La naissance d'un enfant est un événement central dans toutes les cultures, et le monde islamique ne fait pas exception. Cet article explore les rituels de naissance dans diverses sociétés musulmanes, en mettant en lumière à la fois les similitudes et les divergences qui existent. Ces différences et ressemblances sont-elles le résultat de traditions historiques antérieures à l'islam, de substrats culturels et religieux, ou encore de conceptions différentes des écoles religieuses ? La religion musulmane valide-t-elle ces rituels et quel est son impact sur les comportements envers le nouveau-né et son entourage ?
Rituels de Naissance : Un Aperçu Comparatif
Les rituels de naissance dans le monde islamique sont complexes et variés, intégrant des éléments aux significations multiples. Ils impliquent souvent la protection et le passage d'un état à un autre, avec différents types de sacrifices : celui d'un animal, celui des cheveux, et parfois la circoncision. Ces rites peuvent être accomplis conjointement ou séparément, et sont liés ou non à la dation du nom. Ils ont généralement lieu le septième ou le quarantième jour après la naissance.
Cette étude se concentre sur les rituels mis en place pendant les quarante premiers jours, une période où la mère et l'enfant sont considérés comme particulièrement vulnérables. L'objectif est d'analyser les rôles respectifs des divers rituels et leurs interrelations.
Éléments Clés des Rituels de Naissance
Les principaux éléments de ces rituels ne sont pas universels à toutes les sociétés musulmanes et, lorsqu'ils le sont, n'ont pas toujours la même signification. Parmi ces éléments, on retrouve :
- L'appel à la prière (l'adhân)
- Le frottement du palais du bébé avec une substance sucrée (le taḥnîk)
- Le sacrifice d'un animal
- La circoncision
- La nomination
- La coupe des cheveux
- La salaison
- Deux repères calendaires importants : le septième et le quarantième jour
Il est important de noter que ces rituels, comme ceux du mariage ou de la circoncision, ne sont pas mentionnés explicitement dans le Coran. Le Coran est un livre révélé et non un manuel historique ou un recueil de lois comme l'est, en partie, l'Ancien Testament. Cependant, les traditionnistes mentionnent certains des éléments qui les composent.
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La Naissance et les Premiers Jours : Une Période de Vulnérabilité
Dès sa naissance, le nouveau-né est considéré comme vulnérable et exposé à divers dangers. Cette période critique dure au moins sept jours, et souvent quarante jours, pendant lesquels des mesures de protection spéciales sont mises en place. Le nouveau-né est généralement gardé à l'intérieur de la maison, voire de la chambre, jusqu'au septième ou au quarantième jour. Traditionnellement, l'enfant ne reçoit pas de nom avant le septième jour, car il est censé rester inconnu des génies, considérés comme particulièrement dangereux.
Pendant cette période, des tabous de vocabulaire et des interdits concernant le nom de l'enfant sont souvent observés. Un nom provisoire, porte-bonheur et protecteur, est donné, souvent basé sur la racine "baraka" (bénédiction, prospérité), ou un antonyme pour repousser les jnûn (génies).
L'Accueil du Nouveau-né dans la Communauté Musulmane : L'Adhân
Partout dans le monde musulman, l'un des premiers rituels accomplis pour le nouveau-né est l'adhân, l'appel à la prière, qui est murmuré dans son oreille droite, parfois quelques minutes après sa naissance. Dans certaines traditions, la profession de foi (shahâda), suivie de "Allâhu akbar" ("Dieu est le plus grand"), est également prononcée.
Bien que ce rôle soit généralement tenu par le père, dans les sociétés où il est absent, c'est la sage-femme (qâbla au Maghreb, dâya au Mashreq et en Égypte) qui murmure l'adhân. Dans les traditions mâlikite et shâficite, l'adhân est prononcé dans l'oreille droite et l'iqâmeh dans l'oreille gauche.
Dans certaines communautés, l'adhân est suivi de la récitation de versets du Coran au-dessus de l'enfant par des élèves de l'école coranique. Ces formules religieuses, où sont prononcés les noms d'Allâh et du Prophète, sont considérées comme particulièrement protectrices et efficaces pour repousser les jnûn et les maux de toutes sortes.
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Protections Magiques : Un Rempart Contre les Influences Malignes
Les protections magiques sont omniprésentes avant, pendant et après la naissance. Elles visent à protéger l'enfant du mauvais œil et des jinniya qui peuvent le faire dépérir, l'enlever ou le remplacer par un autre. La purification du lieu, de la mère et de l'enfant est également essentielle pour éloigner les jnûn, attirés par la souillure du sang.
Divers objets, plantes et minéraux sont placés à côté de l'enfant (sous lui ou sur lui) pour le protéger. Ces objets sont choisis pour leur pouvoir protecteur, en raison de l'immensité des dangers perçus. Parmi ces objets, on trouve le sel, le fer, les cornes, les objets de forme agressive, les textes du Coran, le koḥl (préparé à la maison avec des plantes protectrices) autour des yeux, ou encore le goudron dont on barbouille le nez du nouveau-né. Dans certaines régions, les objets rouges sont considérés comme particulièrement efficaces.
Le placenta et le cordon ombilical sont également considérés comme importants et font l'objet de pratiques propitiatoires et magiques variées.
Le Taḥnîk : Un Rituel de Nourrissage et de Transmission
Le taḥnîk, qui signifie "frottement du palais avec une substance sucrée", est un rituel important qui consiste à frotter le palais du nouveau-né avec une substance sucrée, souvent juste après qu'il a été essuyé et ses muqueuses nettoyées. Cette pratique antéislamique est toujours pratiquée dans de nombreuses régions du monde musulman, avec des variations selon les cultures.
Le terme taḥnîk désigne spécifiquement le fait de frotter le palais avec une datte mâchée. Ce rituel a plusieurs significations :
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- Valeur de transmission : Le taḥnîk est souvent lié à un autre rituel, celui de transmettre sa vertu par un jet de salive envoyé dans la bouche de quelqu'un. Ce n'est généralement pas la mère qui pratique ce rituel, mais plutôt la sage-femme ou une personne remarquable de l'entourage.
- Valeur propitiatoire : Le taḥnîk est souvent pratiqué pour que "la bouche soit douce", c'est-à-dire que l'enfant ait toujours de belles paroles ou qu'il ait une vie aussi douce que le sucré qu'on lui donne.
- Valeur de protection : Le taḥnîk est également considéré comme une protection contre les influences malignes.
Onguents et Massages : Des Soins pour le Corps et l'Âme
Après avoir été essuyé, le nouveau-né est souvent enduit d'un corps gras, qui a une valeur protectrice. L'huile d'olive, parfumée ou non, et le beurre fondu sont couramment utilisés. Ces soins s'accompagnent souvent de massages sur différentes parties du corps, censés influencer le devenir psychologique et physique de l'enfant.
Invocations et Versets Coraniques pour la Naissance
Bien qu'il n'existe pas d'invocation spécifique pour la naissance d'un bébé, la reconnaissance envers Allah est essentielle. Les enfants sont un don d'Allah, et il est important de demander le bien et la guidée pour eux.
Une invocation courante pour féliciter la naissance d'un bébé est la suivante : "Qu’Allah bénisse ce qu’Il t’a accordé et puisses-tu être reconnaissant envers Celui qui te l’a accordé. Puisse-t-il atteindre sa pleine maturité et qu’Allah lui donne le bon comportement envers toi."
Le Coran contient également des versets qui mettent en lumière la création de l'homme et la connaissance d'Allah sur la grossesse et la naissance. Par exemple, le verset 35:11 dit : "Et Dieu vous a créés de terre, puis d'une goutte de sperme, Il vous a ensuite établis en couples. Nulle femelle ne porte ni ne met pas sans qu'Il le sache."
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