L'accouchement prématuré est une réalité complexe et préoccupante. Il est essentiel de comprendre ce qu'il implique, ses causes potentielles et les mesures qui peuvent être prises pour le prévenir et en minimiser les risques. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble complète de l'accouchement prématuré, en abordant sa définition, ses facteurs de risque, son diagnostic, sa prévention et ses conséquences pour la mère et l'enfant.

Définition de l'accouchement prématuré

L'accouchement est l’ensemble des phénomènes qui ont pour conséquence la sortie du fœtus et de ses annexes hors des voies génitales maternelles. Un accouchement est considéré comme prématuré lorsqu'il se produit avant la fin de la 37e semaine de grossesse (37 semaines d’aménorrhée). Normalement, une grossesse dure en moyenne 40 semaines d’aménorrhée. La prématurité se définit, non pas en fonction du poids de naissance, mais exclusivement en fonction de l’âge gestationnel ou terme de la grossesse compté en semaines d’aménorrhée (SA). Pour le législateur, peut être déclaré nouveau-né vivant, tout enfant né après 22 SA ou pesant au moins 500 grammes.

On distingue différents niveaux de prématurité:

  • Prématurité moyenne: Naissance entre la 32e et la 36e semaine d’aménorrhée révolue (7 mois à 8 mois de grossesse).
  • Grande prématurité: Naissance entre la 28e et la 32e semaine d’aménorrhée (6 mois à 7 mois de grossesse).
  • Très grande prématurité: Naissance avant 28 semaines (en deçà de 6 mois de grossesse). Aucune survie n’a été décrite en deçà de 22 semaines.

En France, 8,3 % des naissances surviennent avant 37 SA* (soit environ 60 000 par an) et 2,3 % avant 32 SA*.

Facteurs de risque de l'accouchement prématuré

Bien que la cause exacte d'un accouchement prématuré puisse être difficile à déterminer, plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque. Il est important de noter que la présence d'un ou de plusieurs de ces facteurs ne signifie pas nécessairement qu'un accouchement prématuré se produira, mais elle peut justifier une surveillance accrue pendant la grossesse.

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Voici quelques facteurs de risque courants :

  • Antécédents d'accouchement prématuré: Si une femme a déjà accouché prématurément, elle présente un risque accru lors des grossesses suivantes.
  • Grossesse multiple: Être enceinte de jumeaux, de triplés ou plus augmente le risque d'accouchement prématuré. L'âge moyen à la naissance de jumeaux est de 36 semaines de grossesse - 32 SA pour les triplés et 31 SA pour les quadruplés.
  • Problèmes médicaux: Des pathologies comme le diabète, l'hypertension et les infections peuvent augmenter le risque d'accouchement prématuré.
  • Mode de vie: Le tabagisme, la consommation d'alcool ou de drogues, un faible indice de masse corporelle avant la grossesse et des niveaux de stress élevés peuvent augmenter les risques.
  • Intervalle court entre les grossesses: Une grossesse espacée de moins de 12 mois de la précédente a plus de risques de se conclure par un accouchement prématuré.
  • Problèmes utérins ou cervicaux: Certaines anomalies structurelles de l'utérus ou du col de l'utérus ou certaines complications gynécologiques passées peuvent augmenter le risque. La béance du col est parfois connue avant la grossesse, et a été diagnostiquée par hystéroscopie ou hystérographie.
  • Complications de grossesse: Si vous développez des complications ou des infections pendant la grossesse, cela peut augmenter le risque. D'autres complications de la grossesse peuvent également en être la cause.

Il semble y avoir une composante héréditaire dans le risque d'accouchement prématuré : Les femmes qui sont elles-mêmes nées prématurément ou qui ont un frère ou une sœur né(e) prématurément ont un risque 50 à 60% plus élevé d'accoucher prématurément.

Signes et symptômes d'un travail prématuré

Reconnaître les signes avant-coureurs d'un travail prématuré est crucial pour une intervention rapide. Si vous êtes enceinte de moins de 37 semaines et que vous remarquez l'un des symptômes suivants, contactez immédiatement votre professionnel de santé:

  • Contractions utérines fréquentes : Lorsqu’une femme ressent des contractions régulières (plus de 4 par heure), cela peut indiquer que le travail a commencé.
  • Crampes semblables à des douleurs menstruelles au-dessus du pubis (avec ou sans diarrhée).
  • Douleurs abdominales ou pelviennes : Des douleurs persistantes ou une sensation de pression accrue dans le bas de l'abdomen ou dans la région pelvienne peuvent indiquer un début de travail.
  • Pression ou sensation douloureuse dans le bassin, les cuisses ou l'aine.
  • Douleur sourde ou pression dans le bas du dos.
  • Crampes intestinales ou diarrhée.
  • Augmentation des pertes vaginales.
  • Des pertes vaginales liquides, rosées ou brunâtres, voire contenant des traces de sang.
  • Saignements vaginaux : Des saignements vaginaux, même légers, avant la date prévue d'accouchement peuvent être un signe de début de travail.
  • Rupture de la poche des eaux.

Si vous ressentez ces symptômes, il est essentiel de consulter rapidement un professionnel de santé pour évaluer la situation.

Diagnostic de l'accouchement prématuré

Si vous présentez des signes de travail prématuré, votre professionnel de santé effectuera un examen pour déterminer si vous êtes en travail. Cela peut inclure :

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  • Examen physique: Votre professionnel de santé peut effectuer un examen physique pour mesurer la taille de votre col de l'utérus ou vérifier s'il y a du changement avec une échographie. L'échographie, réalisée par voie vaginale, permet d'observer et de mesurer la longueur du col de l'utérus et de s'assurer de l'absence de protrusion de la poche des eaux à l'orifice interne. La valeur seuil n'est pas clairement définie, en général celle qui est retenue est 25 mm.
  • Surveillance des contractions: Votre professionnel de santé peut surveiller vos contractions sur quelques heures.
  • Test de fibronectine fœtale: Ce test consiste à prélever un échantillon de sécrétions près du col de l'utérus et du vagin, pour détecter la présence d'une protéine appelée fibronectine fœtale. Cette protéine agit comme une colle entre le sac amniotique et l'utérus, et elle est généralement libérée pendant le travail.
  • Échographie: Une échographie peut être effectuée pour vérifier la taille de votre bébé, son âge gestationnel ou sa position, ou pour vérifier d'éventuels problèmes.

Une détection rapide est essentielle pour bien gérer un accouchement prématuré.

Prévention de l'accouchement prématuré

Bien qu'il ne soit pas toujours possible de prévenir un accouchement prématuré, certaines mesures peuvent aider à réduire le risque :

  • Suivi médical régulier: Assurez-vous de vous rendre à tous vos examens prénataux mensuels et suivez les recommandations du médecin qui suit votre grossesse.
  • Adopter un mode de vie sain: Manger équilibré et rester active (avec l'approbation de votre médecin).
  • Éviter les substances nocives: Arrêter ou réduire drastiquement sa consommation de tabac, d'alcool et de drogues peut contribuer à réduire le risque.
  • Gestion du stress: Trouver des moyens efficaces pour gérer le stress peut être bénéfique. Des techniques de relaxation ou des activités apaisantes telles que le yoga prénatal peuvent aider.
  • Prévention des infections: Prenez des précautions en adoptant une bonne hygiène des mains afin de réduire le risque de transmission virale. Pendant la grossesse, il est également nécessaire d’adapter ses habitudes alimentaires afin d’éviter toute infection alimentaire (nettoyage des fruits et légumes, pas de consommation d’aliment à base de lait cru, éviter certains aliments crus tels que la viande, le poisson et l’œuf…).
  • Traitement des problèmes médicaux: Si vous vous présentez des problèmes médicaux comme du diabète ou de l'hypertension, assurez-vous de bien les contrôler avec l'aide de votre médecin.
  • Éviter les grossesses rapprochées: Un intervalle d’au moins 12 mois entre les grossesses peut aider à réduire le risque de travail prématuré.
  • Soins dentaires: Les femmes qui souffrent d'une parodontite ont un risque accru d'accouchement prématuré. Maintenir une bonne hygiène bucco-dentaire et consulter régulièrement un dentiste peut aider à prévenir ce risque.
  • Prendre des précautions supplémentaires si vous êtes à risque: Si vous avez des antécédents d’accouchement prématuré, une pathologie gynécologique ou d'autres facteurs de risque, discutez-en avec votre gynécologue ou votre sage femme afin d’élaborer un plan de prévention adapté.

Dans certains cas, des traitements médicaux tels que la progestérone ou un cerclage cervical peuvent être recommandés pour réduire le risque d'accouchement prématuré. Le cerclage consiste à placer un fil autour du col, afin de le maintenir fermé jusqu'à la fin du 8ème mois de grossesse. Il est réalisé en début de grossesse, en général après la 1ère échographie morphologique.

Conséquences de l'accouchement prématuré

Un accouchement prématuré peut entraîner des complications pour la santé de l'enfant et de la mère.

Risques pour l'enfant

Un accouchement prématuré peut engendrer de nombreux risques pour la santé de l'enfant :

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  • Problèmes respiratoires: Les poumons du bébé prématuré peuvent ne pas être suffisamment développés, ce qui peut entraîner des difficultés respiratoires, nécessitant parfois une assistance respiratoire. Les poumons « immatures » d’un nouveau-né prématuré ne sont pas en mesure de synthétiser ce surfactant.
  • Problèmes cardiaques: Certains bébés prématurés peuvent avoir des troubles cardiaques en raison de l'immaturité de leur système cardiovasculaire.
  • Problèmes neurologiques: Un accouchement prématuré peut augmenter le risque de troubles neurologiques chez le bébé, tels que des saignements dans le cerveau.
  • Difficultés alimentaires: Les bébés prématurés peuvent avoir des difficultés à téter ou à avaler, nécessitant parfois une alimentation spéciale ou une nutrition par sonde.
  • Infections: Les bébés nés prématurément peuvent être plus sensibles aux infections en raison d'un système immunitaire moins développé.
  • Problèmes de croissance et de développement: Les prématurés peuvent avoir un retard de croissance ou des retards dans le développement moteur, cognitif ou sensoriel.

Il est important de noter que tous les bébés prématurément ne présentent pas nécessairement ces complications et que de nombreux prématurés se développent normalement avec des soins médicaux appropriés. Cependant, le risque de pathologies est plus élevé chez les bébés nés prématurément par rapport à ceux nés à terme.

Risques pour la mère

Un accouchement prématuré peut également comporter des risques pour la santé de la mère :

  • Stress émotionnel: L'expérience d'un accouchement prématuré peut être très stressante et émotionnellement difficile pour la jeune mère, en raison des préoccupations pour la santé de son enfant né prématurément.
  • Risque accru pour les grossesses futures: Les femmes ayant déjà eu un accouchement prématuré ont un risque plus élevé de connaître des accouchements prématurés pour leurs grossesses futures.
  • Problèmes de santé mentale: Le stress et l'anxiété liés à un accouchement prématuré peuvent augmenter le risque de problèmes de santé mentale tels que la dépression post-partum.

Suite à une naissance prématurée, il est important d’avoir un soutien médical et émotionnel approprié pour récupérer au mieux de l’accouchement.

Prise en charge du nouveau-né prématuré

Les prématurés extrêmes et grands prématurés sont accueillis en service de réanimation néonatale. Ils sont ensuite orientés vers les soins intensifs, puis en service de néonatalogie quand leur état de santé est stable. Les prématurés sont placés dans des couveuses chauffées et humidifiées pour maintenir leur température centrale entre 36,5°C et 37,5°C. Les enfants peuvent sortir de ces couveuses lorsque leur poids et leur capacité à réguler leur température le leur permettent. Durant cette hospitalisation, ils reçoivent tous les soins qui sont nécessaires à leur état de santé et leur degré de prématurité. Il peut s’agir de :

  • Une assistance respiratoire (ventilation mécanique nasale ou sonde d’intubation).
  • L’administration de surfactant via une sonde d’intubation.
  • Une alimentation par voie entérale, à l’aide d’une sonde introduite par la bouche jusqu’au tube digestif.

À ces soins, s’ajoute la prise en charge symptomatique des éventuelles complications, notamment respiratoires (dysplasie bronchopulmonaire), intestinales (entérocolite ulcéro-nécrosante), rénales ou ophtalmiques (rétinopathie).

Les enfants bénéficient aussi d’une surveillance neurologique renforcée (électroencéphalogramme et imagerie), à la recherche d’anomalies neurologiques précoces, d’une surveillance de la fonction pulmonaire pour repérer les éventuelles apnées (pauses respiratoires) qui sont fréquentes en cas de naissance avant 34-36 semaines de grossesse, ainsi que d’une surveillance cardiaque.

L’évolution de l’état de santé d’un bébé né prématurément dépend de chaque enfant. Aucun marqueur ne permet de savoir avec précision si un enfant va développer des complications ou des difficultés à long terme. Certains facteurs sont néanmoins plus favorables : un âge gestationnel plus avancé (il existe une relation continue entre l’augmentation de l’âge gestationnel et la baisse de la morbi-mortalité néonatale), un poids dans la moyenne pour l’âge gestationnel ou encore le fait d’être une fille.

Soutien aux parents

La naissance prématurée d’un enfant est une expérience bouleversante pour les parents. Le raccourcissement inattendu de la durée de la grossesse impacte une période au cours de laquelle l’attachement naît et grandit. Après la naissance, l’hospitalisation de l’enfant, la séparation d’avec sa mère imposée par les soins, et sa grande fragilité influencent le processus d’attachement et celui de parentalité au sein du couple. De leur côté, les parents peuvent en effet souffrir d’inquiétude, de culpabilité, d’anxiété ou de dépression et d’un sentiment d’isolement par rapport à la situation vécue. Ces difficultés peuvent impacter la qualité de la relation entre les parents et leur enfant.

Il est essentiel de favoriser le bien-être de l’enfant en limitant le stress lié à l’environnement des unités néonatales et aux soins dans le plus grand respect de leurs rythmes veille/sommeil (niveau bas de lumière, alternance jour/nuit, faible niveau sonore, postures qui respecte la position physiologique en flexion…). Les soins de développement, dont la forme la plus aboutie est le NIDCAP (programme néonatal individualisé de soins de développement avec évaluation) permettent d’individualiser au mieux cette prise en charge après une observation attentive du nouveau-né prématuré par les soignants. Ces programmes visent aussi à redonner aux parents une place prépondérante, en favorisant notamment leur présence (le « zéro séparation ») et un contact direct grâce au peau à peau. Ce « peau à peau » diminue les apnées, favorise le sommeil calme, diminue les manifestations douloureuses lors des soins, et soutien la lactation chez la mère.

Les associations de parents jouent également un rôle important dans le soutien aux familles après une naissance prématurée, pendant et au-delà de l’hospitalisation.

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