Après l'accouchement, l'attention se focalise souvent sur le bien-être du bébé, ce qui peut parfois reléguer la santé de la mère au second plan. Pourtant, cette période, appelée post-partum, est cruciale pour permettre au corps de la mère de récupérer et de retrouver son équilibre physiologique. Cet article aborde les différents changements physiques et émotionnels qui surviennent durant le premier mois après l'accouchement, offrant des informations essentielles pour les jeunes mamans et leurs partenaires.

Qu'est-ce que le post-partum ?

Le post-partum est la période nécessaire aux organes pour revenir à leur fonctionnement normal, hors période de grossesse. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, il dure de six à huit semaines, soit environ 45 jours, car c’est le temps dont l’utérus a besoin pour retrouver sa forme et sa position initiales. Cette période commence dès l’expulsion du placenta et se termine au premier jour du retour des règles. Cependant, certains professionnels de la santé nuancent cette durée et l'étendent, comme l'indique la sage-femme Anna Roy dans son livre "Le post-partum dure trois ans".

Les transformations physiques post-accouchement

Le corps de la femme subit de nombreuses transformations pendant la grossesse, et le post-partum est une phase de réajustement. Voici quelques-uns des changements physiques les plus courants :

Les saignements post-accouchement (lochies)

Après l’accouchement, des saignements vaginaux, appelés lochies, surviennent. Ces saignements sont composés principalement de sang, de mucus et de tissu utérin qui se détachent après la naissance du bébé. Au début, ils sont rouges et abondants, pouvant contenir de petits caillots, puis ils deviennent progressivement plus clairs et faibles. La durée de ces saignements varie d'une femme à l'autre, allant de quelques jours à plusieurs semaines. Il est conseillé d'utiliser de grosses protections spéciales post-accouchement et des culottes jetables au début, avant de passer à des serviettes plus classiques ou des culottes menstruelles. Si les saignements deviennent excessivement abondants, s’ils s’accompagnent de caillots de sang importants, ou si la femme ressent des douleurs abdominales graves ou d’autres symptômes inquiétants, il faut consulter immédiatement un professionnel de la santé.

Les contractions utérines (tranchées)

Pendant quelques jours après l’accouchement, des contractions de l’utérus, appelées tranchées, se produisent. Ces contractions permettent à l’utérus de retrouver sa place et sa taille d'origine. Elles touchent plus souvent les femmes qui ont accouché plusieurs fois ou après une grossesse multiple, car l’utérus a été distendu de manière plus importante. Elles sont également plus fortes en cas d’allaitement, car l’ocytocine produite lors de la mise au sein fait contracter l’utérus. Pour apaiser les douleurs, vous pouvez consulter votre médecin qui vous prescrira vraisemblablement des antalgiques ou des anti-inflammatoires.

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Douleurs et inconfort

Après l’accouchement, il est normal de ressentir diverses douleurs. Si on reprend une activité sexuelle, on peut avoir des douleurs, ce qui est bien compréhensible après ce que le corps a vécu. Pour soulager les douleurs, mieux vaut en parler à la sage-femme ou au médecin pour avoir des conseils, voire des prescriptions, bien adaptés à notre cas. En attendant la consultation, les médicaments antidouleurs habituels, comme le paracétamol ou les antispasmodiques, sont compatibles avec l’allaitement.

Incontinence urinaire

La difficulté à retenir l’urine est assez normale en fin de grossesse et dans le post-partum : le périnée, qui a été étiré par le poids du bébé et l’accouchement, joue moins bien son rôle. Il est préférable d'éviter de porter des charges lourdes durant cette période, ainsi que les sports qui sollicitent les abdominaux. Les séances de rééducation périnéale peuvent aider à régler ce problème de fuites. Il est très fréquent d'avoir des difficultés à uriner après l’accouchement et le passage de l’urine qui est acide sur la peau peut engendrer une sensation de brûlure très désagréable. Afin de diminuer cette sensation, n’hésitez pas à faire couler de l’eau sur la vulve en même temps que vous urinez.

La constipation

La constipation après accouchement ou du moins la crainte liée à la reprise du transit est également très commune. Pour ramollir les selles n’hésitez pas à boire abondamment, notamment de l’eau riche en magnésium (Hepar, Contrex…).

L'épisiotomie et les déchirures périnéales

L’épisiotomie est la réalisation d’une incision au niveau du périnée pendant l’accouchement dans le but d’accélérer la sortie de l’enfant pour une raison médicale ou dans un but de préservation des structures musculaires du périnée. La déchirure se fait, elle, naturellement au moment de l’accouchement. Cette épisiotomie ou cette déchirure périnéale est ensuite suturée par la sage-femme ou le médecin avec des fils résorbables (qui seront digérés par la peau en 2 ou 3 semaines). Quelques fois, cette suture peut être douloureuse. Dans ce cas, ne restez pas sans rien dire, n’hésitez pas à le signaler à la sage-femme de la maternité ou à la sage-femme qui viendra vous voir à la maison. Elle pourra retirer quelques points qui sont souvent la cause de ces douleurs. En cas d’œdème ou d’hématome, vous pouvez appliquer de la glace sur la zone. Une épisiotomie ou une déchirure naturelle ne nécessite pas de soins spécifiques (sauf indications particulières de l’équipe médicale). Il suffit de nettoyer la zone 2 fois par jour à l’eau et au savon puis de sécher en tamponnant avec un linge propre.

Les hémorroïdes

Que vous en ayez souffert pendant la grossesse ou non, il est possible que des hémorroïdes apparaissent après l’accouchement. Ces hémorroïdes peuvent être relativement gênantes, d’autant plus si elles sont associées à une déchirure ou une épisiotomie. Afin de favoriser leur résorption, n’hésitez pas à porter des bas de contention, qui permettront d’améliorer le retour veineux de cette zone. Vous pouvez également utiliser des crèmes ou suppositoires dédiés, ainsi que certains médicaments améliorant le retour veineux. Evitez de pousser pour aller à la selle.

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Changements au niveau de la poitrine

Après l’accouchement, différentes douleurs plus ou moins importantes selon les femmes peuvent être ressenties au niveau des seins. Dans les jours ou semaines qui suivront l’accouchement (si vous n’allaitez pas au sein), vos seins vont peut-être vous sembler moins toniques qu’avant. Certaines femmes trouveront que leur poitrine a diminué ou que leurs seins sont tout mous. Il est aussi possible que les mamelons grossissent, brunissent ou soient plus proéminents après un allaitement maternel. Pour tonifier votre poitrine, vous pouvez faire de petits exercices simples : placez vos paumes de mains l’une contre l’autre au niveau de la poitrine, les coudes bien à l’horizontale. Faites des petites pressions en restant bien parallèle à la poitrine.

Les vergetures

Les vergetures apparaissent de manière très inégale chez les femmes. Ces petites cicatrices sont d’abord violettes puis blanchissent avec le temps. Elles sont très visibles pendant la grossesse et vont diminuer de plus en plus lorsque la peau reprendra sa tension initiale (ou à peu près initiale !). Sachez que les vergetures peuvent apparaître aussi après l’accouchement. Pensez à vous hydrater la peau avec un baume relipidant avant, pendant et après la grossesse.

Le diastasis recti

Pendant la grossesse, le « grand droit », un muscle situé à l’avant de l’abdomen est étiré et distendu puis s’écarte pour laisser l’utérus grandir. On remarque alors au niveau du ventre deux saillies verticales séparées par un creux lorsque le ventre est contracté. Dans les jours qui suivent l’accouchement cet écartement peut être d’une largeur de deux doigts. Pour réduire le diastasis, il faut renforcer les muscles profonds. Commencez par une rééducation hypopressive abdominale chez un kinésithérapeute qui pourra suffire à diminuer l’écartement d’un léger diastasis.

Descente d'organes

Plusieurs facteurs peuvent favoriser une descente plus ou moins importante des organes pelviens. La grossesse et l’accouchement par voie basse avec ses poussées provoquées sur les organes peuvent en faire partie. Durant l’accouchement, suivez bien les exercices de respiration vus en amont avec votre sage-femme. Durant les 6 semaines après l’accouchement (au minimum), évitez toutes hyperpressions abdominales. Si vous êtes constipée pendant et après l’accouchement, ne forcez pas en retenant votre respiration. Après l’accouchement, allongez-vous dès que vous pouvez. Vous pouvez aussi bander votre bassin dès après l’accouchement. Le bandage du bassin permet de se sentir plus à l’aise lorsque l’on est debout et prévient la descente d’organes due à la laxité ligamentaire de cette période.

Césarienne

Trouver la bonne position n’est pas toujours facile, préférez la position semi-assise dans votre lit pour ne pas tirer sur votre cicatrice. Une fois le pansement de la cicatrice retiré, vous pourrez vous laver avec un savon doux. Pensez à sécher en tamponnant avec votre serviette. Vous pourrez appliquer une crème cicatrisante dès que vous aurez l’accord de votre sage-femme. Vous pourrez masser la cicatrice dès que celle-ci sera bien fermée et que vous vous en sentirez capable. L’idée est de mobiliser les tissus autour de la cicatrice et de faire un petit palper-rouler avec cette dernière. L’objectif étant de bien la décoller des plans sous-jacents pour limiter les adhérences.

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La peau et les cheveux

Après l’accouchement, la carence hormonale a tendance à ternir le teint et la peau à s’assécher. Pensez également à protéger votre visage du soleil (même en ville) pour éviter l’apparition du masque de grossesse. Après avoir profité d’une chevelure magnifique pendant la grossesse, vous les perdez maintenant par poignées. Peut-être vous paraissent-ils également ternes ou plus cassants. Ce phénomène très fréquent en post-accouchement est lié aux modifications hormonales importantes ayant lieu dans votre corps.

Le retour de couche

Le retour de couche désigne les premières règles revenant après l’accouchement. Elles sont le signe qu’il y a eu une ovulation environ 15 jours plus tôt (et donc une possibilité de grossesse). Ce retour de couche est souvent plus abondant que les règles qui suivront. Il dure une dizaine de jours et va avoir lieu au plus tôt 45 jours après l’accouchement.

Le ventre après l'accouchement

Après l’accouchement, vous vous retrouvez avec un ventre tout mou, tout vide. Cela peut être difficile à vivre après avoir porté 9 mois votre enfant en vous. D’autant plus que vous ne retrouverez pas un ventre « plat » tout de suite ! Les jours suivant l’accouchement, l’utérus a encore la taille qu’il avait à 4/5 mois de grossesse. Il faudra environ 15 à 30 jours pour qu’il retrouve une taille « normale ». La peau du ventre, quant à elle, a été étirée pendant 9 mois et des vergetures ont pu apparaître. S’il est possible d’atténuer l’aspect de ces vergetures post partum, elles ne disparaîtront pas complètement. Afin d’aider la peau à retrouver sa tonicité, il est possible de continuer à la masser avec de l’huile. Par contre, les réserves de graisse que votre corps fait naturellement pendant la grossesse sont en partie localisées à cet endroit et elles mettront plusieurs mois à être consommées. Pour renforcer la sangle abdominale qui a été très sollicitée pendant la grossesse, il est conseillé de faire la rééducation abdominale.

Les bouleversements hormonaux

Le post-partum se caractérise en grande partie par ce que l’on appelle la chute d’hormones. Après l’euphorie provoquée par les endorphines (hormones du bonheur juste après l’accouchement) vient le fameux bouleversement hormonal (chute des œstrogènes dont est imbibée la future mère) et son flot d’émotions qui l’accompagne : passage du rire aux larmes, fatigue, fragilité et même parfois mal-être.

La prolactine

La prolactine est une hormone essentielle qui augmente progressivement pendant la grossesse pour atteindre un pic au moment de la naissance. Elle joue un rôle crucial non seulement dans la lactation, mais aussi dans le lien mère-enfant. Au-delà de la lactation, la prolactine a d'autres fonctions importantes. Elle favorise l'endormissement et le sommeil profond chez la mère, ce qui est vital pour récupérer après l'accouchement et gérer les exigences de la maternité. La sécrétion de prolactine est stimulée par la succion simultanée des deux mamelons. Ainsi, lorsqu'une mère tire son lait, il est recommandé de pratiquer un double tirage pour maximiser la production de prolactine et, par conséquent, de lait.

La progestérone

La progestérone, une hormone cruciale pendant la grossesse, augmente constamment jusqu'à l'accouchement. Cette hormone est principalement produite par le placenta et joue un rôle vital dans le maintien de la grossesse en préparant l'utérus à accueillir et à nourrir l'embryon. À la naissance, avec le décollement et l'expulsion du placenta, les niveaux de progestérone chutent rapidement. Cette baisse soudaine marque un changement hormonal significatif pour la mère. Le déclin de la progestérone après l'accouchement a également des implications sur l'humeur et le bien-être de la mère. La chute hormonale rapide peut contribuer à des sentiments de fatigue, de tristesse, voire à la dépression post-partum chez certaines femmes.

La mélatonine

La mélatonine joue un rôle crucial pendant la grossesse. Son taux augmente durant cette période et elle est principalement sécrétée la nuit, atteignant un pic entre 2 et 4 heures du matin. Pendant la journée, la lumière inhibe sa production. La mélatonine est également impliquée dans le processus de l'accouchement. Après la naissance, la sécrétion de mélatonine chez la mère diminue. Cependant, chez le nouveau-né, la production de mélatonine est quasi inexistante. Le nourrisson dépend donc de la mélatonine de sa mère, qui est transmise à travers le lait maternel.

Le cortisol

Le cortisol, souvent appelé l'hormone du stress, joue un rôle vital pendant la grossesse et le post-partum. Pendant la grossesse, les niveaux de cortisol augmentent progressivement pour aider à préparer le corps à l'accouchement. Après la naissance, les niveaux de cortisol chez la mère connaissent une fluctuation significative. Le cortisol aide à mobiliser l'énergie nécessaire pour répondre aux nouvelles exigences de la maternité, comme l'allaitement et les soins au nouveau-né. Chez le nouveau-né, le cortisol joue également un rôle important dans l'adaptation à la vie extra-utérine. Le bébé naît avec des niveaux de cortisol relativement élevés, qui aident à activer ses systèmes respiratoire, circulatoire et métabolique. La gestion du stress et la régulation du cortisol en post-partum sont cruciales pour la santé de la mère et du bébé. Il est recommandé aux nouvelles mères de pratiquer des techniques de relaxation, de maintenir un rythme de sommeil régulier et de chercher du soutien social pour aider à modérer les niveaux de cortisol.

L'ocytocine

L'ocytocine qui est produite en grande quantité au moment de l'accouchement va permettre les contractions et le travail. Puis en post partum sa quantité oscille comme la prolactine au fur et à mesure de l'allaitement. L'ocytocine est produite pendant le post-partum grâce aux stimulations suivantes : Stimulations des mamelons, odeur du bébé, regarder son bébé, le peau à peau, les bruits et pleurs du bébé.

L'importance de la rééducation périnéale

Ne passez pas à côté de la rééducation périnéale, même en cas de césarienne. Nous devrions d’ailleurs plutôt parler d’éducation périnéale plutôt que de rééducation. Celle-ci est l’occasion de faire le point sur d’éventuels symptômes mais aussi d’évaluer la tonicité périnéale afin de prévenir l’apparition de symptômes. Une bonne tonicité du périnée est également importante pour une vie sexuelle épanouie.

Les aspects émotionnels et psychologiques

Il est très fréquent (mais pas systématique) de se sentir fatiguée voire un peu déprimée après un accouchement. Le bouleversement hormonal y est pour quelque chose mais n’oublions pas que l’arrivée d’un bébé, aussi merveilleuse soit-elle, est aussi un grand changement dans une vie et parfois une prise de conscience soudaine nous submerge. Rassurez-vous, cet état ne dure normalement que quelques jours.

Le baby blues

La période du post-accouchement mêlant à la fois fatigue, changements corporels, nouvelles responsabilités, changement de rythme familial et tout un tas d’autres choses, il est normal de se sentir dépassée, pas à la hauteur. Ajoutez à cela des modifications hormonales importantes et voilà la recette du baby blues. Alors que les premières 48 heures après la naissance vous vous sentez encore dans une bulle, que votre bébé est tout tranquille, c’est très souvent le 3ème jour après la naissance du bébé que le baby blues arrive. En lien avec la chute des hormones de grossesse, il se manifeste par un état de déprime passager, des larmes faciles, une irritabilité démesurée pour de petites choses. Vous-même aurez du mal à comprendre ce qui vous arrive. Alors que vous devriez être heureuse, vous pleurez et vous sentez inconsolable. Cet état est propre à chaque femme et ne sera pas identique de l’une à l’autre. De plus, toutes les femmes ne vivront pas ce baby-blues.

La dépression post-partum

Si cet état de déprime ou de mal-être persiste plus de 15 jours, parlez-en à votre professionnel de santé. Sachez aussi que chaque maternité propose des consultations avec un ou une psychologue spécialisé.e en périnatalité, n’hésitez pas à les contacter. Vous pouvez également vous tourner vers des associations comme l’association maman-blues.

Conseils et recommandations

  • Repos et récupération : Le corps a besoin de temps pour récupérer après l'accouchement. Reposez-vous dès que possible et acceptez l'aide de votre entourage.
  • Alimentation équilibrée : Continuez à prendre les suppléments en vitamines et minéraux prescrits pendant la grossesse pendant au moins 3 mois, voire plus si vous allaitez.
  • Hydratation : Pensez à boire suffisamment au quotidien.
  • Soutien émotionnel : N’hésitez pas à partager avec votre partenaire ce que vous traversez. Parlez-en aussi à d’autres personnes, notamment des femmes qui ont déjà eu des enfants ou vont en avoir.
  • Mobilisation précoce : On recommande de plus en plus une mobilisation précoce dès le premier jour après l’accouchement. Cela permet de reprendre conscience de cette zone qui a été fortement étirée lors du passage du bébé. L’exercice de contraction/décontraction est alors recommandé.
  • Sexualité : Vous pouvez reprendre des rapports quand bon vous semble et utilisez éventuellement du lubrifiant afin de pallier la sécheresse vaginale qui est normale en post-accouchement et notamment en cas d’allaitement.
  • Visites : Évitez les visites au moins le premier jour de l’accouchement. Si vous êtes fatiguée, n’ayez pas peur de le dire clairement à vos visiteurs.

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