Toulon, ville portuaire du sud de la France, possède une histoire riche et complexe qui s'étend sur plusieurs siècles. De son rôle central dans la construction du second empire colonial à son passé marqué par la présence du bagne, en passant par des épisodes marquants tels que le sabordage de la flotte française, Toulon a été le théâtre d'événements significatifs qui ont façonné son identité. Cet article explore les différentes facettes de l'histoire de Toulon, en s'appuyant sur des sources historiques et des témoignages.
Les Origines et le Moyen Âge
La présence d'un évêque à Toulon est mentionnée pour la première fois en 441. Cependant, il faut attendre 1494 pour que Toulon intègre le royaume de France et que des bateaux soient construits dans la ville à des fins militaires.
Toulon et les Protestants
L'histoire des protestants à Toulon avant le règne de Louis-Philippe est mal connue. Leur petit nombre, le secret qui les entourait, la répression et l'interdiction du culte réformé après 1685 expliquent peut-être ce manque d'information. Toulon n'a pas connu les horreurs des guerres de religion, elle est restée catholique, sans toutefois verser dans les excès de la Ligue contre laquelle elle prit parti. Gustave Lambert signale quelques grandes familles de notables, comme les Hubac ou les de Cuers, momentanément adeptes de la nouvelle religion en 1566-68. Après l'Edit de Nantes (1598), les huguenots de Toulon sont plutôt des gens venus de l'extérieur, marins ou soldats. En 1602, ils obtiennent des consuls un emplacement pour leur cimetière. Les archives conservent quelques certificats triomphalistes d'abjuration et de retour à l'orthodoxie catholique, dans les années 1674 à 1682. Le temps de la persécution, après la Révocation de l'Edit (1685), alimente la chiourme des galères. Les familles protestantes toulonnaises réunies d'abord le dimanche dans une salle d'école, obtinrent de la Municipalité qu'elle loue à leur intention le deuxième étage de l'ancienne maison de Puget, 64 rue d'Orléans (République).
Le Bagne de Toulon
La période 1748-1749 marque la naissance du bagne à Toulon. Les personnes condamnées aux galères sont alors placées dans des bagnes. Le climat favorable de Toulon permet d'installer les bagnards dans des bateaux à quai, contrairement à Brest où le climat était plus rude. Entre 1748 et 1873, la ville a accueilli 100 000 bagnards. Toulon fut le dernier bagne (mais aussi le plus grand) en métropole. 150 ans après sa fermeture, il n’en reste finalement que peu de traces, les bâtiments ayant été bombardés pendant la Seconde Guerre mondiale. Seul rescapé: un vestige de l’enceinte de la darse, sur lequel s’appuyait le bagne. On peut également noter deux bassins de raboud dans l’arsenal qui sont toujours en service (le n°2 et 3). Ceux-ci ont été construits entre 1827 et 1847. Les bagnards sont facilement reconnaissables de par leur tenue. Leurs bonnets, par exemple, sont significatifs. Les verts étaient destinés à ceux condamnés à perpétuité, les rouges pour les plus petites peines.
Toulon et l'Expansion Coloniale Française
Un Rôle Central
Toulon a joué un rôle central dans la construction du second empire colonial français, au point de disputer un temps à Marseille le titre de capitale coloniale de la France. La progression de la population stable de la ville, passant de 22 000 habitants en 1800 à près de 100 000 un siècle plus tard, témoigne de l’importance du développement local induit par la politique coloniale.
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L'Expédition d'Égypte
C'est de Toulon que partit l’expédition d’Égypte le 19 mai 1798. On connaît le fiasco militaire qui termina cette expédition en 1801.
La Conquête de l'Algérie
Il faudra attendre juin 1830 pour que la France se lance dans une nouvelle aventure coloniale d’importance, vers l’Algérie. L’importance de la flotte qui se met en place à Toulon montre qu’il s’agissait bien dans l’esprit des autorités françaises, d’une conquête et non d’une simple expédition punitive : 675 bâtiments (103 navires de guerre et 572 bâtiments de commerce), pour 37.659 hommes. L’expédition d’Alger avait deux objectifs : la maîtrise du commerce en Méditerranée et une justification de politique intérieure, redorer l’image d’un gouvernement impopulaire.
Un chroniqueur de l’époque raconte l’ambiance à Toulon : « Les rues, les quais, les places publiques étaient remplis de matelots, de soldats, mais aussi de marchands, de spéculateurs et de toutes catégories d’intrigants, usuriers, fripons, et désœuvrés qui se traînaient à la suite des armées dans l’espoir d’avoir quelque part au butin, en se mettant à la remorque de quelques fournisseurs ou de quelques sous-traitants. De toutes les parties de la France, on était venu en Provence pour jouir du coup-d’œil des apprêts de cette grande expédition dont le commerce de la Méditerranée devait retirer de si grands avantages ».
Toulon, Ville Algérienne
Dans le sillage de la conquête, c’est Toulon qui, dans les premières années, est la ville la plus algérienne de France. C’est là que commencent à affluer les premiers colons, alléchés par un tableau quelque peu idéalisé de la nouvelle terre conquise. C’est là que, parfois, d’autres, reviennent, déçus. C’est là aussi, évidemment qu’ont lieu tous les mouvements de troupes. Un service hebdomadaire de bateaux existe dès 1833. Cette vocation est illustrée par un monument, la sculpture de Louis-Joseph Daumas, représente un homme nu pointant l’index vers le Sud en tournant le dos à la ville. L’inauguration eut lieu le 1er mai 1847.
Les Mariages au Tambour
Le second épisode célèbre qui mit le Toulon colonial en évidence fut la pratique des mariages au tambour. En 1838, le général Bugeaud avait déclaré que « le meilleur moyen de réaliser la colonisation de l’Algérie était la fondation de colonies militaires ». Gouverneur général de l’Algérie de 1840 à 1847, il tenta de la mettre en pratique, en organisant des mariages de futurs colons avec des orphelines de Toulon. Le 10 juillet 1842, il s’adressa au ministre de la guerre pour demander que le Conseil Municipal de Toulon vote une somme pour la dot des jeunes filles. Dès août, 20 soldats, sélectionnés personnellement par Bugeaud, partirent à Toulon et y rencontrèrent vingt « filles modestes, laborieuses ». Dix-sept de ces rencontres quelque peu arrangées se solderont par des mariages. Les couples (re)partirent en Algérie trois mois plus tard.
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Les Missions Maristes
Au cours des années 1840, la Société de Marie envoya à Toulon ses missionnaires en partance pour l’Océanie. Cela leur permettait de profiter des bateaux de la Marine en escale sur leur trajet vers l’Océanie. En 1845 une communauté mariste installe à La Seyne, commune mitoyenne de Toulon, une résidence missionnaire qui sera la base arrière de ses missions. Elle y créa une école, puis un collège en 1849, aujourd’hui lycée privé. L’idée coloniale est de fait fortement soutenue au sein de l’Etablissement.
Toulon, Capitale de l'Opiomanie Française ?
Grand port militaire, Toulon vit débarquer plusieurs générations d’officiers et de marins venus des quatre coins de la terre, notamment d'Extrême-Orient. À la veille de la Première Guerre mondiale, il y a plusieurs centaines de fumeries en métropole, dont Toulon : il y aurait eu à ce moment 163 lieux de consommation, habitations individuelles comprises. Claude Farrère, lui-même officier de Marine, décrit avec une complaisance à la limite de la complicité les fumeries de Toulon fréquentées par des officiers de Marine. Des descentes de police commencent à se multiplier. En décembre 1906, la presse signale une fermeture de fumerie clandestine, à Toulon. Malgré ces campagnes, la consommation ne semble pas baisser.
Toulon et la Mémoire Coloniale
Tous les grands moments de l’histoire coloniale seront particulièrement fêtés à Toulon. Lors des cérémonies dites du Centenaire de l’Algérie, c’est de cette ville que le président Doumergue partit (3 mai 1930). Jacques Le Goff a évoqué la pression sociale qu'il a subie pour faire partie de la Ligue maritime et coloniale dans le Toulon des années trente. Il a été horrifié par les propos tenus dans les rencontres organisées, empreints de l’exaltation du héros militaire, de racisme et de colonialisme. Pour lui, Toulon était le lieu le plus colonialiste de France.
En 1980, Toulon fut la seconde ville (après Nice) à ériger un monument à l’Algérie française. Cette tradition ne s’est jamais démentie. Le 25 mai 2006 eut lieu à Toulon une manifestation assez originale, à l’appel d’un Collectif pour la commémoration de la fin de l’esclavage barbaresque, regroupant l’extrême droite et une partie de la droite locales. C’est Toulon que choisit Nicolas Sarkozy, alors candidat à la magistrature suprême, pour exalter « le rêve européen », lié au « rêve méditerranéen », illustré à ses yeux par « Bonaparte en Egypte, Napoléon III en Algérie, Lyautey au Maroc (…), ce rêve qui ne fut pas tant un rêve de conquête qu’un rêve de civilisation ».
Le Sabordage de la Flotte Française
En cette fin d’année 1942, la Zone Sud (ou libre, ou non occupée) est une fiction qui a pris fin. En rétorsion au débarquement anglo-américain en Afrique du Nord (Opération Torch, 8 novembre 1942), l’occupant a en effet décidé de sécuriser les rives françaises de la Méditerranée (opération Anton). En vertu de l’armistice du 22 juin 1940, l’État français installé à Vichy sous l’autorité du maréchal Pétain a obtenu la conservation de la flotte, sous condition de neutralité. À Toulon mouillent donc 38 bâtiments de combat, soit le quart de la flotte française, ainsi que 135 navires neutralisés par l’armistice. Quand il déclenche l’opération Lila le 27 novembre 1942, l’objectif est simple : récupérer les navires de la flotte de haute mer intacte.
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Le premier cliché documentant le sabordage de la flotte en rade de Toulon, pris du ciel, permet de distinguer l’ampleur de l’installation, avec ses quais spéciaux pour les plus cuirassés et les croiseurs. La photographie a été réalisée, sans doute par un équipage allemand, plusieurs heures après le début de l’attaque allemande, qui a démarré à 4h25 du matin. Sur les quais de Milhaud, à gauche du cuirassé Strasbourg, navire amiral, le feu signale les croiseurs Colbert, Marseille et Algérie qui brûlent pendant plusieurs jours après le sabordage. D’autres capitaines ont fait le choix de procéder à un sabotage de la cale pour couler, et n’ont pas cherché à détruire leur vaisseau au moyen d’explosifs. À l’arrière-plan, le port de Toulon avec ses grues sert de décor à un triste spectacle : deux navires entièrement coulés sans avoir combattu ; les Français ont même pris soin de saborder les canots.
Alors que les officiers commandant les deux parties de la flotte, l’amiral Jean de Laborde et l’amiral André Marquis, sont mis au courant de l’opération allemande, ils ne prennent pas la décision de fuir. À Toulon, au petit matin du 27 novembre, l’amiral de Laborde s’en tient aux ordres de juin 1940 et ordonne le sabordage. Si le chef du gouvernement, Pierre Laval, a tenté par deux fois d’interrompre l’opération, préférant livrer la flotte aux Allemands, la plupart des Français, y compris à Vichy, y voient un acte de courage. Le régime de Pétain censure au maximum les informations au sujet de cet épisode qui non seulement prive l’État français de son dernier symbole de puissance, mais révèle la vraie nature et le déséquilibre total du pacte noué avec Hitler. En Allemagne aussi, les images de l’événement sont rares, les commentaires très évasifs. En revanche, le naufrage de Vichy restaure en partie renfloue la réputation des Français auprès des Alliés.
Après ce sabordage, on tente de les renflouer. Malheureusement, on ne récupère que des épaves.
L'Université de Toulon
Il faut attendre le début des années 1970 pour que des facultés apparaissent à Toulon. Cette tradition universitaire n’existait pas. Par un décret datant de juin 1970, Toulon entre enfin dans la cour des grands en matière de centre universitaire. Elle bénéficie alors seulement d’un IUT datant de 1968 et d’un UFR de sciences économiques. Sur un domaine de 20 hectares se crée, en 1979 à La Garde, un centre universitaire digne de ce nom.
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