L'interruption volontaire de grossesse (IVG), ou avortement, est un droit fondamental des femmes en France depuis 1975. Cependant, de nombreuses interrogations et idées reçues persistent quant aux risques et effets secondaires potentiels. Cet article vise à démystifier l'IVG en abordant de manière exhaustive les aspects médicaux, psychologiques et les idées fausses qui l'entourent, afin de fournir une information claire et complète.

Les Différentes Méthodes d'IVG

Il existe deux principales méthodes d'IVG : médicamenteuse et instrumentale (ou chirurgicale). Le choix de la méthode dépend du terme de la grossesse et des préférences de la femme, après discussion avec un professionnel de santé.

IVG Médicamenteuse

L’IVG médicamenteuse peut être pratiquée jusqu’à la 7e semaine de grossesse (soit 9 semaines d'aménorrhée). Cette méthode consiste en la prise de deux médicaments à 24-48h d’intervalle. Les médicaments vous sont remis par le médecin ou la sage-femme lors du recueil de votre consentement ou vous sont délivrés en pharmacie si vous avez effectué une téléconsultation. La mifépristone interrompt la grossesse, tandis que le misoprostol provoque des contractions utérines pour expulser l'œuf. Cette méthode peut être réalisée en cabinet médical, en centre de santé sexuelle, en centre de santé, en établissement de santé ou à domicile, avec un suivi médical approprié.

Contre-indications : Le professionnel de santé évaluera si vous présentez des contre-indications lors de la première consultation pour vous proposer la méthode d’IVG adaptée à votre situation. La méthode médicamenteuse est contre-indiquée si on a diagnostiqué une grossesse extra-utérine. D’autres situations peuvent contre-indiquer cette méthode : les femmes présentant une allergie à l’un des deux médicaments utilisés, les femmes souffrant d’insuffisance rénale chronique ou de porphyrie héréditaire.

Effets Indésirables et Complications Possibles : Les douleurs lors d’une IVG médicamenteuse sont fréquentes et leur intensité varie d’une femme à l’autre. Elles ressemblent généralement à des douleurs de règles plus intenses que d’habitude et sont provoquées par les contractions utérines qui permettent d’expulser la grossesse. Elles surviennent le plus souvent suite à la prise du second médicament (le misoprostol) mais peuvent aussi parfois survenir dès la prise du premier médicament (la mifépristone). Des antidouleurs vous seront systématiquement prescrits à l’avance afin que vous puissiez les prendre dès l’apparition de douleurs. Si la douleur persiste et ne s’atténue pas malgré la prise des médicaments antidouleurs, contactez le médecin ou la sage-femme qui vous suit pour l’IVG.

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Au cours d’une IVG médicamenteuse des troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements, diarrhées) surviennent fréquemment. Si des vomissements surviennent dans les 30 minutes qui suivent la prise du misoprostol prenez contact avec le médecin ou la sage-femme qui vous suit pour l’IVG car il peut être nécessaire de prendre un nouveau comprimé.

Des saignements, ou métrorragies, souvent plus abondants que des règles accompagnent systématiquement l’expulsion de la grossesse. Ils surviennent le plus souvent dans les 3 à 4h suivant la prise du misoprostol (deuxième médicament). Les saignements ne sont pas la preuve de l’expulsion complète de la grossesse. Il est donc indispensable de réaliser une visite de suivi deux à trois semaines après l’IVG pour s’assurer que la grossesse est bien interrompue. Les saignements peuvent persister jusqu’à 30 jours après la prise du premier médicament.

Certaines complications peuvent survenir après une IVG médicamenteuse telles qu’une hémorragie, une infection dans le cas où la grossesse n’aurait pas été totalement expulsée ou des douleurs persistantes malgré la prise de médicaments antidouleurs.

Comment Savoir si l'Avortement a Échoué : C’est le second médicament (misoprostol) qui provoque l’expulsion de la grossesse. Dans 60% des cas, cela se produit environ 4 heures après la prise du comprimé et dans 40% des cas, dans les 24 à 72 heures. L’expulsion se traduit par des saignements, comme lorsque l’on a ses règles, mêlés à des caillots sanguins et des pertes brunâtres gélatineuses. Néanmoins ces seuls signes ne peuvent garantir avec certitude que la grossesse est interrompue ou qu’elle a été totalement expulsée. Par ailleurs, vous n’avez pas d’obligation à surveiller ces signes si vous ne le souhaitez pas. C’est pourquoi, dans tous les cas, il est nécessaire de réaliser la consultation de suivi 14 à 21 jours après l’IVG au cours de laquelle le médecin ou à la sage-femme pourra s’assurer que la grossesse est bien interrompue.

Taux de Succès : L’IVG médicamenteuse à un taux de réussite de 95%.

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IVG Instrumentale (Chirurgicale)

L'IVG instrumentale est possible jusqu'à 14 semaines de grossesse (soit 16 semaines d'aménorrhée). Elle se déroule en établissement de santé, dans certains centres de santé, et consiste en une aspiration du contenu utérin. Une courte hospitalisation est nécessaire. Le médecin introduit une canule souple de calibre adapté par le col de l’utérus pour aspirer le contenu de l’utérus.

Anesthésie : Anesthésie locale ou générale selon votre souhait et en accord avec le professionnel de santé qui réalise l’intervention. En cas d’anesthésie générale il sera nécessaire de réaliser préalablement une consultation avec un médecin anesthésiste.

Effets Indésirables et Complications Possibles : Des lésions au niveau du col de l’ ou de la paroi utérine liées à l’intervention sont des complications très peu fréquentes. Des complications liées à l’anesthésie peuvent survenir (allergies aux produits d’anesthésie par exemple) tout comme pour toute autre intervention. Ces complications sont rares et la consultation d’anesthésie préopératoire permet de réduire considérablement ces risques.

Les complications après l’intervention sont les mêmes que pour l’IVG médicamenteuses : une hémorragie, une infection ou des douleurs persistantes malgré la prise de médicaments antidouleurs. Ainsi, dans les jours suivant l’IVG, si vous présentez l’un ou plusieurs de ces symptômes/signes, vous devez alors rapidement contacter le professionnel de santé qui vous a suivie pour l’IVG, car cela peut être un signe de complication: • de la fièvre, avec une température supérieure à 38 °C ;• des pertes très abondantes de sang qui peuvent être le signe d’une hémorragie ;• un malaise ; • de très fortes douleurs abdominales qui persistent malgré la prise des antidouleurs. Afin de s’assurer de l’absence de complications post IVG, une consultation de contrôle est programmée 15 à 21 jours suivant l’IVG.

Durée Totale : L’intervention est rapide et dure entre 15 et 20 minutes. Après l’intervention, il est nécessaire de rester sous surveillance quelques heures dans l’établissement ou le centre de santé.

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Taux de Succès : 99,7%

Comparaison des Deux Méthodes

CaractéristiqueIVG MédicamenteuseIVG Instrumentale
Jusqu'à quand ?7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d'aménorrhée.14 semaines de grossesse, soit 16 semaines d'aménorrhée.
Avec quel professionnel ?Médecin ou sage-femme.Médecin, ou sage-femme sous certaines conditions.
Où ?En cabinet, En centre de santé sexuelle, En centre de santé, En établissement de santé.En établissement de santé, Dans certains centres de santé.
Comment ?Prise de deux médicaments à 24-48h d’intervalle en présence du professionnel de santé (au sein du cabinet ou de la structure où exerce le professionnel ou lors d’une téléconsultation) ou seule à votre domicile.Au cours d’une courte hospitalisation : introduction d’une canule souple de calibre adapté par le col de l’utérus pour aspirer le contenu de l’utérus.
Et la douleur ?Pas d'anesthésie mais prescription d'anti-douleurs systématique.Anesthésie locale ou générale selon votre souhait et en accord avec le professionnel de santé qui réalise l’intervention. En cas d’anesthésie générale il sera nécessaire de réaliser préalablement une consultation avec un médecin anesthésiste.
Quelle durée totale ?Variable. A partir de la prise du second médicament la grossesse est évacuée dans les 4h dans environ 60% des cas. Dans 40% des cas l’évacuation de la grossesse aura lieu dans les 24 à 72h.L’intervention est rapide et dure entre 15 et 20 minutes. Après l’intervention, il est nécessaire de rester sous surveillance quelques heures dans l’établissement ou le centre de santé.
Consultation de suivi ?14 à 21 jours après l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications.14 à 21 jours après l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications.
Taux de succès95%99,7%
Quels sont les effets indésirables ?Douleurs plus intenses que des douleurs de règles liées aux contractions utérines, généralement après la prise du second médicament. Possible troubles gastro-intestinaux. Saignements plus abondants que des règles habituelles pendant quelques jours.Douleurs de règles liées aux contractions utérines après l’intervention. Saignements plus abondants que des règles habituelles à la suite de l’intervention pendant quelques jours.

Effets Secondaires et Complications : Ce Qu'il Faut Savoir

Il est essentiel de distinguer les effets secondaires courants des complications plus rares.

Effets Secondaires Fréquents

  • Saignements : Des saignements plus abondants que les règles habituelles sont normaux pendant quelques jours à 3 semaines après une IVG.
  • Douleurs : Des douleurs de type règles, liées aux contractions utérines, sont fréquentes. Des antalgiques sont prescrits pour les soulager.
  • Troubles Gastro-intestinaux : Nausées, vomissements ou diarrhées peuvent survenir, surtout avec l'IVG médicamenteuse.
  • Désagréments Hormonaux: Les symptômes de grossesse (fatigue, nausées, sensibilité des seins) disparaissent généralement quelques jours après l’IVG.
  • Tension mammaire et/ou engorgement: Si vous étiez enceinte depuis un certain nombre de semaines déjà, vos seins peuvent rester tendus et douloureux pendant quelque temps encore après l’intervention. Vous pouvez même souffrir d’un engorgement ou avoir des écoulements de lait.

Complications Rares

Bien que rares, certaines complications nécessitent une consultation médicale rapide :

  • Hémorragie : Pertes de sang très abondantes (nécessitant de changer de serviette hygiénique toutes les 30 minutes pendant plus de deux heures).
  • Infection : Fièvre supérieure à 38°C, douleurs abdominales intenses.
  • Douleurs Persistantes : Douleurs abdominales sévères ne cédant pas aux antalgiques.
  • Lésions Utérines : Très rares lors d'une IVG instrumentale réalisée dans des conditions de sécurité optimales.

En cas de l’un ou plusieurs de ces symptômes/signes, vous devez alors rapidement contacter le professionnel de santé qui vous a suivie pour l’IVG, car cela peut être un signe de complication.

Reprise des Menstruations

Après une IVG, les règles reviennent généralement dans les 4 à 6 semaines. Cela peut varier en fonction du type de contraception que vous avez choisi d’utiliser et du moment où vous l’avez débutée.

Fertilité et IVG : Démêler le Vrai du Faux

Une idée reçue très répandue est que l'IVG rend stérile. C'est faux. L'IVG, réalisée dans des conditions de sécurité optimales, n'a pas d'impact sur la fertilité future. Le risque d’infertilité est souvent pointé comme une complication à long terme de l’interruption volontaire de grossesse. Ce risque n’est pas lié à la réalisation de l’IVG en tant que telle mais peut être une conséquence des éventuelles complications qui y sont associées (infection, lésions au niveau de l’utérus lors de l’aspiration, etc). Toutefois, ces complications sont rares quand l’IVG est réalisée dans des conditions sécurisées (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.) comme c’est le cas en France. D’après les études qui ont évalué le risque d'infertilité après une IVG, il n'y a pas d'augmentation du risque dans les pays où la pratique de l’IVG est légale.

D’ailleurs, vous pouvez très vite tomber enceinte de nouveau. C’est pourquoi le choix d’une méthode contraceptive est abordé au cours de la procédure d'IVG.

Impact Psychologique : Écoute et Accompagnement

Le vécu d'une IVG est propre à chaque femme. Il n'existe pas de "syndrome post-avortement" spécifique. Les conséquences psychologiques varient considérablement et peuvent être liées au contexte de la grossesse, à l'histoire personnelle de la femme et à la qualité de l'accompagnement.

Il est essentiel de ne pas nier la tristesse ou la culpabilité que certaines femmes peuvent ressentir. Un accompagnement psychologique par un professionnel (psychologue, association) peut être précieux pour aider à surmonter ces émotions. N’hésitez pas à vous confier à une personne de confiance ou à en parler avec un professionnel de santé ou un psychologue. Vous pouvez aussi contacter l’antenne du la plus proche de chez vous ou le numéro vert national "IVG, , sexualité" afin d’être orientée vers des associations légitimes et adéquates, et/ou vers un psychologue. Vous pouvez également vous rendre dans un centre de santé sexuelle ou un Espace vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS).

Contraception Après une IVG

Au cours des différentes consultations effectuées pour réaliser l’IVG, vous recevez une information détaillée sur les méthodes contraceptives disponibles et pouvez échanger avec le médecin ou la sage-femme afin de choisir la contraception qui vous convient le mieux. Aucune méthode n’est contre-indiquée après une IVG, sauf cas particulier.

La contraception que vous avez choisie peut être mise en place dès la réalisation de l’IVG. Un dispositif intra-utérin (au cuivre ou à la progestérone) peut être posé immédiatement après la réalisation de l’IVG instrumentale (sauf en cas d’épisode infectieux) ou lors de la visite de suivi pour une IVG médicamenteuse. Une contraception hormonale, œstroprogestative (pilule, patch transdermique) ou progestative (pilule, implant, injection intra musculaire) peut être débutée : le jour même ou le lendemain d’une IVG instrumentale ; le jour de la prise de misoprostol - prise du 2e médicament - pour une IVG médicamenteuse.

Il est conseillé d’attendre une dizaine de jours avant la reprise des rapports sexuels avec pénétration après une IVG. En effet, si le col de l’utérus n’est pas refermé il existe un risque que des germes puissent remonter du vagin vers l’utérus et soient à l’origine d’une infection. Pour les mêmes raisons il est également recommandé de ne pas utiliser de tampons durant cette période. Si vous ne souhaitez pas de grossesse il est nécessaire d’utiliser une contraception dès la reprise des rapports sexuels après une IVG (une grossesse est possible même avant la reprise de vos règles).

Idées Fausses et Dangers

  • Avortement "naturel" avec des plantes : Introduire des végétaux dans le vagin est inefficace et dangereux (infections, inflammations).
  • L'IVG augmente le risque de cancer : C'est totalement faux.

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