Depuis la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), un sujet sensible et complexe, le syndrome post-abortum est demeuré largement tabou. Ce syndrome, souvent comparé au syndrome post-traumatique, soulève des questions cruciales sur les conséquences psychologiques potentielles de l'avortement pour les femmes.

Un Tabou Persistant

Le 7 mars 2011, lors d’un colloque sur « les nouveaux enjeux de l’IVG en 2011 ? « , la psychanalyste Sophie Marinopoulos a insisté sur la douleur laissée par un avortement. Pour elle, « quel que soit le choix des femmes, l’IVG est un événement qui fait trace et auquel elles doivent pouvoir faire place, au risque sinon d’handicaper leur féminité et leur maternité future« . Si cette souffrance « ne se voit pas, ne s’entend pas, n’est pas rationnelle« , « elle s’exprime ! « . Malgré les avancées en matière de droits reproductifs, la souffrance psychologique potentielle liée à l'IVG reste souvent ignorée ou minimisée. Une enquête réalisée par Opinion Way pour le laboratoire Nordic Pharma (principal distributeur de la pilule abortive RU 486) a révélé qu’une Française sur deux considère que l’information sur l’avortement reste insuffisante.

Ce manque d'information et de reconnaissance contribue à un sentiment d'isolement et de honte chez les femmes qui vivent des difficultés après un avortement.

Manifestations du Syndrome Post-Abortum

Le site Au Féminin.com affirme que le syndrome post-abortif est « comparable » au syndrome post-traumatique : « il renvoie à l’incapacité de certaines femmes à exprimer leur colère et leurs sentiments de culpabilité. En effet, d’un point de vue psychique, l’avortement, qui correspond au décès de l’enfant, entraîne une anesthésie psychologique, sorte de mécanisme de défense pour protéger la mère des souffrances« . Le syndrome post-abortum peut se manifester de diverses manières, allant de sentiments de culpabilité et de tristesse à des troubles anxieux, des dépressions, voire des pensées suicidaires.

Psychologue et psychanalyste Yannick Gillant a, sur Psychologie.fr, publié un article intitulé « l’avortement et le sentiment de honte« . Selon lui, « l’avortement est un événement traumatique » atteignant « plusieurs fondamentaux de la femme : le corps, la sexualité, la maternité« . Certaines femmes peuvent ressentir un soulagement immédiat après l'intervention, tandis que d'autres peuvent éprouver des difficultés émotionnelles à long terme. Ces difficultés peuvent être exacerbées par des facteurs tels que la religion, les raisons de l'IVG, le manque de soutien de l'entourage, ou encore l'âge de la patiente.

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Le Déni et le Silence

Le site évoque ensuite le déni dont fait l’objet la souffrance découlant de l’avortement : « Les médecins qui pratiquent l’avortement n’abordent pas la question du trouble post-abortif avec leurs patientes, sans doute parce qu’ils seraient eux-mêmes pris dans leurs propres sentiments de culpabilité. Les politiques semblent également sourdes à ces souffrances puisque aucune loi sur l’avortement n’envisage de prévention ou de traitement. » Le déni entourant la souffrance post-abortum est un obstacle majeur à la reconnaissance et à la prise en charge de ce phénomène. De nombreuses femmes se sentent incapables d'exprimer leur douleur, craignant d'être jugées ou stigmatisées. Les professionnels de santé peuvent également être réticents à aborder ce sujet, soit par manque de formation, soit par conviction personnelle. Ce silence empêche les femmes de recevoir le soutien et les soins dont elles ont besoin pour surmonter leurs difficultés.

Études et Réalités Scientifiques

Sur internet, les milieux anti-IVG propagent très largement l'idée qu'il existerait un syndrome post-abortif, chez les femmes qui ont avorté. Or les grandes revues médicales : ce syndrome n'existe pas. Mais il s'encastre dans l'histoire longue et dramatisante de nos représentations sur l'avortement. On lit parfois, qu'il existerait un syndrome post-avortement chez les femmes après avoir eu recours à une IVG. Ce "syndrome" circule amplement, notamment sur internet et les réseaux sociaux, et a pris de l'ampleur depuis son apparition, à l'échelle internationale, au début des années 2000. Risques physiques et surtout risques psychiques : les femmes qui entreprendraient d'interrompre une grossesse non désirée s'exposeraient à des séquelles, selon les entrepreneurs qui font vivre abondamment l'idée de ce syndrome, en vidéo ou sur des sites web dédiés : perte de l’estime de soi, troubles alimentaires, troubles du sommeil, dépression, pensées suicidaires… tout cela viendrait de la culpabilité des femmes à avoir avorté.

C'est au tournant des années 2000 que la rhétorique anti-IVG a changé de pied. D'abord construite autour de l'humanisation des fœtus, empreinte de valeurs chrétiennes, et l'impératif qu'il y aurait à défendre un "enfant à naître" contre l'avortement dépénalisé depuis 1975, a mué. Et ce sont désormais les femmes qu'il faudrait protéger, dans cette rhétorique avortement, et les empêcher de se saboter en avortant, au risque de vivre une expérience traumatique. Cette bascule de l'argumentaire anti-IVG intervient quand les milieux anti-avortement se coulent dans les questions d'égalité hommes-femmes, et la défense des droits humains.

Alors qu'en faitLe syndrome post-abortif, tel qu'il est décrit par ces réseaux qui se disent "pro-vie" et qu'on peut aussi appeler "anti-choix", n'existe pas. Les grandes revues médicales, en psychiatrie tout particulièrement, sont en effet formelles, comme le rappelaient déjà en 2014 les chercheuses Marie Mathieu et Lucille Ruault : ce syndrome n'a aucune existence attestée par la communauté scientifique, n'en déplaise à sa longévité virale.

Mais si l'idée que l'avortement serait forcément dramatique, et que les femmes pourraient bien ne pas s'en remettre, a prospéré, c'est qu'elle s'enracinait dans une représentation plus longue, et plus partagée, de l'IVG. Qui va bien au-delà des réseaux militants contre l'avortement. Cette représentation de l'IVG comme un acte "pas anodin", et même "toujours un drame", est en effet une histoire ancienne, autant que durable. En novembre 1974, quand Simone Veil, ministre de la Santé, s'exposait à la violence aiguë des députés en soutenant son projet de loi de dépénalisation de l'avortement devant l'Assemblée qui allait changer l'histoire, elle ne disait ainsi pas autre chose - comme le montre l'intégralité de son discours consultable ici ou encore là : Pour voir ce contenu, acceptez les cookies. Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt. À l'époque, il n'est pas question pour la société "d'encourager" les femmes à avorter, précise bien Simone Veil, qui précise que “l'avortement doit rester l'exception, l'ultime recours pour des situations sans issue”. Car l'avortement, dit-elle, depuis "sa conviction de femme", "c'est toujours un drame et cela restera toujours un drame". La loi passera et entrera en vigueur le 17 janvier 1975 (à l’essai d’abord, puis définitivement), et dans le texte, on retrouvera cette idée que l’IVG qu’on confie aux médecins avant les 10 semaines de grossesse à l’époque, est seulement destinée aux "femmes s’estimant en situation de détresse"… et c'est seulement en 2014 qu'on supprimera, dans la loi, cette condition de détresse des femmes. En 2022, tandis qu'il présentait son programme pour un nouveau quinquennat, Emmanuel Macron s'était engagé à ne pas revenir sur le droit des femmes à l'IVG désormais possible jusqu'à 14 semaines de grossesse… mais avait déclaré à son tour : "C’est un droit, mais c’est toujours un drame pour une femme". Or ce que montrent des chercheuses comme Marie Mathieu, ou Laurine Tizzy, qui a en particulier enquêté en ethnographe auprès de centres d'orthogénie où l'on reçoit les femmes pour qu'elles avortent, c'est que les femmes, elles, sont loin de toutes raconter leur geste comme un drame et ses conséquences comme un trauma. Et si elles pleuraient, encore faudrait-il peut-être leur demander pourquoi elles pleurent, et de quoi elles souffrent, alors qu'elles s'apprêtent à interrompre une grossesse non désirée : absence du compagnon, rupture amoureuse, complications matérielles pour s'organiser pour avorter, culpabilisation par l'entourage… sont autant de causes possibles d'un chagrin qui trouverait à s'exprimer au moment où elles font la démarcher d'avorter - sans le vivre nécessairement comme un drame. Sauf que la culpabilité présumée des femmes ne s'enracine pas seulement dans les racines chrétiennes d'une pensée de l'avortement, mais aussi dans le discours de la "clinique de l'avortement", en psychanalyse, comme le montre par exemple la psychanalyste Laurie Laufer, qui rappelle que tout un pan de la psychanalyse a facilement dessiné un continuum entre infanticide et crime psychique.

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Il est important de noter que l'existence du syndrome post-abortum en tant qu'entité clinique distincte est contestée par de nombreuses études scientifiques. Des études sérieuses, comme celle publiée dans la revue Social Science & Medicine en 2008, qui prend notamment en compte les antécédents de dépression au sein de la cohorte des femmes suivies, ne démontrent aucune différence significative en matière de troubles psychiatriques entre les femmes ayant subi une IVG et celles n’en ayant jamais fait l’expérience. Cependant, cela ne signifie pas que les femmes ne peuvent pas éprouver des difficultés émotionnelles après un avortement. Le vécu d’une IVG est personnel et varie d’une femme à l’autre. C’est souvent le contexte de sa réalisation et l’accompagnement autour de l’IVG qui peuvent avoir un impact psychologique. Par ailleurs, les discours moralisateurs ou culpabilisants peuvent contribuer au mauvais vécu d’une IVG.

L'Importance de l'Accompagnement

Si « le vécu de l’avortement dépend d’un grand nombre de facteurs : religion, raisons de l’IVG, liberté dans la prise de décision, compréhension de l’entourage, âge de la patiente, etc. (…) il n’est pas exagéré d’affirmer que chaque femme souffrira, plus ou moins intensément et de façon plus ou moins consciente, suite à un avortement. Quel que soit le vécu émotionnel d'une femme après un avortement, il est essentiel qu'elle puisse bénéficier d'un accompagnement adapté. Cet accompagnement peut prendre différentes formes, telles que :

  • Un soutien psychologique : Un psychologue ou un thérapeute peut aider la femme à explorer ses émotions, à faire face à ses sentiments de culpabilité ou de tristesse, et à développer des stratégies d'adaptation.
  • Un soutien social : Le soutien de la famille, des amis ou d'un groupe de soutien peut être précieux pour aider la femme à se sentir comprise et soutenue.
  • Un suivi médical : Un suivi médical régulier permet de s'assurer de la bonne santé physique de la femme et de détecter d'éventuels problèmes psychologiques.

Vous pouvez également vous tourner vers un psychologue ou encore vers des associations, comme le Planning familial, qui peuvent vous apporter un soutien important. A plus long terme, un accompagnement psychologique par un professionnel peut également être mis en place si vous en ressentez le besoin.

L'Avortement et la Fertilité

Le risque d’infertilité est souvent pointé comme une complication à long terme de l’interruption volontaire de grossesse. Ce risque n’est pas lié à la réalisation de l’IVG en tant que telle mais peut être une conséquence des éventuelles complications qui y sont associées (infection, lésions au niveau de l’utérus lors de l’aspiration, etc). Toutefois, ces complications sont rares quand l’IVG est réalisée dans des conditions sécurisées (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.) comme c’est le cas en France. Le risque de survenue de complications lors de la réalisation d’une IVG n’est pas supérieur à celui d’un avortement spontané ou d’une grossesse menée à terme. D’après les études qui ont évalué le risque d'infertilité après une IVG, il n'y a pas d'augmentation du risque dans les pays où la pratique de l’IVG est légale. Ce risque n’est pas plus important chez les patientes ayant eu deux IVG ou plus.

Saignements, Symptômes et Retour des Règles

Les saignements après une IVG peuvent être un peu plus abondants que les règles habituelles dans les premiers jours. Ils durent de quelques jours à 3 semaines. Les symptômes de grossesse (nausées ou sensibilité des seins) disparaissent généralement quelques jours après l’IVG médicamenteuse ou instrumentale. Un test de grossesse peut rester positif jusqu’à trois semaines après une IVG. C’est la visite de contrôle qui permettra de confirmer que l’IVG a fonctionné. Après une IVG les règles reviennent généralement dans les 4 à 6 semaines. Cela peut varier en fonction du type de contraception que vous avez choisi d’utiliser et du moment où vous l’avez débutée. Avec une pilule oestro-progestative par exemple, les règles surviendront à la fin de la première plaquette. Avec un DIU hormonal les règles peuvent êtres irrégulières ou absentes.

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Reprise de l'Activité Sexuelle et Contraception

Il est conseillé d’attendre une dizaine de jours avant la reprise des rapports sexuels avec pénétration après une IVG. En effet, si le col de l’utérus n’est pas refermé il existe un risque que des germes puissent remonter du vagin vers l’utérus et soient à l’origine d’une infection. Pour les mêmes raisons il est également recommandé de ne pas utiliser de tampons durant cette période. Si vous ne souhaitez pas de grossesse il est nécessaire d’utiliser une contraception dès la reprise des rapports sexuels après une IVG (une grossesse est possible même avant la reprise de vos règles).

Au cours des différentes consultations effectuées pour réaliser l’IVG, vous recevez une information détaillée sur les méthodes contraceptives disponibles et pouvez échanger avec le médecin ou la sage-femme afin de choisir la contraception qui vous convient le mieux. Aucune méthode n’est contre-indiquée après une IVG, sauf cas particulier. Seuls les moyens de contraception nécessitant des manipulations vaginales (anneau vaginal, cape cervicale, etc.) ne sont pas recommandés immédiatement après l’intervention, pendant le premier cycle suivant l’IVG. La contraception que vous avez choisie peut être mise en place dès la réalisation de l’IVG. Un dispositif intra-utérin (au cuivre ou à la progestérone) peut être posé immédiatement après la réalisation de l’IVG instrumentale (sauf en cas d’épisode infectieux) ou lors de la visite de suivi pour une IVG médicamenteuse. Une contraception hormonale, œstroprogestative (pilule, patch transdermique) ou progestative (pilule, implant, injection intra musculaire) peut être débutée : le jour même ou le lendemain d’une IVG instrumentale ; le jour de la prise de misoprostol - prise du 2e médicament - pour une IVG médicamenteuse. Les préservatifs externes (dits masculins) ou internes (dits féminins) peuvent être utilisés dès la reprise des rapports sexuels. Ce sont les seuls contraceptifs qui protègent des infections sexuellement transmissibles, dont le VIH-Sida.

Remboursement de la Contraception

Sont remboursables par l'Assurance maladie : certaines pilules contraceptives ; les implants contraceptifs hormonaux ; les progestatifs injectables ; les dispositifs intra-utérins (DIU) ou stérilets ; les diaphragmes ; certaines marques de préservatifs externes (masculins). Pour les femmes de moins de 26 ans avec une couverture sociale, ces contraceptifs sont délivrés en pharmacie sur prescription médicale avec une prise en charge à 100% et sans avance de frais. Concernant les préservatifs externes, ils sont pris en charge à 100% pour tous et toutes jusqu'à 26 ans, sans ordonnance. Le parcours de contraception pour toutes les personnes mineures est protégé par le secret. Pour les femmes de plus de 26 ans, ces contraceptifs sont remboursés à 65 % par l'Assurance maladie dans les conditions habituelles. Les centres de santé sexuelle (anciens centres de planification et d’éducation familiale) délivrent à titre gratuit des médicaments ou dispositifs contraceptifs aux mineures désirant garder le secret et aux personnes ne bénéficiant pas d’une couverture sociale. Outil interactif, anonyme et gratuit, le tchat vous met en contact direct avec une personne compétente qui pourra répondre à vos questions, vous informer et vous orienter.

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