Introduction

D'après Le Monde en 2015, qui s'appuie sur des données des journaux The Economist et Courrier International, cinq des dix pays ayant connu la plus forte croissance économique en 2014 étaient africains. La République démocratique du Congo, l'Érythrée, le Mozambique, le Congo et la Tanzanie affichaient une croissance supérieure à 7 %. Ce constat illustre le décollage économique récent du continent africain. En effet, depuis une quinzaine d'années, l'Afrique connaît un développement marqué par la croissance des richesses et l'amélioration des conditions de vie de sa population. Simultanément, elle s'intègre de plus en plus dans l'espace mondialisé, avec une intensification des flux qui la relient au reste du monde.

Dans quelle mesure le continent africain se développe-t-il tout en s'intégrant dans la mondialisation ? Pour répondre à cette question, nous examinerons d'abord les difficultés chroniques de l'Afrique en termes de développement et d'insertion, puis les signes récents de décollage et d'ouverture, avant de préciser les défis auxquels elle doit faire face.

I. Un continent longtemps en marge du développement et de la mondialisation

1. De nombreux indicateurs de mal-développement

L'Afrique subsaharienne concentre une part importante des Pays les Moins Avancés (PMA). Sur les 49 PMA recensés dans le monde, 34 se situent en Afrique, notamment au Niger et à Madagascar. La pauvreté y est massive, avec 300 millions de personnes (sur 1,1 milliard d'habitants) vivant en dessous du seuil de pauvreté, soit avec moins de 1 dollar par jour. L'espérance de vie (57 ans) est significativement inférieure à la moyenne mondiale (69 ans), et la sous-alimentation touche 225 millions de personnes. Les risques sanitaires demeurent un défi majeur, avec la persistance du paludisme, du sida et, plus récemment, de l'épidémie du virus Ebola.

2. Une faible insertion dans la mondialisation

Malgré ses 15 % de la population mondiale, l'Afrique ne représente que 3 % du commerce mondial. Cette situation est caractéristique des économies de rente, fortement dépendantes de l'exploitation des ressources naturelles. Les échanges commerciaux restent déséquilibrés, avec une exportation de produits bruts (pétrole, minerais, bois) et une importation de produits industriels. L'exploitation des nombreux gisements énergétiques et miniers est souvent contrôlée par des firmes transnationales originaires des pays occidentaux et émergents, tels que la Chine, l'Inde et le Brésil.

II. Le décollage de l'Afrique

1. Des signes de croissance économique

La croissance économique de l'Afrique s'accélère, passant d'un taux de 2,6 % pour la décennie 1990-2000 à 5 % pour la période 2000-2010. L'Afrique du Sud, membre des BRICS, est la seule puissance économique compétitive à l'échelle mondiale. Les "Lions africains" (Afrique du Sud, Égypte, Nigeria, Algérie, Maroc, Angola), qui réalisent 65 % du PIB du continent, se distinguent par leur dynamisme. Des classes moyennes émergent dans certains pays, représentant environ 100 millions de personnes, notamment en Afrique du Sud et au Maghreb. Elles constituent un marché de consommation important, stimulant ainsi la croissance économique.

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2. Une rapide ouverture à la mondialisation

Les investissements étrangers sur le continent ont connu une augmentation de plus de 80 % entre 2003 et 2010. Les pays émergents, avec la Chine en tête, exploitent des gisements miniers et d'hydrocarbures, financent des infrastructures de transport et acquièrent des terres agricoles. De grands ports ont été aménagés, notamment pour les adapter à la conteneurisation, comme à Tanger au Maroc et à Durban en Afrique du Sud. Les flux d'informations reliant l'Afrique au reste du monde ont explosé grâce à l'usage des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC). Le nombre d'internautes a été multiplié par 7 entre 2004 et 2013, favorisant ainsi l'intégration du continent dans la mondialisation numérique.

III. De nombreux défis à relever

1. Une forte croissance démographique

L'Afrique devrait compter 1,5 milliard d'habitants en 2030 et 2 milliards en 2050. Cette forte croissance démographique engendre de nombreux besoins à satisfaire pour une population jeune (40 % de moins de 15 ans) : alimentation, santé, éducation, etc. Le continent connaît également une véritable explosion urbaine, avec un taux d'urbanisation qui est passé de 14 % en 1950 à 40 % en 2010. La croissance des mégapoles africaines, comme Le Caire (16 millions d'habitants), Lagos (13 millions) et Kinshasa (10 millions), entraîne l'extension des bidonvilles, souvent dépourvus de connexion aux réseaux de transport, d'eau et d'électricité.

2. De fortes inégalités territoriales et sociales

De nombreuses disparités territoriales divisent le continent, notamment une opposition entre les "Lions africains", insérés dans la mondialisation, et les pays en marge. Un contraste marqué existe également entre les régions urbaines riches et les espaces ruraux peu développés. L'insertion dans la mondialisation profite principalement aux élites, aux classes moyennes urbaines et aux diasporas (chinoise, indienne). Une grande partie de la population vit dans une situation de grande précarité, ce qui alimente tensions et violence.

3. L'instabilité politique, frein majeur au développement

De nombreuses régions sont touchées par de graves conflits. Le Sahara est devenu un foyer du terrorisme islamiste et une plaque tournante du trafic de drogue. La corne de l'Afrique est une base de repli de la piraterie. L'Afrique centrale est le théâtre d'affrontements entre groupes armés pour le contrôle des ressources naturelles. Ces conflits maintiennent de nombreux États dans le mal-développement et freinent leur insertion dans la mondialisation, comme en République démocratique du Congo. Un État failli est un pays dans lequel le pouvoir politique et son administration ne parviennent pas à imposer leur autorité pour assurer la sécurité et le développement de sa population. Le nombre des États faillis (Syrie, Lybie, Somalie, Erythrée, etc.) dépend avant tout de l’évolution géopolitique des régions dans lesquelles ils se situent. Ce sont des États secoués par des conflits militaires, bien souvent des guerres civiles, dans lesquels l’État et son administration ne parviennent pas à maintenir la paix ni à garantir la sécurité de la population. Ainsi, la Syrie en guerre depuis 2011 peut être considérée comme un État failli. Face à la révolte de la population qui aspirait à plus de liberté, le président Bachar El Assad a utilisé l’armée pour réprimer avec violence les manifestants. Il s’en suit une guerre civile qui va considérablement affaiblir le pouvoir en place et favoriser le développement, à partir de 2014, de l’État islamique. Dès lors, la guerre va s’internationaliser avec, notamment, l’intervention militaire des États-Unis et de leurs alliés. Bien que disposant de ressources naturelles variées et en quantité non négligeables qui auraient pu favoriser l’intégration de la Syrie dans la mondialisation, le pays et sa population se sont au contraire considérablement appauvris.

Conclusion

Le continent africain, longtemps resté à l'écart du développement et de la mondialisation, connaît un véritable décollage depuis les années 2000. Cependant, d'importants défis démographiques, sociaux et politiques sont à relever pour assurer un développement durable et inclusif.

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Pour l'économiste nigérian Tony Elumelu, la promotion de l'« africapitalisme » doit permettre d'y parvenir. Cette approche met l'accent sur le rôle du secteur privé africain dans le développement du continent, en encourageant les investissements locaux et la création d'emplois.

Mondialisation : centres et périphéries

La mondialisation est un phénomène en forte accélération depuis une cinquantaine d’années qui touche l’ensemble des pays de la planète. Elle se caractérise par la multiplication de flux de différentes natures (commerciaux, financiers, humains, immatériels, etc.) à l’échelle mondiale. De plus, elle accentue la concurrence entre les territoires.

Plusieurs régions du monde peuvent être considérées comme des centres de la mondialisation. Les trois pôles majeurs de la mondialisation sont l’Europe de l’Ouest, l’Amérique du Nord (États-Unis et Canada) et l’Asie du sud-est. Ils dominent l’économie mondiale depuis plusieurs siècles pour certains d’entre eux. Par ailleurs, ils contribuent fortement à organiser et à structurer l’espace mondialisé. Certains États caractérisés de pays émergents peuvent être également des espaces moteurs de la mondialisation. Parmi ces pays, les plus intégrés ont été regroupés sous l’acronyme BRICS : Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud. En facilitant les investissements directs étrangers et en proposant une main-d’œuvre nombreuse et bon marché, ces pays ont amélioré très rapidement et de manière spectaculaire leur capacité de production ainsi que leur croissance économique. Shanghai est une ville qui possède de nombreux atouts économiques et qui a connu un développement spectaculaire ces dernières années. De nombreux travaux ont été lancés depuis les années 1980 pour développer la puissance de cette métropole chinoise. Des quartiers entiers ont été détruits pour construire des quartiers d’affaire et aménager des espaces productifs performants. Dans ces nouveaux quartiers, la gentrification est importante (les populations les plus pauvres laissent place aux classes moyennes et supérieures). Emplacement de choix dans la façade maritime chinoise, le port de Shanghai accueille un trafic très important, à tel point que, malgré des extensions, un nouveau port à dû être construit, Yanshan, relié à la ville par un pont de 32 km de long. Cependant, cette intégration reste partielle. Le viaduc de Puxi, à Shanghai. Ce quartier a été profondément réaménagé depuis une vingtaine d’années. Les maisons traditionnelles furent détruites pour être remplacées par des grattes ciels.

Certains territoires sont moins intégrés que d’autres à la mondialisation. Selon l’ONU, on compte dans le monde 47 PMA qui se situent majoritairement en Afrique subsaharienne (33 pays dont le Tchad, le Mali, le Burundi, l’Ouganda…) mais aussi en Asie (14 pays dont l’Afghanistan, le Laos…) et en Amérique (1 pays, Haïti). Ce retard de développement se traduit par une faible espérance de vie, un accès aux soins insuffisant et, plus généralement, des difficultés importantes à satisfaire les besoins quotidiens liés à l’approvisionnement en eau et/ou en nourriture. Ces pays sont très peu intégrés à la mondialisation. Cette scène représente une commerçante et ses clients en Ouganda, pays parmi les plus pauvres au monde, situé dans la région des Grands Lacs africains. Comme le montrent les publicités visibles sur l’image, cette commerçante propose à ses clients la possibilité de s’équiper afin de pouvoir payer leurs achats via leur téléphone portable. Ce service, bien qu’encore peu répandu, se développe rapidement dans de nombreux pays d’Afrique. Il est d’autant plus utile que beaucoup d’Africains n’ont pas encore les moyens financiers suffisants pour s’équiper d’un ordinateur. Ainsi, cette photographie prouve que même les pays les plus pauvres ne sont pas totalement exclus du processus de mondialisation.

Les pays du Nord comptent parmi les mieux intégrés dans la mondialisation. Toutefois, à l’intérieur de ces territoires existent des espaces qui peuvent apparaître plus périphériques voire exclus de la mondialisation. La déprise rurale se caractérise par l’abandon progressif d’exploitations agricoles et des villages situés à proximité. Le village de Montboudif dans le Cantal, en plein cœur du Massif central, est ainsi confronté déjà depuis plusieurs décennies à ce phénomène. Sa population, composée en 2017 de 190 habitants, a été divisée par quatre en un siècle. L’école primaire est fermée depuis désormais plusieurs années et de nombreuses exploitations n’ont pas été reprises lorsque les agriculteurs sont partis en retraite. Les jeunes générations ont préféré quitter le village qui se désertifie progressivement. Plus étonnant, en périphérie des métropoles des pays les plus développés persistent encore parfois des espaces en marge de la mondialisation. On compte ainsi 93 bidonvilles en France qui regroupent au total plus de 5 000 personnes, habitant majoritairement en région parisienne. À l’échelle mondiale, nous avons constaté que certains pays sont très bien intégrés dans la mondialisation. Toutefois si on change d’échelle d’analyse, on constate qu’à l’intérieur de ces territoires certains espaces, plus locaux, sont en marge.

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Les pays les mieux intégrés dans la mondialisation ont une population avec un niveau de vie élevé et un appareil productif performant. Situés en Amérique du Nord, en Europe et au Japon, les villes mondiales (New-York, Los Angeles, Tokyo, Paris), rayonnent à l’échelle internationale et regroupent une grande partie des fonctions stratégiques qui influent sur la gouvernance mondiale. Ces métropoles gagnent en puissance et attirent une population de plus en plus nombreuse. La métropolisation est un processus de concentration d’entreprises dynamiques et de population dans les plus grandes villes. Prenons l’exemple de Paris. Cette métropole dispose d’un quartier d’affaires dynamique situé à La Défense, qui regroupe les sièges sociaux de grandes firmes transnationales (Total, Areva, Saint Gobain etc.). Le siège de l’UNESCO se situe également à Paris où se dérouleront par ailleurs les Jeux olympiques d’été en 2024. Disposer d’un littoral est un atout qui facilite l’intégration dans la mondialisation. Aujourd’hui une grande partie du commerce mondial s’effectue par voie maritime, ce qui favorise le développement de grands ports commerciaux et industriels, notamment en Asie (Shanghai, Singapour, Tokyo, etc.). La Suisse a toutefois réussi à contourner cette contrainte de l’enclavement. En effet, le pays a depuis longtemps développé une activité financière dynamique qui lui a permis de s’intégrer dans la mondialisation. Par ailleurs, la Suisse a également cherché à valoriser ses espaces montagneux ainsi que son patrimoine culturel en proposant une offre touristique haut de gamme. De ce fait, en plus de l’activité financière, la Suisse a pu augmenter ses flux touristiques. Les États faillis sont en marge de la mondialisation.

Entamée au XVIe siècle, au moment des grandes découvertes, la mondialisation est un phénomène qui s’est considérablement accéléré depuis une cinquantaine d’années. Ce processus impacte l’organisation de la plupart des territoires de la planète. Si la mondialisation inclut de plus en plus de territoires, elle exclut cependant les catégories sociales les plus fragiles et a tendance à accentuer les inégalités au sein des sociétés concernées.

Jamais l’Afrique n’a été plus injuste : sa croissance économique s’accompagne d’un creusement des inégalités porteur de graves tensions. La grande pauvreté persiste, y compris dans les pays émergents. Des milliers de jeunes rêvent d’une autre vie, mais voient leurs espoirs fracassés par un Occident verrouillé et des élites campées sur leurs privilèges. Conséquence de ces injustices, la rancœur grandit au cœur des villes. De graves foyers de tensions minent l’intérieur du continent et menacent les littoraux arrimés à la mondialisation.

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