Le scandale des bébés volés en Espagne est une affaire bouleversante qui a secoué le pays, révélant un pan sombre de son histoire collective. Cette pratique macabre, qui a débuté sous la dictature de Franco et s'est prolongée bien après sa mort, a consisté à enlever des nourrissons à leurs parents biologiques, souvent pour des raisons politiques ou morales. Des milliers de familles ont été victimes de ce système odieux, et la quête de vérité et de justice continue encore aujourd'hui.

Les origines du scandale : le franquisme et le "catholicisme fascistisé"

Le vol de bébés a commencé sous le régime de Francisco Franco, qui a dirigé l'Espagne d'une main de fer de 1939 à 1975. Dans le contexte de l'après-guerre civile espagnole, le régime franquiste a mis en place un système de répression implacable contre les républicains, les mères célibataires et les couples adultères. Les enfants nés de ces familles étaient considérés comme des "éléments subversifs" et étaient souvent enlevés à leurs parents à la naissance.

Les infirmières espagnoles saluaient Franco en 1939 après trois ans de guerre civile. Sous Franco démarrait en Espagne un vaste scandale de vols d'enfants, confisqués à leurs parents à la naissance parce qu'ils étaient républicains, mères célibataires ou couples adultères.

L'Église catholique espagnole a joué un rôle important dans ce système. En effet, le régime franquiste et l'Église entretenaient des liens étroits, et l'idéologie catholique conservatrice était au cœur de la politique du régime. L'Église considérait que les enfants nés hors du mariage ou de familles républicaines devaient être "sauvés" de leur environnement familial "immoral".

Patrick Pépin a consacré un épisode de sa série "La mémoire des vaincus - histoires intimes de la guerre d'Espagne" à ce qu'il a appelé "le catholicisme fascistisé". Il y explique les liens intimes, à la fois consubstantiels et criminels, que l'Église et le régime du dictateur Francisco Franco avaient tissés. Franco, qui avait un vide programmatique et doctrinal abyssal, s'est servi de cette Église anti-républicaine pour accéder et se maintenir au pouvoir.

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La persistance du scandale après la mort de Franco

Franco est mort en 1975, mais le trafic de bébés volés a continué pendant plusieurs années après sa mort. En effet, le système mis en place sous le franquisme était bien rodé, et il a été difficile de le démanteler complètement. De plus, certaines personnes ont continué à profiter de ce système pour des raisons financières ou idéologiques.

Des pratiques mafieuses ont perduré après la mort du dictateur à la faveur d'un lien étroit avec l'Eglise catholique. Des parents qui avaient souvent en commun d'avoir appartenu au camp républicain, et parfois combattu le franquisme. Mais qui parfois virent leur enfant disparaître à la naissance sans explication, parce que quelqu'un avait estimé qu'ils dérogeaient aux standards du catholicisme le plus corseté. Parce qu’ils étaient nés de parents “rouges”, d’une mère célibataire ou encore d’un couple adultère, ils sont ainsi plusieurs dizaines à plusieurs centaines de milliers à avoir été dérobés à leurs parents à la faveur de pratiques mafieuses dont on a découvert avec stupéfaction en 2005 qu’elles avaient perduré, au beau milieu de l’Europe, jusque dans les années 80.

Ce n’est pas la première fois, loin s’en faut, que de telles pratiques sont évoquées, voire dénoncées. En revanche, pour la première fois, l’idée est clairement formulée que tous ceux qui croyaient jusque-là être des "cas isolés" font en réalité partie d’une même histoire. Un récit commence alors à se mettre en place : de la fin de la guerre civile, en 1939, au début des années 1990, soit de l’après-guerre à l’après-Franco, de façon plus ou moins systématique, on a volé des bébés. L’État, le réseau de la santé publique et, d’une manière plus large, les institutions qui se chargeaient en Espagne de l’administration de la vie et de la mort, ont participé à ces pratiques.

Les témoignages poignants des victimes

Au fil des années, de nombreuses victimes de ce scandale ont brisé le silence et ont raconté leur histoire. Ces témoignages poignants ont permis de mettre en lumière l'ampleur de ce crime et de sensibiliser l'opinion publique à la souffrance des victimes.

L'histoire de Rozenn Monereau est particulièrement révélatrice. Rozenn a découvert à l'âge de 41 ans que ses parents n'étaient pas ses parents biologiques et qu'elle avait été volée à sa mère biologique à l'âge de six jours. Elle a mené une longue enquête pour retrouver sa mère biologique, qui était malade de la tuberculose et qui avait été contrainte de confier sa fille à des religieuses. Rozenn a finalement retrouvé sa mère biologique, mais celle-ci est décédée peu de temps après leur rencontre.

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Originaires du Pays basque, Arantza et Sebastian Galdos sont persuadés que leur petit frère Josu, déclaré mort peu après sa naissance en 1963 dans la cité thermale, a en réalité été volé.

María del Mar, une mère de famille espagnole, a passé une partie de sa vie à tenter de retrouver le fils qui lui a été « volé » lors de son accouchement à l’âge de 17 ans, en octobre 1981. Les investigations ont fini par payer et conclure que le bébé avait survécu à l’accouchement. Il avait été vendu à quelqu’un qui l’a recueilli et adopté. L’enfant caché a été identifié, localisé et contacté. Hélas pour Maria, cet homme aujourd’hui âgé de 43 ans ne souhaite pas communiquer avec sa mère biologique.

Les procédures judiciaires et la quête de justice

La révélation du scandale des bébés volés a conduit à l'ouverture de plusieurs enquêtes judiciaires en Espagne. Cependant, les procédures judiciaires ont été longues et difficiles, et peu de personnes ont été condamnées pour leur participation à ce crime.

Le procès intenté par Inès Madrigal a débuté et est le premier de ce qui s’annonce déjà comme une longue et pénible saga judiciaire - sur les 2000 plaintes déposées par des particuliers s’estimant victime de ces pratiques, plus de 1700 auraient été classées sans suite. Elle porte plainte contre le docteur Eduardo Vela. C’est lui qui aurait offert le bébé à sa mère adoptive, stérile, après lui avoir demandé de feindre une grossesse. Le nom du médecin apparaît sur des dizaines de dossiers dans les bureaux des tribunaux, aujourd’hui en Espagne : ce vieil homme de 85 ans, qui a fait un malaise au deuxième jour d’un procès ajourné dans la foulée, aurait ainsi pratiqué le vol d’enfants pendant au moins vingt ans, de l’année 1961 jusqu’en 1981.

La justice, les hôpitaux et les cliniques rechignent à apporter la moindre information. Tout se complique du fait de la disparition de dizaines d'établissements et de nombreuses archives correspondant aux années de plomb de l'époque franquiste.

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En Argentine, près de 40 ans après la fin de la dictature militaire (1976-1983), des procédures sont toujours en cours pour retracer l’histoire d’enfants retirés à leurs parents, victimes du régime, pour être confiés en toute illégalité à des couples adoptifs.

Malgré ces difficultés, les victimes et leurs familles continuent de se battre pour obtenir justice et pour faire la lumière sur ce crime odieux. Elles espèrent que les responsables seront traduits en justice et que les victimes pourront enfin trouver la paix.

Les défis de la recherche de la vérité

La recherche de la vérité dans le scandale des bébés volés est un processus complexe et difficile. De nombreux obstacles se dressent sur le chemin des victimes et de leurs familles.

Tout d'abord, de nombreuses archives ont disparu, ce qui rend difficile l'identification des personnes impliquées dans le trafic de bébés. De plus, de nombreuses personnes impliquées dans ce crime sont décédées, ce qui rend impossible leur interrogatoire.

Ensuite, les victimes et leurs familles sont souvent confrontées à un manque de coopération de la part des autorités. Les hôpitaux et les cliniques rechignent à fournir des informations, et les tribunaux ont souvent classé sans suite les plaintes déposées par les victimes.

Enfin, la recherche de la vérité est souvent douloureuse pour les victimes et leurs familles. Elles doivent revivre des événements traumatisants et affronter des mensonges et des secrets.

L'importance de la mémoire historique

Le scandale des bébés volés est un événement tragique qui a marqué l'histoire de l'Espagne. Il est important de se souvenir de ce crime afin de ne pas le reproduire et afin de rendre hommage aux victimes.

La mémoire historique est essentielle pour comprendre les causes et les conséquences de ce scandale. Elle permet de sensibiliser l'opinion publique à la souffrance des victimes et de promouvoir la justice et la réparation.

L'Espagne, toujours plongée dans la récupération de sa mémoire historique, est loin d'en avoir fini avec les fantômes du passé.

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