La vaccination contre le rotavirus vise à prévenir les gastro-entérites aiguës (GEA) causées par ce virus, particulièrement chez les nourrissons et les jeunes enfants. Les rotavirus sont la principale cause de GEA sévères et déshydratantes chez les enfants de moins de 5 ans, entraînant un nombre important d'hospitalisations. En France, cette vaccination a connu des recommandations variées au fil des années, reflétant une évaluation constante du rapport bénéfice-risque.
Contexte et enjeux de la gastro-entérite à rotavirus
Les gastro-entérites aiguës sont des affections fréquentes chez les nourrissons, potentiellement graves en raison du risque de déshydratation. En France, elles sont responsables chaque année de nombreuses consultations aux urgences et d'hospitalisations chez les enfants de moins de 3 ans. Les rotavirus, très contagieux et résistants, se transmettent principalement par contact direct ou indirect avec des selles contaminées. La transmission d’une personne à une autre est le plus souvent manuportée. Les rotavirus sont la cause la plus fréquente des GEA sévères, déshydratantes chez les enfants de moins de 5 ans. Ils sont à l’origine d’un pourcentage important des hospitalisations dues à une GEA.
Les vaccins disponibles : Rotarix® et RotaTeq®
Deux vaccins oraux, Rotarix® et RotaTeq®, sont disponibles pour la prévention des infections à rotavirus. Ces vaccins contiennent des virus vivants atténués, c'est-à-dire affaiblis pour ne pas provoquer la maladie, mais stimulant la production d'anticorps protecteurs chez le nourrisson. La vaccination nécessite 2 ou 3 doses selon le vaccin, à faire avaler au nourrisson entre l’âge de 2 et 6 mois.
- Rotarix®: Administré en deux doses par voie orale, la première à l'âge de 2 mois et la seconde à 3 mois. Il peut être administré jusqu'à l'âge de 6 mois.
- RotaTeq®: Administré en trois doses par voie orale à 2, 3 et 4 mois de vie.
Ces deux vaccins sont aussi efficaces, et peuvent être utilisés indifféremment. Le vaccin contre la gastro-entérite à rotavirus permet de prévenir cette infection chez les nourrissons et les jeunes enfants.
Recommandations vaccinales en France : Historique et situation actuelle
Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a joué un rôle central dans les recommandations vaccinales contre le rotavirus en France.
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- 2013 : Recommandation initiale de vaccination universelle
En novembre 2013, le HCSP avait recommandé la vaccination de tous les nourrissons contre les gastro-entérites aiguës à rotavirus, avec l'objectif de prévenir les cas de GEA chez cette population vulnérable.
- 2015 : Suspension de la recommandation
En avril 2015, le HCSP a suspendu sa recommandation de vacciner tous les nourrissons contre les rotavirus. Cette décision faisait suite à l'évolution défavorable de certains cas d'invagination intestinale aiguë (IIA) survenus après la vaccination.
- Depuis 2022 : Nouvelle recommandation
Depuis juin 2022, la vaccination contre les rotavirus est recommandée en France pour protéger les nourrissons et les enfants contre les gastro-entérites dues à ces virus. Elle est utilisée depuis de nombreuses années dans la plupart des pays développés, où elle a fait la preuve d’une grande efficacité. La vaccination des nourrissons contre le rotavirus est recommandée pour tous les nourrissons dès l'âge de 6 semaines.
L'invagination intestinale aiguë (IIA) : un risque rare mais grave
L'invagination intestinale aiguë est une obstruction intestinale due à la pénétration d'un segment d'intestin dans le segment immédiatement en aval. Il s'agit d'une urgence chirurgicale. L'IIA survient principalement chez les nourrissons de moins de 2 ans, avec un pic entre le 4ème et le 9ème mois.
Bien que l'IIA soit majoritairement idiopathique (sans cause identifiée), un sur-risque d'IIA a été observé dans les jours suivant la vaccination contre le rotavirus, en particulier après la première dose. L'excès de cas d'IIA survenant après la vaccination contre les rotavirus a été évalué dans la littérature pour chacun des deux vaccins.
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- Sur-risque estimé : L'excès de cas d'invagination intestinale aiguë survenant après la vaccination contre les rotavirus a été évalué dans la littérature pour chacun des deux vaccins : il est de 3,5 à 6 cas pour 100 000 nourrissons vaccinés.
Les vaccins Rotarix® et RotaTeq® font l'objet d'un suivi national renforcé des effets indésirables par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) depuis 2012.
Prise en charge et vigilance
La suspension de la recommandation française en 2015 était motivée par des cas d'IIA avec une évolution défavorable, parfois liée à une prise en charge tardive. Lorsque l'IIA est prise en charge rapidement par une équipe compétente, l'évolution est généralement favorable.
Il est crucial d'informer les parents sur les signes cliniques de l'IIA, qui peuvent inclure :
- Une douleur intense aiguë à début brutal
- Une pâleur de l'enfant
- Des vomissements
- Le refus du biberon
- Des rectorragies (saignements digestifs)
Ces signes doivent inciter à consulter un médecin en urgence pour une prise en charge rapide. La vigilance des parents doit être renforcée dans le mois suivant l'administration de la dose orale vaccinale et en particulier au cours de la première semaine.
Si votre enfant présente dans la semaine suivant la vaccination (surtout après la première dose) un comportement inhabituel comme des cris, des accès de pleurs inattendus, un refus de s’alimenter ou de boire, des vomissements, des accès de pâleur ou d’hypotonie, du sang dans les selles : appelez rapidement votre médecin pour lui en parler. N’oubliez pas de préciser qu’il a reçu le vaccin contre les infections à rotavirus les jours précédents afin de lui permettre de prendre les mesures appropriées.
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Recommandations actuelles et perspectives
Depuis juin 2022, la vaccination contre les rotavirus est recommandée en France pour tous les nourrissons dès l'âge de 6 semaines. La HAS recommande de vacciner tous les nourrissons de 6 semaines à 6 mois, avec 2 doses à 2 et 3 mois de vie avec Rotarix, et 3 doses à 2, 3 et 4 mois de vie avec RotaTeq. La HAS souligne l’importance de respecter strictement ce calendrier afin de pouvoir terminer le schéma avant l’âge limite, de 6 mois pour Rotarix et 8 mois pour RotaTeq.
La HAS recommande cette vaccination mais estime toutefois « prématuré » d’envisager de la rendre obligatoire. Elle recommande « la mise en place d’actions spécifiques de sensibilisation auprès des médecins généralistes », et bien sûr aussi des pédiatres, « afin d’obtenir rapidement des taux de couverture vaccinale satisfaisants et d’optimiser l’efficacité de la vaccination ».
Plusieurs pays de l'Union européenne recommandent la vaccination contre les rotavirus : Allemagne, Autriche, Belgique, Estonie, Finlande, Grande-Bretagne, Grèce, Lettonie, Luxembourg, Norvège, Pologne et République tchèque.
Traçabilité et pharmacovigilance
L'administration orale de la dose vaccinale est à consigner dans le carnet de santé de l'enfant vacciné. Les professionnels de santé doivent déclarer tout événement indésirable post-vaccinal au Centre régional de pharmacovigilance. Le but est de pourvoir investiguer sans délai les cas particulièrement graves afin de déterminer leur lien par rapport à l’acte vaccinal.
Efficacité et bénéfices de la vaccination
Cette vaccination très efficace permet d’éviter environ 75-80% des gastroentérites à rotavirus, 85-95% des infections sévères et des hospitalisations dues aux rotavirus. Les vaccins contre les rotavirus confèrent une protection indirecte dans les populations non vaccinées, notamment chez les enfants non éligibles à la vaccination et chez les adultes âgés de 65 ans et plus.
Dans les pays ayant atteint une couverture vaccinale de 80 % chez les nourrissons, la réduction des hospitalisations est importante, et varie entre 65 et 84 %.
Prévention de la gastro-entérite : Mesures complémentaires
La HAS rappelle que la prévention des gastro-entérites chez les nourrissons repose avant tout sur les mesures d'hygiène (lavage des mains, nettoyage des surfaces) et l'allaitement maternel, la vaccination n'étant qu'une stratégie de complément.
Chez le nourrisson et l’enfant, le traitement repose, quelle que soit la cause de la GEA, sur l’administration de solutés de réhydratation orale (SRO) et ne nécessite généralement pas d’autres traitements.
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