L'allaitement maternel est un sujet complexe, entouré de nombreux avantages et de certains risques, qui nécessite une évaluation attentive et une prise de décision éclairée. Jusqu’à récemment, l’allaitement maternel était jusqu’à récemment déconseillé, voire proscrit dans la majorité des pays à ressources élevées, dans lesquels le lait maternisé est facilement disponible. De nos jours, les directives européennes, allemandes-autrichiennes, suisses et australiennes recommandent que les femmes vivant avec le VIH souhaitant allaiter soient soutenues dans leur choix et bénéficient d’un suivi clinique et biologique renforcé pour elles-mêmes et pour leur enfant.

Bénéfices de l'allaitement maternel

L’allaitement maternel offre de nombreux avantages, tant pour le bébé que pour la mère. Le lait maternel est un trésor pour le bébé et la maman, et ce sur bien des niveaux. Il renferme tous les éléments (protéines, minéraux, acides gras…) qui participent au bon développement et à la croissance de bébé. De plus, sa composition et même sa consistance (aqueux, crémeux…) évoluent constamment, pour s’adapter aux différents besoins de l’enfant. Par exemple, en début de tétée, le lait sera sensiblement différent qu’en fin de tétée.

Pour le bébé

  • Nutrition optimale : Le lait maternel est parfaitement adapté aux besoins nutritionnels du nourrisson et sa composition évolue avec la croissance de l'enfant. Il contient des protéines, des minéraux et des acides gras essentiels au développement de bébé.
  • Protection immunitaire : L'allaitement maternel renforce le système immunitaire du bébé grâce à la transmission d'anticorps de la mère. Le système immunitaire du tout petit est encore fragile. En allaitant bébé au sein, vous lui transmettez vos propres anticorps. Résultat : il est « armé » pour se battre plus efficacement contre les microbes et les infections.
  • Réduction des risques d'allergies et de maladies : Plusieurs études ont souligné que l’allaitement maternel réduirait le risque pour bébé de développer des allergies ou des problèmes respiratoires et plus tard, durant l’enfance et l’adolescence, un surpoids ou encore un diabète du type 2.
  • Développement du goût : Le lait maternel varie très fréquemment… et son goût aussi ! Ce que mange la maman peut influer sur la saveur du lait : le chou, le poireau ou encore les épices peuvent le rendre plus amer par exemple. Les papilles de bébé sont ravies par cette délicieuse découverte gustative !
  • Apaisement et réconfort : En plus de son intérêt nutritionnel, le lait maternel apaise et réconforte bébé. Pourquoi ? Grâce à l’ocytocine sécrété par la mère. Avec la prolactine, l’ocytocine a un rôle majeur dans l’allaitement ! Elle intervient, entre autres, dans l’éjection du lait et offre à bébé un sentiment de bien-être et de plénitude.
  • Meilleure santé à long terme : L’enfant continue à bénéficier de tous les facteurs anti-infectieux que contient le lait maternel. Il n’est donc pas étonnant de constater qu’il bénéficie d’une meilleure santé que s’il n’était plus allaité.

Pour la mère

  • Réduction des risques de cancer : Selon plusieurs études, allaiter exclusivement au sein pendant plusieurs mois réduirait le risque pour la maman de développer un cancer du sein ou des ovaires.
  • Perte de poids : L’allaitement entraîne une grande dépense énergétique : vous brûlez des calories à chaque tétée !
  • Amélioration du sommeil : L’allaitement offre 30 % de temps de sommeil lent en plus (celui qui contribue à la récupération physique) par rapport à la grossesse ! Encore une fois, c’est l’action combinée des différentes hormones, comme la prolactine et l’ocytocine, qui permet un endormissement plus rapide et un repos de meilleure qualité.
  • Facilité et économie : Soyons pragmatiques ! Allaiter au sein ne coûte rien, c’est gratuit ! Pour nourrir votre enfant, vous n’avez besoin d’aucun matériel (sauf si vous souhaitez extraire votre lait).
  • Lien unique avec l'enfant : La tétée représente un moment privilégié et intime qui permet de créer un lien unique avec son enfant.
  • Aide à lâcher prise : L’allaitement vous aide à accepter de ne plus avoir le contrôle sur tout : tétée à la demande les premiers mois, quantité de lait bue non maîtrisée, etc. C’est un bon moyen de lâcher la pression et d’amoindrir sa charge mentale.
  • Effets bénéfiques à long terme sur la santé : Non seulement le sein est bon pour le bébé, mais, comme le dit le Québécois Pierre Lévesque, « le bébé est bon pour le sein » !

Risques et Contre-indications

Bien que l'allaitement maternel soit généralement bénéfique, il existe certaines situations où il peut présenter des risques ou être contre-indiqué.

Risque de transmission du VIH

Le risque de transmission mère-enfant, y compris pendant l’allaitement, fait consensus dans la communauté scientifique. La littérature fait référence à 3 cas de transmission postpartum (après l’accouchement) qui pourraient être attribués à l’allaitement alors que la charge virale de la mère est contrôlée au moment de la découverte de la séropositivité de son enfant.

  • L’étude PROMOTE décrit un cas de transmission attribué à l’allaitement, détecté à la 56ème semaine de vie de l’enfant alors que la charge virale de la mère était contrôlée (seuil de détection à 400 copies/ml). A noter que dans ce cas, le traitement avait été initié pour la maman à la 23ème semaine de grossesse et que sa charge virale restait détectable lors de l’accouchement (30 800 copies/ml) et à 8 semaines post-partum ((4 270 copies/ml). L’allaitement a duré 12 mois.
  • L’étude IMPAACT PROMISE relate 2 cas de transmission alors que la charge virale de la mère est indétectable (inférieure à 40 copies/ml) : « Dans un cas, cette charge virale est encore discrètement détectable quelques semaines avant la transmission à l’enfant ; dans l’autre cas, la charge virale était constamment indétectable. Il reste très difficile de savoir à quel moment ces transmissions ont réellement eu lieu. Et cette même étude de conclure : « Compte tenu de l’effectif de l’étude, on peut dire que ces évènements de transmission sont exceptionnels quand la charge virale reste indétectable pendant toute la période d’allaitement, mais que l’on ne peut pas démontrer le U=U [I=I ndlr] de l’allaitement pour l’instant, compte tenu des 2 cas de transmission rapportés. Pour une transposition des résultats de cette étude dans le contexte européen, cela nous permet au moins dans un premier temps de pouvoir annoncer un ordre de grandeur du risque maximal pour les femmes souhaitant allaiter : le risque est inférieur à 2/1220.

S’il n’a pas été reporté de toxicité chez l’enfant allaité par une femme sous traitement antirétroviral, les pistes de recherche pour mieux comprendre le risque de transmission du VIH par l’allaitement sont nombreuses : liens entre charge virale dans le sang, dans le lait et transmission du VIH (étude ANRS actuellement en cours en Zambie), meilleure connaissance des réservoirs viraux, possibilité de transmission de cellules infectées présentes dans le lait maternel, PrEP chez le nouveau-né, etc. Il apparait clairement, dans les exemples des études africaines PROMOTE ou IMPAACT PROMISE que les conditions de « scénario optimal » ne peuvent être mises en place, biaisant l’application des résultats de ces recherches dans les recommandations occidentales.

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Autres contre-indications

  • Infections maternelles actives : Certaines infections chez la mère peuvent être transmises à l'enfant par le lait maternel.
  • Médicaments : Certains médicaments pris par la mère peuvent être nocifs pour le bébé et contre-indiquer l'allaitement.
  • Galactosémie chez le nourrisson : Cette maladie métabolique rare empêche le nourrisson de métaboliser le lactose, présent dans le lait maternel.

Allaitement et VIH : un choix éclairé

Le cas de l’allaitement quand on vit avec le VIH met en lumière les limites de l’« evidence-based medecine ». La balance bénéfices-risques doit donc être évaluée pour chaque naissance. Le renoncement à l’allaitement n’est pas toujours bien vécu. Il peut induire ou aggraver un état dépressif chez la mère, impacter la relation à l’enfant non-allaité, à laquelle s’ajoute une incompréhension pour les mères venant de pays où la recommandation d’allaiter est la norme, ou qui sont passées par d’autres pays européens où l’allaitement a pu être accompagné par le système de santé. Un sentiment de double peine est évoqué : qu’on allaite ou pas, on sera jugé, par son entourage et/ou le corps médical. L’allaitement quand on vit avec le VIH ne doit pas être un choix réservé aux mères capables de l’imposer. Se joue à travers la question de l’allaitement la question de la relation soignant-soignée quand on se trouve en situation de précarité, née à l’étranger, sans maitrise de la langue du pays d’accueil, mais également la place laissée à la mère dans son parcours de soins.

Ainsi la question de l’allaitement doit être abordée au plus tôt au cours de la grossesse afin de mettre en place un parcours de soin adapté et pluridisciplinaire (infectiologue, pédiatre, personnel de la maternité, association, etc.), reprenant les recommandations européennes de respect et non-remise en cause ou jugement du choix de la mère en ce qui concerne l’allaitement. Le fait d’allaiter doit être une décision partagée, et donc une responsabilité partagée. Une fois ce souhait confirmé auprès des équipes médicales, un suivi dans un centre spécialisé tout au long de la période d’allaitement est recommandé. Enfin, les réflexions des experts qui travaillent actuellement sur la réactualisation du rapport d’experts ne sont pas encore connues, recommanderont-ils l’allaitement avec un encadrement ? avec ou sans une prophylaxie du nouveau-né durant la durée de l’allaitement ?

Allaitement et COVID-19

Compte tenu des avantages du lait maternel et de son rôle insignifiant dans la transmission d’autres virus respiratoires, la mère peut continuer à allaiter. La mère doit porter un masque médical lorsqu’elle est à proximité de son nourrisson et respecter soigneusement les gestes d’hygiène des mains avant tout contact étroit avec celui-ci. L’OMS recommande de continuer à allaiter, recourir au peau à peau, mais de bien se laver avant. Ensuite elle évoque les recommandations du CDC aux Etats-Unis qui, eux, préfèrent séparer la mère de l’enfant temporairement, tout en permettant à la mère d’exprimer son lait pour le faire donner à l’enfant par quelqu’un de sain. Les préjudices de toutes les formes de séparation qui sont des freins à l’allaitement et sont associées stress maternel devraient inciter les autorités médicales à remettre en question la balance bénéfices-risques derrière toute décision incluant des formes de séparation des mères et des nourrissons. Les soins essentiels postnataux pour les nouveau-nés peuvent être maintenus avec les mères qui ont la COVID-19 si des mesures efficaces de contrôle de l’infection sont appliquées.

Le lait maternel des femmes infectées ou vaccinées contre le coronavirus contient des anticorps contre le covid. L’initiative multidisciplinaire espagnole MilkCorona a pour objectif principal d’étudier l’impact de l’infection naturelle par le SRAS-CoV-2 et de la vaccination sur le lait maternel. Compte tenu du manque de preuves de la transmission du SRAS-CoV-2 par le lait maternel, l’étude confirme la sécurité des pratiques d’allaitement et met en évidence la pertinence du transfert d’anticorps spécifiques du virus SARS-CoV-2, qui fournirait une immunité passive aux nourrissons allaités et protégerait eux contre la maladie COVID-19.

Allaitement long : mythes et réalités

On connaît les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé en matière d’alimentation infantile : 6 mois d’allaitement exclusif, et poursuite de l’allaitement avec des aliments de complément jusqu’à 2 ans ou plus. La question se pose donc : à partir de quelle durée considère-t-on un allaitement comme « long » ? Certaines mères s’attirent dès 4 mois la question : « Comment ? Pour d’autres, ce sera après 6 mois.

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De fait, la plupart des mères disent que ça s’est fait un jour après l’autre : pourquoi sevrer aujourd’hui plutôt qu’hier ou plutôt que demain ?! Et même si, aux yeux de l’entourage, l’enfant peut sembler « trop grand » pour téter encore, ce n’est pas ainsi que le vit la mère. Et les enfants, qu’en disent-ils ? Entre autres avantages, l’allaitement long présente celui de nous faire connaître l’opinion des principaux intéressés : les bambins allaités. Leurs paroles témoignent du plaisir qu’ils éprouvent, du réconfort que leur apporte la tétée (et parfois, d’un réel bon sens et d’une connaissance quasi scientifique des mécanismes de l’allaitement !). Dans une étude sur des mères australiennes allaitant des enfants de 2 ans et plus, on a interrogé les enfants, qui ont presque tous dit qu’ils tétaient parce qu’ils aimaient le lait de leur mère, que ça les rendait heureux et leur faisait du bien.

Pourtant, il n’est pas si facile d’allaiter longtemps en France. On craint pour l’autonomie et le bon développement de l’enfant. On voit les mères qui allaitent longtemps comme abusives (le psychanalyste Jean-Pierre Winter disant qu’elles « mettent leurs enfants à leur service sexuel » !) et/ou abusées, masochistes, dépressives ou « addicts » à l’allaitement. Faire quelque chose qui n’est pas dans la norme culturelle de la société où l’on vit n’est jamais confortable, car cela implique le risque d’être stigmatisé par toutes les autorités, qu’elles soient médicales, sociales ou psychologiques. Si elle se plaint à son entourage ou à son médecin d’être fatiguée, que pensez-vous qu’elle va avoir comme réponse ? Pour résister à cette PSS, il faut avoir une certaine force d’âme, être convaincue de « bien faire », avoir le soutien, ou au moins la neutralité bienveillante, du papa, et, si possible, ne pas écouter les commentaires négatifs. C’est évidemment plus facile à dire qu’à faire, surtout lorsqu’il s’agit de sa meilleure amie ou de sa mère qu’on voit trois fois par semaine… Mais en ce domaine, il y a vraiment un cercle vicieux à renverser. Car plus on écoute les critiques, moins on se sent sûre de soi et de ce qu’on fait… et plus on attire ce genre de critiques ! Et très important : ne pas rester seule. Quand on allaite longtemps dans une société où c’est très loin d’être la norme, il est vital de pouvoir rencontrer d’autres mères dans ce cas, pour se sentir moins « extraterrestre », pouvoir discuter du quotidien avec les enfants, des problèmes comme des joies. Un bon endroit pour cela, ce sont les « réunions bambins » que proposent nombre de groupes de La Leche League.

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