Woody Allen, figure emblématique du cinéma, est souvent interrogé sur ses rapports avec le septième art, les relations familiales complexes, et divers aspects de sa vie personnelle. Pourtant, on néglige fréquemment son lien avec la littérature. Bien qu'il ait minimisé son image d'intellectuel, il est indéniable que l'imaginaire d'un artiste de sa trempe se nourrit également de livres, d'autant plus lorsqu'on connaît son aversion pour la réalité.

Une Rencontre Révélatrice

Lors d'un entretien accordé à Paris, Woody Allen a partagé ses réflexions sur la littérature et son influence sur son œuvre. L'auteur de ces lignes s'est rendu compte que la cassette contenait un long entretien que m’avait accordé Philip Roth à New York l’année d’avant. La glace des présentations était rompue. Mais il fallait se dépêcher d’autant que la foule des confrères piétinait dans le couloir. Au cours de cette rencontre, il a été question de Philip Roth, dont Allen admire l'œuvre. Cependant, il a été confronté à une critique acerbe de son propre travail, qualifié de "vide" et "puéril". Allen, accablé, a encaissé la critique avec une humilité désarmante, réitérant son admiration pour le romancier.

Les Premières Amours Littéraires

Woody Allen confia s’être mis à la lecture à son corps défendant vers l’âge de dix-sept ans, en un temps où il ne lisait que les satires tordantes de Max Schulman et les polars Mickey Spillane dans le seul but de séduire des femmes. C’est là qu’il s’imprégna à jamais de l’univers et de la grâce de Tchékhov, le maitre auquel il ne cessera de payer sa dette. Il a révélé avoir commencé à lire tardivement, initialement motivé par la volonté de séduire les femmes. C'est à travers les œuvres de Max Schulman et Mickey Spillane qu'il a découvert le plaisir de la lecture. Mais c'est Tchékhov qui a marqué un tournant dans son parcours littéraire, devenant une source d'inspiration constante.

L'Influence de Tchékhov et Autres Maîtres

On évoqua ce que son Intérieurs ainsi que Hannah et ses soeurs devaient aux Trois sœurs, et son September à Oncle Vania, le comique kafkaïen de ses films, la dimension borgésienne de Zelig, puis en vrac au sein de son panthéon littéraire les poèmes d’Emily Dickinson et de T.S. Eliot, le Flaubert de L’éducation sentimentale, le James Joyce d’Ulysse, Tourgueniev énormément, et naturellement Saul Bellow. L'influence de Tchékhov se manifeste clairement dans plusieurs de ses films, notamment Intérieurs et Hannah et ses sœurs, qui s'inspirent des Trois sœurs, et September, qui fait écho à Oncle Vania. Son univers cinématographique est également marqué par le comique kafkaïen et la dimension borgésienne, comme en témoigne Zelig. Son panthéon littéraire inclut également Emily Dickinson, T.S. Eliot, Flaubert (pour L'Éducation sentimentale), James Joyce (pour Ulysse), Tourgueniev et Saul Bellow.

"Soit dit en passant" : Une Autobiographie Révélatrice

Vingt ans après cette rencontre, comment ne pas se précipiter sur son autobiographie Soit dit en passant (Apropos of Nothing, traduit de l’anglais (États-Unis) par Marc Amfreville et Antoine Cazé, 540 pages, 24,50 euros, Stock), un passionnant récit au ton si vif, rapide, familier, dont la partie enfance&adolescence ressemble furieusement à un film de Scorcese, sans que cet élan ne se démente au long des 540 pages ! Son autobiographie, Soit dit en passant, offre un récit passionnant et personnel de sa vie, de son enfance à sa carrière cinématographique. Le ton vif et familier de l'écriture rend la lecture accessible et captivante.

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L'Affaire et ses Répercussions

Sans oublier, et pour cause, « l’affaire » à laquelle il consacre un grand nombre de pages : l’accusation de « comportements inappropriés » avec la fille de sa compagne (Dylan, 9 ans) lancée par sa compagne Mia Farrow après qu’il eut rompu avec elle, et médiatiquement relayée et amplifiée par le journaliste Ronan Farrow, le fils de celle-ci. Le dossier est accablant pour elle, aisément vérifiable et d’autant plus convaincant que deux enquêtes l’ont déjà blanchi, qu’il rapporte les faits de manière dépassionnée - et que l’humour et l’autodérision n’en sont jamais absents, même là. L'autobiographie aborde également l'"affaire" des accusations de "comportements inappropriés" avec la fille de sa compagne, Dylan Farrow. Allen présente sa version des faits de manière dépassionnée, soulignant que deux enquêtes l'ont déjà innocenté. Malgré la gravité des accusations, il parvient à conserver un ton humoristique et autodérisoire.

La Fiction comme Refuge

Être Tennessee Williams ou rien ! Voilà le programme le cas échéant pour sa fin de parcours ici-bas. La fiction, il n’en a que pour elle. Car quel que soit le moyen par lequel il s’exprime, la réalité demeure son pire ennemi. Pour Woody Allen, la fiction est un refuge contre la réalité. Que ce soit à travers le cinéma ou la littérature, il privilégie l'imaginaire et la création.

Hommage à Hemingway

Ernest Hemingway était mon héros depuis que j’avais commencé à lire de la vraie littérature. Je peux ouvrir une page de n’importe lequel de ses livres et la poésie de sa prose me terrasse. Le jour où il s’est suicidé, je ne sais plus qui a appelé qui, mais Louise et moi nous sommes téléphoné pour partager notre chagrin. C’était au tout début de notre liaison. Ensuite, autour d’un verre, nous nous sommes mis à nous raconter de belles histoires de suicide. Il exprime son admiration pour Ernest Hemingway, dont il apprécie la poésie de la prose. Le jour du suicide d'Hemingway, il a partagé son chagrin avec sa compagne, Louise.

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