L'accouchement est un événement physiologique complexe marquant la fin de la grossesse et le début de la vie extra-utérine pour le nouveau-né. Cet article se propose de définir l'accouchement normal, d'en décrire les étapes clés et d'aborder les suites de couches.

Définition de l'Accouchement Normal

Un accouchement est considéré comme normal, ou eutocique, lorsque son déroulement est physiologique et qu'il survient à terme, c'est-à-dire entre la 37e et la 42e semaine d'aménorrhée (absence de règles). Plus précisément, le terme moyen d'accouchement se situe autour de 39 semaines et 6 jours d'aménorrhée, avec une marge de plus ou moins deux semaines. Un accouchement qui se produit avant la 37e semaine est considéré comme prématuré, tandis qu'un accouchement au-delà de 42 semaines est considéré comme post-terme. L'accouchement normal est celui qui se déroule par voie basse, permettant au fœtus d'accomplir un parcours naturel à travers le bassin, le vagin et le périnée.

Les Étapes de l'Accouchement Normal par Voie Basse

L'accouchement par voie basse, aussi appelé accouchement naturel, est le plus fréquent car il est considéré comme physiologique. Il se déroule en plusieurs étapes distinctes :

  1. La phase de dilatation : Cette phase commence avec les premières contractions utérines régulières et douloureuses. Ces contractions ont pour effet de modifier le col de l'utérus, qui se raccourcit (effacement) et s'ouvre progressivement (dilatation). La dilatation est mesurée en centimètres, l'objectif étant d'atteindre une dilatation complète de 10 cm. Cette phase peut être divisée en deux sous-phases :
    • Phase de latence : Le col se dilate jusqu'à environ 5-6 cm. Cette phase peut durer jusqu'à 20 heures, surtout chez les femmes primipares (premier accouchement).
    • Phase active : Le col se dilate de 5-6 cm jusqu'à 10 cm. La cinétique de dilatation peut être évaluée grâce à la courbe de Friedman.
  2. La phase d'expulsion : Lorsque la dilatation est complète, la femme ressent le besoin de pousser lors des contractions pour aider le bébé à descendre à travers le vagin. Cette phase dure généralement 40 minutes maximum. Une fois le bébé né, le médecin ou le père coupe le cordon ombilical.
  3. La délivrance : C'est la phase d'expulsion du placenta et des membranes hors des voies génitales. Elle se produit généralement dans les 30 minutes suivant la naissance du bébé, grâce à de nouvelles contractions utérines. La délivrance peut être spontanée (grâce aux efforts expulsifs de la mère) ou dirigée (avec l'injection d'ocytociques). Il est crucial de vérifier l'intégrité du placenta et des membranes après leur expulsion.

Tout au long du travail, la surveillance fœtale est assurée par cardiotocographie (CTG), qui enregistre le rythme cardiaque fœtal (RCF) et les contractions utérines. Dans certains cas, un ECG fœtal ou un pH au scalp peuvent être réalisés.

Mécanismes de l'Accouchement

L'accouchement implique une série de mécanismes physiologiques permettant au fœtus de franchir le bassin maternel. Ces mécanismes comprennent :

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  • L'engagement : Le passage du plus grand diamètre de la tête ou du siège fœtal à travers le détroit supérieur du bassin. La tête du fœtus prend une position oblique pour franchir le détroit supérieur.
  • La descente : Le passage du plus grand diamètre de la tête ou du siège à travers le détroit moyen du bassin. Le fœtus revient en position normale lors du passage dans l'excavation pelvienne (détroit moyen).
  • Le dégagement (ou expulsion) : Le passage du plus grand diamètre de la tête ou du siège à travers le détroit inférieur du bassin osseux et musculaire. Le fœtus se dégage enfin en franchissant le détroit inférieur sous la symphyse pubienne. Le détroit inférieur étant parfois trop étroit, le fœtus doit, pour en agrandir momentanément le diamètre, repousser le coccyx en arrière au moment du dégagement.
  • La rotation interne : La tête du fœtus effectue une rotation pour s'orienter dans le sens antéro-postérieur du bassin.
  • La rotation de restitution : La tête effectue une rotation externe pour permettre le dégagement des épaules.
  • L'expulsion des épaules et du tronc : L'épaule antérieure se dégage la première, suivie de l'épaule postérieure.
  • Hémostase : par rétraction (ligature vivante) + thrombose par facteurs de coagulation.

Présentations Fœtales

La présentation fœtale est la partie du corps du fœtus qui se présente en premier dans le bassin maternel. La présentation du sommet (tête fléchie) est la plus fréquente et la plus favorable. D'autres présentations existent, telles que :

  • Présentations céphaliques : Regroupent celles du sommet (flexion de la tête du fœtus), du front (déflexion légère) et de la face (déflexion totale). La présentation par le front nécessite une césarienne.
  • Présentations par le siège : Comprennent le siège complet (membres inférieurs repliés en premier) et le siège décomplété (présentation des fesses, membres inférieurs tendus et relevés devant le tronc, les pieds à la hauteur de la tête).

L'absence de « culbute physiologique » (renversement du fœtus au cours du dernier trimestre de la grossesse afin de permettre la présentation par la tête) résulte de diverses causes : utérine, ovulaire, pelvienne ou fœtale. Une version manuelle extérieure peut être tentée vers la 35e semaine.

Interventions Médicales Possibles

Bien que l'accouchement normal soit un processus physiologique, des interventions médicales peuvent être nécessaires dans certaines situations :

  • Rupture artificielle des membranes (amnioscopie) : Si la poche des eaux est intacte, elle peut être rompue artificiellement pour accélérer le travail.
  • Épisiotomie : Incision du périnée pour agrandir l'ouverture vaginale et faciliter la naissance du bébé, ou pour prévenir les déchirures périnéales sévères. Elle est réalisée au début de l’ampliation du périnée (distension des fibres musculo-aponévrotiques périnéales) pour prévenir sa déchirure complète et protéger le sphincter anal lors de l’expulsion. Elle peut être pratiquée de façon médio-latérale ou médiane.
  • Forceps ou ventouse obstétricale : Instruments utilisés pour aider à l'extraction du bébé si la mère est fatiguée, si la progression est lente ou en cas de souffrance fœtale. Le forceps consiste en des instruments métalliques, en forme de cuillères, employés par l'obstétricien pour guider le passage de la tête fœtale afin de faciliter sa sortie. Il est placé de part et d'autre de la tête du bébé au niveau des tempes. Il écarte les parois vaginales devant la tête et lui facilite ainsi le passage. La ventouse obstétricale remplace parfois le forceps. Elle est placée sur le sommet du crâne du bébé, à dilatation complète du col.
  • Césarienne : Intervention chirurgicale consistant à inciser l'abdomen et l'utérus pour extraire le bébé. Elle peut être planifiée ou réalisée en urgence en cas de complications. La césarienne est habituellement pratiquée sous anesthésie péridurale (cette dernière permettant à la mère de participer à la naissance de son enfant). Le chirurgien pratique au niveau des poils pubiens une incision (horizontale) à travers la peau et les différents tissus afin de parvenir à l'utérus.

Suites de Couches Normales (Post-Partum)

La période des suites de couches (post-partum) dure environ 6 semaines, jusqu'au retour des règles (retour de couches). En cas d'allaitement, le retour de couches est différé et intervient après l'arrêt de l'allaitement. Les suites de couches dites « précoces » se produisent les premiers jours (3 ou 4) suivant l’accouchement, que la plupart des femmes passent en milieu médical. Les suites de couches dites « tardives » correspondent au retour à domicile de la mère et de l’enfant. La durée minimale de surveillance de l’accouchée en salle de naissance est de 2 heures après l’accouchement avant qu’elle ne puisse regagner sa chambre. Elle consiste en une surveillance des constantes (pouls, TA, température), de la coloration de la patiente, de la diurèse, de la rétraction utérine et des saignements vulvaires qui doivent rester inférieurs à 500 ml.

Plusieurs phénomènes physiologiques se produisent pendant cette période :

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  • Involution utérine : Rétraction de l'utérus pour retrouver sa taille normale. Elle est rapide les 2 premières semaines, puis beaucoup plus lente pour se terminer au bout de 2 mois environ. Elle s’effectue grâce aux contractions utérines, qui sont plus douloureuses et nombreuses chez les multipares et lorsque la mère allaite : ce sont les tranchées.
  • Lochies : Pertes vaginales de sang, de tissus et de mucus. Elles correspondent à un écoulement sanglant, séro-sanglant puis séreux et durent 3 à 4 semaines. En cas d’hyperthermie avec des lochies fétides, il faut suspecter une endométrite, effectuer des prélèvements et mettre la patiente sous antibiothérapie adaptée.
  • Cicatrisation périnéale : La cicatrisation des muscles superficiels du périnée dépend de la façon dont s’est déroulé l’accouchement, de la présence ou non d’une épisiotomie ou de lésions périnéales.
  • Montée de lait : Production de lait maternel, généralement quelques jours après l'accouchement. La montée laiteuse est due à la chute brutale du taux de progestérone après la délivrance, ce qui entraîne une montée en flèche de la prolactine et une production abondante de lait. Lors de l’allaitement maternel, l’entretien de la sécrétion de lait est réalisée par la succion du mamelon lors des mises au sein régulières (environ toutes les 3H). Les complications de l’allaitement sont l’apparition de crevasses, d’engorgement mammaire (plus fréquent la 1ère semaine), voire de lymphangites à un stade plus avancé, de galactophorites et d’abcès.L’allaitement artificiel nécessite la prise de bromocriptine pour inhiber la montée laiteuse.
  • Baby blues : État de tristesse et de sensibilité émotionnelle transitoire, fréquent après l'accouchement. Fréquent vers le troisième jour du post-partum et souvent contemporain de la montée laiteuse, cet état dépressif est transitoire. L’entourage contribue à une évolution favorable de cet état en maternant et rassurant l’accouchée.

Il est important de surveiller l'apparition de complications potentielles pendant les suites de couches, telles que :

  • Une rétention urinaire.
  • La constipation est fréquente dans le post-partum immédiat et doit être prévenue par un lever précoce, une alimentation variée riche en fibres et en eau.
  • Phlébite (formation d'un caillot veineux).
  • Endométrite (infection de l'utérus).
  • Complications liées à l'allaitement (crevasses, engorgement mammaire, mastite).

Une rééducation périnéale est souvent recommandée pour renforcer les muscles du plancher pelvien après l'accouchement. L’organisme retrouve peu à peu son équilibre antérieur, l'utérus se rétracte et reprend son volume initial au bout de 2 mois. Le pouls et la température de l'accouchée sont surveillés, ainsi que ses seins et ses urines. Les soins à apporter à la mère sont particulièrement importants après une épisiotomie ou une césarienne. Les risques de complications spécifiques à cette période justifient une surveillance sérieuse. Une gymnastique rééducative complète les soins et favorise le retour à l'équilibre corporel antérieur. La reprise d'une activité sexuelle est possible dès la cicatrisation de l'épisiotomie, lorsqu'elle a eu lieu, ou, sinon, dès que la femme le souhaite. Après un premier accouchement, la mère peut ressentir une certaine mélancolie, où se succèdent des moments de découragement, de rejet, de lassitude, des envies de pleurer incontrôlables et des moments de grande joie. Le baby blues, également appelé dépression du post-partum, peut s'expliquer par la chute hormonale qui se produit en fin de grossesse, comparable à celle qui affecte l'humeur de certaines femmes avant leurs règles. Mais cette fragilité est également liée au bouleversement que produit l'arrivée d'un petit enfant, à l'inquiétude due à l'impression diffuse de ne pouvoir faire face à son nouveau rôle. L'entourage médical et familial doit soutenir la jeune mère.

Un examen post-natal est généralement effectué dans le courant du 2ème mois suivant l’accouchement pour évaluer la récupération de la mère.

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