Yvette Labrousse, plus tard connue sous le nom d'Om Habibeh, a vécu une vie digne d'un conte de fées, passant des podiums de concours de beauté à la royauté en épousant l'Aga Khan III. Son histoire est celle d'une transformation remarquable, marquée par l'amour, le glamour et un engagement profond envers son époux et sa communauté.
Une jeunesse modeste et un couronnement inattendu
Née le 15 février 1906 à Sète, Yvette Labrousse était la fille d'un conducteur de tramway, Adrien Labrousse, et d'une couturière, Marie Bouet. Elle a passé les premières années de sa vie à Oullins, près de Lyon, où elle a appris la couture auprès de sa mère. Du haut de son mètre quatre-vingt-trois, Yvette était d'une beauté saisissante, ce qui l'a naturellement poussée vers les concours de beauté.
Son premier essai dans un concours de beauté ne fut pas couronné de succès, certains juges lui reprochant même d'avoir des jambes trop grandes. Cependant, Yvette ne s'est pas laissée décourager et a persévéré. En 1929, elle est élue Miss Lyon, une étape importante qui la propulse vers le concours national.
En 1930, Yvette Labrousse est sacrée sixième Miss France de l'histoire. L'élection de Miss France à cette époque était bien différente de celle que nous connaissons aujourd'hui. Les candidates étaient présentées au public pendant plusieurs semaines sur grand écran, entre les actualités cinématographiques, et les spectateurs votaient par correspondance. L'attrait de la nouveauté a fait d'Yvette Labrousse une célébrité instantanée. Elle est invitée à toutes les soirées et voyage à travers le monde pour représenter son pays.
Le journaliste du Quotidien de Montmartre souligne avec ironie la critique dont sont victimes les Miss France, peu importe leur beauté : « En apercevant, à la première page de leur journal, le portrait de l'heureuse lauréate, toutes les autres femmes de France et de Navarre se sont, en effet, écriées comme un seul homme : “C'est ça, la plus belle femme de France ! Eh bien ! ils ne sont pas difficiles, les juges, pour avoir choisi une pareille horreur !” »
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Après son élection, elle se rend au Brésil pour participer à un concours international.
La rencontre avec l'Aga Khan III et le mariage royal
En 1938, lors d'un voyage en Égypte, Yvette assiste à une fête organisée par une princesse. C'est là qu'elle rencontre l'Aga Khan III, Mahomed Shah, le 48e imam des musulmans chiites ismaéliens. L'Aga Khan III, déjà marié à sa troisième épouse, Andrée Carron, tombe immédiatement sous le charme d'Yvette en la voyant danser le tango.
L'Aga Khan III était un homme influent et immensément riche, considéré comme l'un des hommes les plus riches du monde à cette époque. Son titre héréditaire était l'un des plus prestigieux, lui conférant une influence spirituelle et matérielle considérable sur ses millions de fidèles à travers le monde.
En 1943, l'Aga Khan III obtient le divorce d'avec Andrée Carron et épouse Yvette le 9 octobre 1944 à Genève. Pour lui, Yvette se convertit à l'islam, adopte le nom d'Om Habibeh et prend le titre honorifique de « Bégum Aga Khan ». Elle a alors 38 ans, lui 67.
La vie de Bégum : amour, glamour et dévouement
Le couple réside une majeure partie de l'année dans le sud de la France, dans la commune du Cannet, où ils acquièrent une somptueuse propriété nommée "Yakimour" (contraction de Yvette, Aga Khan et Amour), qui devient leur véritable nid d'amour. Leur vie est remplie de mondanités et de rencontres avec les plus grands de ce monde.
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Le 3 août 1949, alors que l'Aga Khan III et la Bégum rejoignent en Cadillac l'aéroport de Nice, ils sont attaqués par trois hommes armés, qui les dépouillent de la tête aux pieds. Parmi les objets volés se trouve une mallette remplie de diamants et de parures. « Ciel ! Mes bijoux ! » se serait alors exclamée Yvette face aux bandits. Cet événement a inspiré à Hergé l'un des albums de Tintin, Les bijoux de la Castafiore. Le montant estimé du butin était de 200 millions de francs. Yvette Labrousse avait témoigné, en 1953, « avec son élégance coutumière », précise Le Télégramme de Brest et de l'Ouest. Dans sa « splendide robe blanche à pois bleus », elle avait expliqué que le voleur qui l'avait mise en joue n'était pas menaçant : « Mais il avait une mitraillette… J'aurais mieux aimé qu'il soit menaçant et qu'il ne porte pas d'arme.
Malgré cet incident, la Bégum et son mari poursuivent leur vie de cérémonies et de voyages à travers le monde. Jean Cocteau, Charlie Chaplin, le Chah d'Iran, Yves Montand et Romy Schneider comptent parmi leurs proches.
En tant que Bégum Aga Khan, Yvette s'engage dans des œuvres caritatives et se consacre au bien-être des fidèles de son mari. Elle était connue pour sa beauté, son élégance et sa fidélité à l'Aga Khan III.
L'héritage d'Yvette Labrousse : mémoire et postérité
L'Aga Khan III meurt le 11 juillet 1957, à l'âge de 79 ans. La Bégum, veuve à l'âge de 51 ans, ne se remariera pas. Elle fait ériger un mausolée en calcaire rose à sa mémoire à Assouan, en Égypte, ville où elle a créé la Fondation Om Habibeh en 1991. Elle reste proche du successeur de son mari, son petit-fils le prince Karim, devenu Aga Khan IV, et le conseille pendant ses premières années de règne.
On se souvient souvent d'elle comme de la « Rose rouge », car elle déposait chaque jour, sans faute, une rose rouge sur la tombe de son défunt mari. Et quand elle s’absentait, elle veillait à ce que le jardinier le fasse à sa place. Yvette Labrousse n’a jamais tari d'éloges au sujet de son époux : « Bien sûr, j'ai toujours aimé la beauté. Mais c'est lui qui m'a appris à vraiment apprécier un beau coucher de soleil, un clair de lune ; à connaître les étoiles, les couleurs et les parfums des fleurs ; à aimer la musique, le ballet et l'opéra ; à apprécier toutes les belles choses de la vie.
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Plus tard, la Bégum Aga Khan deviendra une sculptrice passionnée. L'Heritage Society raconte qu'un jour, elle s’est rendue de Paris en Égypte avec une valise pleine d'argile. Lorsqu'elle est arrivée à la douane, on lui a dit que l'argile égyptienne provenant de leur maison d'Assouan était la plus fine du monde : « J'ai donc jeté le contenu de la valise et, à mon retour, je l'ai remplie d'argile d'Assouan que j'ai ramenée triomphalement à Paris », racontera-t-elle des années après.
Yvette Labrousse s'éteint au Cannet le 1er juillet 2000, à l'âge de 94 ans, 43 ans jour pour jour après son mari. Son corps est rapatrié en Égypte, où il remonte le Nil en bateau pour être inhumé dans le mausolée, aux côtés de la dépouille de son mari.
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