Introduction

La manipulation hormonale des embryons, notamment dans le contexte de la fécondation in vitro (FIV), a suscité de nombreux débats éthiques, scientifiques et sociétaux. Cet article explore l'évolution de ces pratiques, en particulier en Belgique, en mettant en lumière les enjeux et les perspectives qui ont émergé depuis 1986.

Les prémices de la FIV et les réactions initiales

L'idée de manipuler les hormones pour influencer le développement embryonnaire n'est pas nouvelle. Déjà, les expériences pionnières de Pincus ont suscité des controverses. Son travail a été critiqué à une époque où la science-fiction rejoignait la réalité, notamment avec la publication du roman « Le Meilleur des mondes » d'Aldous Huxley, qui dépeignait un avenir dystopique de bébés éprouvette. Le Times Magazine a même qualifié Pincus de « docteur Frankenstein », soulignant les craintes liées à la manipulation scientifique de la vie.

Les premières FIV et le rôle de la stimulation hormonale

L'amélioration des connaissances biologiques et des techniques médicales a permis la naissance de Louise Brown en 1978, le premier enfant conçu par FIV. Les premières FIV se sont déroulées sans stimulation hormonale, ce qui entraînait un faible taux de réussite en raison du prélèvement d'un seul ovocyte.

L'essor de la FIV en France et la naissance d'Amandine

La naissance d'Amandine en France en 1982 a marqué une étape importante dans le développement de la FIV. Cet événement s'est déroulé dans le plus grand secret, témoignant de la sensibilité et des enjeux entourant ces pratiques. Une compétition amicale existait entre les équipes médicales, notamment celle de Sèvres dirigée par Jean Cohen. Un partenariat s'est même créé pour pallier les difficultés rencontrées par chaque équipe.

Les réactions éthiques et sociétales

La naissance de Louise Brown a suscité de vives réactions, beaucoup considérant la manipulation d'embryons in vitro comme une transgression. Des scientifiques renommés ont exprimé leur opposition, plaidant pour davantage de recherche sur les animaux. Paradoxalement, les études sur les animaux, notamment les singes, se sont avérées complexes et ont mis en évidence les spécificités liées aux espèces.

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L'essor de la FIV a marqué la naissance de l'éthique biomédicale en France. Le président Mitterrand a créé le Comité National d'Éthique, soulignant la nécessité d'une réflexion éthique organisée, qui a ensuite conduit à des réglementations juridiques.

L'embryon : un statut juridique et éthique complexe

Le statut de l'embryon et du fœtus reste un sujet de débat dans les sciences sociales. Il n'existe pas de consensus éthique, philosophique ou juridique. L'embryon est considéré comme une « entité flottante », un hybride entre une chose et une personne. Le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) l'a désigné comme une « personne humaine potentielle », une notion ambiguë mais maintenue en tant que concept éthique. L'embryon est donc protégé non pas en tant que personne, mais en tant que potentiel de devenir une personne.

L'impact des techniques de visualisation et l'approche relationnelle

Les techniques de visualisation, comme l'échographie, ont transformé l'image de l'être prénatal, le présentant comme un « isolat » séparé du corps féminin. L'AMP et la FIV accentuent cette représentation. Cependant, l'observation ethnographique révèle que l'embryon est toujours pris dans des réseaux relationnels, impliquant des professionnels et des membres de la famille.

Une approche relationnelle, inspirée de l'héritage maussien, permet d'analyser l'embryon en AMP en tenant compte de ces réseaux. L'embryon alterne entre diverses représentations, entre enfant potentiel et pur matériau organique, selon sa position dans le système de relations instituées. Cette approche éclaire les dilemmes des parents confrontés à l'embryon congelé hors projet.

L'évolution des recherches en sciences sociales

Les recherches en sciences sociales sur l'embryon ont évolué depuis les années 1980. Les premiers travaux féministes ont mis en évidence la prééminence de l'être prénatal dans l'imaginaire public et ont analysé les effets pervers des nouvelles technologies, perçues comme un pouvoir masculin pour contrôler le pouvoir féminin. Ces études avaient tendance à isoler l'être prénatal de toutes relations sociales.

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Un deuxième ensemble de recherches a appréhendé l'embryon et les techniques sous l'angle du contraste entre les systèmes de valeurs des sociétés traditionnelles et modernes. L'être prénatal, rendu visible par les techniques de visualisation, serait désormais isolé et deviendrait un « pur individu ». Cette perspective a été critiquée pour durcir le clivage entre « l'Ouest et le reste ».

Dès les années 1990, de nouvelles recherches féministes se sont efforcées de replacer l'embryon dans un réseau relationnel et se sont centrées sur l'expérience de la grossesse. Elles ont étudié les processus par lesquels les individus et leurs réseaux sociaux produisent de nouveaux membres de la société. Elles ont montré que les femmes intègrent les nouvelles technologies dans leur expérience et arrivent à faire de leur maternité un événement personnel.

L'embryon dans le contexte des techniques médicales de procréation

Avec le développement croissant de la FIV, de plus en plus de chercheurs se sont attachés à étudier l'embryon dans le domaine des techniques médicales de procréation. Ils ont étudié les changements que produisent la FIV et la congélation des embryons, et ont montré que ces techniques touchent de manière croissante la vie des personnes à travers le monde. La sortie de l'embryon hors du corps de la femme et la congélation prolongée modifient le contexte et l'équilibre des relations, et augmentent l'importance de la place des soignants.

En raison de l'augmentation des stocks d'embryons congelés, des chercheurs ont étudié l'expérience et le raisonnement des personnes confrontées à ces embryons hors d'un projet parental. Ils ont cherché à déterminer les facteurs qui influencent les représentations de l'embryon et le choix de leur devenir une fois congelés. Les travaux suggèrent que la décision finale ne se résume pas aux seuls points de vue moral ou religieux, mais découle aussi de nombreux paramètres personnels et familiaux, ainsi que d'attitudes relatives au milieu médical et scientifique. La représentation de l'embryon est le principal élément décisionnel du devenir des embryons congelés, et ces choix peuvent évoluer dans le temps.

L'approche relationnelle maussienne

Une approche relationnelle maussienne met l'accent sur l'institution, c'est-à-dire les systèmes d'institutions auxquels se réfèrent les individus. Elle appréhende la réalité sociale sur deux niveaux : ce que font les acteurs et le système implicite auquel ils font référence. Une société est un « tissu concret de relations » dont la plupart sont à un certain degré instituées. Il est donc artificiel de séparer l'individu du « tout » concret qu'est la société. Les statuts modalisent des manières d'agir, ils sont « relationnels » et ne sont pas des attributs intrinsèques des individus.

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