L'accompagnement périnatal est un domaine en pleine expansion en France. De plus en plus de femmes enceintes et de jeunes parents recherchent un soutien émotionnel, physique et informationnel pendant cette période de transition importante. Mais quel est le cadre légal de cette profession émergente et comment s'articule-t-elle avec les professions médicales existantes ?

L'Émergence d'un Nouveau Métier : L'Accompagnant·e Périnatal·e

L'histoire de l'accompagnement périnatal en France remonte à 2002, lorsque Vanina Caïtucoli, fondatrice du CeFAP (Centre de Formation à l'Accompagnement Périnatal), a imaginé une nouvelle profession pour soutenir les femmes et les hommes dans leur parcours de devenir parents. L'arrivée d'un enfant représente un bouleversement majeur, impactant divers aspects de la vie : évolution du couple, nouveaux rôles familiaux, changements professionnels et sociaux.

De nombreux parents et professionnels expriment le besoin d'une approche plus globale de la période périnatale, allant au-delà du suivi médical traditionnel. Un éclairage et un soutien non médicaux se révèlent précieux pour appréhender cette étape de vie. L'accompagnement autour de la naissance existait auparavant à travers le schéma familial traditionnel.

L'Accompagnant·e Périnatal·e CeFAP® s'inscrit dans une démarche de prévention périnatale précoce. Il/elle apporte aux couples un soutien physique et émotionnel ainsi que des outils concrets. Il/elle transmet des informations justes et loyales, sans prosélytisme ni dogmatisme afin qu'ils puissent faire des choix éclairés et être acteurs de leur parentalité.

Tout au long de son accompagnement, il/elle construit un lien privilégié avec les parents en leur offrant un espace de paroles sans jugement ni tabou. Les Accompagnant·e·s Périnatal·e·s CeFAP® s'engagent à respecter un Code de déontologie qui présente les valeurs et les principes du cadre d'exercice. À l'issue de la formation dispensée par le Centre de Formation à l'Accompagnement Périnatal, les candidats se présentent devant un Jury pluridisciplinaire évaluant les connaissances et aptitudes requises pour l'exercice du métier ainsi que le socle de compétences attendues.

Lire aussi: Approche personnalisée de la naissance

Au cours de cet examen, le jury composé de quatre personnes (deux professionnels extérieurs, un parent représentant les usagers et un membre de l'équipe pédagogique du centre de formation), délibère collégialement et à la majorité sur le niveau d'acquisition de l'ensemble des blocs de compétences listés dans le référentiel d'activité du métier.

L'obtention du certificat d'Accompagnant·e Périnatal·e CeFAP® est conditionnée par l'acquisition d'un nombre minimum de compétences regroupées dans les blocs suivant :

  • Accompagnement social et émotionnel des familles au cours de la période périnatale
  • Participation à la prévention périnatale précoce
  • Interaction dans le réseau des professionnels de la périnatalité

Le certificat atteste de la réalisation de l'intégralité du processus de formation, de la réussite du candidat aux épreuves, de l'acquisition des connaissances, aptitudes et compétences requises pour l'exercice du métier, et enfin de la validation du socle de compétences attendues.

Cadre Légal Actuel : Un Métier Non Réglementé

En France, le métier d'accompagnant·e périnatal·e n'est pas réglementé. Il n'existe pas de diplôme d'État spécifique à cette profession, contrairement aux professions médicales telles que sage-femme, infirmière ou psychologue, qui nécessitent un diplôme d'État délivré par l'Éducation nationale ou le ministère de la Santé.

Cela signifie que toute personne peut exercer en tant qu'accompagnant·e périnatal·e sans formation spécifique. Cependant, il est crucial de distinguer la reconnaissance légale de la légitimité professionnelle. Une formation périnatale solide, éthique et cohérente avec le terrain est fortement recommandée pour acquérir les compétences et la posture nécessaires à un accompagnement de qualité.

Lire aussi: Allaitement: ressources à Amiens

Le CeFAP œuvre depuis toujours pour que l’Accompagnement Périnatal soit réglementé en France ; il nous parait indispensable de sécuriser les familles qui souhaitent bénéficier d’un accompagnement complémentaire au suivi médical classique. En attendant une normalisation dans le champs de l’Accompagnement Périnatal, afin de se distinguer parmi toutes les formes d’accompagnement existantes, nous avons choisi de déposer la marque « Accompagnant·e Périnatal·e CeFAP® ».

Absence de Diplôme Obligatoire : Liberté et Responsabilité

L'absence de cadre légal contraignant offre une certaine liberté aux personnes souhaitant exercer ce métier. Cependant, elle implique également une grande responsabilité. Il est essentiel pour les accompagnant·e·s périnat·ales de respecter un cadre clair et de ne pas empiéter sur le champ médical. Cela implique de :

  • Ne pas réaliser de diagnostics médicaux
  • Ne pas prescrire de traitements
  • Ne pas se substituer aux professionnels de santé (médecins, sages-femmes, etc.)
  • Respecter le consentement éclairé des personnes accompagnées
  • Poser un cadre transparent concernant les compétences et les limites de l'accompagnement proposé

Les Différentes Formations en Accompagnement Périnatal

Bien qu'aucune formation ne soit obligatoire pour exercer, de nombreuses structures privées proposent des formations périnatales (doula, accompagnante, animatrice, etc.). Ces formations peuvent varier considérablement en termes de contenu, de durée, de coût et de qualité.

Critères de Qualité d'une Formation Périnatale

Pour choisir une formation de qualité, il est important de prendre en compte les éléments suivants :

  • Contenu détaillé : La formation doit proposer des objectifs clairs, des modules complets, une durée suffisante et des outils concrets pour l'accompagnement.
  • Cadre éthique clairement affiché : La formation doit mettre en avant les valeurs et les principes éthiques qui guident la pratique de l'accompagnement périnatal.
  • Formateur·trice identifié·e avec une expérience terrain : Il est préférable que la formation soit dispensée par des professionnels expérimentés et reconnus dans le domaine de la périnatalité.
  • Retours d'anciennes stagiaires visibles : Les témoignages d'anciens élèves peuvent donner une idée de la qualité de la formation et de son impact sur leur pratique.
  • Suivi ou accompagnement post-formation : Un soutien après la formation peut être précieux pour consolider les acquis et développer sa pratique professionnelle.
  • Tarif affiché : Le prix de la formation doit être clairement indiqué et justifié par le contenu et la qualité de l'enseignement.
  • Avis positifs : Les avis et recommandations d'autres professionnels peuvent être un indicateur de la réputation de la formation.

Il est important de se méfier des formations trop courtes ou trop peu coûteuses, qui peuvent ne pas offrir un contenu suffisamment approfondi pour acquérir les compétences nécessaires. À l'inverse, certaines formations très coûteuses ne garantissent pas nécessairement une meilleure qualité.

Lire aussi: L'accompagnement à la parentalité : un atout pour la crèche

Pour pouvoir délivrer une formation légalement, un centre doit disposer d'un NDA (Numéro de Déclaration d'Activité). C'est une obligation administrative, mais ce n'est pas un gage de qualité. De même, certaines formations sont Qualiopi, ce qui permet d'ouvrir des droits à des financements (comme le CPF, OPCO, etc.). Mais attention : Qualiopi ne garantit pas la qualité pédagogique, seulement la conformité de certains processus administratifs. Enfin, aucune formation en accompagnement périnatal ne débouche sur un diplôme reconnu d'État.

Rôle et Compétences de l'Accompagnant·e Périnatal·e

L'accompagnant·e périnatal·e joue un rôle de soutien émotionnel, physique et informationnel auprès des futurs et jeunes parents. Il/elle peut intervenir à différents moments de la période périnatale :

  • Pendant la grossesse : Soutien émotionnel, informations sur la grossesse, l'accouchement et l'allaitement, préparation à la naissance, aide à l'élaboration du projet de naissance, soutien en cas de difficultés (deuil périnatal, IVG, etc.).
  • Pendant l'accouchement : Présence et soutien émotionnel, aide à la gestion de la douleur, communication avec l'équipe médicale (dans le respect du cadre légal).
  • Après l'accouchement : Soutien émotionnel, aide à l'allaitement, conseils sur les soins du bébé, soutien logistique (garde d'enfants, courses, etc.), prévention du baby blues et de la dépression post-partum, accompagnement au retour à la vie de couple.

Les compétences de l'accompagnant·e périnatal·e peuvent inclure :

  • Écoute active et empathie
  • Communication non violente
  • Connaissance de la physiologie de la grossesse, de l'accouchement et de l'allaitement
  • Techniques de relaxation et de gestion de la douleur
  • Connaissance des besoins du nouveau-né et de la jeune mère
  • Capacité à travailler en équipe avec les professionnels de santé
  • Connaissance des ressources existantes sur le territoire

L'Importance de la Coordination avec les Professionnels de Santé

L'accompagnement périnatal ne doit pas se substituer au suivi médical assuré par les médecins et les sages-femmes. Il est essentiel que l'accompagnant·e périnatal·e travaille en collaboration avec les professionnels de santé pour assurer un accompagnement global et cohérent.

La coordination avec les professionnels de santé permet de :

  • Garantir la sécurité de la mère et de l'enfant
  • Éviter les doublons et les contradictions dans les informations
  • Orienter les parents vers les ressources appropriées en cas de besoin
  • Favoriser une approche pluridisciplinaire de la périnatalité

Parcours Périnatal en France : Défis et Enjeux

La santé périnatale est un enjeu de santé publique majeur. Le parcours périnatal, de la grossesse au post-partum, est jalonné de rendez-vous médicaux obligatoires et recommandés, visant à assurer la surveillance de la grossesse et des suites de l'accouchement.

Parcours "Classique"

Le parcours "classique" comporte en anténatal :

  • 7 consultations prénatales obligatoires
  • 3 échographies recommandées
  • 1 entretien prénatal précoce (EPP), obligatoire depuis le 1er mai 2020
  • 1 bilan de prévention prénatal proposé et réalisé par une sage-femme
  • 1 bilan bucco-dentaire
  • 1 consultation d'anesthésie obligatoire
  • Des bilans sanguins mensuels
  • 7 séances de préparation à la naissance et à la parentalité

Le parcours post-natal après le retour à domicile comporte :

  • La possibilité de visites à domicile par une sage-femme à la sortie de la maternité
  • La possibilité de 2 séances de suivi post-natales par une sage-femme en cas de besoin
  • Une consultation post-natale obligatoire 6-8 semaines après l'accouchement
  • Des séances de rééducation périnéale et abdominale post-accouchement
  • Pour l'enfant : 11 examens obligatoires au cours de la première année de vie, dont 6 avant 4 mois
  • Création de l'entretien postnatal précoce obligatoire, depuis le 1er juillet 2022

En prénatal comme en post-natal, des visites à domicile sont possibles selon les besoins. La femme enceinte bénéficie d'une prise en charge à 100 % avec dispense d'avance de frais (tiers payant) au titre de l'assurance maternité pour les examens obligatoires liés à la grossesse et l'ensemble des frais médicaux en lien ou non avec sa grossesse.

Vulnérabilités et Ruptures du Parcours

Malgré ce suivi médical, certains parcours en périnatalité peuvent s'avérer complexes, en particulier au moment de la transition ante et post-natal. Confrontée à une multiplicité de professionnels, la femme enceinte peut se trouver en difficulté pour trouver l'interlocuteur adéquat. Cette difficulté à se repérer dans le parcours peut être source d'incertitudes, voire de perte de confiance, augmentant de fait le risque de rupture du parcours de soins en périnatalité.

La grossesse est un moment où les vulnérabilités médico-psycho-sociales peuvent apparaitre, voire être exacerbées, et être sources de ruptures du parcours périnatalité et/ou d'un recours accru aux urgences. La dernière enquête nationale périnatale (2016) met en évidence l'existence de facteurs de risque pour la santé de la mère et de l'enfant à la fois en termes de facteurs d'ordre socio-économique et de déterminants de la santé. Ces facteurs de fragilités sont souvent cumulatifs et peuvent entraîner des complications importantes chez les femmes qui y sont confrontées et sur l'enfant à naître.

Renforcer la Coordination et l'Accompagnement

Face à ces défis, il est nécessaire de mieux accompagner les femmes de la grossesse au post-partum et de renforcer la coordination du parcours périnatal. Le Plan Priorité Prévention, déclinant la Stratégie nationale de santé 2018-2022 a comme premier objectif la grossesse en pleine santé et les 1 000 premiers jours garants de la suite. Le référent parcours périnatalité, proposé dans le cadre d'une expérimentation, vise à permettre un accompagnement personnalisé et gradué et à renforcer la continuité du suivi ante et post-natal afin de proposer un parcours décloisonné, cohérent et coordonné, centré sur les besoins de la femme, du couple et de l'enfant.

La feuille de route gouvernementale des « 1 000 premiers jours » a fait du renforcement du parcours des 1 000 premiers jours l'un de ses piliers. L’objectif général de l’expérimentation référent parcours périnatalité (RéPAP) est d’améliorer la santé globale des femmes et des enfants en permettant un accompagnement continu du parcours de la grossesse au post-partum, au plus près des besoins, et ce jusqu’aux trois mois de l’enfant, en lien et coordination avec les autres professionnels intervenant en période périnatale. L'expérimentation vise à offrir à la femme enceinte, seule ou en couple, un accompagnement personnalisé et gradué par un RéPAP, en tenant compte des spécificités de sa situation.

Doula : Une Forme d'Accompagnement Périnatal

De plus en plus de parents font appel à une accompagnante périnatale non médicale, dite aussi ‘’doula’’. Doula signifie “esclave/servante” en grec ancien. Les doulas modernes ont repris ce terme pour indiquer qu’elles sont au service des mères. Elles assurent un accompagnement non médical pendant la grossesse, l’accouchement et la période postnatale.

La doula est dans une écoute active avec les mères, bienveillante et sans jugement, les rassure et les aide dans l’organisation du quotidien. Mais elle balaie, à elle seule, toutes les problématiques non médicales liées à la périnatalité. Longtemps décrié par certaines professions médicales, ce métier est aujourd’hui reconnu comme un complément essentiel. Il est d’autant plus pertinent en postnatal que les nouveaux parents peuvent se sentir livrés à eux-mêmes.

Chaque Doula a sa sensibilité, ses expériences et sa spécialité, comme la naturopathie, la sophrologie ou les bols tibétains. Le fait de s’occuper de certaines tâches du quotidien permet d’alléger le second parent. Il peut ainsi davantage se consacrer à son bébé mais aussi à son couple. L’intérêt également de la doula est que sa présence est neutre, à la différence de celle d’une mère ou belle-mère qui peut générer des crispations.

tags: #accompagnement #perinatal #cadre #légal #France

Articles populaires: