L'abreuvement des bovins allaitants en bâtiment est un aspect crucial de la gestion d'élevage, ayant un impact direct sur la santé, la production et le bien-être des animaux. De plus, la gestion de l'eau est devenue une préoccupation environnementale et économique majeure pour les agriculteurs. Cet article explore les différentes solutions d'abreuvement disponibles, les facteurs influençant la qualité de l'eau, les besoins en eau des bovins allaitants, et les stratégies pour économiser l'eau et améliorer l'efficacité de l'exploitation.

Pourquoi s'intéresser à la gestion de l'eau en élevage bovin allaitant ?

Plusieurs raisons incitent les agriculteurs à optimiser la gestion de l'eau dans leurs élevages :

  • Économies financières : Réduire la consommation d'eau potable permet de diminuer les coûts liés à l'approvisionnement en eau.
  • Préservation de la ressource : L'eau est une ressource précieuse, et une gestion responsable contribue à sa conservation.
  • Amélioration de la qualité de l'eau d'abreuvement : Une eau de bonne qualité est essentielle pour la santé et la performance des animaux.
  • Autonomie : Face à la pression sur la ressource en eau, certains élevages cherchent à gagner en autonomie en utilisant des sources alternatives.

Qualité de l'eau d'abreuvement : Normes et recommandations

Bien qu'il n'existe pas de norme spécifique pour l'eau d'abreuvement en élevage, contrairement à l'Eau Destinée à la Consommation Humaine (EDCH), il est crucial de respecter certaines recommandations pour assurer la santé des animaux et une production de qualité. La qualité de l'eau a un impact direct sur la production, notamment dans les élevages laitiers, où elle influence la qualité du lait et des produits laitiers transformés. Il est important de noter que l'eau utilisée pour la traite et la transformation agroalimentaire doit impérativement respecter la norme EDCH afin d'éviter toute contamination par des bactéries pathogènes.

Nature des polluants

Divers types de polluants peuvent affecter la qualité de l'eau d'abreuvement :

  • Biologique : Contamination par des bactéries pathogènes telles que Escherichia coli ou les Entérocoques fécaux, souvent issues des déjections animales. La Salmonelle peut également être présente dans l'eau de pluie récupérée des toitures, en raison des déjections d'oiseaux.
  • Chimique minérale : Présence de métaux (lourds et non lourds), acides, bases, ou produits de traitement de l'eau comme le chlore.
  • Chimie organique : Pesticides, hydrocarbures, solvants chlorés, produits pharmaceutiques, effluents d'élevages (nitrates, phosphates…).
  • Température : Une eau trop chaude ou trop froide peut réduire la consommation. Les tuyaux noirs en polyéthylène (PE) peuvent atteindre des températures très élevées en été, rendant l'eau impropre à la consommation.

Conséquences d'une eau de mauvaise qualité

Une eau de mauvaise qualité peut entraîner divers problèmes de santé et de production :

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  • Qualité bactériologique : Cellules, diarrhées, métrites, mammites.
  • Excès minéraux et polluants (nitrates, pesticides) : Troubles digestifs.
  • pH et TH (dureté de l'eau) : Troubles de reproduction, hépatiques et rénaux.
  • Température, goût, odeur : Baisse de la consommation d'eau, chute de production, déminéralisation.

Paramètres de qualité de l'eau et traitements possibles

Pour garantir une eau d'abreuvement de qualité, il est essentiel de surveiller certains paramètres et d'appliquer les traitements appropriés :

ParamètresQualité recommandéeRemarques et systèmes de traitements possibles
Bactéries : E. Coli, Entérocoques, coliformes0 UFC/100mLTraitement UV, traitement chimique (chlore), filtration par osmose inverse, maintien par ensemencement de bonnes bactéries (ex : kéfir dilué).
Ammonium0,1 mg/LFiltration membrane + charbon actif, osmose inverse.
Nitrites0,5 mg/L
Nitrates50 mg/L
Fer total200 µg/LÉlimination par oxydo-réduction.
Manganèse50 µg/L
Carbone organique total2 mg/LFiltration membrane + charbon actif. Attention, un taux supérieur à 2 mg/L peut rendre le chlore toxique.
Conductivité200 µS/cm à 25°CPermet d'évaluer la quantité de résidus secs (minéraux). L'eau doit drainer et non apporter des minéraux. Dans la norme EDCH, la conductivité peut être comprise entre 200 et 1100 µS/cm à 25°C, mais l'objectif est d'environ 200 µS/cm à 25°C. 200 µS/cm = 100 mg/L de minéraux.
pHEntre 6,5 et 8,5Neutraliser ou acidifier l'eau.
TempératureEntre 8 et 14°C

Localisation et analyses des pollutions

En cas de suspicion de problèmes liés à la qualité de l'eau, il est recommandé de procéder par étapes :

  1. Analyse à la source : Effectuer une première analyse de l'eau à la source pour connaître sa qualité initiale.
  2. Analyse des conduits et cuves de stockage : Si aucune pollution n'est détectée à la source, analyser les conduits et les cuves de stockage pour identifier d'éventuelles contaminations.

Il est conseillé de prélever les échantillons le matin de l'envoi au laboratoire.

Besoins en eau des bovins allaitants

Les besoins en eau des bovins varient en fonction de plusieurs facteurs, notamment le type d'animal, son stade physiologique, son régime alimentaire et la température ambiante. Voici une estimation des consommations moyennes :

Types d'animauxConsommation moyenne (L/jour)
Vaches allaitantes40 à 100
Génisses taries (+ 2 ans)30 à 60
Génisses de moins de 2 ans20 à 40
Veaux10 à 20

Bonnes conditions d'abreuvement

Pour garantir un abreuvement optimal, il est important de respecter certaines conditions :

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  • Débit et pression : Un débit de 3 bars de pression est recommandé. Une vache boit en moyenne 15 L/min et s'abreuve 7 à 12 fois par jour.
  • Température de l'eau : L'eau doit être idéalement entre 8 et 15 °C.
  • Type d'abreuvoirs : Préférer les abreuvoirs avec immersion du museau, larges, hauts et faciles à nettoyer.
  • Entretien : Brosser les bacs au moins une fois par semaine et surveiller le biofilm dans les canalisations.
  • Conception : Éviter les recoins et privilégier les abreuvoirs longs pour diminuer la concurrence.
  • Emplacement : Dans les bâtiments, prévoir un sol bien drainé au niveau des abreuvoirs. Dans les pâtures, les placer à l'ombre et proches des zones de repos. Si les abreuvoirs sont à plus de 200 m, prévoir une capacité permettant à 20 % du lot de boire en même temps.

Solutions d'abreuvement en bâtiment pour les bovins allaitants

Plusieurs types d'abreuvoirs sont adaptés aux bovins allaitants en bâtiment :

  • Abreuvoirs de type bol :
    • À palette
    • À tube (soupape tubulaire)
    • À niveau constant
  • Abreuvoirs isothermes :
    • À boule
    • À coupelle de réserve

Il est conseillé de prévoir au moins deux abreuvoirs par case, distants l'un de l'autre, pour réduire la compétition entre les animaux. L'emplacement doit permettre un contrôle facile et une intervention rapide.

Systèmes antigel

Dans les régions où le gel est fréquent, il est nécessaire d'installer un système antigel. Il existe des systèmes électriques, des systèmes basés sur des matériaux isothermes, et des abreuvoirs en circuit fermé avec circulation permanente de l'eau.

Matériaux et entretien

Choisir des matériaux solides et faciles à nettoyer est essentiel. Les abreuvoirs en polyéthylène avec protection en acier galvanisé sont populaires. Les bondes de vidange doivent être pratiques et faciles d'accès pour faciliter le nettoyage.

Dispositifs antilapage

Les dispositifs antilapage consistent en des rebords qui refoulent l'eau, limitant ainsi le gaspillage et le salissement autour de l'abreuvoir.

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Abreuvement des broutards repoussés

Pour les broutards repoussés, un bac collectif à niveau constant peut être une solution appropriée.

Ressources en eau mobilisables

Face aux enjeux liés à la gestion de l'eau, il est important d'évaluer les différentes ressources disponibles sur l'exploitation :

  • Eau de ville : Eau potable provenant du réseau public.
  • Eau de source : Eau provenant d'une source naturelle.
  • Eau de forage : Eau souterraine extraite par forage.
  • Eau de cours d'eau : Eau prélevée dans une rivière ou un ruisseau.
  • Eau de pluie : Eau récupérée des toitures.

Récupération de l'eau de pluie

La récupération de l'eau de pluie est une solution intéressante pour réduire la consommation d'eau potable. Elle peut être utilisée pour :

  • L'irrigation
  • La réserve de défense incendie
  • Le lavage des sols et du matériel non alimentaire
  • L'abreuvement des animaux, avec des précautions

Prérequis à la récupération d'eau de pluie

  • Avoir des gouttières
  • Proscrire les toits avec amiantes (surtout pour l'abreuvement)
  • Se renseigner sur la pluviométrie locale
  • Estimer le volume et le type de stockage
  • Déterminer le potentiel en surface de toiture pour la récupération de l'eau

Modes de stockage

  • Citerne souple
  • Fosse en géomembrane non couverte
  • Citernes
  • Cuves enterrées (plus coûteux qu'en surface)

Pour l'abreuvement, privilégier les cuves enterrées afin de limiter les variations de température et l’exposition à la lumière. Le béton a l’intérêt de neutraliser l’acidité de l’eau de pluie et de tendre à sa reminéralisation. Les cuves en polyester renforcé, polyéthylène, verre, acier revêtu sont également possibles. Attention si vous avez une connexion avec l'eau potable, vous aurez besoin d'un disconnecteur.

Pompage en forage

Le pompage en forage est une autre solution pour l'abreuvement des animaux. Il est nécessaire d'obtenir une autorisation auprès de la DDTM (Direction Départementale des Territoires et de la Mer). Il est également recommandé de réaliser un forage d’essai pour connaître la profondeur et le débit. Protéger le forage afin d'éviter les contaminations extérieures. Installer un compteur d’eau et analyser la qualité de votre eau pour voir s'il ne faut pas installer un système de filtration.

Pompage en cours d'eau

Si le prélèvement est inférieur à 1000 m3, il n'est pas soumis à une demande d'autorisation.

Stratégies pour réduire la consommation d'eau

Plusieurs stratégies peuvent être mises en œuvre pour réduire la consommation d'eau en élevage bovin allaitant :

  • Optimiser l'abreuvement : S'assurer que les animaux ont un accès facile à une eau de qualité en quantité suffisante.
  • Réduire le gaspillage : Réparer les fuites, utiliser des abreuvoirs adaptés et limiter le lapage.
  • Adapter l'alimentation : Privilégier les fourrages humides comme l'herbe pâturée, qui réduisent les besoins en eau.
  • Recycler les eaux blanches : Récupérer les eaux du dernier cycle de lavage de la salle de traite pour le nettoyage des sols.
  • Récupérer l'eau de pluie : Utiliser l'eau de pluie pour l'abreuvement, le nettoyage et l'irrigation.
  • Pré-refroidir le lait : L'installation d’un pré-refroidisseur à lait permet de réduire de 40 à 50 % la consommation électrique du tank à lait grâce à la présence d’eau qui circule à contre-courant du lait.
  • Détecter les fuites : L’installation d’un compteur volumétrique en tête de réseau de grande sensibilité peut être mis en place pour repérer les fuites mineures.
  • Choisir des équipements économes : Investir dans des machines à laver économes en eau pour nettoyer les lavettes de la traite.

Exemples d'exploitations innovantes

Plusieurs exploitations ont mis en place des systèmes innovants pour gérer leur consommation d'eau :

  • Récupération des eaux de pluie : Un éleveur laitier a installé un système de récupération des eaux de pluie pour abreuver ses vaches et les élèves. Il a augmenté la capacité de stockage pour faire face aux périodes de sécheresse.
  • Captage de source : Un éleveur alimente son bâtiment d'élevage grâce à un captage de source existant, lui permettant d'être autonome à près de 100 %.
  • Combinaison de récupération des eaux de pluie et captage de sources : Un éleveur a installé un système de récupération des eaux de pluie et réalisé un captage de sources avec réserves pour alimenter son exploitation en eau.

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