L'incontinence fécale, un problème de santé publique souvent tabou, affecte significativement la qualité de vie des personnes qui en souffrent. Elle se définit comme l'incapacité à contrôler l'émission de gaz ou de matières fécales, entraînant des conséquences physiques et psychologiques limitantes. Bien que moins discutée que l'incontinence urinaire, l'incontinence anale est un véritable handicap qui complique la vie quotidienne. Cet article vise à démystifier l'incontinence fécale, en explorant ses causes, ses solutions et les approches de gestion disponibles.
Prévalence et Impact
L'incontinence anale touche une part non négligeable de la population. Les statistiques montrent que les fuites anales affectent 6% des femmes de moins de 40 ans et jusqu'à 15% des femmes plus âgées. Chez les hommes, la prévalence se situe entre 6 et 10 %. En France, on estime qu'au moins 3 millions d'adultes, soit 6% de la population, sont concernés par ce problème. Les enfants ne sont pas épargnés, avec environ 2,8 millions d'entre eux confrontés à la constipation et la moitié subissant des pertes de matière. De plus, environ 150 000 enfants sont touchés par des malformations ano-rectales, le spina bifida et d'autres dysraphismes.
Les conséquences psychologiques et sociales de l'incontinence anale sont considérables. Les personnes atteintes manquent en moyenne 15 jours de travail ou d'école par an. Malheureusement, les solutions actuellement disponibles sur le marché, telles que les couches, les tampons anaux et les lavements par voie anale, sont souvent insuffisantes. Les enfants, les adolescents et les adultes qui souffrent de pertes anales et fécales aspirent avant tout à vivre une vie normale.
Symptômes et Types d'Incontinence Fécale
Les symptômes de l'incontinence fécale peuvent se manifester de différentes manières. On distingue principalement deux types d'incontinence :
Incontinence fécale passive : Les selles sortent sans avertissement.
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Incontinence fécale par impériosité : Une envie soudaine d'aller à la selle ne peut être contrôlée.
Il existe également l'incontinence anale active, par impériosités (un « besoin pressant »), qui traduit plutôt une insuffisance des sphincters anaux. L’incontinence anale passive n’est pas précédée d’un besoin d’exonérer (« aller à la selle »). Elle est plus souvent la conséquence d’un défaut de vidange du rectum (stase rectale) suite à une constipation, par exemple.
L'incontinence anale se définit comme l'incapacité à contrôler l'émission de gaz ou de matières fécales. Elle peut être passive (fuite sans perception), active (urgence avec impossibilité de se retenir) ou mixte.
Causes de l'Incontinence Fécale
L'incontinence fécale peut avoir de nombreuses causes, allant de problèmes digestifs à des lésions nerveuses ou musculaires. Voici quelques-unes des causes les plus courantes :
Selles molles : La diarrhée, qu'elle soit due à une intolérance alimentaire, à une infection ou à une maladie inflammatoire, peut entraîner des fuites intestinales. Des selles molles et des sensations d’urgence intestinale peuvent provoquer des fuites, même avec un périnée des plus solides, si les toilettes ne sont pas suffisamment proches.
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Constipation : Paradoxalement, la constipation peut également provoquer des fuites intestinales. Lorsque des selles dures restent coincées dans l'intestin, des selles liquides peuvent passer autour, entraînant des fuites.
Lésions nerveuses ou musculaires : Les changements ou les dommages dans le canal anal ou le rectum, comme après l'accouchement, peuvent rendre difficile la rétention des selles. D'autres dommages peuvent être causés par la chirurgie, comme l'ablation des hémorroïdes ou d'une tumeur. Si les nerfs contrôlant les muscles du sphincter anal ou ceux détectant la présence de selles sont endommagés, cela peut entraîner une constipation ou une incontinence fécale.
Maladies neurologiques : Les personnes atteintes de pathologies affectant le système nerveux, telles que la sclérose en plaques, la maladie de Parkinson, la spina bifida ou un accident vasculaire cérébral, sont souvent atteintes de constipation ou d'incontinence fécale en raison d'une interruption au niveau des circuits nerveux.
Médicaments : De nombreux médicaments peuvent entraîner une incontinence fécale en affectant la fonction intestinale, le tonus du sphincter ou la capacité cognitive.
Maladies inflammatoires de l'intestin : Les maladies inflammatoires comme la maladie de Crohn ou la colite ulcéreuse provoquent des diarrhées, ce qui peut entraîner des fuites intestinales. La maladie de Crohn et la colite ulcéreuse provoquent toutes deux des diarrhées, ce qui peut entraîner des fuites intestinales.
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Prolapsus rectal : L'incontinence anale peut aussi survenir suite à un prolapsus (en cause, la pression constante exercée par l’extériorisation des organes).
Facteurs de risque : Outre les causes directes, certains facteurs augmentent le risque de fuite intestinale, tels que la vieillesse, le diabète, l'inactivité physique et l'obésité. Une personne âgée présentant une pathologie médicale peut être immobile, avoir des capacités cognitives déficientes et/ou une perte d’appétit et des difficultés à boire suffisamment. Toute personne souffrant d’une maladie intestinale est à risque d’incontinence anale, ainsi que les femmes ayant subi un accouchement traumatique.
Diagnostic de l'Incontinence Fécale
La première étape dans l'élaboration du diagnostic est de procéder à un interrogatoire minutieux et complet. Le recueil précis des antécédents, de la symptomatologie et des traitements en cours représente la pierre angulaire de la prise en charge de l’IA. L’interrogatoire permet de quantifier l’incontinence, d’en supposer le mécanisme et d’évaluer son impact sur la qualité de vie du patient. contexte : postobstétrical, chirurgical, affection neurologique, etc. Le bilan initial repose essentiellement sur l’interrogatoire et l’examen clinique.
Plusieurs examens complémentaires peuvent être réalisés pour évaluer la cause et la gravité de l'incontinence fécale :
Manométrie anorectale : Ce test permet d'évaluer le tonus du muscle sphinctérien, sa contraction et le volume rectal. Les personnes incontinentes ont une insuffisance de pression dans le canal anal. En pratique, une sonde très fine introduite dans l'anus et terminée par un ballonnet qui peut être gonflé mesure la sensibilité rectale et les variations de pression au niveau du sphincter anal.
Échographie endo-anale : L’échographie endo-anale est l’examen de référence pour analyser avec précision l’anatomie des sphincters anaux. Une rupture est considérée comme significative lorsqu’elle s’étend sur au moins 90°. La faisabilité d’une réparation dépend de l’étendue, avec une limite généralement située entre 120° et 160°, selon les équipes.
Déféco-IRM ou défécographie : Si un prolapsus rectal est suspecté, ces examens peuvent objectiver les anomalies anatomiques.
Électromyogramme (EMG) : L’électromyogramme (EMG) permet d’évaluer la localisation, le mécanisme et la sévérité des atteintes nerveuses (périphériques ou centrales) impliquées. Dans les cas complexes, notamment en présence d’une pathologie neurologique, l’EMG et les autres tests neurophysiologiques précisent le type et le niveau de l’atteinte (nerf sensitif, racine, moelle, plexus…). La mesure de la latence distale motrice du nerf pudendal permet de détecter une neuropathie canalaire de ce nerf.
Solutions et Traitements de l'Incontinence Fécale
Selon la gravité des problèmes intestinaux, il existe différentes façons de les résoudre. La prise en charge initiale par des méthodes conservatrices permet une amélioration significative dans 60 à 80 % cas. En cas d’échec des mesures de première ligne, de signes d'alerte (douleurs, saignements…), ou de troubles importants de la statique pelvienne, un avis spécialisé est demandé.
Voici un aperçu des options de traitement disponibles :
Modifications du Style de Vie et Régime Alimentaire
La régularisation du transit et l’amélioration de la consistance des selles constituent une priorité dans la prise en charge des patients. Il n’y a pas d’alimentation type qui conviendrait à tous. Le régime doit être personnalisé afin d’obtenir des selles bien formées (types 3 et 4 sur l’échelle de Bristol), de stabiliser le transit et réduire les épisodes d’urgences défécatoires. Concernant l’alimentation, l’apport en fibres doit être adapté, notamment en fibres solubles si les selles sont liquides (de type psyllium, graines de lin, graines de chia, fibres d’acacia, etc.). Il faut éviter les fibres insolubles (blé, légumes crus), car elles peuvent majorer les symptômes chez certains patients (cf. notre article du 23 octobre 2024). Il en est de même pour les irritants digestifs (café, alcool, tabac, épices). les mucilages (molécules cellulopectosiques d'origine biologique), dont les principaux sont extraits de graines (psyllium, ispaghul). Ils améliorent la consistance des selles (bien moulées ni trop liquides ni trop dures) (cf. les suppositoires ou lavements évacuateurs par voie rectale (cf.
Régime alimentaire : Une alimentation riche en fibres solubles peut aider à solidifier les selles et à réguler le transit intestinal. Il est également important d'éviter les aliments irritants tels que le café, l'alcool, le tabac et les épices.
Exercice physique : L'inactivité physique peut contribuer à la constipation et à l'incontinence fécale. L'exercice régulier peut aider à améliorer la fonction intestinale et à renforcer les muscles du plancher pelvien.
Rééducation Anorectale
Si l’incontinence anale persiste, elle se soigne dans 70 % des cas grâce à la rééducation anorectale réalisée par un kinésithérapeute (ou une sage femme en cas d’incontinence anale post-obstétricale). Au minimum 10-15 séances sont nécessaires. Cette rééducation musculaire mais aussi en sensibilité et coordination est indiquée s’il existe une faiblesse du sphincter externe. Elle peut être conduite par biofeedback, à l’aide d’une sonde équipée d’un capteur de pression introduite dans l’anus (des électrodes périnéales peuvent également être utilisées). Cette méthode permet la visualisation par le patient, sur un écran, des efforts de contraction des sphincters. Elle est d’autant plus efficace que l’incontinence est récente et le patient motivé. Il faut compter au moins 10 séances et le nombre moyen de séances est de 10 à 20. Cette rééducation doit être réalisée par des kinésithérapeutes spécialisés (cf. le site de l’Association française de rééducation en pelvipérinéologie pour prescrire une rééducation pelvi-périnéale et accéder à l'annuaire).
Exercices de Kegel : Ces exercices consistent à contracter et relâcher les muscles du plancher pelvien pour renforcer le sphincter anal et améliorer le contrôle intestinal.
Biofeedback : Cette technique permet de visualiser l'activité des muscles du plancher pelvien sur un écran, ce qui aide à mieux les contrôler et à les renforcer.
Traitements Médicamenteux
Le type de prise en charge médicale dépend de l’origine de l’incontinence fécale. Si celle-ci est due à des diarrhées chroniques, des médicaments destinés à ralentir le transit peuvent être prescrits. Au contraire, dans le cas de constipation chronique, le recours à des laxatifs non irritants peut s’avérer bénéfique.
Médicaments antidiarrhéiques : Ces médicaments peuvent aider à ralentir le transit intestinal et à réduire la fréquence des selles molles.
Laxatifs : Dans le cas de constipation chronique, des laxatifs non irritants peuvent être prescrits pour ramollir les selles et faciliter leur évacuation.
Stimulation Tibiale Postérieure par TENS
La stimulation tibiale postérieure par TENS (Transcutaneous Electrical Nerve Stimulation) est réalisée à domicile par le patient à l’aide d’électrodes placées sur le trajet du nerf tibial postérieur. Son mécanisme d’action reste mal compris, mais impliquerait des réflexes somato-sympathiques et une modulation de la sensibilité rectale. Elle permettrait ainsi d’améliorer la continence par voie neurologique. Ce traitement doit être pratiqué quotidiennement pendant 20 minutes sur une durée minimale de trois mois. Les études disponibles rapportent des résultats variables, avec des taux de succès allant de 30 à 80 % [7]. Cette méthode reste simple, bien tolérée, peu coûteuse et utilisable à long terme en cas de réponse, bien qu’aucun protocole standardisé ne soit encore défini.
Irrigation Transanale (ITA)
L’irrigation transanale (ITA) [8], via le système Peristeen, est utilisée principalement chez les patients souffrant de troubles neurologiques avec difficultés d’évacuation de l’ampoule rectale, constipation et IA. Il n’y a pas de hiérarchisation entre le TENS et l’ITA, ni d’indication particulière de l’une de ces techniques par rapport à l’autre. L’ITA consiste à effectuer un lavement étanche un jour sur deux avec obtention d’une vacuité complète du colon gauche qui permet une amélioration des symptômes digestifs (dans environ 60 % des cas) et de la qualité de vie. Son efficacité est démontrée même à long terme. Le principal facteur d’échec est le manque d’adhésion du patient, soulignant l’importance de l’éducation. La première prescription doit être faite par un spécialiste, mais le renouvellement peut être assuré par le médecin traitant.
Tampons Obturateurs Anaux
Les tampons obturateurs anaux peuvent également représenter une aide précieuse au quotidien, en particulier sur le plan social, en rassurant les patients et en améliorant leur qualité de vie. Navina Insert, qui est un obturateur d’incontinence fécale qui offre une solution immédiate au problème.
Neuromodulation des Racines Sacrées
Si les traitements conventionnels se sont avérés inefficaces votre médecin peut vous proposer un autre type de traitement. Réversible, la thérapie de neuromodulation des racines sacrées utilise un petit neuromodulateur implanté dans votre corps. Le neuromodulateur envoie de faibles impulsions électriques aux nerfs de votre dos qui commandent vos intestins, votre rectum et votre vessie. Ces stimulations vous aident à reprendre le contrôle de vos fonctions intestinales. Le neuromodulateur est aussi efficace pour traiter les problèmes d'incontinence urinaire. La neuromodulation permet d'améliorer la continence. Cette technique vise à stimuler les racines nerveuses autour de l'anus et du rectum (racine sacrée) en envoyant des impulsions électriques permanente aux nerfs au moyen d’électrodes. Un test de stimulation de trois semaines précède l’implantation définitive d’un pacemaker sous la peau.
Traitements Chirurgicaux
Pour les cas les plus sévères, les traitements médicamenteux et la rééducation périnéale ne suffisent par pour lutter contre l’incontinence anale. Des traitements chirurgicaux sont alors envisagés et la pose d'un sphincter anal artificiel s'avère parfois nécessaire. En cas d’incontinence fécale sévère et résistante aux traitements de première intention, des solutions chirurgicales peuvent vous être proposées. Les interventions diffèrent suivant les pathologies responsables de l'incontinence fécale ou de la constipation. Les méthodes chirurgicales peuvent être séparées en deux catégories : celles qui améliorent la fonction en conservant l’anatomie habituelle de l’anus (sphinctéroplastie, graciloplastie, chirurgie du prolapsus ) ; celles qui reposent sur un procédé de substitution des organes (sphincter anal artificiel, colostomie).
- Sphinctérorraphie : Lorsque le sphincter externe est rompu, la réfection chirurgicale du sphincter par suture (« sphinctérorraphie ») peut être envisagée.
- Sphincter anal artificiel : Dans les cas d'incontinence sévère, la pose d'un sphincter anal artificiel peut être nécessaire.
- Colostomie : Dans les incontinences sévères, une colostomie, solution de dernier recours, peut améliorer une qualité de vie très altérée. Si elle peut être proposée dans certains cas, de nombreuses solutions médicales et chirurgicales existent et doivent être proposées avant d’envisager une colostomie. Dans certains centres de soins, des irrigations coliques antérogrades par caecostomie sont réalisées, réservées aux incontinences réfractaires.
Complications Possibles
Non ou mal prises en charge, les fuites fécales peuvent entraîner des complications. En contact prolongé avec la peau, les selles peuvent perturber le manteau acide naturel protecteur de celle-ci. Les enzymes digestives résiduelles présentes dans les selles attaquent et endommagent alors la peau. Peuvent alors apparaître des démangeaisons, des brûlures et des irritations cutanées, telle que la DAI (Dermatite Associée à l’Incontinence). La DAI se caractérise par une inflammation des couches supérieures de la peau. Elle occasionne des démangeaisons, des brûlures, des douleurs et parfois des suintements et une desquamation (perte des couches superficielles de l’épiderme). En raison de la proximité des zones anale et urinaire, l’incontinence fécale favorise aussi les infections de l'appareil urinaire. Composante importante de notre flore intestinale, les bactéries intestinales (de type Escheria Coli) deviennent source d’infection lorsqu’elles pénètrent dans l’urètre, puis remontent dans la vessie. Enfin, les personnes souffrant d'incontinence fécale peuvent développer des complications psychologiques (anxiété, stress, dépression). Craignant de vivre des situations embarrassantes, elles se replient sur elles-mêmes et s’isolent socialement.
Importance de la Consultation Médicale
Moins de la moitié des personnes concernées par l’incontinence fécale en parlent à leur médecin. Pourtant, avec l’augmentation de l’espérance de vie et le vieillissement de la population, cette pathologie risque d’être de plus en plus fréquente. Alors si vous êtes concerné, n’ayez pas peur de briser le tabou. Ne manquez pas le rendez-vous avec des traitements qui vous aideront à renouer avec les plaisirs de la vie. Si votre vie est perturbée par des pertes involontaires de matières fécales, parlez-en à votre médecin. Il vous conseillera sur les options de traitements les mieux adaptées à vos troubles fécaux ou il vous orientera vers un proctologue. Le proctologue est un hyper-spécialiste de la zone anale et rectale. Parce qu’il touche à l’intime, l’examen de l’anus, du périnée et du rectum est souvent redouté et constitue pour de nombreuses personnes un obstacle à la consultation. Pourtant, l’examen proctologique est rapide, sans douleur et permet d’identifier les différents troubles de la région ano-rectale et de mettre en place rapidement un traitement.
L'incontinence anale est une pathologie fréquente, souvent tue, mais rarement sans solution. Son dépistage actif est indispensable pour améliorer la qualité de vie des patients. Trop de malades n’osent pas en parler, et trop de médecins ne posent pas la question. Pourtant, des solutions simples, efficaces et peu coûteuses existent, et la prise en charge par des méthodes conservatrices et non invasives peut déjà permettre une amélioration significative dans la majorité des cas.
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