Le film "Crime in the Streets" de Don Siegel, souvent négligé, mérite une redécouverte. Loin des clichés véhiculés par une affiche trompeuse et une accroche stupide, ce film de 1956 offre une réflexion profonde sur la délinquance juvénile et les raisons qui la sous-tendent. Il se situe aux antipodes de la série "Inspecteur Harry", où Eastwood contourne les lois pour faire régner sa propre justice.

Une mise en scène percutante

L'ouverture du film, préfigurant "West Side Story", plonge le spectateur dans une confrontation violente entre deux bandes rivales. Cependant, "Crime in the Streets" s'éloigne rapidement de cette fresque chorégraphique pour se concentrer sur une rue, puis une impasse, décor minimaliste rappelant "The Set-Up" de Robert Wise. Cette impasse devient le théâtre de la descente aux enfers de Frankie Dane, le personnage principal, interprété par John Cassavetes.

Frankie Dane : un portrait poignant de la jeunesse désœuvrée

Le film se focalise sur Frankie, un jeune homme en colère, prisonnier de son passé. Abandonné par un père violent, élevé dans la misère, il se renferme sur lui-même après la naissance d'un demi-frère. Cassavetes, à la limite de jouer à côté, incarne à merveille ce personnage déconnecté, rongé par la haine et la soif de vengeance.

Siegel dresse le portrait d'un jeune homme abandonné par un père violent, qui a grandi dans une piaule minable, n'a vu sa mère que par intermittences avant et après des journées de travail exténuantes, et que la naissance d'un petit frère né d'un autre père a contribué à refermer sur lui-même, dans un refus d'être aimé ou seulement effleuré, et une volonté d'en découdre coûte que coûte, au moindre prétexte.

Un plaidoyer pour l'écoute et le dialogue

Le film met en lumière l'importance du dialogue et de l'écoute pour sortir les jeunes de la spirale de la violence. Une scène clé oppose Ben Wagner (James Whitmore), un éducateur de rue, au père d'Angelo, un jeune garçon influencé par Frankie. Wagner souligne l'absurdité d'envoyer les jeunes en prison, lieu de repli sur soi et d'escalade de la violence, et insiste sur la nécessité de parler et d'écouter la jeunesse en colère.

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Les mots prononcés par James Whitmore sont bien pesés (Reginald Rose, auteur du script, a aussi écrit celui de 12 hommes en colère, et on ne peut guère s’en étonner), ils font du bien à entendre, rappelant l’absurdité de systématiquement envoyer les très jeunes en prison, lieu idéal du repli sur soi et de la propulsion accélérée dans une spirale de violence, mais surtout l’importance de parler, plus difficile mais indispensable, d’écouter la jeunesse en colère.

Un soutien multiple et constant

"Crime in the Streets" souligne qu'un seul soutien ne suffit pas. Le discours de l'éducateur, le regard de la jeune fille du quartier, ne suffisent pas à changer Frankie. Il faut un effort collectif et répété, une mise en danger, comme celle du petit frère de Frankie, pour espérer un changement. Même après cela, Frankie est tenté de fuir, et il faut un énième geste de l'éducateur pour le retenir. Le film ne propose pas de solution miracle, mais insiste sur la nécessité d'un engagement constant et multiple.

L’une des forces du film est de constamment rappeler qu’un seul soutien ne suffit pas. Le beau discours que l’éducateur tient à Frankie n’est pas suffisant : Frankie ne répond pas et rentre chez lui, toujours décidé à s’en prendre au mouchard qui habite au-dessus. Le regard porté par la charmante jeune fille du quartier sur Frankie, perché sur son petit balcon métallique (autre écho par anticipation à West Side Story, mais doublement inversé puisque c'est le garçon qui est au balcon et que la tentative amoureuse est niée d'emblée) ne change rien non plus (contrairement à ce que l’affiche veut vendre…).

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