Alain Juppé, figure marquante de la politique française, est né le 15 août 1945 à Mont-de-Marsan, dans les Landes. Son parcours est celui d'un homme d'État ayant occupé les plus hautes fonctions, de Premier ministre à maire de Bordeaux, en passant par divers ministères.
Jeunesse et formation
Fils de Robert Juppé, membre du corps franc Pommiès (CFP) et exploitant agricole, et de Marie Darroze, magistrat, Alain Juppé effectue ses études primaires et secondaires à Mont-de-Marsan. Il décrit cette période comme celle d'une petite ville tranquille, voire un peu endormie.
Il poursuit ensuite ses études à Paris, intégrant la classe préparatoire littéraire du lycée Louis-le-Grand, puis l’École normale supérieure. Il est agrégé de lettres classiques. Son parcours académique se poursuit à l’Institut d’études politiques de Paris et à l’École nationale d’administration (ENA), promotion Charles-de-Gaulle.
De 1969 à 1970, il effectue son service militaire à la caserne de Balard, à Paris, puis à la base aérienne d’Évreux et enfin à la caserne de Mont-de-Marsan, sa ville natale.
Débuts dans la haute fonction publique
À sa sortie de l’ENA, Alain Juppé est engagé à l’Inspection générale des finances (IGF). Il y est chargé de la vérification et des enquêtes sur les organismes assujettis au contrôle de l’IGF, et devient en 1975 chargé de mission auprès du chef de l’IGF.
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En 1976, il quitte l’entreprise pour rejoindre le cabinet du Premier ministre Jacques Chirac, en tant que chargé de mission pour la rédaction de discours et la réalisation d’études économiques. Il restera à ce poste jusqu’en 1978, avant de devenir conseiller technique au ministère de la Coopération sous les ordres de Robert Galley.
Premiers pas en politique
En 1978, Alain Juppé se présente aux élections législatives dans la 1re circonscription des Landes, mais est battu par le député sortant socialiste Roger Duroure. Il est également battu l’année suivante au second tour des cantonales dans le Mont-de-Marsan-Nord par Philippe Labeyrie.
Il prend cependant la présidence de la fédération départementale RPR des Landes en 1979, et retourne à Paris où il travaille de nouveau aux côtés de Jacques Chirac à la mairie de Paris. Il est élu au Conseil national du RPR, et est nommé adjoint à la direction des finances et des affaires économiques de la ville de Paris.
Avec Michel Aurillac, il participe à la création du Club 89, un laboratoire d’idées chargé d’élaborer les programmes du parti de Jacques Chirac pour les élections législatives de 1986 et les élections présidentielles de 1988. De 1984 à 1986, il est également secrétaire national du RPR, chargé du redressement économique et social.
En 1983, il devient adjoint au maire de Paris auprès de Jacques Chirac, chargé des Finances, poste qu’il occupera jusqu’en 1995.
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Ascension politique
En 1984, Alain Juppé est élu député européen, puis député de Paris lors des élections législatives de 1986. Il ne siège pas à l’Assemblée nationale, car il est nommé ministre délégué au budget auprès d’Édouard Balladur, ministre d’État, ministre de l’Économie, des Finances et de la Privatisation, et porte-parole du gouvernement.
De 1988 à 1994, il est secrétaire général du RPR. En 1989, il mène avec Valéry Giscard d’Estaing la liste RPR-UDF aux élections européennes, qui remporte les élections avec près de 30% des voix.
En 1993, lors de la deuxième cohabitation, Alain Juppé devient ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement d’Édouard Balladur.
Premier ministre (1995-1997)
Après la victoire de Jacques Chirac à l’élection présidentielle de mai 1995, Alain Juppé est nommé Premier ministre. Il conserve la présidence du RPR jusqu’à la défaite du parti aux élections législatives de 1997.
Le 23 mai 1995, Alain Juppé présente son programme d’action devant l’Assemblée nationale. Les principales mesures envisagées visent à agir sur les conditions d’emploi, d’accès au logement, sur la réinsertion économique et sociale et l’aide aux personnes âgées. L’objectif affiché est de lutter contre les formes d’exclusion. Il annonce son intention d’alléger les charges sur les bas salaires et d’instituer un « contrat initiative-emploi » pour « remettre en marche le moteur de l’intégration sociale ».
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Alain Juppé fait le choix d’une politique soucieuse des critères de convergence fixés par le traité de Maastricht. Le 26 octobre 1995, le président de la République annonce des efforts supplémentaires pendant deux ans au nom du dessein européen. Le Premier ministre cherche à réduire la fracture sociale, diagnostiquée par le candidat Chirac, dans ce cadre. Il crée 38 zones franches, exonérées d’impôts pendant cinq ans pour relancer l’activité.
Le 15 novembre 1995, il présente à l’Assemblée nationale son plan de réforme de la protection sociale, dit « plan Juppé ». Ce plan prévoit un allongement de la durée de cotisation de 37,5 à 40 annuités pour les salariés de la fonction publique, afin de l'aligner sur celle du secteur privé. Il prévoit également l’établissement d’une loi annuelle de la Sécurité sociale pour fixer les objectifs de progression des dépenses maladies, avec des sanctions pour les médecins qui dépassent cet objectif.
Les mouvements de grève de novembre et décembre 1995 emportent une part des réformes. Le Premier ministre doit engager la responsabilité du gouvernement via l’article 49-3 pour obtenir le droit d’user d’ordonnances. Le gouvernement maintient la réforme de la Sécurité sociale, et une loi votée le 30 décembre suivant lui permet de légiférer par ordonnances en la matière.
En 1996, le service militaire est suspendu. En 1997, Jacques Chirac dissout l’Assemblée nationale, entraînant une troisième cohabitation. Alain Juppé cesse d’être Premier ministre le 2 juin 1997, lorsque l’opposition remporte les élections législatives, laissant la place à Lionel Jospin.
Traversée du désert et retour en politique
Le 16 juin 2002, Alain Juppé est réélu député dans la 2e circonscription de la Gironde. De 2002 à 2004, il est président fondateur de l’UMP, qu’il dirige de 2002 à 2004.
En 1999, il est mis en examen pour abus de confiance, recel d’abus de biens sociaux et prise illégale d’intérêt dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. En 2004, il est condamné en appel à 14 mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité. Suite à cette condamnation, il quitte toute vie politique et part au Québec où il enseigne à l'École nationale d'administration publique de Montréal.
En août 2006, Alain Juppé annonce son retour en politique et sa volonté de reconquérir le siège de maire de Bordeaux. En octobre 2006, il remporte les élections municipales partielles dès le premier tour et redevient maire de Bordeaux. Il démissionne cependant très rapidement après avoir été battu au second tour des élections législatives dans la 2e circonscription de la Gironde.
Ministre sous Nicolas Sarkozy (2007-2012)
Lorsque François Fillon crée son troisième gouvernement à la suite du remaniement, Alain Juppé est nommé ministre d’État, ministre de la Défense et des Anciens Combattants. Il est ensuite nommé en 2011 ministre des Affaires étrangères et européennes, tout en restant ministre d’État.
Maire de Bordeaux (2006-2019)
Après avoir quitté son poste de ministre à l’établissement du nouveau gouvernement, il reprend son rôle de maire de Bordeaux après avoir remporté les élections municipales de 2014. Il modernise la ville et marque la politique locale.
Candidature à la primaire de la droite (2016)
En août 2014, Alain Juppé annonce sa candidature à la primaire de la droite pour l'élection présidentielle de 2017. Donné longtemps favori, il est devancé par François Fillon lors du premier tour. Le 20 novembre 2016, François Fillon le devance avec plus de 44% des voix lors du premier tour de la primaire. Le 27 novembre 2016, il est battu par François Fillon, qui devient le candidat des Républicains pour mai 2017.
Conseil constitutionnel (depuis 2019)
En 2019, Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale, propose à Alain Juppé de siéger au Conseil constitutionnel en remplacement de Lionel Jospin, ce qu’il accepte, démissionnant de ses mandats de maire de Bordeaux et de président de la métropole.
Vie privée
En 1965, Alain Juppé épouse Christine Leblond, rencontrée lorsqu'ils avaient 16 ans. Ensemble, ils ont deux enfants : Laurent, né en 1967, et Marion, née en 1973. En 1988, il rencontre la journaliste Isabelle Bodin. Après leurs divorces respectifs, ils se marient le 29 avril 1993 et ont une fille, Clara, née en octobre 1995.
Publications
Alain Juppé est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont :
- « Sur quelques injustices économiques et sociales du socialiste » (1982)
- « France, mon pays : lettres d’un voyageur » (avec Isabelle Juppé, 2006)
- « La Politique, telle qu’elle meurt de ne pas être, un débat conduit par Bernard Guetta » (avec Michel Rocard, 2010)
- « Pour un État fort » (2016)
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