La pandémie de COVID-19 a engendré des répercussions considérables à l'échelle mondiale, affectant divers aspects de la vie quotidienne. Parmi les nombreuses conséquences de l'infection et des mesures mises en œuvre pour la contrôler, des femmes du monde entier ont rapporté des modifications de leur cycle menstruel. L'introduction des vaccins à ARNm de Pfizer et Moderna a intensifié ces observations, incitant au lancement d'études sur une possible corrélation entre ces vaccins et les changements hormonaux. Le cycle menstruel est un indicateur clé du bien-être général des femmes, dont les perturbations peuvent avoir des conséquences sur la fertilité, la santé mentale, les maladies cardiovasculaires et d'autres aspects de la santé.
Observations Initiales et Signalement des Troubles Menstruels
Dès le début des campagnes de vaccination contre la COVID-19, de nombreuses femmes ont signalé des perturbations de leurs cycles menstruels, incluant des retards de règles, des menstruations plus abondantes ou plus douloureuses. Ces signalements ont conduit à une surveillance attentive au niveau national (ANSM/CRPV) et européen (EMA). L'Agence européenne des médicaments (EMA) a même inclus la présence de saignements menstruels importants comme effet secondaire possible des vaccins à ARN messager, notamment ceux de Pfizer et de Moderna.
Étude d'Epi-Phare : Mise en Évidence d'un Lien de Causalité
Une étude significative menée par le groupe Epi-Phare a mis en évidence une augmentation de 20 % du risque de saignements menstruels abondants nécessitant une prise en charge hospitalière dans un délai de 1 à 3 mois après une première injection de vaccin Pfizer ou Moderna. L'étude a analysé plus de 4 600 cas de femmes âgées de 15 à 50 ans hospitalisées pour des saignements menstruels abondants entre mai 2021 et août 2022, comparant ces données à celles de près de 90 000 autres femmes.
Il est important de noter que l'étude a révélé que le risque n'apparaît pas augmenté au-delà de 3 mois après la primo-vaccination, ni après l'administration d'une dose de rappel. De plus, les femmes les plus défavorisées et celles n'utilisant pas de contraception hormonale présentaient un risque particulièrement marqué de troubles menstruels (+28 %).
En faisant l'hypothèse d'une relation causale, l'étude a estimé à 103 le nombre de cas de saignements abondants ayant nécessité une prise en charge hospitalière attribuable à la primo-vaccination, soit un taux de 8 cas pour un million de femmes vaccinées.
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Analyse des Données de Pharmacovigilance
Au 28 avril 2022, les Centres Régionaux de Pharmacovigilance (CRPV) avaient analysé 9 381 déclarations de troubles du cycle rapportées avec le vaccin Comirnaty et 1 557 avec le vaccin Spikevax. La majorité de ces déclarations ont été réalisées directement par les patientes. À cette date, 58 millions de personnes avaient été vaccinées avec le vaccin Comirnaty et 12 millions avec le vaccin Spikevax.
Les événements indésirables rapportés étaient le plus souvent considérés comme "non graves" et se manifestaient généralement de deux façons : par des saignements anormaux (métrorragies, ménorragies) et par des retards de règles ou aménorrhées. Ces cas pouvaient survenir aussi bien après la première injection qu'après la deuxième ou la dose de rappel. L'analyse de ces événements chez les femmes atteintes d'endométriose n'a pas permis de mettre en évidence une aggravation de la symptomatologie existante ou le déclenchement d'une endométriose non connue jusqu'à présent.
Résultats Contradictoires et Différences Méthodologiques
Il est crucial de souligner que toutes les études ne parviennent pas aux mêmes conclusions. Une étude de vaste ampleur réalisée en Suède au printemps 2023 n'a pas trouvé d'éléments solides avérant un lien entre la vaccination COVID-19 et les troubles menstruels. Les chercheurs français expliquent ces résultats opposés par des différences de méthodologie. Ils soulignent notamment que l'étude suédoise prenait en compte une période à risque qui commençait à peine plus d'une semaine après la vaccination des patientes, ce qui a pu masquer une éventuelle augmentation du risque survenant dans un délai un peu plus tardif.
Mécanismes Possibles et Facteurs de Stress
À ce jour, les données disponibles ne permettent pas de décrire avec précision le mécanisme de survenue de ces troubles du cycle menstruel. Plusieurs hypothèses ont été avancées, notamment :
- La réactogénicité (fièvre, maux de tête, nausées, etc.) provoquée par la vaccination.
- Un stress ou une anxiété importante, engendré par l'acte de vaccination et/ou le contexte de pandémie.
- Une réponse immunitaire forte affectant l’axe hypothalamique hypophyso-ovarien, que la spécialiste décrit comme « l’autoroute de la communication entre le cerveau, les ovaires et l’utérus ». Avec la vaccination, « vous libérez des protéines appelées cytokines, dont nous savons par d’autres maladies qu’elles peuvent dérégler cette horloge corporelle », explique-t-elle.
Durée des Troubles et Retour à la Normale
Selon une nouvelle étude parue jeudi 6 janvier, le cycle menstruel des femmes est rallongé de moins d’une journée en moyenne juste après avoir reçu un vaccin contre le Covid-19. « Les individus ayant reçu deux doses de vaccin contre le Covid-19 au sein d’un même cycle semblent expérimenter une variation plus longue dans la durée de leur cycle, mais temporaire », détaillent les auteurs de l’étude. Les scientifiques espèrent avoir rassemblé très prochainement davantage de données sur les cycles suivants pour confirmer ce retour à la normale.
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Les anomalies observées semblent très temporaires et le plus souvent bénignes, avec un retour spontané à la normale. D’autres anomalies du cycle menstruel, généralement sans gravité (retards et absence ponctuelle de règles, douleurs) pourraient également être la conséquence de l’utilisation de ces vaccins.
Importance de la Déclaration des Troubles et de l'Information
L'ANSM continue ses actions avec les parties prenantes afin de faciliter le recueil des effets indésirables graves et renforcer l’information à destination des femmes concernées et des professionnels de santé. Il est essentiel que les professionnels de santé déclarent les troubles menstruels graves post-vaccination, conformément à leur obligation légale de signalement des effets indésirables.
Pour rappel, une enquête de pharmacovigilance est une évaluation continue des cas d’événements indésirables suspectés d’être en lien avec la vaccination ou le traitement. Elle a pour objectif de détecter des signaux de sécurité en vue de prendre des mesures de réduction du risque. Ces échanges ont permis d’identifier plusieurs pistes d’actions afin de renforcer l’information des femmes comme celle des professionnels de santé concernés.
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