L'article explore la signification profonde de la paternité, en s'appuyant sur des références bibliques et des réflexions philosophiques. Il aborde la question de l'engendrement, du lien entre père et enfant, et de la source ultime de la paternité.
L'énigme de l'engendrement
« A tous qui croient en son nom, le Verbe a donné pouvoir de devenir enfant de Dieu » affirme Saint Jean dans son Prologue (Jn 1, 12). Il y a une énigme dans tout engendrement ; une énigme qui convie à un silence intérieur pour accueillir la relation dont elle est porteuse. L’intimité que suppose cette relation demande que nous ne cherchions pas à mettre la main dessus.
La figure de Moïse nous éclaire. Devant le Buisson ardent, il enlève ses sandales et entend que ce lieu est saint. La conversation qu’il va avoir avec Dieu va, en effet, le conduire à reconnaître le Seigneur comme origine et père de toutes choses. La paternité n’est pas et ne sera jamais un droit de propriété.
Le rôle de la mère dans la reconnaissance de la paternité
Pensons à notre propre expérience de fils ou de fille ! C’est bien notre mère qui, à notre naissance, nous dit que « cet homme que voici » est notre père. Dit autrement, le père n’accède à l’existence que par la parole de la mère. A lui aussi d’entendre cet amour d’une mère pour qu’il puisse déclarer à son enfant sa paternité : « tu es mon fils parce que la parole de cette femme qui est ta mère est vraie ». Se révèle alors, pour chacun, un lien d’amour conjugal qui demande une véritable acceptation… On sait à quel point nous pouvons mettre du temps avant d’accepter cette parole ou ce lien et d’y porter réponse.
En naissant, chacun de nous est donc comme suspendu à cette parole maternelle. En d’autres termes, il y a une part d’inconnu dans toute naissance. Cette part d’inconnu est, en fait, une dette qui demande créance, c’est-à- dire « foi »… parce que nous sommes tous nés d’un don gratuit. En effet, la paternité ne se possède pas comme un bien matériel : un père la reçoit en héritage pour que la vie se prolonge.
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L'origine transcendante de la paternité
Aucun fils -comme fils- n’appartient à son père et aucun père -comme père- n’appartient à son fils. Mon origine renvoie toujours à une Origine, un don gratuit. C’est - semble-t-il- ce que le Christ essaie de faire comprendre à Nicodème lorsqu’il lui déclare qu’il faut naître d’en haut. Dans ce dialogue, cette gratuité prend les traits de l’Esprit qui, comme nous le confessons chaque dimanche, procède du Père et du Fils, nous oriente vers le Père et nous fait découvrir cette communauté de frères qu’est l’Eglise.
Il y a donc à donner foi en toute paternité, plus exactement à reconnaître ce lien à une parole (celle de nos parents) qui dit la vérité de notre filiation et combat doutes, dénis et violences de toutes sortes. Cette parole trace du même coup le chemin d’une transcendance qui est un appel adressé à toute l’humanité. C’est ce qu’exprime St Paul aux chrétiens d’Ephèse : « Je fléchis les genoux en présence du Père de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom » (Ep. 3,14-15). Au cœur de l’incertitude, la paternité est une révélation qui ne se voit pas mais qui se dit. La parole est ce lieu qui engendre, ce « milieu » qui donne vie parce qu’il est à la fois appel (appel ‘adressé à’) et promesse.
La parole comme appel et promesse
En quel sens la parole est appel ; un appel ‘adressé à’ ? L’expérience quotidienne apprend que si nous n’y prenons pas garde, nous pouvons passer à côté du temps de la parole. Se parler entre adultes, entre parents, entre parents et enfants n’est en rien évident. De fait, sur ce terrain de l’engendrement, la parole est un appel à articuler le désir qui habite un père et une mère en direction de leur enfant. Car sans parole qui dit ce désir, sans cette parole qui appelle, aucun enfant ne peut se construire vraiment dans sa vie. C’est cette parole, en ce qu’elle est différenciée (c’est-à-dire échangée entre un homme et une femme) et commune à la fois (dite par eux deux) qui donne vie et parole à un enfant. Et celui-ci répondra à ses parents avec ce qu’il est, non pas en écho, mais autrement, donnant vie lui aussi à ceux qui l’ont appelé.
Faire ce constat n’est pas aussi simple que cela puisse paraître. En effet, nous sommes toujours tentés par le mutisme, les silences, les secrets ne serait-ce que par le fait que toute naissance est lieu d’un combat où vie et mort s’affrontent. Même si cela n’est jamais parlé, la naissance d’un enfant est, pour tout parent, le signe précurseur de leur effacement et de leur disparition ! Dans ce contexte, comment la vie peut-elle être victorieuse de ce combat intérieur pour chaque être ? Pour qu’il en soit ainsi, il y a une condition : que la parole soit là pour dire aussi la promesse.
Dire la promesse ? Dans les contes d’autrefois, le rôle des fées qui se penchaient sur le berceau d’un nouveau-né était bien de figurer un destin, de projeter un avenir. Même si leurs paroles étaient énigmatiques, elles ouvraient un possible. Dit autrement, elles accompagnaient l’enfant en attestant que son action serait personnelle, qu’elle serait distincte de celle d’un congénère. Certes tout enfant a besoin de transformer ce destin en liberté. Mais cette parole qui était prononcée à sa naissance était là pour qu’il tienne face à tous les événements de l’existence. Si bien que lorsque cette parole fait défaut, il est logique de se demander comment tenir dans la vie ? Des parents qui ne peuvent soutenir la vie de leur enfant risquent de ne pas lui permettre de soutenir sa vie, de venir au monde.
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L'espérance et le salut
Toute cette analyse qui chemine dans les profondeurs psychologiques de notre humanité peut paraître bien lointaine de nos préoccupations … tout en percevant peut-être qu’elle vient aussi frapper à notre porte en quelques endroits. Elle peut se dire plus simplement. Lorsque le prophète Isaïe dit qu’un rejeton sortira de la souche de Jessé, qu’il mettra la main sur le trou du cobra, etc., il redonne - par cette figure - espérance à tout un peuple qui a perdu sa liberté et que les liens de la mort viennent enserrer. Il me dira : Tu es mon Père, mon Dieu, mon roc et mon salut !
L'Annonciation : une illustration de la paternité divine
L’Annonciation est fêtée le 25 mars. L’Annonciation est l'annonce faite à la Vierge Marie de sa maternité divine par l'Archange Gabriel. Gabriel est considéré comme le messager de Dieu dans la Bible et dans le Coran. Ce sera « Qu’il me soit fait selon ta parole !
Le choix du 25 mars, qui remonte aux premiers siècles, est lié à celui du 25 décembre pour la célébration de Noël. Croire en la virginité de Marie est un acte de foi : ni la science ni l’histoire ne permettent de dire le « comment » de la résurrection, ni le « comment » de la conception de Jésus. Marie elle-même, dans le récit de l’Annonciation, quand l’ange lui dit qu’elle enfantera un fils, pose la question : « Comment cela se fera-t-il ?
Dans le christianisme, l'Annonciation est l'annonce faite par l'Archange Gabriel à la Vierge Marie : elle enfantera un fils (Jésus), qui aura pour vocation d'être le Messie, fils de Dieu annoncé. Les chrétiens fêtent cet évènement le 25 mars (neuf mois avant Noël, symbolisant la naissance de Jésus). Si le 25 mars tombe pendant la Semaine Sainte, alors la fête est célébrée le lundi après l'Octave de Pâques (la semaine suivant Pâques).
C'est dans l'Évangile selon Luc que se trouve le récit de l'Annonciation, au chapitre 1, versets 26 à 38. L'Archange Gabriel apparaît à Marie, en la saluant par une louange, et lui annonce qu'elle enfantera un fils qui sera appelé le « Fils du Très-Haut ». Marie étonnée, se demande comment cela sera possible car elle n'est pas encore mariée à Joseph, et n'a pas eu de rapports sexuels avec lui : l'ange lui répond que l'enfant viendra de l'Esprit-Saint, « car rien n'est impossible à Dieu ». Cet épisode est très important pour les chrétiens car il annonce la venue de Jésus. Il montre aussi la foi de Marie acceptant l'enfant et la présence de Dieu.
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Dans l’Évangile de Matthieu, un ange annonce la naissance de Jésus non pas à Marie mais à Joseph. La scène nous est bien connue. Dieu propose et attend une réponse. Elle devient la Mère de Dieu et du Sauveur avant de devenir, au pied de la croix, la Mère de l'Église.
L'Archange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph. L'ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Marie dit à l'ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? ». L'ange lui répondit : « L'Esprit-Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu'Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu'on l'appelait : ‘’la femme stérile’’. Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole ».
Le récit de l'Annonciation est très riche et présente bien des facettes. Évidemment, tout se passe dans la tête de Marie. Mais alors que signifie la visite de l'Ange ? Que si Marie prend conscience d'un destin unique - donner vie humaine au Fils de Dieu - il ne s'agit pas d'un pur phénomène psychologique : elle est réellement visitée par Dieu. Pour venir à l'homme, Dieu a besoin de son accord. Il ne s'agit pas seulement d'une annonce mais d'une requête. D'une manière qui nous échappera toujours, mais dont le récit évangélique nous donne le sens, Marie prend conscience qu'un changement de vie, de cap, lui est proposé. Rien ne sera plus comme avant. Or, la perspective du nouveau, et surtout tout don que Dieu nous fait, nous met à l'épreuve.
Marie, on l'a dit, vit un destin unique, mais n'oublions pas que toute fécondité, toute naissance, vient de Dieu. À la naissance de Caïn (Genèse 4,1), Ève dit : « J'ai acquis un homme de par Yahvé ». Toute naissance présente un côté virginal, le mâle étant alors chemin de Dieu. Jusqu'ici personne n'avait entendu parler de Nazareth ! Petit village sans importance d'une province assez mal vue des autorités de Jérusalem. Et pourtant c'est là que l'Archange Gabriel est allé décerner à une toute jeune fille le plus haut compliment qu'une femme ait jamais reçu : « Comblée-de-grâce », c'est-à-dire toute baignée de la grâce de Dieu, sans ombre. Ce jour-là, l’histoire humaine a basculé : l’heure de l’Incarnation a sonné. Désormais, plus rien ne sera jamais comme avant. Toutes les promesses de l’Ancien Testament trouvent ici leur accomplissement. En écho à la promesse que Dieu avait faite à David, chaque nouveau roi recevait le jour de son sacre le titre de « Fils de Dieu ».
Marie a tout compris, mais elle se permet de rappeler à l’Archange qu’elle est encore une jeune fille et que donc elle ne peut normalement pas concevoir d’enfant. Ce à quoi l’Ange apporte la réponse que nous connaissons, mais qui, elle aussi, évoque d’autres promesses messianiques, tout en les dépassant infiniment : « L’Esprit-Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint ». On savait que le Messie serait investi de la puissance de l’Esprit-Saint pour accomplir sa mission de salut. Isaïe, par exemple, avait dit : « Un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton jaillira de ses racines, sur lui reposera l’Esprit du Seigneur » (Is 11, 1-2).
2°) la formule « Tu lui donneras le nom de Jésus » est adressée à la mère, ce qui est tout à fait inhabituel et ne s'explique que s'il n'y a pas de père humain : d'habitude, c'est le père qui donne le nom à l'enfant. L'expression « La puissance du Très-haut te prendra sous son ombre » fait penser à une nouvelle création : on pense évidemment à cette phrase du Livre de la Genèse « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre… Le souffle de Dieu planait à la surface des eaux » (Gn 1, 2). Et l'écho du psaume 104 : « Tu envoies ton souffle, ils sont créés » (Ps 103/104, 30). Cette présence privilégiée de Dieu sur le Christ est encore suggérée par l'évocation de « l'ombre du Très-Haut ». Le jour de la Transfiguration, la même nuée, la même ombre désignera le Fils de Dieu : « Celui-ci est mon Fils, celui que j'ai élu, Ecoutez-le !
Face à toutes ces annonces de l'Archange, la réponse de la Vierge est d'une simplicité extraordinaire ! On peut dire qu'on a là un bel exemple « d'obéissance de la foi », comme dit Paul, c'est-à-dire de confiance totale. Elle reprend le mot de tous les grands croyants depuis Abraham : « Me voici ». Comme Samuel avait su dire «Parle, Seigneur, ton serviteur écoute» (1 S 3, 10), Marie répond tout simplement : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole ». Le mot « servante » n'évoque pas ici la servilité, mais la libre disponibilité au projet de Dieu. Grâce à ce « oui » de la jeune fille de Nazareth, « Le Verbe se fait chair et il vient habiter parmi nous ». On entend ici résonner la lumineuse promesse de Sophonie qui annonçait la venue de Dieu au milieu de son peuple : « Crie de joie, fille de Sion1, pousse des acclamations, Israël, réjouis-toi, ris de tout ton cœur, fille de Jérusalem… Le roi d’Israël, le Seigneur lui-même est dans ton sein. » (So 3, 14-15). Mais tout est encore plus beau que ce que l’on avait pu imaginer. 1 En hébreu, « fille de Sion » désigne Sion, c'est-à-dire le peuple de Dieu (et non pas une femme précise). La promesse de Sophonie s'adressait à ses contemporains.
L'alliance et la foi
Cette phrase de l'Évangile en dit long sur l'harmonie entre Joseph et Marie. Au début de la Nouvelle Alliance, un homme et une femme sont interpellés, et nous avons une annonce à Marie (Lc 1, 26-38) et une autre à Joseph (Mt 1, 18-25). Marie après le dialogue avec l’ange donne son assentiment. L’Alliance conclue sur le mont Sinaï fut comme la naissance d’Israël en tant que peuple de Dieu. Elle apparut comme l’archétype de la genèse même du genre humain aux origines du monde. Au Sinaï Dieu créa Israël pour établir une alliance d’amour. Dans l’Eden, Dieu créa l’humanité (représentée par Adam et Ève) pour un pacte d’amitié. Joseph et Marie sont fidèles à l'Alliance : Joseph est juste (Mt 1,19) et Marie est l’humble servante du Seigneur (Lc 1,48) et ils accomplissent la loi du Seigneur (Lc 2,23). Marie aura un jour sa place parmi les disciples de Jésus. Ainsi, les Actes des Apôtres la présentent assidue à la prière avec les apôtres et quelques femmes, petite communauté, cellule souche de l'Église à venir.
Mais le récit de l'Annonciation nous apprend quelle place a Marie dans l'assemblée des disciples de Jésus-Christ. Elle est la toute première. Première disciple, elle montre aussi ce qu'est la foi. La foi ne consiste pas d'abord en mots. Ou alors, en fait de mots, il s'agit d'un seul mot. La foi est un « oui », celui qui résonne dans le « que tout m'advienne selon ta parole ». La foi est un « oui » à la vie reçue de Dieu, envers et contre tout, en dépit de tout ce qui pourrait nous inciter à dire « non ». La foi s'engage à avancer là où on ne sait pas aller, là où cela semble impossible de passer. Une jeune fille qui ne connaît pas d'homme ne peut pas enfanter. Il est impossible à une vieille femme de mettre au monde. Cela m'est impossible de continuer à vivre dans cette situation qui me parait bloquée, d'y trouver une issue. C'est pour moi impossible de vivre cet échec, cette situation de solitude, ces épreuves du deuil, de la santé, de l'âge. C'est impossible encore qu'il me faille mourir un jour et vivre aujourd'hui en marchant vers la mort. Alors, avec ta grâce et par la prière de Marie, oui, Seigneur, j'y vais.
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