Valérie Donzelli, comédienne et réalisatrice française, est connue pour son approche unique du cinéma, mêlant fiction, éléments autobiographiques et une touche de fantaisie. Son œuvre est souvent traversée par les thèmes de la maternité, de la famille et de l'enfance. Cet article explore la manière dont Donzelli aborde ces thèmes, en particulier dans sa première série, Nona et ses filles, diffusée sur Arte et Arte.tv, ainsi que dans d'autres films marquants de sa filmographie.
Nona et ses filles : Une série sur la maternité et le féminisme
Dans Nona et ses filles, Valérie Donzelli explore la complexité de la maternité à travers le personnage de Nona, une femme de 70 ans qui tombe enceinte. Nona, interprétée par Miou-Miou, est la mère de triplées de 44 ans : Manu (Virginie Ledoyen), mère au foyer, Gaby (Clothilde Hesme), sexologue rebelle, et George (Valérie Donzelli elle-même), éternelle «Tanguy». La série met en scène une famille bouleversée par cette grossesse inattendue.
Donzelli explique qu'elle a pensé à Nona directement comme une série, car Gaumont voulait travailler avec elle pour développer une série. Elle a été inspirée par des séries comme Roseanne, Seinfeld et Sex and the City, qui mettent en scène des personnages hauts en couleurs et explorent des thèmes peu abordés au cinéma. Elle souhaitait aborder tous les sujets, inventer toutes les histoires et des typologies de personnages propres à la série.
La série permet d'explorer des choses que le cinéma n'explore pas, et surtout, elle permet l'écriture de personnages en arborescence. Donzelli souhaitait raconter l'histoire d'une mère et de ses filles, et elle s'est dit que la série pouvait être le bon endroit pour prendre le temps de développer ce récit. On y invente des personnages sur le long terme, on grandit avec eux. Elle s'est demandée pourquoi ces filles reviendraient vivre chez leur mère, et elle s'est dit qu'il fallait qu'il arrive à la mère quelque chose de fou. Cette trouvaille l'a amusée, d'abord parce que ce n'était pas très politiquement correct et qu'elle trouvait que c'était aussi une façon d'explorer la question de la maternité, pas uniquement comme un cadeau du ciel.
Donzelli voulait montrer la maternité comme quelque chose que les femmes ont en plus, et non pas de considérer que les femmes ont quelque chose en moins, contrairement à ce que le discours de certains hommes veut nous faire croire. Elle voulait aussi montrer cette maternité comme étant à la fois un super-pouvoir et un super-poison, c'est-à-dire quelque chose qui nous met au pied du mur, pour laquelle on doit risquer sa vie et aller jusqu'au bout, comme une espèce de mission. C'est tout ce paradoxe, toute cette complexité qu'est la question de la maternité chez les femmes qu'elle voulait montrer.
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La série aborde également des thèmes féministes et politiques. Donzelli souhaitait faire le pont entre les différents féminismes, et de montrer que les choses n'avaient pas tant bougé que ça. À travers cette histoire, on s'interroge aussi sur pourquoi les choses mettent autant de temps à bouger. Elle a voulu écrire un vrai discours politique pour dire « oh les gars ça suffit ! ». Elle souligne également l'effet pervers qui oblige les femmes à tout le temps montrer qu'elles sont les meilleures, à performer.
L'autobiographie et la fiction : La Guerre est déclarée
Un autre film important dans la filmographie de Valérie Donzelli est La Guerre est déclarée (2011). Ce film, présenté en ouverture de la cinquantième Semaine de la Critique au Festival de Cannes, est une œuvre profondément personnelle qui s'inspire de la propre expérience de Donzelli et de son ancien compagnon, Jérémie Elkaïm, face au cancer de leur enfant.
La Guerre est déclarée raconte le combat d'un jeune couple, Juliette et Roméo (interprétés par Donzelli et Elkaïm), confronté à la maladie grave de leur fils de 18 mois. Le film explore la manière dont ce couple, "qui n'était pas préparé à la guerre", a dû passer "de l'insouciance de la jeunesse à l'âge adulte" dès l'annonce de la tumeur au cerveau de leur enfant, Gabriel.
Bien que le film emprunte des éléments de sa vie, Donzelli insiste sur le fait qu'il s'agit d'une fiction. L'histoire n'est pas traitée de façon naturaliste, il y a un côté très fantaisiste. Elle a besoin de passer par de la narration pure.
Douze ans après la sortie du film, Gabriel Donzelli, qui a inspiré l'œuvre, a grandi et est devenu humoriste. Il a monté son premier spectacle, C'est bientôt fini, dans lequel il raconte comment la maladie a bouleversé sa vie.
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Les enfants dans l'œuvre de Valérie Donzelli
Les enfants occupent une place importante dans l'œuvre de Valérie Donzelli. Dans Nona et ses filles, elle fait jouer tous ses enfants. Son plus jeune fils joue un des enfants de Manu. Elle explique que cela s'est imposé à elle sans qu'elle le décide. Elle devait faire le casting avec tous les enfants de Manu et c'était juste après le confinement, alors que l'école n'avait pas encore repris. Elle l'avait emmené avec elle et comme il a un caractère très fort, il lui a dit qu'il voulait aussi passer l'audition. Il était tellement bon qu'elle s'est dit que ce serait génial qu'il y ait un cinquième enfant. Elle trouvait finalement plus burlesque qu'il y ait cinq enfants, plutôt que quatre. Plus personne n'a cinq enfants ! Et en plus un cinquième garçon, ça la faisait rire. Il était tout petit quand il a joué dans la série, il avait quatre ans. Et il était tellement génial qu'il piquait les répliques des uns, des autres. Il a unifié la fratrie parce que les choses se sont naturellement passées autour de lui avec les grands. Il a su créer quelque chose de très incarné.
Donzelli a commencé à faire des films en étant enceinte et en filmant son propre corps. Elle clôt un peu ce chapitre en filmant Nona, qui est une femme de 70 ans. Elle n'aura plus d'enfants, c'est une question qui est derrière elle.
Autres aspects de l'œuvre de Donzelli
Outre les thèmes de la maternité et de la famille, l'œuvre de Valérie Donzelli se caractérise par :
- Un mélange de genres : Donzelli aime mêler la comédie, le drame, la fantaisie et la comédie musicale.
- Un style visuel unique : Ses films sont souvent colorés, dynamiques et inventifs.
- Un goût prononcé pour la musique : La chanson permet d'exprimer de l'émotion pure. Ce qu'elle dit en chanson, elle ne peut pas le dire dans les dialogues. Ça ne fonctionne pas. Ce n'est pas cinégénique, pas cinématographique. Ça appartient plus au registre du théâtre quand quelqu'un commence à dire ce qu'il ressent, de façon purement émotionnelle. Les chansons nous connectent directement avec l'émotion et peuvent parler de l'intime.
- Un attachement à Paris : Paris est une ville qu'elle aime énormément filmer. C'est la ville où elle a passé le plus clair de son temps depuis qu'elle est petite. Enfant, elle y allait très souvent parce que sa tante y habitait et elle avait l'impression que c'était la liberté, le lieu de tous les possibles. Elle aime Paris, elle connaît très bien la ville mais elle a encore plein d'endroits à découvrir. C'est sa ville d'adoption. Dans Nona et ses filles, elle voulait explorer un Paris plus populaire, qu'elle a moins montré dans ses films.
- Une exploration de la féminité et du féminisme : Elle a quand même grandi avec l'idée que les femmes étaient fichues à 50 ans. On ne peut pas continuer à véhiculer ce discours. Elle n'a pas envie que sa fille croie à cette idée. Elle trouve donc intéressant de montrer que c'est possible, que la vie ne s'arrête pas à 50 ans, qu'on peut tomber amoureux à n'importe quel âge et que c'est ça qui est magnifique.
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