L'affaire polémique de la procréation médicalement assistée (PMA) en France est un sujet complexe et sensible qui a évolué au fil des ans, suscitant des débats passionnés et des controverses éthiques. Cet article explore les différentes facettes de cette question, en examinant les arguments pour et contre l'ouverture de la PMA à différentes catégories de personnes, ainsi que les implications juridiques et sociales de cette pratique.

Contexte et Évolution du Débat

La promulgation de la loi du 17 mai 2013 ouvrant le mariage aux couples de même sexe a marqué un tournant dans le débat sur la PMA. Cette loi, en reconnaissant qu'un enfant peut avoir deux parents du même sexe, a modifié les termes de la discussion autour de l'accès à la PMA. Cependant, malgré cette avancée, le recours à la PMA est resté impossible pour les couples homosexuels.

En 2014, la Cour de cassation a rendu deux avis importants concernant l'adoption d'enfants nés à l'étranger grâce à une insémination artificielle avec donneur anonyme. La Cour a jugé que le recours à cette pratique ne faisait pas obstacle à l'adoption de l'enfant par l'épouse de la mère, à condition que les conditions légales de l'adoption soient réunies et que celle-ci soit conforme à l'intérêt de l'enfant. La Cour a également estimé que le fait que des femmes aient eu recours à la PMA à l'étranger ne heurtait aucun principe essentiel du droit français.

Recommandations et Positions des Institutions

En 2015, le Haut Conseil à l'Égalité entre les Femmes et les Hommes (HCEfh) a publié un avis recommandant au gouvernement et au Parlement d'étendre l'accès à la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires, au nom de l'égalité des droits. Le HCEfh a souligné que les stratégies de contournement mises en place par les femmes qui ne peuvent pas bénéficier de la PMA en France les exposent à des risques sanitaires et à des inégalités sociales en raison du coût élevé de la PMA à l'étranger.

Lors des états généraux de la bioéthique, organisés en 2018, les partisans de l'ouverture de la PMA ont mis en avant une demande d'égalité, tandis que les opposants ont invoqué la notion de "nature", les droits des enfants et la crainte d'une ouverture à la gestation pour autrui (GPA) pour les couples d'hommes.

En septembre 2018, le Comité Consultatif National d'Éthique (CCNE) s'est déclaré favorable à l'ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, ainsi qu'à la PMA post mortem, sous réserve d'un accompagnement spécifique de la conjointe.

De son côté, le Conseil d'État a estimé que l'ouverture de la PMA ne saurait être justifiée par le principe d'égalité ou par un prétendu "droit à l'enfant". Le Conseil d'État a recommandé d'instituer un mode d'établissement de la filiation spécifique permettant une double filiation maternelle en cas d'extension de la PMA.

Propositions de Loi et Débats Parlementaires

En 2022, les députés de la France Insoumise (LFI) ont présenté une proposition de loi pour réclamer l'ouverture de la PMA aux hommes transgenres, nés biologiquement femmes et en capacité d'avoir une gestation. La députée Ségolène Amiot a souligné que la mention du sexe à l'état civil ne devrait pas faire obstacle à la parenté.

La loi "bioéthique" d'août 2021 avait déjà élargi l'accès à la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, mais le Conseil Constitutionnel avait validé l'exclusion des hommes transgenres de cet accès.

La proposition de loi de Ségolène Amiot prévoyait également de sanctuariser l'auto-conservation des gamètes pour toutes les personnes et de rendre possible la technique de "réception des ovocytes de la partenaire" (ROPA), qui permet à une femme de donner un ovocyte à sa partenaire en vue d'une procréation assistée.

PMA Post-Mortem : Une Question Délicate

La PMA post-mortem, c'est-à-dire l'insémination ou la fécondation in vitro après le décès du père en utilisant ses gamètes conservés, est une pratique controversée et interdite en France depuis les premières lois de bioéthique de 1994. Le Code de la santé publique précise que la PMA est réservée aux couples pour remédier à une infertilité dont le caractère pathologique a été médicalement constaté.

En 2016, le Conseil d'État a traité un cas similaire concernant une jeune veuve d'origine espagnole. Plus récemment, le tribunal administratif de Toulouse a confirmé l'interdiction de l'insémination post-mortem dans une nouvelle affaire.

La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a été saisie par deux femmes qui souhaitaient bénéficier d'une assistance médicale à la procréation post mortem. La CEDH a reconnu que l'ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules pose de manière renouvelée la pertinence du maintien de l'interdiction de la PMA post mortem.

La Technique ROPA : Une Alternative Controversée

La technique ROPA (réception des ovocytes de la partenaire) permet à deux femmes de prendre part biologiquement à la procréation, l'une en fournissant ses ovocytes, l'autre en portant l'enfant. En France, ce dispositif a été exclu par le législateur lors des travaux parlementaires ayant conduit à la loi de 2021, certains y voyant un glissement vers la GPA.

Le Conseil d'État a jugé que le droit français n'autorisait pas la ROPA et a précisé qu'elle ne pouvait pas être considérée comme une forme de GPA. Cette interdiction concerne notamment les couples de femmes au sein desquels celle qui souhaite porter l'enfant n'est pas en mesure de fournir ses ovocytes.

Les Inquiétudes des Professionnels de la Santé Mentale

Lors des travaux de la commission spéciale de l'Assemblée nationale sur la bioéthique, des spécialistes de la psychiatrie ont exprimé des inquiétudes concernant l'ouverture de la PMA. Ils ont souligné la nécessité de renforcer l'accompagnement des parents qui font appel à la PMA et ont émis des réserves sur l'ouverture de la PMA aux femmes seules.

Certains psychiatres ont dénoncé les effets du recours à la PMA, estimant qu'elle complexifie les identifications et peut entraîner une "discrimination" de l'enfant privé de père. Ils ont également souligné l'absence d'étude d'impact sur l'incidence de la PMA sur le plan pédopsychiatrique.

Les Positions des Églises et des Groupes Religieux

Les Églises et les groupes religieux ont souvent exprimé des opinions divergentes sur la question de la PMA. Certains, comme le président de la Conférence des Évêques de France, ont manifesté leur opposition à l'extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules.

Cependant, les opinions des catholiques sur cette question sont divisées, reflétant la complexité éthique et morale du sujet.

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