L'élevage allaitant français est à la croisée des chemins. Face aux défis démographiques, économiques et environnementaux, le secteur doit se réinventer pour assurer sa pérennité. Le congrès de la Fédération Nationale Bovine (FNB) à Metz a mis en lumière ces enjeux cruciaux et les pistes à explorer.
Un Secteur en Mutation : Constats et Enjeux
Conserver le système allaitant français est un défi majeur pour l'agriculture. Les éleveurs de plus de 55 ans détiennent près de la moitié (46 %) du cheptel allaitant, ce qui soulève des questions sur la transmission des exploitations et le renouvellement des générations. La profession a subi une perte importante de vaches, avec près de 500 000 disparues en six ans, et 300 000 de plus si l’on tient compte des vaches laitières. Cette décapitalisation du cheptel bovin français, tant allaitant que laitier, se traduit par une augmentation des importations de viande bovine en France, alors que la consommation reste stable. Aujourd'hui, 29 % de la viande bovine consommée en France est importée. De plus, un cheptel de mères en recul ne permet pas de produire suffisamment de veaux pour alimenter les marchés du broutard en Espagne et en Italie.
Christophe Soulard souligne que, malgré des cours de la viande bovine supérieurs à ce qu'ils ont été par le passé, les charges ont explosé et les aléas climatiques se répètent. Il estime à 70 à 80 centimes le manque à gagner par rapport au coût de production. Soulard craint que le prix de la viande importée ne finisse par fixer le prix de la viande française, comme cela s'est produit pour la filière ovine il y a plus de 20 ans.
Les Obstacles au Renouvellement des Générations
Le manque d'attractivité du métier d'éleveur auprès des jeunes est un frein majeur. C'est une production qui demande de l'investissement et les nouvelles générations veulent pouvoir profiter de leur famille, avoir des congés. Il est possible de se dégager du temps en élevage, mais la condition primordiale pour cela, et plus largement pour installer de nouveaux éleveurs, est une rémunération juste. Il est impératif que la loi Egalim soit appliquée et que les coûts de production soient pris en compte.
Témoignages d'Agriculteurs : Entre Préoccupations et Adaptations
Rémi Chaudron : La Vente Directe comme Solution
Rémi Chaudron, éleveur, témoigne de la difficulté de vivre de son métier face à la pression des prix exercée par certaines grandes enseignes. Il a choisi de développer la vente directe pour mieux valoriser sa production et établir un lien direct avec les consommateurs. « De simple éleveur, je deviens éleveur commerçant, mon travail est en pleine transformation ». Il nourrit ses animaux avec des aliments de qualité, privilégiant la production locale et évitant le soja d'Amérique du sud et les OGM.
Lire aussi: Tout savoir sur l'accouchement bovin
Vincent et Jennifer Hoffmann : L'Élevage de Galloway, un Choix de Rusticité
Dans la commune de Dalem, Vincent Hoffmann et sa fille Jennifer ont fait le choix d'élever des galloways, une race bovine rustique et peu exigeante. Jennifer explique que cette race a été choisie pour sa rusticité et sa facilité de vêlage. Les animaux sont dehors toute l’année. La vente directe en caissettes permet de valoriser la viande, appréciée pour son persillage et ses petits morceaux.
Pierre Gandar : Simplicité et Autonomie
Pierre Gandar, jeune agriculteur, a repris une exploitation agricole hors cadre familial. La simplicité du système et le fait de pouvoir y travailler seul ont été la trame de travail pour son projet.
Jean-Paul Samson : La Conversion au Bio, un Retour aux Sources
Jean-Paul Samson, éleveur-céréalier, a engagé sa conversion au bio en 2016. Il témoigne de la complexité de cette transition, mais aussi de sa conviction d'être sur la bonne voie du développement durable. Désormais, il n’a plus que deux interlocuteurs, la coopérative Probiolor de Vézelize pour acheter ses semences et vendre ses céréales, et la coopérative Unébio et son abattoir de Mirecourt, le seul à être doté d’une chaîne bio dans la région.
Rémi Mayaux : Un Jeune Agriculteur Passionné
Rémi Mayaux, jeune agriculteur de 19 ans, incarne l'espoir du renouvellement des générations. En 2016 déjà je savais que je voulais reprendre l’exploitation, je suis la quatrième génération de la famille à m’installer sur la ferme. Il a choisi d'ajouter un atelier allaitant à l'exploitation familiale pour valoriser les prairies. En septembre 2022 nous avons donc acheté des vaches et des génisses Vosgiennes. Pour le moment j’ai 24 animaux, l’objectif serait d’obtenir 20 vêlages par an et de faire de la génétique. Il a choisi cette race par passion, ce sont de belles bêtes, elles sont calmes même si elles gardent leur caractère.
Philippe Bernard : Adaptation et Confiance
Philippe Bernard, agriculteur, a su s'adapter à la crise du Covid-19 en réorganisant son travail et en anticipant les difficultés. Il ose croire que cette crise, qui a entraîné une diminution des importations d’Amérique du Sud, va permettre aux consommateurs de retrouver le goût de la « viande de qualité », entendons celle qui provient de France ou de l’union européenne. Il espère également une réhabilitation de la chimie, soulignant l'importance de la recherche et du phytosanitaire pour l'agriculture.
Lire aussi: Allaitement et poids: démêler le vrai du faux
Les Pistes d'Action : Cohérence des Politiques et Valorisation de la Production
L’avenir de l’élevage français et européen passe aussi par la mise en œuvre d’une « plus grande cohérence dans les politiques publiques » qu’elles soient élaborées à Paris ou à Bruxelles, a notamment expliqué le président de la FNB, Bruno Dufayet.
Lutter contre la concurrence déloyale
Pour Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, il faut mettre un terme à « cet amalgame idéologique insoutenable ». Un avis partagé par le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau qui a affirmé que cette directive « est un non-sens » et qu’elle peut « générer des effets pervers comme pousser au gigantisme des exploitations ». Patrice Faucon, vice-président de la FNB a demandé pour sa part une plus grande cohérence dans la définition de la durabilité « car elle diffère selon les ministères ». Cependant cette mise en cohérence est aussi tributaire des accords de libre-échange (ALE) « qui sont préjudiciables à l’élevage français », a déclaré la présidente de la FNSEA, très remontée contre les déclarations du Chancelier allemand, Olaf Scholz. En visite en Amérique du Sud, il a poussé l’Union européenne à signer « rapidement » l’ALE avec le Mercosur. « Il faut poursuivre le chantier des mesures et des clauses miroirs et mettre le tout en cohérence avec Farm to Fork », a-t-elle plaidé. Sur ce sujet, le ministère de l’Agriculture a réaffirmé qu’il « n’est pas question de signer cet accord en l’état », précisant que « ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’accord un jour avec le Mercosur ». Pour la FNB, il n’est bien sûr pas question de s’opposer aux accords commerciaux internationaux.
Améliorer la gestion des risques
La gestion des risques en agriculture a été abordée lors du congrès. Le système assurantiel qui se profile pour les systèmes herbagers est basé sur la cartographie satellitaire. Or, il est clair que cette dernière ne reflète pas la réalité et n'est pas paramétrée correctement. Suite à la sécheresse de l'été 2022 et aux estimations des calamités, il y a de gros écarts entre les observations du satellite et celles du terrain. Le système est censé repérer la pousse de l'herbe or, ce n'est pas parce que le satellite voit une zone verte que l'herbe pousse effectivement. Il est demandé que la cartographie satellitaire soit complétée par des observations de terrain dans des fermes de référence.
Valoriser la qualité et l'origine
Il est essentiel de valoriser la qualité de la viande française et de sensibiliser les consommateurs à l'importance de soutenir les producteurs locaux. La vente directe, les circuits courts et les démarches de certification peuvent contribuer à une meilleure rémunération des éleveurs.
Lire aussi: Analyse de la marge brute
tags: #agriculteur #allaitant #Metz #témoignages
