Depuis les années 70, l'âge moyen auquel les femmes choisissent d'avoir leur premier enfant a reculé. De plus en plus de femmes fondent une famille tardivement, et l’âge moyen pour une première grossesse en Europe est aujourd’hui de 29-30 ans. Cet article explore les risques associés à la grossesse tardive et les moyens de les atténuer.
L'âge idéal pour concevoir : mythes et réalités
Il n'y a pas d'âge idéal pour débuter une grossesse. En termes de fertilité féminine, la meilleure période pour concevoir un enfant se situe entre 18 et 31 ans. Après 30 ans, les femmes voient leur fertilité diminuer, et cette baisse s’accentue encore nettement après 37 ans. Pour les hommes, la question de l’horloge biologique est moins connue, mais elle existe. Chaque année qui passe, pour l’homme comme pour la femme, augmente le risque de ne pas parvenir à obtenir une grossesse et de ne pas aboutir à une naissance vivante.
35 ans est l’âge maternel charnière auquel la fertilité commence à diminuer. Les chances de succès restent bonnes, mais la mise en route d’une grossesse sera peut-être plus longue et le taux de réussite sera moins élevé. Une grossesse à 35 ans est également considérée comme plus à risque. A 40 ans, on se sent encore jeune et en bonne santé, mais la fertilité baisse très rapidement et les risques pendant la grossesse et à la naissance sont très nettement multipliés. Les cycles menstruels peuvent être plus espacés et la réserve ovarienne plus basse. On parle alors de « grossesse tardive » voire de « grossesse gériatrique ». Le nombre de grossesses à 40 ans ou plus ne cesse d’augmenter depuis les années 80. Ces grossesses dites tardives interviennent généralement chez les cadres et les futures mamans nées à l’étranger. Ces grossesses après 40 ans donnent lieu à un suivi médical plus poussé qu'au début de la trentaine, en raison du risque de complications plus élevé.
Fertilité féminine et âge
Les ovaires se forment au stade embryonnaire et les femmes naissent avec un nombre prédéterminé d’ovules. Ces ovules sont au repos jusqu’à la puberté, puis utilisés jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus. La qualité des ovules se dégrade au fil du temps, mais l’ampleur de ce phénomène varie d’une personne à l’autre. Certaines femmes tombent facilement enceintes à 40 ans tandis que d’autres ont plus de mal dès l’âge de 30 ans. Chez la femme la tendance générale reste une fertilité spontanée qui diminue dès 30 ans et nettement après 37 ans, en raison d’une diminution du nombre et de la qualité des ovocytes.
Le risque de ne pas tomber enceinte spontanément augmente donc avec l'âge de la façon suivante :
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- 4 % à 20 ans,
- 14 % à 35 ans,
- 35 % à 40 ans,
- 80 % après 45 ans.
La réduction des probabilités d’être naturellement enceinte est le premier grand handicap après 40 ans. La réserve ovarienne d’une femme de 40 ans a baissé et, même s’il est encore possible d’être enceinte et d’avoir un accouchement normal, sa fertilité ne cesse de baisser.
Facteurs d'infertilité
Les problèmes de fécondité peuvent aussi être liés à l’infertilité masculine, en cause à l’heure actuelle dans 30 à 50% des cas. De nombreux facteurs, tels que l'âge et le mode de vie, influent sur la diminution de la fertilité masculine. Le surpoids, l’obésité, l'exposition des testicules à une forte chaleur régulière ou encore la consommation de tabac ou de cannabis sont susceptibles de jouer un rôle négatif à chacune des étapes de la reproduction chez l’homme. En cause : l’altération de la qualité du sperme. Des dysfonctionnements sexuels, comme des troubles de l’érection ou de l’éjaculation, peuvent également être directement responsables d’infécondité ou s’ajouter aux autres causes.
Tous les facteurs d'infertilité masculine ne sont malheureusement pas encore connus, mais l’on distingue deux mécanismes principaux : une diminution du nombre des spermatozoïdes, appelée oligospermie, et un nombre important de spermatozoïdes aux formes anormales, et donc moins performants, appelé tératospermie. Dans des cas plus rares (1% de la population générale), il y a une absence totale de spermatozoïdes dans le sperme, appelée azoospermie. Elle est due à un dysfonctionnement de la production de spermatozoïdes par les testicules.
Si vous essayez de concevoir depuis un à deux ans sans succès, une consultation médicale devient nécessaire. Cette consultation peut avoir lieu plus tôt, souvent après 6 mois d'essais infructueux, si la femme a plus de 35 ans ou s'il existe une maladie de l'appareil génital connue ou suspectée chez l’un des partenaires. Cette consultation médicale doit se faire en présence des deux membres du couple : vous êtes tous les deux concernés par l'exploration de l'infertilité.
Risques pour la mère
Au-delà de 35-40 ans, les femmes enceintes présentent un risque plus important de complications médicales.
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Au cours de la grossesse, il y a un risque accru d’hypertension artérielle et de diabète. Cette hypertension et ce diabète, dits gestationnels lorsqu’ils surviennent pendant la grossesse, sont systématiquement recherchés par les soignants (médecins ou sage-femmes) chez la femme enceinte. Ce risque est encore augmenté avec l’âge de la femme enceinte. Il faut donc tenir compte de ces risques si l’on envisage une grossesse après 40 ans. Dans le cas d’une fécondation in vitro (FIV), si le recours à un don d’ovocyte est nécessaire, ce qui est plus souvent le cas après 40 ans, le risque d’hypertension et de pré-éclampsie sera augmentée par rapport à une FIV classique.
Les risques les plus fréquents sont :
- Le risque de fausse couche.
- L’hypertension artérielle et la pré éclampsie.
- Le diabète gestationnel.
- Un risque plus élevé d’accouchement par césarienne, souvent lié à des complications lors de l’accouchement naturel.
Par ailleurs, grossesse tardive ou non, il est tout à fait normal de ressentir de l’anxiété à l’idée d’accoucher. Les raisons les plus courantes de ce stress sont la crainte de la douleur ou l’idée qu’il puisse arriver quelque chose au bébé. Cette anxiété a un nom : la tokophobie. Les symptômes peuvent aller de l’angoisse modérée à une détresse sévère. La tokophobie touche 14 % des femmes dans le monde : vous n’êtes pas seule ! Toutes les femmes peuvent un jour y être confrontées et ses conséquences peuvent être importantes, mais, comme toute phobie, cette pathologie peut être traitée.
Au début de la grossesse, si vous en ressentez le besoin, n’hésitez pas à en parler à votre conjoint, vos proches, et à un médecin. Déceler une anxiété et en parler de vive voix permet d’envisager des méthodes de relaxation spécifiques, un suivi psychologique tout au long de la grossesse, ou une intervention adaptée lors de l’accouchement. N’hésitez pas à poser des questions sur tous les sujets qui vous inquiètent : les médecins et sages-femmes sont formés pour y répondre.
Risques pour l'enfant
Les principaux risques pour l’enfant dans le cas d’une grossesse tardive sont l’augmentation des fausses couches et celui des anomalies chromosomiques. Ces informations peuvent être stressantes mais sont à relativiser car si le risque de fausse-couche augmente à partir de 30 ans (environ 20%), il reste très peu élevé chez les femmes de 25 à 29 ans (environ 10 %).
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L’âge maternel avancé peut également entraîner des conséquences sur la santé du bébé, à savoir :
- Des risques accrus de malformations chromosomiques (telles que la trisomie 21) ou de malformations congénitales.
- Une probabilité plus élevée de prématurité ou de faible poids à la naissance, nécessitant parfois une hospitalisation après l’accouchement.
- Un retard de croissance.
Le risque accru de fausse-couche ainsi que les anomalies chromosomiques résultent de la qualité des ovules, qui est moins bonne à mesure que l’âge augmente. Des tests de dépistage vous seront systématiquement proposés pour déterminer ce risque.
Il est préférable de réfléchir à ce qu’un risque élevé d’anomalie impliquerait pour vous avant de faire ces tests. Si vous ne savez pas quels types de tests vont être effectués, ou si vous avez du mal à comprendre ou accepter vos résultats, un médecin pourra vous aider et vous conseiller.
Dépistage de la trisomie
La trisomie 21 est l’une des anomalies chromosomiques les plus fréquentes. Elle concerne environ 1 grossesse sur 400. En France, toutes les femmes ont la possibilité de réaliser un dépistage de la trisomie 21 au cours de leur grossesse. Ce dépistage, pris en charge par l’Assurance Maladie, n’est pas obligatoire. Vous êtes libre de choisir si vous souhaitez ou non le réaliser, et votre consentement écrit sera demandé à chaque étape du dépistage.
Grâce à une échographie et des prises de sang, le dépistage évalue la probabilité que le fœtus ait ou non une trisomie 21. Un diagnostic par analyse des chromosomes du fœtus suite à un prélèvement à travers le ventre, ou amniocentèse, pourra ainsi être proposé uniquement aux femmes chez qui cette probabilité est très élevée.
Habituellement, l'amniocentèse est programmée entre 3 et 3,5 mois de grossesse (soit 15 à 17 semaines d'aménorrhée). Toutefois, on peut la réaliser jusqu'à la fin de la grossesse si nécessaire. Si un dépistage de la trisomie 21 ne vous a pas été proposé avant la fin du premier trimestre de grossesse, il pourra vous être conseillé au cours du quatrième mois.
Quels que soient les résultats de ces tests, il est primordial d’en discuter au sein du couple et avec les médecins qui suivent votre grossesse. Dans tous les cas, quelle que soit la décision prise après la détection d’une trisomie 21, votre choix sera respecté et vous serez accompagné par les professionnels qui vous entourent.
Augmenter ses chances de concevoir après 35 ans
Plusieurs facteurs peuvent faciliter la survenue d’une grossesse après 35 ans, à commencer par l’adoption d’un mode de vie le plus sain possible :
- Arrêter de fumer ;
- Réduire sa consommation d’alcool ;
- Faire du sport et manger équilibré ;
- Réduire la caféine : l’excès de caféine diminue les chances de tomber enceinte et peut augmenter le risque de fausse-couche, il est donc préférable de réduire votre consommation.
Mais le plus important est de vous ménager : recevoir des leçons ou lire des recommandations peut augmenter votre stress et nuire à vos chances de conception. Il faut avant tout prendre soin de vous.
Si vous êtes en situation de surpoids ou d'obésité, perdre un peu de poids peut augmenter vos chances de conception et minimiser les risques une fois que vous serez enceinte.
Consulter un médecin pour vérifier votre état de santé général peut aussi valoir la peine. Il pourra vérifier votre fonction thyroïdienne car un déséquilibre à ce niveau peut affecter vos chances de conception, or c’est une affection qui se traite facilement.
Accompagnement médical et suivi de grossesse
Un suivi spécifique est naturellement requis et il existe aujourd’hui de nombreuses solutions pour vous accompagner, si vous envisagez une grossesse tardive.
- La consultation pré-conceptionnelle qui permet d’évaluer les risques et de prendre les mesures nécessaires avant même la conception.
- Ensuite, dès le début de la grossesse, la réalisation d’un bilan de santé complet afin de déceler tout facteur de risque potentiel (notamment les troubles cardiaques, les troubles circulatoires et le diabète, en vue de les prendre en charge de façon optimale le cas échéant).
- La planification de consultations régulières avec un gynécologue-obstétricien ou une sage-femme spécialisée.
- La prescription d’examens complémentaires répondant au suivi personnalisé de la maman afin de surveiller de manière très précise la santé du fœtus (en plus des 3 échographies obligatoires, d’autres échographies peuvent être programmées).
- Pour déceler certaines anomalies chromosomiques (trisomie 21), la possibilité de réaliser des examens spécifiques. Lors d’une grossesse classique et pour déceler ces risques, on propose un tri-test (prise de sang spécifique réalisée entre la 11ème et la 14ème semaine d’aménorrhée) puis un dépistage prénatal non invasif (DPNI). Dans le cadre d’une grossesse tardive et si ces tests révèlent un risque élevé, une amniocentèse ou une biopsie du trophoblaste est alors indispensable : c’est le seul moyen de poser un diagnostic sûr à 100 %.
- La prescription d’examens supplémentaires liés à d’autres potentielles problématiques de santé peuvent également s’ajouter le cas échéant et permettre un suivi personnalisé.
Chacune de ces mesures de précaution est respectée pour garantir un maximum de sécurité à la mère comme à l'enfant, et éviter d’éventuelles complications.
En parallèle de cet accompagnement médical spécifique et encadré, il est recommandé aux futures mamans d’adopter un mode de vie sain et adapté :
- Privilégier une alimentation équilibrée,
- Pratiquer une activité physique douce,
- Eviter les substances nocives (tabac, alcool)
Soutien psychologique
Outre les aspects médicaux, une grossesse tardive peut également engendrer des interrogations voire certaines angoisses. Un carrousel d’émotions contradictoires peut s’installer dans votre esprit et l’exaltation suscitée par l’arrivée d’un enfant peut parfois laisser la place à certains doutes : vais-je pouvoir jongler entre ma vie familiale et ma vie professionnelle, ou bien quel impact aura mon âge sur mon énergie à long terme ?
Il est essentiel de ne pas minimiser ces enjeux et de s’entourer de professionnels capables d’accompagner cette réflexion. Psychologues, sages-femmes et groupes de soutien peuvent offrir un précieux appui pour vivre sereinement cette étape.
L'accouchement : complications et déroulement
Après 40 ans, l’accouchement peut être plus difficile. Lors du travail, il est possible que vous ayez besoin d’une surveillance rapprochée, car des études montrent que le risque de complications augmente légèrement avec l’âge. Ces complications incluent un risque de déchirure des tissus du périnée, moins élastiques avec l’âge, un accouchement déclenché ou par césarienne, ou encore d’autres interventions.
Il faut savoir que même si votre grossesse est normale et se déroule bien, deux situations peuvent conduire à envisager son déclenchement : une grossesse prolongée, c’est-à-dire un dépassement de terme, ou une rupture prématurée de la poche des eaux. Dans ce cas, l’accouchement sera supervisé par une équipe médicale complète, formée et habituée à gérer les accouchements plus difficiles.
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