L'allaitement maternel est une expérience à la fois physique et émotionnelle intense pour la mère et l'enfant. Cependant, il peut également être une source d'agressivité, de stress post-traumatique ou de souvenirs douloureux pour certaines femmes, en particulier celles qui ont subi des abus sexuels dans leur enfance. Cet article explore les causes potentielles de l'agressivité chez les femmes qui allaitent, ainsi que les solutions et le soutien disponibles.
Les violences éducatives ordinaires et leur impact
Il est important de noter que la violence, sous quelque forme que ce soit, n'est pas un mode d'éducation approprié. Les violences éducatives ordinaires, qui incluent les cris, les insultes, les moqueries, le rabaissement, la peur, les menaces et la culpabilisation, peuvent avoir un impact négatif sur le développement de l'enfant et entraîner des troubles tels que l'anxiété, l'agressivité et la dépression à long terme. La loi du 10 juillet 2019 interdit ces pratiques, reconnaissant que chaque parent est responsable de la sécurité et du respect des droits de son enfant.
Abus sexuels antérieurs et allaitement
Le maternage et l'allaitement peuvent raviver douloureusement les souvenirs d'abus sexuels chez les femmes qui en ont été victimes. Le vécu sensuel de l'allaitement peut être insupportable pour certaines mères, rendant les tétées difficiles émotionnellement et pouvant déclencher des flash-back. Une étude a révélé que jusqu'à 25 % des femmes expérimentent un certain degré d'excitation sexuelle pendant les tétées, ce qui peut être très mal vécu par celles qui ont subi des abus.
Jan Coles a mené une étude pour mieux comprendre le vécu de mères ayant des antécédents d'abus sexuels infligés par un membre de leur famille et ayant allaité pendant au moins trois mois. Les résultats ont montré que ces mères considéraient l'allaitement comme un moyen de renforcer leur relation avec leur bébé, se sentant de bonnes mères en lui fournissant le lait nécessaire à sa croissance et à son développement. Cependant, certaines mères ont également ressenti des émotions négatives difficiles, comme l'impression d'être "exploitées" ou que leurs enfants n'étaient pas vraiment les leurs.
L'allaitement pouvait également permettre à ces mères d'avoir une image plus positive de leur corps, leurs seins remplissant leur rôle biologique. Elles résolvaient souvent le conflit entre les rôles sexuel et nourricier des seins en les désexualisant. Pour certaines, l'allaitement était juste un travail à accomplir, un devoir, une routine qui ne leur apportait aucun plaisir. L'allaitement en public était également souvent difficile pour ces mères.
Lire aussi: Allaitement : réalités et débats en France
Solutions et soutien pour les femmes ayant subi des abus
Les femmes ayant des antécédents d'abus sexuels qui souhaitent allaiter peuvent présenter des problèmes spécifiques qui auront un impact négatif sur l'allaitement. Elles auront besoin d'un environnement sécurisant pour allaiter pendant leur séjour en maternité. Si un professionnel de santé estime devoir toucher le corps de la mère ou son bébé, il sera nécessaire de lui expliquer pourquoi et de lui demander son accord.
Le South Eastern Centre Against Sexual Assault propose les suggestions suivantes pour aider ces mères :
- Informer les mères sur l'allaitement, sa physiologie et sa pratique.
- Suggérer à la mère d'avoir un certain contrôle sur l'environnement des tétées, à la maternité comme à la maison.
- Encourager la mère à dire clairement aux membres de l'équipe soignante ce qui peut aider comme ce qui doit être évité (comme toucher les seins par exemple).
- Informer la mère sur les moyens d'allaiter discrètement. L'utilisation d'une écharpe ou d'un poncho permet d'allaiter en toute discrétion.
- Regarder la télévision, lire, écouter de la musique… pendant les tétées peut limiter les difficultés émotionnelles.
- Discuter avec la mère au sujet d'un changement de lieu pour les tétées nocturnes, ou sur les distractions qui les rendront plus faciles. Si les tétées nocturnes sont trop difficiles émotionnellement, le père peut nourrir l'enfant la nuit (éventuellement avec du lait maternel exprimé).
- Si les tétées sont trop difficiles à vivre, la mère peut tirer son lait pour le donner à son bébé.
- Mettre des limites aux comportements de l'enfant pendant la tétée qui sont mal vécus par la mère, ou trouver des distractions pour son enfant.
- Rappeler que l'OMS recommande l'allaitement jusqu'à 2 ans et au-delà, et que le plaisir sensuel pendant les tétées est une réponse physiologique normale qui ne signifie pas du tout que la femme expérimente des sentiments d'ordre sexuel pour son enfant.
- Tenir compte de la sensibilité exacerbée à la douleur, des sentiments de dissociation ou de sidération, qui peuvent rendre les problèmes d'allaitement plus difficiles à résoudre.
- Veiller à prendre soin de soi, car ces femmes sont souvent plus sujettes aux infections en raison d'une mauvaise réponse immunitaire.
- Fournir un conseil médical approprié en cas d'alcoolisme ou de toxicomanie, car les femmes ayant subi des abus sexuels ont un risque plus élevé de ces problèmes.
L'importance du soutien psychologique
Lorsqu'une femme semble avoir des problèmes émotionnels majeurs liés à l'allaitement, ou des symptômes évoquant un stress post-traumatique, des antécédents d'abus sexuel peuvent être en cause. Il est essentiel de ne pas rester isolé(e) et de parler de sa situation. Consulter un psychologue peut aider à sortir de cette emprise et à effectuer un travail sur soi.
Une étude a révélé que les femmes ayant subi des abus sexuels étaient plus susceptibles de présenter des complications du post-partum et des problèmes d'allaitement tels que les mastites et les mamelons douloureux. Elles étaient également plus susceptibles de rapporter des épisodes dissociatifs pendant les tétées et de revivre le souvenir des abus sexuels, ce qui pouvait avoir un impact sur l'allaitement. Il est donc crucial de leur offrir un soutien adapté et de les aider à se sentir en confiance avec le personnel soignant.
Le syndrome de Stockholm et ses manifestations
Le syndrome de Stockholm est un mécanisme psychologique qui peut se développer chez les victimes d'agression ou de séquestration, les amenant à développer de l'empathie, voire un sentiment amoureux, pour leur agresseur. Bien qu'il ne soit pas officiellement reconnu dans le DSM 5, il est important de comprendre ce phénomène et ses manifestations.
Lire aussi: En savoir plus sur l'agression infantile au collège
Le syndrome de Stockholm peut également se manifester dans les relations de couple, familiales ou professionnelles, où une personne est soumise à de la tension, de la violence physique ou morale, et développe une dépendance envers son agresseur. Il est essentiel de briser le silence dans ces situations et de se faire accompagner par un psychologue pour sortir de cette emprise.
Lire aussi: Enjeux des crèches à Champigny-sur-Marne
tags: #agression #femme #allaitement #causes #solutions
