L'histoire d'Albert Foulcher est une spirale infernale de crimes, de fuite et de mort. De simple assureur, il bascule dans une existence marquée par la violence, le meurtre et une cavale désespérée qui se termine par son suicide. Ce récit tragique, ancré dans le Languedoc-Roussillon, est celui d'un homme rattrapé par ses démons et ses obsessions.

Un premier meurtre et une longue incarcération

Tout commence en 1993, lorsque Albert Foulcher est arrêté et accusé du meurtre d'André Meffray, un assureur à la retraite. Les enquêteurs découvrent que Foulcher en voulait à Meffray, l'accusant de lui avoir volé des clients et d'être responsable de l'échec de son cabinet d'assurances. Les gendarmes constatent le décès d’André Meffray chez lui à Pailhès (Béziers), qui a été abattu de cinq balles de gros calibre. Les tirs ont été groupés sur le corps de Meffray, ce qui laissait supposer que le tueur maîtrisait la technique du tir. Hélas, aucun témoin est capable de dresser un portrait-robot du tueur. Les gendarmes essayent d’en savoir plus sur la vie d’André Meffray. Ils découvrent qu’il était assureur à la retraite et qu’il faisait du conseil en placement financier afin d’arrondir les fins de mois. Une piste mène vers un armurier de Béziers. Il raconte un récit passionnant aux gendarmes : un jour, une personne est venue dans son magasin avec une arme de collection spéciale (Dan Wesson) afin de la faire neutraliser. La personne voulait être en règle car sans détention d’arme, personne ne peut avoir une arme de cette catégorie chez soi. Mais le vendeur avait le sentiment qu’il n’avait pas affaire à un collectionneur ou à un membre d’un club de tir. Il pensait plus que cette neutralisation n’allait pas perdurer et que l’arme allait être remise en activité. C’est alors que ce vendeur donne le nom de cette personne aux enquêteurs. En enquêtant sur cette personne, les gendarmes découvrent qu’il n’avait pas bonne réputation dans l’environnement de monsieur Meffray. Et comme il a un Dan Wesson (qui a sans doute servi au meurtre), les enquêteurs privilégient cette piste. D’autant plus qu’Albert Foulcher était aussi assureur et qu’il n’avait pas de bonnes relations professionnelles avec André Meffray. En effet, Foulcher se plaignait que monsieur Meffray lui retirait des clients pour les envoyer à d’autres assureurs et il tenait Meffray comme responsable de l’échec de son cabinet d’assurances. Au bout de cinq ans dans les assurances, Foulcher a jetait l’éponge et pointait au chômage. Il devenait de plus en plus probable pour les enquêteurs qu’il en voulait à André Meffray.

Malgré ses dénégations, Foulcher est incarcéré et passe trois ans en prison. Il clame son innocence et affirme que l'enquête a été bâclée. En 1996, il est remis en liberté conditionnelle, mais l'amertume et la rancœur semblent le ronger.

La cavale meurtrière de 2001 : une vengeance sanglante

Après une période d'apparente accalmie, Albert Foulcher replonge dans la violence. Le 8 janvier 2001, il commet une série de meurtres qui marquent les esprits. Il abat froidement quatre personnes : Pascal Herrero, le mari d'une de ses anciennes conquêtes, Maurice Michaud, l'assureur qu'il pensait être de mèche avec Meffray, et deux gendarmes, Hervé Prior et Patrick Rigaud.

Cette folle cavale vengeresse s'inscrit dans un contexte de rancœur et d'obsession. Foulcher semble vouloir régler ses comptes avec ceux qu'il considère responsables de ses malheurs. Pascal Herrero (45 ans), le mari de l’une de ses anciennes conquêtes, puis Maurice Michaud (52 ans), l’assureur qu’il pensait être de mèche avec Meffray. Les deux hommes avaient tous deux témoigné contre Albert Foulcher en 1993 dans son procès par contumace pour meurtre. Il a ensuite traqué Hervé Prior.

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Il est poursuivi par les policiers du Raid qui le retrouveront après dix jours de cavale, au cœur de la Grangette, un quartier de Béziers, chez sa dernière maîtresse.

Condamné par contumace devant la cour d’Assises de l’Hérault à la perpétuité, il réapparaît quelques mois plus tard. Fou. Fou de rage. Une folie meurtrière qui va le conduire à abattre, en une journée, en ce début du mois de janvier 2001, quatre personnes.

Traque et suicide : la fin d'une cavale désespérée

La cavale d'Albert Foulcher dure dix jours. Traqué par les forces de l'ordre, il se réfugie dans l'appartement de sa compagne, Isabelle Suzic, à Béziers. Le quartier de la Grangette est bouclé, et un important dispositif policier est déployé.

Acculé et piégé, Albert Foulcher finit par se suicider d'une balle dans la tête. Le cadavre avait été decouvert vers 10h30 sous le lit d’une chambre après qu’une trentaine d’hommes du RAID, ont donné l’assaut. Les forces de l’ordre finissent par retrouver son corps au petit matin après avoir pénétré dans l’appartement. C’est dans l’appartement de son ex-compagne et de sa petite fille que le quadruple meurtrier de Narbonne s’était tiré une balle de 9 mm dans la tête.

Cette fin tragique met un terme à la cavale d'un homme pris au piège de ses propres démons. Pour son frère, c'est un soulagement : “Cela fait mal mais depuis le début de sa cavale, je savais que cela finirait comme ça. Je ne suis pas surpris, je m’y étais préparé. Il aurait peut-être pu faire encore plus de victimes”, expliquait son frère au Parisien. “C’est l’unique soulagement que je peux ressentir. Maintenant, je ne veux plus qu’on me parle de cette histoire.

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Portrait d'un homme complexe et ambivalent

Qui était réellement Albert Foulcher ? Fils d'une famille modeste, il quitte l'école à 14 ans et exerce divers métiers avant de devenir assureur. Disert et en même temps secret, à la fois déterminé et versatile, attaché à l'argent, mais capable de vivre sans, il semble animé d'une ambition sociale et d'une soif de reconnaissance.

A Béziers, Albert Foulcher a travaillé comme ambulancier au début des années quatre-vingt dans la société de la famille Pla. Le fils, Christophe Pla, évoque ce qu’il appelle « la vie précédente » d’Albert Foulcher. « Moi, j’ai connu quelqu’un de bien. Gentil, jovial, sportif, bien dans sa peau. Il a toujours très bien travaillé, été apprécié de nos clients. Il disait qu’il voulait rétablir la vérité par rapport à l’affaire de 1993. Mais je ne l’aurai jamais cru capable d’un tel massacre. Il a pété les plombs, je crois bien que c’est ça. »

Mais derrière cette façade se cache un homme capable d'une violence extrême, obsédé par l'idée d'une injustice qu'il aurait subie. Son parcours est marqué par des relations conflictuelles, des échecs professionnels et une incapacité à assumer ses responsabilités.

Les conséquences et l'impact de l'affaire Foulcher

L'affaire Albert Foulcher a profondément marqué les esprits dans le Biterrois. Elle a mis en lumière les failles d'un système judiciaire incapable d'empêcher un homme dangereux de passer à l'acte. Elle a également révélé la complexité de la nature humaine et la fragilité des destins.

Pour les familles des victimes, le suicide d'Albert Foulcher n'efface pas la douleur et le traumatisme causés par ses actes. Son fils Benjamin exprime sa tristesse et son désarroi : « L’enquête a été bâclée et on assiste maintenant à un règlement de comptes. Je suis convaincu de son innocence dans cette affaire. Maintenant, il a tué quatre personnes et je ne peux plus dire que ce n’est pas un meurtrier. Mais si la justice avait fait convenablement son travail, on n’en serait pas là aujourd’hui. Je dis ça pour mon père et pour les familles des victimes pour lesquelles je suis désolé », lâche son fils Benjamin. Avant de rajouter : « Demandez aux gens qui l’ont vraiment connu qui était mon père. »

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L'affaire Foulcher reste un exemple glaçant de la façon dont la rancœur et la frustration peuvent conduire un homme à basculer dans la folie meurtrière.

Chronologie des événements clés

  • 1993 : Meurtre d'André Meffray. Arrestation et incarcération d'Albert Foulcher.
  • 1996 : Libération conditionnelle d'Albert Foulcher.
  • Mars 2000 : Condamnation par contumace d'Albert Foulcher à la réclusion criminelle à perpétuité.
  • 8 janvier 2001 : Assassinat de quatre personnes par Albert Foulcher à Narbonne et ses environs.
  • 17 janvier 2001 : Suicide d'Albert Foulcher à Béziers.

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