L'accouchement chez la vache, ou vêlage, est un événement crucial dans l'élevage bovin, qu'il s'agisse d'élevages laitiers ou allaitants. Comprendre les différentes étapes de la gestation, les signes avant-coureurs du vêlage, et les interventions possibles est essentiel pour assurer le bien-être de la vache et du veau, ainsi que pour optimiser la productivité de l'élevage. Cet article explore en profondeur ce processus, en s'appuyant sur des informations pratiques et des témoignages d'éleveurs.
La Gestation : Préparation à la Naissance
Durée et Facteurs Influents
La gestation d'une vache, période pendant laquelle elle porte un fœtus en développement, dure en moyenne 283 jours, soit environ neuf mois. Plusieurs facteurs peuvent influencer cette durée :
- La race : Différentes races de vaches ont des périodes de gestation distinctes.
- L'âge et la santé de la vache : Une vache plus âgée ou en moins bonne santé peut avoir une gestation légèrement différente.
- L'environnement : Le stress, l'alimentation et les variations saisonnières peuvent jouer un rôle.
- Le nombre de veaux : Les gestations avec un veau unique ont tendance à durer quelques jours de plus que celles avec des veaux multiples. Ainsi, lors d'un vêlage, deux veaux, ça se voit souvent ; trois, beaucoup moins souvent ; quatre, c'est un événement chez l'éleveur qui fait l'étonnement et l'admiration dans les alentours.
Étapes de la Gestation
La gestation se divise en trois étapes principales :
- Fécondation et formation de l'embryon : La gestation des vaches commence par la fécondation de l’œuf par le sperme d’un taureau. Cet œuf fécondé, désormais appelé fœtus, commence à se diviser et à former un embryon.
- Croissance du fœtus : Il s’agit de la plus longue des trois étapes, d’une durée d’environ 200 jours. C’est une période cruciale de croissance et de développement pour le veau.
- Développement accéléré et préparation à la mise bas : À mesure que la date de mise bas approche, le développement du veau s’accélère. Au cours des trois derniers mois, le veau prend rapidement du poids, passant d’environ quatre kilogrammes à une quarantaine de kilogrammes. Dans le même temps, le corps de la vache se prépare à l’accouchement.
Besoins Nutritionnels Pendant la Gestation
Durant la gestation, la vache a des besoins spécifiques liés à sa condition. Pour lui apporter tout le confort nécessaire, une complémentation peut être utile. Les oligo-éléments et vitamines jouent ainsi un rôle essentiel dans nombre de réactions hormonales, notamment en ce qui concerne le maintien de la gestation. Le manganèse contribue par exemple à éviter les fausse-couches en permettant la nidation de l’embryon et sa survie au début de la gestation. L’iode favorise la synthèse des hormones thyroïdiennes, qui passent à travers le placenta et sont transférées au fœtus pendant la gestation via le colostrum. En fin de gestation et en début de lactation, certains aliments complémentaires comme les bolus Rumitop, à base de cobalt, de levures et de niacine, peuvent également contribuer à la relance de la rumination. Pendant toute la gestation, les besoins alimentaires de la vache augmentent. Et pendant le dernier tiers de la gestation, l'organisme de la vache qui porte un veau doit maintenir en permanence deux objectifs un peu contradictoires :
- Son alimentation doit pouvoir fournir suffisamment de matériau de construction au fœtus pour qu'il puisse grossir de 35 kg en 3 mois.
- Mais pendant qu'il grossit dans l'utérus, le veau repousse la panse de la vache vers l'avant. Ce qui diminue un peu le volume de cet estomac et augmente la pression dans le ventre de la vache, à la fois sur l'appareil digestif, sur la vessie… et augmente le volume total de l'abdomen. La vache doit donc manger plus avec un estomac plus comprimé.
Le Vêlage : Un Processus Naturel
Signes Avant-Coureurs
À mesure que la vache approche de la fin de sa gestation, certains signes indiquent que la mise bas est imminente. Pour prévoir à quel moment le début du travail va se faire, plusieurs critères sont observables :
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- Si la vache va faire son premier veau, le pis s'élargit, gonfle (œdème). Sur les vaches plus âgées, la montée de lait commence très peu de temps avant le vêlage.
- Les ligaments du bassin de la vache se relâchent : ils se distendent, ce qui permettra au veau de passer à travers le bassin pendant la naissance. Cette relaxation fait descendre la base de la queue entre les pointes des fesses de la vache, si on l'observe de l'arrière. Le bout de la queue est aussi souvent "tout mou".
- À l’approche du vêlage, la vache recherche un endroit calme et présente des symptômes particuliers : couchers et relevés répétés, contractions de l’abdomen, soulèvements de la queue. La température corporelle normale de la vache se situe entre 38,5 °C et 39,2 °C, elle commence à s’élever 3 à 5 jours avant le vêlage et diminue le jour du vêlage. Le relâchement des ligaments sacro-sciatiques et de la queue, la plénitude mammaire, la tuméfaction de la vulve et l’écoulement du mucus cervical apparaissent dans les 24 à 72 heures précédant le vêlage.
- L’expulsion de la poche des eaux signe une expulsion du veau dans les 2 à 6 heures. Tout facteur de stress va perturber la mise bas : préparation insuffisante, non-dilatation de col, utérus atone. Cela va influencer le post-vêlage avec une dégradation de la production lactée, de l’involution utérine et de la reprise de la fonction cyclique ovarienne.
Les Étapes du Vêlage
L'ensemble des événements qui vont permettre au veau de naître s'appelle le vêlage. Lorsque l’heure du vêlage arrive, la vache entre en travail. Comme chez l’humain, cette étape s’accompagne de périodes de contractions. Le vêlage se déroule en trois étapes principales :
- Dilatation du col utérin et début des contractions : Le premier stade du vêlage dure en général 4 heures (6 heures si la vache vêle pour la première fois). Le col de l'utérus, jusqu'alors contracté, se dilate. Dans le même temps, les premières contractions utérines, encore irrégulières, démarrent. Elles commencent à déplacer le fœtus vers l'arrière. Mais c'est la "poche des eaux" qui va se trouver entre le fœtus et le col de l'utérus.
- Expulsion du veau : Cette étape dure de 2 à 10 heures, une vache adulte donnant généralement naissance au veau en 3 heures. Les contractions augmentent en intensité et régularité, poussant le fœtus. La poche des eaux se rompt alors. Le fœtus progresse dans la filière pelvienne : ses pattes avant apparaissent d'abord à l'extérieur, puis sa tête. Ce qui permet de ne pas rompre le cordon ombilical pendant que la tête du veau est encore à l'intérieur (le veau ne pourrait alors pas respirer). La vache se couche. Ce qui a pour effet de ramener l'utérus à l'horizontale et d'améliorer l'efficacité des contractions utérines : la panse pousse alors passivement le veau vers l'arrière et les contractions le "guident" vers la sortie.
- Délivrance : Pendant cette troisième étape, le veau est au sol, encore englué, léché par sa mère, le cordon ombilical rompu. Le reste du placenta est alors expulsé de l'utérus, dont le volume a brutalement diminué, mais qui continue de se contracter. Ces restes de placenta, appelés "délivre", sont expulsés dans les 12 heures suivant le veau. Si l'éleveur ne trouve pas ces restes aux côtés de la vache (cela survient spontanément dans 5 à 10 % des cas), il appelle alors le vétérinaire, qui va venir effectuer la "délivrance", soit en injectant des produits qui vont stimuler les contractions, soit en intervenant manuellement. En effet, si ces tissus morts étaient laissés dans l'utérus, ils risqueraient d'y provoquer une infection.
Surveillance et Assistance au Vêlage
Il est important pour un éleveur d'observer ses vaches pendant le travail. Avant tout pour pouvoir la placer à temps dans un espace à part, où elle sera tranquille pour mettre bas. Mais également pour détecter à temps toute anomalie qui nécessiterait l'intervention du vétérinaire. Toutefois, il faut déranger la vache le moins possible pendant le vêlage : certains éleveurs utilisent une caméra vidéo reliée à leur propre chambre à coucher pour pouvoir observer le travail de la vache qui a choisi de vêler pendant la nuit. Dès les signes prémonitoires du vêlage, une attention particulière est à apporter avec une surveillance renforcée sans déranger l’animal. Un local ou box de vêlage permet d’isoler la vache. Il sera suffisamment grand (surface minimale de 15 m² et pas de côté inférieur à 3 m), paillé, éclairé, bien ventilé, strictement réservé aux vêlages et soigneusement nettoyé.
Les outils d’aide à la détection des vêlages sont basés sur la mesure des modifications physiques concomitantes à l’expulsion du veau (température vaginale, position de la queue) ou des contractions musculaires abdominales avant et pendant le vêlage. La sensibilité, la spécificité, la facilité d’utilisation et la valeur prédictive positive de détection sont à prendre en compte. Le seul bémol est que ces outils demandent la manipulation des vaches avant la date supposée du vêlage pour leur mise en place. La vidéosurveillance permet une surveillance à distance sans manipulation des vaches pour installer un capteur mais nécessite une observation régulière.
Dystocies : Quand l'Intervention Devient Nécessaire
La position normale du veau dans l'utérus au moment du vêlage est très importante : si le veau est bien positionné, la vache va pouvoir lui donner naissance sans aide extérieure. Mais dans environ 5 % des cas le veau est mal positionné dans l'utérus. L'intervention de l'éleveur, ou du vétérinaire, devient alors impérative pour sauver le veau et sa mère. Parfois, il n'est pas possible de sortir l'animal par les voies naturelles.
Lorsqu’un problème survient à la vache et/ou à son ou ses veaux, le vêlage est dit anormal ou dystocique. « Dystocie » signifie textuellement naissance difficile. Il s'agit de tout vêlage qui a ou aurait nécessité une intervention extérieure. Les conséquences des dystocies peuvent être, pour la mère, une mortalité, une douleur, une stérilité et des maladies puerpérales augmentées et, pour le veau, des risques d’anoxie, une augmentation des taux de mortalité et de morbidité néonatale. Il convient donc de repérer ces situations le plus précocement possible… mais sans être trop interventionniste !
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Si la vache présente des coliques depuis plus de deux heures sans évolution, si la phase de dilatation dure plus de six heures ou la phase d’expulsion plus de trois heures, une exploration sera effectuée. Elle sera réalisée avec propreté, douceur et méthode sur une vache debout et débouchera sur une décision d’attente, d’intervention ou d’appel du vétérinaire. Lors de décision d’intervention, elle doit déboucher rapidement sur la naissance du veau. Si le veau est ou peut être mis en position normale et les tests de traction sont favorables (avec la traction de 2 personnes, pouvoir engager simultanément dans le bassin la tête et les 2 membres antérieurs), l’extraction peut être entreprise. Une aide mécanique est parfois indispensable. Les vêleuses permettent d’exercer une force de traction pouvant s’élever jusqu’à 450 kg contre 70 kg pour les contractions de la vache. Dans toutes les autres situations, il sera fait appel au vétérinaire en anticipant la possibilité d’une césarienne (isolement de la vache si ce n’était pas le cas, préparation d’eau propre).
Soins Post-Vêlage : Assurer le Bien-Être de la Mère et du Veau
Soins à la Vache
Le vêlage a débuté sur une vache debout. L’après vêlage doit se réaliser de même. Si la vache s’est couchée au cours du vêlage, on procédera à son relevé. En cas de vêlage difficile et une fois la vache debout, il sera observé l’éventuelle présence d’hémorragie qui nécessite un pincement immédiat avec les doigts et un appel urgent du vétérinaire. Une exploration vaginale et utérine sera effectuée pour vérifier l’absence de lésions et l’éventuelle présence d’un second veau notamment si le premier est de petit format. Enfin, on veillera à mettre à disposition de la vache eau et nourriture, le vêlage étant éprouvant pour l’animal et impactant la production de lait les premiers jours.
Soins au Veau
Après le vêlage, il faut encore prodiguer des soins appropriés au jeune veau. Tous les veaux ne pèsent pas le même poids à la naissance. Cela dépend tout particulièrement de la race des parents. Lorsque l'éleveur assiste au vêlage, dès la naissance du veau il va lui dégager les narines de toutes les matières liquides qui les bouchent et s'assurer que le veau respire normalement. Dans certains cas, suspendre le veau la tête en bas aide à éliminer ces matières de l'appareil respiratoire supérieur.
Cela inclut de s’assurer qu’il reçoive rapidement (dans les 12 heures suivant le vêlage) son premier lait, appelé lait de colostrum. Riche en vitamines et en immunoglobuline, il est essentiel pour renforcer son système immunitaire. En effet, le premier lait de sa mère est riche en anticorps. Pendant les 24 premières heures de la vie du veau, son intestin est perméable aux grosses protéines. Ces anticorps contenus dans le premier lait (dénommé colostrum) passent alors directement, du tube digestif, dans le sang du veau : il sera ainsi en quelque sorte passivement "vacciné" par sa mère. La désinfection du reste du cordon ombilical reste un geste important : une infection du nombril est une complication relativement fréquente.
Impact du Vêlage sur la Productivité et la Reproduction
Le vêlage, un facteur déterminant de la productivité numérique et de la reproduction. Si la productivité numérique est sous la dépendance de causes multiples (alimentation, bâtiments, gestion du troupeau, statut immunitaire, relation mère/veau…), le vêlage, son déroulement et les premiers soins aux veaux sont une étape déterminante. Un vêlage difficile (césarienne, extraction forcée) se traduit par des pertes directes sur les produits (mortalité des veaux multipliée par cinq). Les problèmes au vêlage vont également avoir un impact sur la mère : retard de l’involution utérine et du retour en chaleur, production diminuée, taux de réforme deux à trois fois plus élevé, allongement du délai de mise à la reproduction et fertilité plus faible. Cela entraîne un impact majeur sur le taux de gestation, l’intervalle vêlage-vêlage (IVV) et le taux de mortalité des veaux. Toute intervention, même minime, entraîne un allongement de l’IVV de 10 à 40 jours suivant les conditions de naissance.
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L'Expérience de l'Éleveur : Entre Science et Émotion
Être agricultrice c'est se lever aux aurores, rentrer tard le soir, ne plus compter ses heures… Mais c'est aussi pouvoir arrêter le tracteur deux minutes, le temps d'admirer la biche et son petit, ou encore être témoin du miracle des naissances des veaux. » Pour Cynthia, éleveuse laitière Québecoise, être agricultrice est une chance mais qu'en est-il lorsqu'il s'agit de concilier vie de famille et vie à la ferme ?
Être une maman agricultrice, c’est lorsque notre fille trouve étrange que certaines personnes doivent acheter du lait à l’épicerie, alors que nous, "on l’achète aux vaches". C’est lorsque papa, qui travaille sur la route, est meilleur pour mettre la crème solaire, "parce qu’il a les mains douces, lui". C’est entendre notre conjoint comparer notre accouchement à un vêlage, pour rire… C’est pouvoir regarder les yeux émerveillés de nos enfants qui voient un veau naître pour la première fois. C’est éviter les casse-têtes des journées pédagogiques en emmenant nos cocos avec nous à la ferme. C’est offrir un immense terrain de jeux à même la cour, sans avoir à se déplacer.
Après des années à exercer le métier de sage-femme, Béatrice de Kerimel se questionne et décide de devenir exploitante agricole. Ses vaches se débrouillent toutes seules quand leurs petits se présentent. « Ce sont des races rustiques et on sélectionne les taureaux pour que ça ne fasse pas de trop gros veaux. Donc, je ne les accouche pas ! ».
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