William Christie, figure emblématique de la musique baroque, a marqué le monde de la musique classique par sa contribution exceptionnelle à la redécouverte et à la diffusion du répertoire des XVIIe et XVIIIe siècles. Cet article explore la vie de William Christie, son influence musicale, son engagement envers la formation des jeunes talents et son héritage durable.

Les Débuts et la Formation Musicale

Né le 19 décembre 1944 à Buffalo, dans l'État de New York, William Christie a été initié à la musique dès son plus jeune âge. Ses parents, architectes et fins mélomanes, lui ont fait découvrir le piano et le chant. Ils l'ont également emmené en voyage en Europe, ce qui l'a familiarisé avec la culture du vieux continent. Un disque d'œuvres pour orgue de Couperin, offert par sa grand-mère, a été son premier contact avec le baroque français.

En 1962, il entre à Harvard pour étudier l'histoire de l'art, puis étudie le clavecin à Yale de 1966 à 1970. Après Yale, il enseigne la musique à Dartmouth. Après avoir quitté Dartmouth, il a joué dans l'ensemble Five Centuries, qui partageait sa passion pour la musique baroque, mais affectionnait les compositeurs contemporains tels que Ligeti ou Berio, qui intéressaient très peu Christie. En 1976, il rejoint le Concerto Vocale de René Jacobs, entièrement dédié à la musique ancienne. À partir de 1977, il devient professeur de musique ancienne au Conservatoire de Paris.

La Fondation des Arts Florissants

En 1979, William Christie fonde son propre ensemble, Les Arts Florissants, en hommage à l'œuvre éponyme de Marc-Antoine Charpentier, qui est également sa première création lyrique. À cette époque, le répertoire baroque était considéré comme désuet et n'était joué que sur des instruments modernes, ce qui en dénaturait l'esprit. Les Arts Florissants ont donc utilisé des instruments d'époque, tout en réalisant un vaste travail de recherche pour restaurer des œuvres oubliées.

Les Arts Florissants, fidèles à l’interprétation sur instruments anciens, ont joué un rôle pionnier dans la redécouverte et la diffusion de la musique européenne des XVIIe et XVIIIe siècles, qu’ils s’attachent à faire redécouvrir dans toute son actualité. Sous la direction de William Christie et de Paul Agnew, ce sont ainsi plus de cent concerts et représentations qu’ils proposent chaque année en France et dans le monde, sur les scènes les plus prestigieuses : productions d’opéra, grands concerts avec chœur et orchestre, musique de chambre, concerts mis en espace…

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Les Moments Clés de sa Carrière

William Christie fait ses débuts à la salle Favart, alors associée à l’Opéra de Paris en 1984, avec Hippolyte et Aricie de Rameau. C’est d’ailleurs à l’Opéra Comique que les Arts Florissants remportent leur premier succès de taille en 1987, avec une production d’Atys de Lully. Le Festival d’Aix-en-Provence est également une scène importante pour le développement des Arts Florissants : ils y font leurs débuts en 1991 avec Castor et Pollux de Rameau.

Parmi les productions importantes des Arts Florissants figurent Médée de Cherubini à l’Opéra national du Rhin en 1993, Le Roi Arthur de Purcell au Châtelet en 1995, année où il obtient la nationalité française. L’une des premières productions des Arts Florissants en dehors de France a lieu au Festival de Glyndebourne, dans une mise en scène par Peter Sellars de l’oratorio Theodora de Haendel en 1996. Alcina de Haendel et Les Indes galantes de Rameau sont présentés au Palais Garnier en 1999. Trois ans plus tard, en 2002, une production du Retour d’Ulysse dans sa patrie de Monteverdi au Festival d’Aix-en-Provence remporte un immense succès.

Plus de trente ans après la fondation des Arts Florissants, le baroque français est désormais repassé au répertoire. En 2010, ce français d’adoption fait ses débuts au Met dans Cosi fan tutte de Mozart. En 2014, il dirige Platée au Théâtre de la Vienne. Puis, il conduit Theodora (Haendel) au Théâtre des Champs-Elysées en 2015, puis effectue une tournée avec la pièce de Molière mise en musique par Lully, Monsieur de Pourceaugnac, qui l'emmène notamment à Versailles, Aix, Madrid et Genève. Le Festival de Glyndebourne l'accueille en 2017 pour diriger Hipermestra de Cavalli. Il se rend ensuite à Londres pour Israël en Égypte de Haendel en version concert. En 2018, il dirige Jephtha (Haendel) avec ses Arts Florissants à Bastille puis mène Ariodante de Haendel à l'Opéra de Vienne, au Liceu et au Théâtre royal de Madrid, puis Semele à Zurich. Il dirige également la mise en scène par Carsen de The Beggar’s Opera (Gay) aux Bouffes du Nord, qu’il fait ensuite tourner dans de nombreuses maisons. Durant la saison 2020/2021, William Christie sera de retour à l’Opéra Royal de Versailles au mois de novembre pour diriger à nouveau The Beggar’s Opera. Il dirigera ensuite Platée au Théâtre de la Vienne en décembre puis au Liceu de Barcelone en février.

L'Engagement envers la Formation des Jeunes Talents

William Christie est profondément engagé dans la formation des jeunes artistes. En 2002, il crée l'Académie du Jardin des Voix pour les jeunes chanteurs. Les Arts Florissants sont également impliqués dans le programme Arts Flo Juniors pour jeunes instrumentistes et un partenariat avec la Juilliard School de New York. Des masterclasses sont proposées au Quartier des Artistes, leur campus international situé à Thiré (Vendée, Pays de la Loire).

"Le Jardin des Voix", pépinière des jeunes talents pour Les Arts Florissants inaugurée en 2002, fête sa 10ème édition et ses 20 ans. William Christie cultivait en fait les talents depuis fort longtemps, comme le confirme Paul Agnew (désormais codirecteur des Arts Florissants) : “Bill (William Christie) enseignait au Conservatoire de Paris, il y a rencontré de nombreux chanteurs très intéressants (Sandrine Piau, Véronique Gens, Jérôme Correas et bien d'autres qui étaient alors étudiants et ont ensuite rejoint Les Arts Florissants). Lorsque William a laissé de côté la pression du conservatoire, il voulait tout de même continuer son parcours de rencontres et de formations pour les jeunes artistes.

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Le Jardin des Voix a révélé des artistes à la musique et au monde professionnel, en leur faisant même parfois découvrir une passion, en lançant leur carrière vers une autre dimension, ou bien tout simplement comme le point de départ. Les anciens et les institutions elles-mêmes se sont petit à petit transformés en prescripteurs : Deborah Cachet (soprano belge de la 9ème édition, en 2019) a ainsi entendu parler du Jardin des Voix par Reinoud van Mechelen (ténor belge du 5ème Jardin des Voix en 2011) : “J'ai travaillé avec lui, et il m’a parlé du Jardin des Voix avec beaucoup d’enthousiasme. J’avais du Jardin des Voix l’image d’un projet inaccessible pour moi. J’ai postulé parmi des centaines de candidats” et elle a gagné sa place pour “ce programme unique qui traite les chanteurs comme des artistes professionnels (avec cette immense tournée).” Il en va de même pour Moritz Kallenberg (ténor allemand de la 9ème édition en 2019) : “J’ai rejoint le programme de jeunes artistes à l’Opéra d’Etat de Stuttgart et l’un de mes collègues (Padraic Rowan qui venait de faire l’édition précédente) m'a dit combien ce programme pourrait être bénéfique.

Les candidats qui postulent pour rejoindre le Jardin des Voix viennent du monde entier, et les auditions sont organisées tous les deux ans dans de grandes capitales (Paris, New York et alternativement d’autres villes européennes, afin que chaque voix présélectionnée sur enregistrement puisse venir auditionner en présence du jury). Sur les 250 candidats qui envoient un enregistrement, près d’une centaine sont ainsi auditionnés, et seulement 6 ou 7 sont finalement retenus. “Nous écoutons toutes les bandes sonores envoyées, avec plusieurs personnes de l’équipe pour jauger les niveaux, raconte Paul Agnew. Certains s’imposent comme des évidences à auditionner, nous en invitons certains à candidater à nouveau (certains ont été acceptés après trois auditions).”

Une fois retenus, les candidats rejoignent le Jardin des Voix, littéralement, dans les Jardins de William Christie (à Thiré en Vendée). Le projet était auparavant basé à Caen : “Avoir le Théâtre comme lieu de résidence apportait tous les avantages pour les jeunes chanteurs de répéter et produire leur spectacle”. L’ensemble qui rayonne à l’international est désormais installé à Thiré en Vendée (où se déroule le Festival Dans les Jardins de William Christie, qui accueille 9.000 spectateurs pour une centaine de promenades musicales et concerts chaque année depuis 2012).

Le Festival Dans les Jardins de William Christie

Passionné d’art des jardins, William Christie a créé en 2012 le Festival « Dans les Jardins de William Christie », qui se tient chaque été dans sa propriété à Thiré, en Vendée. Les jardins qu’il y a conçus sont inscrits à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques et bénéficient du label « Jardin remarquable ».

Un Héritage Durable

La carrière de William Christie a pris un tournant décisif en 1979 lorsqu’il a fondé Les Arts Florissants. À la tête de cet ensemble instrumental et vocal, il assume un rôle de pionnier dans la redécouverte de la musique baroque, en révélant à un très large public le répertoire français des XVIIe et XVIIIe siècles, jusqu’alors largement négligé ou oublié. En renouvelant l’interprétation de ce répertoire, il sait imposer, en concerts et sur la scène lyrique, une griffe très personnelle comme musicien et comme homme de théâtre dans des productions majeures. Sa discographie compte plus d’une centaine d’enregistrements, notamment dans la collection « Les Arts Florissants » chez harmonia mundi.

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William Christie a également révélé plusieurs générations de chanteurs et d’instrumentistes. Soucieux de transmettre son expérience aux jeunes artistes, il crée en 2002 Le Jardin des Voix, l’académie pour jeunes chanteurs des Arts Florissants, et enseigne dans le cadre d’une résidence à la Juilliard School de New York.

En 2018, il donne tout son patrimoine à la Fondation William Christie - Les Arts Florissants, dont le siège est à Thiré.

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