La langue maternelle, un concept polysémique et central, est abordée sous divers angles d'étude, allant de la linguistique à la didactique des langues. Cet article explore la définition de la langue maternelle, son importance et les enjeux liés à son apprentissage et à son utilisation, en s'appuyant sur des travaux de recherche en didactique du français langue étrangère (FLE) et français langue seconde (FLS).

Les Différents Angles d'Étude des Langues

Les langues peuvent être perçues comme des systèmes abstraits de signes, ce qui constitue le domaine d’étude des linguistes. Les langues étrangères et leur apprentissage sont également des domaines importants à considérer. Une langue étrangère est définie comme une langue non première, dont l'acquisition demande des efforts volontaires, combinant apprentissage formel et contact direct.

Le Concept de Langue Maternelle

Le terme « langue maternelle » est complexe car il est utilisé dans diverses disciplines et dans le langage courant. La langue maternelle est essentielle parce qu’elle structure les autres concepts linguistiques. Non choisie, elle s’impose dès la naissance, souvent via la langue parlée par la mère. La langue maternelle en tant que la première langue entendue - oubliée ou perdue - est celle dans laquelle a baigné le petit d’homme à sa naissance et même avant. Elle joue un rôle fondamental pour l’avènement de la parole et pour la construction du rapport de chaque être humain au monde.

Évolution Historique de la Notion

La polysémie de la notion de langue maternelle est ancienne dans la réflexion sur l’enseignement du français en milieu institutionnel. Elle est observable dès la fin du XIXe siècle dans le Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire de Ferdinand Buisson, dont la première édition - 1882-1887 - est contemporaine des lois fondatrices sur l’école primaire portées par Jules Ferry en 1881 et 1882. On y lit en effet à l’article « Langue maternelle » que « l'enfant apprend les premiers éléments de sa langue sur les genoux de sa mère, dans le contact journalier avec le milieu familial » (Buisson 1911).

Acceptions Multiples

Les usages de la notion à la fin du XIXe siècle et dans la première partie du XXe siècle renvoient donc soit au parler vernaculaire transmis dans la famille, soit à la langue de l’enseignement, soit à la « langue nationale », définie comme la « langue de l’État dans lequel on est né » (Boutan 2003 : 137). La notion de langue maternelle a ici le sens que la recherche contemporaine en sociolinguistique et en didactique confère au parler vernaculaire, qu’on définira comme le parler utilisé dans l’environnement immédiat du locuteur concerné, dans sa famille ou au sein de son groupe de pairs (Gumperz 1971 : 86 ; Dabène 1994 : 19 ; Cuq 2006 : 153).

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Dimension Politique et Identitaire

En effet, si la langue maternelle est toujours définie en 2015 dans son sens usuel comme « la première langue qu’a parlée un enfant, souvent celle de sa mère » (Le Petit Robert 2015 ), elle a longtemps été assimilée à la langue de la patrie, comme l’indique l’édition de 1959 du Dictionnaire Le Robert qui précise que : « la langue maternelle peut […] être tantôt celle de la mère, tantôt celle de la mère-patrie » (Boutan 2003 : 138) alors que l’édition de 2015 du Petit Robert ne procède pas à cet amalgame et distingue les notions de langue maternelle, nationale et officielle. Pour elle, la langue maternelle revêt aussi une dimension politique à laquelle la recherche en didactique du FLE/S s’intéresse du fait des restructurations de l’espace francophone résultant de l’accès à l’indépendance des anciennes colonies dans les années 1960.

Cette dimension renvoie à la dimension identitaire que possède également la langue maternelle. Dabène propose de réserver cette dénomination de langue d’appartenance « nationale, religieuse ou ethnique » (Ibid. : 24) à la langue ou variété de langue considérée par le locuteur comme définitoire de « son appartenance communautaire ». Elle souligne que lorsque les locuteurs sont dans une situation de minorisation, ils peuvent revendiquer comme langue maternelle une langue qu’ils ne parlent pas dans les faits. Castellotti, évoquant les travaux de Dabène et Billiez (1986), mentionne également le fait que certains locuteurs migrants déclarent avoir dans leurs répertoires une langue maternelle qu’ils disent ne pas parler. Elle cite à l’appui de son analyse la déclaration suivante d’un adolescent algérien d’origine : « ma langue c’est l’arabe mais je ne la parle pas » (Castellotti 2001 : 22). Ce constat a également été fait par Billiez (1985) et Colonna (2013).

Critique et Alternatives Conceptuelles

À partir de 1945, à la fin du second conflit mondial et dans un contexte de modification des rapports de force internationaux, la question des statuts du français va s’ouvrir à des enjeux nouveaux dans le cadre de l’action du ministère des Affaires étrangères en faveur de la diffusion du français à l’étranger. Dans ce cadre, le statut du français sera d’être d’une part « la langue nationale de la France », d’autre part d’être aussi « la langue maternelle » non seulement des Français, mais aussi des Canadiens français, des Belges wallons, des Suisses romands, et enfin d’être également une langue officielle ou d’enseignement pour plus d’une trentaine d’États indépendants (Basdevant 1984 : 42).

La prise de distance critique s’opère en particulier dans les travaux de Henri Besse (1987) ; Louise Dabène (1994) ; Véronique Castellotti (2001) et Jean-Pierre Cuq (2006) sur lesquels l’analyse va porter. Elle conduit à déplacer le champ de la réflexion. Cette évolution est fondée sur une prise de recul à l’égard du lien à la mère impliqué par la notion qui apparaît progressivement à partir des années 1980. Dabène critique le fait que la langue maternelle soit considérée comme étant : d’abord la langue de la mère, et de ce fait elle remet en question la légitimation par la naissance (Dabène 1994 : 11) ; ensuite la première acquise, à savoir la légitimation par l’antériorité d’appropriation (Ibid.) ; et enfin la langue la mieux connue, autrement dit que le niveau supérieur de compétence des locuteurs dans leur langue maternelle est légitimé par l’antériorité d’appropriation (Ibid.). Elle montre en effet qu’il n’y a pas d’universalité des structures familiales et que les enfants peuvent être élevés par une autre personne que leur mère biologique. L’antériorité d’appropriation peut être relativisée dans certaines situations linguistiques plurilingues de même que le présumé niveau supérieur de compétence.

Castellotti (Ibid. : 21) note que le lien avec la mère est présent dans les représentations de cette variété mais qu’il n’est pas universel - comme on l’a vu plus haut dans la section portant sur l’ouvrage de Dabène - et que la supériorité de la maîtrise de la langue maternelle sur les autres langues du répertoire du locuteur concerné s’affaiblit si elle est moins pratiquée. Dans un contexte migratoire, la langue de scolarisation peut supplanter la langue maternelle (Ibid. : 22). Ces derniers points mettent en évidence le caractère insatisfaisant de la notion, sa polysémie et le fait qu’elle est placée au croisement de champs distincts.

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Alternatives Terminologiques

Castellotti souligne le caractère flou de la notion pour les locuteurs qu’elle a interrogés lors d’enquêtes effectuées à ce sujet. Dans le même chapitre, Castellotti note la permanence d’un certain nombre de traits dans la définition : le lien avec la mère (Ibid. : 21) ; le rapport aux origines, aux racines (Ibid.) ; l’antériorité d’appropriation liée au mode d’acquisition (Ibid.) ; iv le haut degré de compétence (Ibid. : 22). Elle évoque également des critères fonctionnels et identitaires (Ibid.).

  • « Langue source » et « langue cible » : Ces termes sont utilisés en linguistique contrastive et insistent sur « le point de départ et le résultat à atteindre dans l’apprentissage, en présupposant une sorte de continuité linéaire de l’un à l’autre » (Ibid.).
  • « Langue native » : Cette dénomination est moins utilisée, perçue comme « plus restrictive » d’un point de vue didactique.
  • « Langue de référence » : Cette appellation renvoie à la « variété scolaire » par laquelle se construisent les « apprentissages fondamentaux », autrement dit la lecture et l’écriture (Ibid.).
  • « Langue première » : C'est la dénomination la plus fréquente. Elle s’oppose à celles de « langue seconde / seconde langue ». Elle se définit selon plusieurs entrées : « l’ordre d’acquisition » ; l’importance de cette langue première aux yeux du « locuteur », de la « société », de « l’école » ou du « groupe » dans lesquels il est inséré ; « la dimension psychoaffective ».

Le Concept de Langue Seconde

Certaines langues étrangères, en raison de leur rôle social ou juridique, sont désignées comme langues secondes. Le concept de langue seconde est crucial pour l’éducation des enfants migrants, où elle devient un outil essentiel d’intégration et de participation à la vie commune. La langue seconde au-delà de l’aspect du bi/multilinguisme constitue le champ où s’expérimente quelque chose de l’ordre de l’origine. Au passage d’une langue à l’autre, il s’agit d’interroger les destins d’un reste intraduisible qui engage au plus intime la capacité créatrice du psychisme. Les particularités et les ratages linguistiques qui apparaissent d’une langue à l’autre ne peuvent être totalement circonscrits à la linguistique ; ils ne peuvent non plus être compris comme un défaut d’apprentissage de langues.

Enjeux Contemporains

Au tournant des années 2000, le contenu de la notion évolue avec la montée en puissance de la réflexion sur l’enseignement du FLS et de la prise en charge des enfants de migrants. Selon Castellotti (Ibid. : 24), cette notion n’est opératoire que dans des « situations sociolinguistiques relativement simples » dans lesquelles un petit nombre de langues coexistent, le statut de chacune et leur interrelation étant clarifiés. Ceci étant, dans de nombreuses situations plurilingues, les situations sociolinguistiques qui régissent le statut des langues en présence sont plus complexes, compte tenu des modalités qui régissent les contacts de langues. De ce fait les « statuts » et les « fonctions » des langues peuvent varier d’une « langue à l’autre » ; « d’une région à l’autre » ; « d’un moment à l’autre », du coup la notion de langue 1 est moins pertinente.

Importance de l'Éducation Multilingue

À l’heure actuelle, près de 40 % des enfants n’ont pas accès à un enseignement dans leur langue maternelle. Parmi eux, beaucoup se retrouvent marginalisés ou sont contraints de renier leur héritage culturel. Cette année, la Journée internationale de la langue maternelle, qui est célébrée le 21 février, met en avant l’éducation multilingue en tant que pilier de l’apprentissage intergénérationnel.

Parler Vernaculaire et Contexte

Ce parler est identifié par les sociolinguistes américains comme le « parler vernaculaire du sujet » (Ibid.). En contexte monolingue, il renvoie à un « style contextuel » (Dabène 1994 : 20). Selon Labov, ce style contextuel est « le style où l’on accorde le minimum d’attention à la surveillance de son propre discours » (Labov 1976 : 289). En tant que pratique langagière, il s’insère dans l’univers communicatif du sujet (Dabène 1994 : 20). Il intègre donc une dimension non verbale, la proxémie, les rituels de communication (Dabène : Ibid.). Néanmoins, en ce qui concerne l’apprentissage, il faut distinguer le contexte informel (familial, avec les pairs) et le contexte formel (institutionnel, scolaire). Dabène insiste sur le fait que dans des situations d’enseignement / apprentissage, la dénomination langue maternelle est attribuée à la langue enseignée dans le cadre de l’institution scolaire (Ibid. : 21), sous ses formes les plus normatives incarnées par les formes écrites. Cette langue de scolarisation a pour finalité d’être le medium de transmission des savoirs scolaires (Ibid.), un medium caractérisé par sa permanence. Dabène insiste sur le fait qu’en situation plurilingue, il n’y a pas d’homogénéisation des variétés et que lorsqu’un apprenant a pour langue de scolarisation une langue distincte de celle de sa famille, la langue de référence ne s’identifie pas à son parler vernaculaire et qu’il peut y avoir dans ce type de contextes plusieurs langues de référence qui coexistent (Ibid.) comme c’est le cas au Cameroun, pays officiellement bilingue et doté de deux langues de scolarisation, le français et l’anglais.

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