La consommation d'alcool éthylique (éthanol) pendant la grossesse présente des risques significatifs pour le développement du fœtus. L'ensemble des malformations dues à l'action exercée par l'éthanol ingéré par la mère sur le produit de la conception pendant la grossesse est désigné par le terme de troubles causés par l'alcoolisation fœtale (TCAF).

Embryopathie et fœtopathie : les effets de l'alcool selon le stade de la grossesse

Au cours des premiers mois de la vie intra-utérine, l'exposition à l'alcool peut entraîner des malformations, on parle alors d'embryopathie. Au-delà de cette période, l'alcool peut affecter le développement d'organes déjà formés, causant une fœtopathie.

Le Syndrome d'Alcoolisation Fœtale (SAF)

Le Syndrome d'alcoolisation fœtale (SAF) est la forme la plus sévère des TCAF. Il a été identifié pour la première fois par le médecin français Paul Lemoine en 1968. Aux États-Unis, la prévalence du SAF est estimée entre 1 et 3 pour 1000 naissances vivantes.

Le SAF se caractérise par quatre groupes d'anomalies :

  1. Retard de croissance: Ce retard peut se manifester par un retard de croissance intra-utérin (RCIU). La précocité et la sévérité de ce RCIU dépendent de la date de l'exposition in utero à l'alcool.
  2. Dysmorphie faciale: Les traits caractéristiques incluent une microcéphalie, un front bombé, une face étroite, un philtrum peu développé, un rétrognathisme, une lèvre supérieure mince, une hypoplasie mandibulaire, des fentes palpébrales avec un aspect antimongoloïde, un blépharophimosis, un télécanthus, un épicanthus, un strabisme, une microphtalmie, une dysgénésie du segment antérieur et une hypoplasie de la papille.
  3. Atteinte du système nerveux central: Cela peut se traduire par un déficit intellectuel, des troubles du tonus et de la coordination, des troubles du langage et de l'écriture, ainsi que des problèmes de comportement (agitation, euphorie, irritabilité, agressivité).
  4. Malformations congénitales: Diverses malformations peuvent être présentes, affectant notamment le cœur (tétralogie de Fallot, hypoplasie de l’artère pulmonaire, canal ventriculaire), les membres (clinodactylie du 5ème doigt, raideur articulaire, hypospadias, cryptorchidie), ou encore le système nerveux (agénésie du corps calleux, spina bifida). On peut également observer des angiomes cutanés et des fentes labio-palatines.

Le SAF peut se présenter sous une forme complète ou partielle.

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Risque et absence de seuil

Le risque est plus élevé chez les mères qui consomment de grandes quantités d'alcool, surtout celles dont l'équilibre enzymatique serait déficient. Cependant, il est crucial de noter qu'il n'existe pas de seuil d'alcoolisation en dessous duquel le risque serait nul. La fréquence des TCAF est estimée à environ 3% des naissances.

Vulnérabilité et tolérance à l'alcool

Les variations individuelles de la tolérance et de la vulnérabilité à l'alcool pourraient avoir une origine dans une transmission héréditaire.

L'éthanol et ses utilisations courantes

L'alcool éthylique, ou éthanol, est présent dans de nombreux produits de consommation courante, tels que les produits d’entretien, les nettoyants, les lave-vitres, les détergents liquides, les produits d’hygiène, les cosmétiques, les désinfectants, les encres, les peintures, les vernis, les arômes, l’alcool à brûler et les dégivrants. Il est utilisé comme combustible, solvant, désinfectant et matière première dans la synthèse de produits chimiques.

Métabolisme de l'alcool

Après consommation, 70 à 80 % de l’éthanol sont absorbés au niveau du duodénum et du jéjunum. L’ingestion de nourriture ralentit la vidange gastrique, prolongeant le temps de présence de l’éthanol dans l’estomac et modifiant ainsi sa cinétique d’absorption. Le temps d’atteinte de la concentration plasmatique maximale en éthanol est doublé si celui-ci est ingéré pendant un repas (90 minutes en moyenne versus 45 si le sujet est à jeun). Le volume de distribution de l’éthanol est en moyenne de 0,50 l/kg chez la femme et 0,65 l/kg chez l’homme.

L’éthanol franchit facilement la barrière placentaire, et les concentrations dans le liquide amniotique et chez le fœtus sont proches des concentrations plasmatiques de la mère. Après absorption, la distribution de l’éthanol se fait en quelques minutes (demi-vie de distribution : 7 à 8 minutes) vers les organes très vascularisés comme le cerveau, les poumons et le foie.

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L’alcool est éliminé essentiellement par le foie (95 %). Les 5 % restants sont éliminés par les reins, la peau, les poumons et la salive. La pharmacocinétique de l’éthanol est différente chez l’homme et chez la femme, celle-ci ayant une masse grasse plus importante, ce qui entraîne une alcoolémie plus élevée pour une même quantité ingérée. Elle varie également avec l’âge, car la répartition entre masse grasse et masse maigre évolue au cours du temps chez l’homme et la femme.

La formule chimique de l’alcool éthylique ou éthanol est (CH3-CH2OH). Il est catabolisé en acétaldéhyde (CH3-CHO) par le groupe enzymatique des alcooldéshydrogénases (ADH). L’acétaldéhyde est lui-même catabolisé en acide acétique par le groupe des aldéhyde-déshydrogénases. L’éthanol et l’acétaldéhyde sont les deux agents tératogènes.

Effets de l'alcool sur la santé

Les effets de l’éthanol sur la santé sont observés chez les consommateurs excessifs de boissons alcoolisées : nausées, vomissements, vertige, voire paralysie respiratoire. Au-delà des symptômes d'ébriété constatés à court terme, la consommation excessive et régulière d’alcool s’est révélée dangereuse pour la santé à moyen ou long terme. Cirrhose du foie, cancers, troubles du système nerveux, syndrome d'alcoolisation fœtale sont les pathologies les plus graves provoquées par la consommation excessive de boissons alcoolisées. De plus, l'inhalation de vapeurs d’éthanol et le contact cutané peuvent être une source d’irritation locale.

Risques psychosociaux

Les intoxications alcooliques aiguës exposent à de nombreux risques sociaux : auto-agressivité, hétéro-agressivité, et notamment violence conjugale, rapports sexuels non protégés et/ou non désirés.

Conséquences à long terme

Même sans être un très gros consommateur ou alcoolo-dépendant, la consommation d’alcool a une influence sur le développement de nombreuses pathologies : cancers, maladies cardiovasculaires et digestives, maladies du système nerveux et troubles psychiques. L’alcool peut également être à l’origine de difficultés plus banales (fatigue, tension artérielle trop élevée, troubles du sommeil, problèmes de mémoire ou de concentration, etc.).

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Cancers

L’alcool est un cancérigène avéré (groupe 1) classé comme tel depuis 1988 par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC). Le risque de développer certains cancers augmente à partir d’un verre d’alcool quotidien, quel que soit l’alcool consommé (vin, bière ou alcool fort). En France en 2015, 8% des cancers sont attribuables à l’alcool, soit environ 28 000 cancers. C’est la deuxième cause de cancers évitables après le tabac. Sept localisations de cancers ont un lien avéré avec la consommation d’alcool : cancers de la bouche, du larynx, du pharynx, de l’œsophage, du foie, du côlon-rectum et du sein.

Troubles cardiovasculaires

La consommation régulière d’alcool élève la pression artérielle et augmente le risque d’hypertension. Elle favorise également les risques d’accidents vasculaires cérébraux (AVC hémorragique) et de fibrillation atriale.

Cirrhose

Il existe un effet dose dépendant entre la consommation d’alcool et la cirrhose. A l’origine d’une destruction progressive des cellules hépatiques remplacées par un tissu fibreux, la cirrhose est significativement augmentée à partir d’une consommation :

  • Chez les femmes : de 24 à 36g d’alcool par jour
  • Chez les hommes : de 36 à 48g d’alcool par jour

La mortalité par cirrhose est significativement augmentée pour toute consommation d’alcool chez les femmes et à partir d’une consommation de 12 à 24g d’alcool par jour chez les hommes.

Effets sur le cerveau

Outre les troubles de l’attention, de la concentration, de la mémoire, des capacités d’abstraction et des fonctions exécutives, l’intoxication alcoolique chronique peut être à l’origine d’un syndrome de Korsakoff, caractérisé par une altération massive et irréversible de la mémoire, une tendance à la fabulation pour compenser les pertes de mémoire, des troubles de l’humeur, etc.

Dépendance

Quand la dépendance s’installe, les conséquences néfastes sont nombreuses et touchent toutes les sphères de la vie du buveur. L’état de santé se dégrade tant sur le plan physique que psychologique. Les relations avec les proches sont perturbées et la vie professionnelle peut également être touchée. L’alcoolo-dépendance est particulièrement toxique sur le système nerveux et provoque de nombreux troubles : encéphalopathies résultant de carences vitaminiques, troubles cognitifs comme les démences, crises d’épilepsie, neuropathies.

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