement repose principalement sur l'antibiothérapie.

Traitement des infections à Streptocoque A

  • Antibiothérapie : Les ß-lactamines (amoxicilline) constituent le traitement de référence des infections à SGA. L’antibiotique le plus souvent prescrit est l’amoxicilline, le plus souvent pendant cinq à dix jours. À savoir : il est possible, depuis juin 2024, de se procurer en pharmacie et sans ordonnance ces antibiotiques.
  • Résistance aux antibiotiques : L’augmentation de la résistance aux macrolides-lincosamides-streptogramines (MLS) a atteint 35% en 2004.

Traitement des infections à Streptocoque B

  • Antibioprophylaxie : Si le résultat du dépistage prénatal est positif, un traitement à base d’antibiotiques (ß-lactamine, autrement dit pénicilline ou amoxicilline, ou un macrolide en cas d’allergie) sera mis en place au moment de l’accouchement, ou dès la rupture de la poche des eaux en l’absence de contractions.
  • Traitement des infections néonatales : Antibiothérapie intraveineuse.

Prévention des infections à streptocoque

La prévention repose sur des mesures d'hygiène et, dans certains cas, sur l'antibioprophylaxie.

Mesures de prévention générales

  • Hygiène des mains : Se laver fréquemment les mains à l'eau et au savon, surtout après avoir toussé, éternué ou touché des surfaces potentiellement contaminées.
  • Hygiène respiratoire : Se couvrir la bouche et le nez avec un mouchoir ou le pli du coude lorsqu'on tousse ou éternue.
  • Éviter le partage d'objets personnels : Ne pas partager les ustensiles de cuisine, les serviettes, les rasoirs, etc.

Prévention des infections à Streptocoque B

  • Dépistage prénatal : Dépistage systématique du streptocoque B entre 34 et 38 SA.
  • Antibioprophylaxie : Administration d'antibiotiques pendant le travail si le dépistage est positif.

Gestion des sujets contacts

Sont considérés comme sujets contacts, les personnes ayant rencontré le cas index dans les 7 jours précédant le début des signes cliniques et jusqu’à 24 heures après le début d’une antibiothérapie efficace dans les contextes suivants : partage du même domicile, de la même chambre ou du même endroit de nuitée ; contacts intimes avec face à face, y compris lors d’activités sportives particulières impliquant des corps à corps (sport de combat, rugby, …) ; contacts rapprochés de façon prolongée ou répétée avec possibilité de face à face (lors de voyage de plus de 8 heures sur un siège contigu, d’activité partagée entre enfants ou étudiants, …). Cela concerne en particulier : en milieu scolaire et en établissement pour enfants, les enfants du même groupe ou de la même classe (avant l’école élémentaire), ou ayant des activités partagées fréquentes ou prolongées (quel que soit le niveau), par exemple les voisins de classe ou ceux du réfectoire, … ; chez une assistante maternelle, l’ensemble des personnes vivant au domicile et tous les enfants fréquentant le domicile ; les personnes ayant partagé durablement les mêmes locaux communs (en cité universitaire par exemple) ; en milieu de soins, les personnes ayant partagé la même chambre. En revanche, les collègues de travail, les voisins de palier, les camarades de classe à partir de l’école élémentaire (hors les voisins de classe immédiats) ne sont pas considérés comme des sujets contacts.

Sujets contacts à risque de forme grave

Il s’agit des femmes enceintes de plus de 37 semaines d’aménorrhée ; nouveau-nés (jusqu’à 28 jours de vie) ; femmes ayant accouché dans les 28 jours précédents ; personnes âgées de plus de 65 ans ; personnes ayant une varicelle dans les 7 jours qui précèdent le début des signes chez le cas index et jusqu’à 24 heures après le début de l’antibiothérapie du cas index ; personnes vivant dans des conditions particulières de précarité (personnes sans domicile fixe par exemple) ; et de l’ensemble des sujets contacts vivant sous le même toit qu’un cas, lorsqu’un d’entre eux présente un facteur de risque de forme grave.

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Gestion des sujets contacts

Pour tous les sujets contacts identifiés, informer sur la nécessité de consulter rapidement en cas de symptômes évocateurs d’infection à SGA invasive ou non (angine, pharyngite, fièvre, lésion cutanée, etc.), afin d’établir un diagnostic et de traiter précocement toute infection confirmée. Pour tous les sujets contacts présentant un facteur de risque de forme grave (tel que défini plus haut), la prescription d’une antibioprophylaxie doit se faire le plus tôt possible après le diagnostic chez le cas index (au mieux dans les 24 premières heures) et jusqu’à 10 jours après le diagnostic. Elle concerne uniquement les sujets contacts présentant un facteur de risque de forme grave y compris l’ensemble des contacts vivant sous le même toit qu’un cas, lorsqu’un d’entre eux présente un facteur de risque de forme grave. L’antibioprophylaxie doit être mise en place par le (ou les) professionnels de santé ayant pris en charge le cas avec l’appui de l’ARS ou l’équipe opérationnelle d’hygiène (EOH) pour les situations le nécessitant (collectivités, milieux de soins).

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