L'accouchement, un moment unique et fragile, a été profondément affecté par la pandémie de COVID-19. L'obligation ou la forte recommandation du port du masque pendant le travail et l'accouchement a soulevé de nombreuses questions et inquiétudes, tant chez les femmes enceintes que chez les professionnels de santé. Cet article se propose d'examiner les différentes facettes de cette problématique, en s'appuyant sur les recommandations officielles, les témoignages de femmes et les enjeux liés à la sécurité des soignants et des patientes.
Contexte et Recommandations Officielles
Face à la circulation active du virus, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) a émis des recommandations concernant les mesures de prévention de la transmission du SARS-CoV-2 durant l'accouchement. Dans son avis du 12 novembre 2020, le HCSP, prenant en compte la position du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) et une synthèse des recommandations internationales, a établi que le risque d'émission d'aérosols lors de la phase d'expulsion n'est pas clairement tranché par la littérature scientifique.
Néanmoins, par précaution, le HCSP recommande, en période de forte circulation virale, un double masquage avec le port d'un masque à usage médical, tant pour les professionnels que pour la femme qui accouche, qu'elle présente ou non des symptômes de la COVID-19. Cependant, le HCSP souligne que le port du masque par la femme qui accouche ne doit pas être rendu obligatoire, tenant compte de son souhait et de sa tolérance. Il n'est pas recommandé de porter un masque de type FFP2 pour une femme qui accouche. La réalisation d'un test RT-PCR, RT-LAMP ou antigénique est vivement recommandée pour connaître le statut infectieux de la parturiente et adapter les mesures de protection.
Le gouvernement, par le biais d'un communiqué du 9 novembre, a appuyé les recommandations du CNGOF, rappelant que le port du masque chez la femme qui accouche est souhaitable en présence des soignants, mais ne peut en aucun cas être rendu obligatoire. Le CNGOF précise que les femmes ne présentant pas de symptômes de la COVID-19 peuvent accoucher sans masque, même si cela reste vivement conseillé. Pendant les efforts expulsifs, le port du masque est souhaitable pour protéger les soignants et la femme elle-même, mais ne peut être imposé. Le CNGOF suggère le recours à une visière adaptée au visage pour faciliter les efforts et la communication avec l'équipe soignante. Si la patiente n'a ni masque ni visière, le personnel doit porter un masque FFP2 et des lunettes de protection pour une protection maximale. En revanche, les femmes considérées comme des "cas possibles" doivent impérativement porter un masque.
Témoignages et Impact Psychologique
Malgré les recommandations officielles, de nombreuses femmes, associations et professionnels de santé jugent cette pratique inhumaine et violente, rendant les conditions de l'accouchement encore plus difficiles. Le port du masque pendant l'accouchement peut provoquer des traumatismes et des complications, comme le prouvent de nombreux témoignages récents recueillis par le collectif « stop aux violences obstétricales et gynécologiques ». Des femmes comme Salma, Maud et Pascalina ont partagé leurs expériences traumatisantes d'accouchement avec un masque, soulignant l'impact émotionnel négatif sur un moment qui devrait être privilégié.
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Le port du masque peut rendre la respiration plus difficile, nécessitant des efforts supplémentaires pendant le travail. De plus, il peut entraver la communication avec l'équipe soignante et affecter la perception et l'expression des émotions, un aspect crucial pendant l'accouchement. L'anxiété et le stress liés à la pandémie et aux mesures sanitaires peuvent également amplifier l'impact psychologique du port du masque.
Sécurité des Soignants et Alternatives
La protection des soignants, notamment des sages-femmes, est une priorité. Cependant, certains professionnels et associations estiment qu'il serait préférable d'équiper les soignants de masques FFP2 et de lunettes de protection afin d'éviter tout risque de contagion, permettant ainsi aux parturientes d'accoucher et d'accueillir leur nouveau-né sans masque. Cette approche permettrait de concilier la sécurité du personnel soignant et le bien-être des patientes.
Protocole National et Présence du Conjoint
La question d'un protocole national commun à toutes les maternités est également soulevée. Un tel protocole permettrait d'harmoniser les pratiques et de garantir un accouchement le plus "normal" possible dans ce contexte anxiogène. Il est également crucial de permettre la présence du conjoint ou de la conjointe à la maternité, même en période de COVID-19, car le soutien émotionnel et physique du partenaire est essentiel pour la femme pendant le travail et l'accouchement.
Le CNGOF a souligné que la présence du père est souhaitable au maximum, y compris pendant une éventuelle césarienne, sous réserve du respect des mesures barrières et de la limitation des déplacements. Cependant, les gynécologues ne conseillent pas la recherche systématique des signes cliniques du COVID-19 en salle de naissance, précisant que cette recommandation est à adapter en fonction des cas et de l'évolution locale de l'épidémie.
Prise en Charge et Suivi Post-Natal
Malgré les contraintes liées à la pandémie, les modalités d'accouchement restent les mêmes. Les décisions médicales sont prises en fonction de l'état de santé de la maman, en appréciant les éléments médicaux connus et en évaluant la situation de la maman et de son bébé. Si une césarienne est nécessaire, elle sera programmée. S'il est nécessaire de déclencher le travail, ce sera fait comme d'habitude. Si la patiente entre en travail spontanément, la surveillance aura lieu comme toujours avec le suivi de la maman et de son bébé.
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L'équipe médicale s'efforce de donner un accompagnement humain, afin que la venue au monde du bébé soit un moment privilégié pour lui et sa maman. Les différences se situent principalement au niveau du lieu, des mesures d'hygiène, de la réduction des personnes présentes et des intervenants afin d'éliminer toute contamination.
Après l'accouchement, si la mère est porteuse du virus, elle devra porter un masque chirurgical en permanence. L'allaitement direct ou l'alimentation après avoir tiré son lait sont possibles chez une mère suspecte ou confirmée d'infection à COVID-19.
La HAS recommande de ne pas séparer la mère et l'enfant, même si la mère est atteinte de COVID-19. Tout nouveau-né de femme atteinte de COVID-19 doit être considéré comme porteur du virus, et un test de diagnostic ne se justifie alors pas. L'isolement de la mère et de l'enfant pendant 14 jours est recommandé au domicile.
Face à la pandémie de COVID-19, les durées de séjour à la maternité ont été raccourcies. La HAS précisait qu'une sortie précoce pourrait accroître le risque d'ictère du nouveau-né (jaunisse), qui nécessite une surveillance à domicile et un retour à la maternité en cas d'ictère confirmé.
Recommandations Générales et Prévention
Il est essentiel de suivre les instructions du gouvernement et d'éviter tout contact avec des personnes présentant des symptômes du coronavirus. Les femmes enceintes sont considérées comme des personnes vulnérables par précaution. Il est important de contacter sa sage-femme ou son équipe prénatale pour les tenir au courant de toute situation particulière.
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Le vaccin contre la grippe est fortement recommandé, d'autant plus en cette période d'épidémie.
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