Les accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) jouent un rôle essentiel dans le système éducatif français, en soutenant l'inclusion des élèves handicapés. Cependant, leurs missions sont souvent sources de tension, en particulier lorsqu'il s'agit de tâches telles que le changement de couches. Cet article vise à clarifier le rôle des AESH concernant le changement de couches, tout en abordant les défis plus larges auxquels ils sont confrontés et les mesures prises pour améliorer leur statut et leurs conditions de travail.
Cadre légal et missions des AESH
Les missions des AESH sont strictement définies par la circulaire n° 2017-084 du 3 mai 2017. Ce texte encadre les activités que les AESH peuvent réaliser, toujours sous la responsabilité pédagogique de l'enseignant. L'objectif principal est de favoriser l'inclusion scolaire des élèves handicapés en leur apportant un soutien adapté à leurs besoins spécifiques.
Les AESH interviennent dans divers domaines, notamment :
- Aide à la compréhension des cours
- Adaptation des supports pédagogiques
- Accompagnement dans les activités scolaires et périscolaires
Leur rôle est complémentaire à celui de l'enseignant et de l'équipe éducative, et ne doit en aucun cas se substituer à l'enseignement lui-même. Des précisions supplémentaires peuvent être apportées par le Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS) de l'élève, qui détaille ses besoins spécifiques et les modalités de son accompagnement. L'AESH travaille en étroite collaboration avec l'équipe éducative, participant aux réunions d'équipe et partageant des informations pertinentes sur l'évolution de l'élève.
Il est important de souligner que les AESH ne doivent pas assurer de tâches qui ne sont pas en lien direct avec l'accompagnement de l'élève en situation de handicap. L'adaptation des missions de l'AESH est cruciale afin de répondre aux besoins spécifiques de chaque élève, assurant ainsi une inclusion scolaire réussie et respectueuse du cadre légal.
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Changement de couches : inclus ou exclus des missions ?
La question du changement de couches par une AESH est complexe et fait l’objet de nombreuses interprétations. Si la circulaire de 2017 ne l'exclut pas explicitement en maternelle, elle ne le spécifie pas non plus comme une tâche systématique. L'article 2 du décret n° 2018-152 du 1er mars 2018 indique que les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM) sont chargés de l’assistance au personnel enseignant pour l’accueil et l’hygiène des enfants des classes maternelles ou enfantines ainsi que de la préparation et la mise en état de propreté des locaux et du matériel servant directement à ces enfants.
La décision dépend fortement du contexte de l'élève, de ses besoins spécifiques et de la présence d'autres professionnels dans l'établissement, comme les ATSEM. Si l'enfant présente un handicap nécessitant une assistance fréquente pour le changement de couches, et si cette tâche est indispensable à sa participation à la vie scolaire, l'AESH peut être amenée à y contribuer. Cependant, il est crucial que cette intervention soit envisagée au cas par cas, en concertation avec l'enseignant, la famille et l'équipe éducative.
L'important est de ne pas surcharger l'AESH de tâches qui relèvent d'autres professions, et de préserver son temps pour les missions principales liées à l'accompagnement pédagogique de l'élève. Une approche individualisée est donc nécessaire, en tenant compte de la situation particulière de chaque enfant et des ressources disponibles au sein de l'école. Il est important de veiller à ce que le changement de couches ne devienne pas une tâche prépondérante pour l'AESH, au détriment de son rôle principal d'accompagnement scolaire. La collaboration avec l'ATSEM est particulièrement pertinente dans ce contexte, car cette dernière est spécifiquement formée aux soins d'hygiène des jeunes enfants à l'école maternelle. La répartition des tâches doit être claire, équitable et dans l'intérêt de l'élève.
Il faut tenir compte des Pôles Inclusifs d’Accompagnement Localisé (PIAL) qui sont là, selon les textes, pour répondre au plus près et avec souplesse, aux besoins des élèves. Tous les établissements scolaires, aujourd’hui, relèvent en principe d’un PIAL. Les AESH du PIAL devraient être sollicités, pour cette action spécifique de change, même si le dossier MDPH n’est pas encore abouti.
Collaboration avec l'enseignant et l'équipe éducative
La collaboration entre l'AESH, l'enseignant et l'équipe éducative est primordiale pour garantir la réussite de l'inclusion scolaire de l'élève en situation de handicap. Concernant le changement de couches, cette collaboration est essentielle pour définir clairement les rôles et responsabilités de chacun, éviter les malentendus et assurer la cohérence des interventions.
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L'enseignant, responsable pédagogique de l'élève, doit définir les besoins spécifiques de l'enfant et déterminer si l'aide de l'AESH pour le changement de couches est nécessaire et appropriée. Il doit également coordonner les interventions de l'AESH avec celles des autres membres de l'équipe éducative, notamment l'ATSEM, afin d'optimiser l'accompagnement de l'enfant et de garantir une prise en charge globale et cohérente.
L'AESH, quant à elle, doit informer l'enseignant de toute difficulté rencontrée lors de l'accompagnement de l'élève, et notamment concernant le changement de couches, afin de permettre une adaptation des stratégies d'intervention. Une communication régulière et transparente entre l'AESH et l'enseignant permet d'évaluer l'efficacité des actions mises en place et d'adapter l'accompagnement de l'élève en fonction de son évolution. La participation de l'AESH aux réunions d'équipe, aux conseils des maîtres et aux instances de suivi de la scolarisation de l'élève est également essentielle pour une coordination optimale.
Enfin, la collaboration avec la famille est également importante pour obtenir des informations complémentaires sur les habitudes de l'enfant et les besoins spécifiques à prendre en compte. En résumé, une collaboration harmonieuse entre tous les acteurs impliqués dans l'accompagnement de l'élève est indispensable pour une réussite scolaire optimale et un bien-être total de l'enfant.
Responsabilités logistiques et rôle des autres professionnels (ATSEM)
L'organisation logistique autour du changement de couches d'un élève en situation de handicap implique plusieurs considérations pratiques. Il faut acter au cours de l’ESS la procédure à suivre dans ce cas-là. L’ Aesh ne devrait pas rester seule avec l’enfant ce qui est très difficile à faire respecter.
Tout d'abord, il est essentiel de disposer d'un lieu adapté et équipé pour effectuer le change dans des conditions d'hygiène optimales. Les toilettes ne sont pas toujours les mieux indiquées ou adaptées. Selon l’âge et les besoins de l’enfant, le change se fait-il debout ou couché ? Y-a-t-il une table de taille adaptée ? Y-a-t-il la nécessité d’avoir un point d’eau à proximité ?
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Dans les écoles maternelles, les ATSEM jouent un rôle crucial dans l'assistance aux enfants, notamment en matière d'hygiène. Elles sont chargées de l'accueil et de la propreté des locaux et du matériel servant directement aux enfants. Cependant, il peut y avoir des différences d’interprétation des textes et des missions des ATSEM, notamment sur le fait de changer ou pas les couches des enfants.
Les ATSEM peuvent faciliter le change en utilisant des couches culottes, avoir accès à une douche si besoin, et avoir des changes en quantité. Actuellement, les ATSEM opèrent déjà le change des élèves ayant des « accidents ».
Défis et revendications des AESH
Malgré leur rôle essentiel, les AESH sont confrontés à de nombreux défis, notamment :
- Un manque de reconnaissance professionnelle
- Une formation inadaptée
- Des salaires bas et un temps de travail souvent partiel
- Un statut précaire
Face à ces difficultés, la FSU revendique la création d'un corps de catégorie B pour les AESH, c'est-à-dire un emploi sous statut de fonctionnaire pour reconnaître un besoin de service public pérenne dans les écoles et établissements. La FSU est vigilante aux conditions de sa mise en place. Il n’existe pas aujourd’hui de référentiel du métier d’accompagnant·es des élèves en situation de handicap… Et pour cause, ce métier peine à exister ! Il demeure une fonction ou une mission, sans jamais passer le cap d’une profession pleinement reconnue.
Il est urgent de sortir les AESH de la précarité en augmentant leur temps de travail et leur salaire. Les élèves handicapés peuvent rencontrer de nombreux défis à l'école en raison de l'accessibilité physique, de l'accès à l'information, du manque de soutien éducatif et du manque d'inclusion sociale. Il est donc important de travailler à surmonter ces obstacles pour permettre aux élèves handicapés de réussir académiquement et de s'épanouir socialement.
Certains AESH déplorent le fait de ne pas disposer d'une formation adaptée lorsque leur aide concerne des élèves atteints d'une pathologie très lourde, exerçant alors un véritable rôle de protecteurs. Changer les couches, donner à manger, aider à travailler en fonction de son handicap sans jamais ne voir son salaire augmenter. Beaucoup en arrivent même à baisser les bras, épuisés physiquement et moralement. Les enfants en paieront alors le prix fort sur l'accessibilité physique et l'accès à l'éducation.
Mesures récentes pour améliorer la situation des AESH
Conscient des difficultés rencontrées par les AESH, le ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse a pris plusieurs mesures pour améliorer leur rémunération et leur statut.
Depuis le 1er septembre 2021, les AESH bénéficient d'un dispositif statutaire (grille indiciaire et avancement en fonction de l'ancienneté) qui permet une revalorisation régulière et automatique de leur rémunération. Par ailleurs, les AESH exerçant dans les écoles et établissements relevant d'un réseau d'éducation prioritaire (REP) ou d'un réseau d'éducation prioritaire renforcé (REP+) bénéficient depuis le 1er janvier 2023, de l'extension de l'indemnité de sujétions.
Entre août 2021 et janvier 2024, la rémunération des AESH aura progressé de 26 % en moyenne, soit un peu plus de 200 €/mois. Au-delà des questions de rémunération, le décret n° 2023-597 du 13 juillet 2023 modifiant le décret n° 2014-724 du 27 juin 2014 relatif aux conditions de recrutement et d'emploi des accompagnants des élèves en situation de handicap permet la CDIsation à l'issue d'un premier contrat de trois ans en qualité d'AESH. C'est un succès puisque plus de 58 % des AESH sont désormais en CDI contre seulement 20 % l'an passé.
En matière de formation, les AESH bénéficient d'actions de formation sur le temps de service, mises en œuvre par les services académiques, en dehors du temps d'accompagnement de l'élève. Cette formation comprend : une formation d'adaptation à l'emploi et des actions de formation continue tendant au développement professionnel des agents. Les AESH ont aussi accès à la plateforme Cap école inclusive, mise en œuvre en septembre 2019 et destinée à la compréhension des phénomènes de handicap, qui met à disposition des usages et des ressources pédagogiques pour répondre aux besoins éducatifs particuliers des élèves.
Le ministère est déterminé à continuer dans cette voie de la professionnalisation et de l'amélioration des conditions de rémunération des AESH en permettant à celles et ceux qui le souhaitent d'augmenter leur temps de travail. Les rectorats sont invités à systématiser avec les collectivités territoriales volontaires la signature de conventions pour permettre aux AESH d'intervenir sur temps périscolaire, en particulier pendant la pause méridienne.
Que faire en cas d'absence d'AESH ?
Lorsqu’un dossier de demande d’AESH est en cours d’instruction, il est important de trouver collectivement des solutions provisoires. Par exemple, si l’école élémentaire est en proximité de l’école maternelle, et par dérogation, une ou deux ATSEM peuvent être sollicitées pour aider pendant les récréations, ou bien tout autre professionnel de l’école pouvant accepter cette mission pour permettre à l’enfant d’être scolarisé malgré tout.
Mais, on peut aussi prendre en compte les nouvelles dispositions des Pôles Inclusifs d’Accompagnement Localisé (PIAL) qui sont là, selon les textes, pour répondre au plus près et avec souplesse, aux besoins des élèves. Tous les établissements scolaires, aujourd’hui, relèvent en principe d’un PIAL. Les AESH du PIAL devraient être sollicités, pour cette action spécifique de change, même si le dossier MDPH n’est pas encore abouti.
En cas d'absence ponctuelle ou prolongée de l'AESH, l'Education nationale organise la continuité d'accueil de votre enfant et le remplacement de l'AESH. Tout d’abord vous pouvez vous renseigner auprès du directeur/trice de l’école, qui peut avoir des informations à vous communiquer, ou avoir entamé des démarches. Ensuite vos interlocuteurs sont : L’enseignant référent, le Pôle Inclusif d’Accompagnement Localisé (PIAL), et la cellule d’accueil Ecole inclusive de votre département.
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