La vaccination contre la COVID-19 pendant la grossesse est un sujet qui suscite de nombreuses questions et inquiétudes. Cet article vise à fournir un éclairage complet et actualisé sur les risques et les bénéfices de la vaccination contre la COVID-19 pour les femmes enceintes et leurs bébés à naître, en s'appuyant sur les données scientifiques les plus récentes.

Contexte et enjeux

Depuis le début de la pandémie, il est devenu évident que les femmes enceintes présentent un risque accru de développer des formes graves de COVID-19. En effet, elles ont quatre fois plus de risques d’être admises en soins intensifs que les femmes du même âge qui ne le sont pas. Les risques concernent également leurs nouveau-nés, avec une augmentation du risque d’admission en soins critiques, de prématurité, de perte fœtale et de décès in utero.

Malgré ces risques, une étude d’EPI-PHARE publiée le 17 février 2022 montre qu’environ 30 % des femmes enceintes n’avaient reçu aucun vaccin contre la COVID-19, et ce taux s’élevait à plus de 40 % pour celles qui étaient à leur troisième trimestre de grossesse. Par comparaison, les femmes enceintes sont beaucoup moins vaccinées que les femmes du même âge qui ne le sont pas, alors qu’elles sont plus à risque de formes sévères de COVID-19.

Face à cette situation, les autorités sanitaires ont réaffirmé la nécessité de la vaccination contre la COVID-19 chez la femme enceinte, quel que soit le trimestre de la grossesse. Les données disponibles à ce jour sont très rassurantes sur la sécurité d’emploi des vaccins chez les femmes enceintes.

Études et données scientifiques

Étude Covacpreg

Afin d'améliorer la connaissance sur les vaccins contre la Covid-19, une étude de cohorte prospective de femmes enceintes vaccinées, Covacpreg, a été initiée par les Hospices Civils de Lyon, en lien avec les centres régionaux de pharmacovigilance de Lyon et de Toulouse. Cette étude est importante dans un contexte de recrudescence de l'épidémie et d'acquisition de connaissances sur les potentiels effets postérieurs à la vaccination des femmes enceintes.

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Toutes les femmes, de plus de 18 ans, enceintes au moment de la vaccination (quelle que soit la dose reçue et le stade de leur grossesse) peuvent intégrer l’étude sur la base du volontariat. Le suivi classique de leur grossesse demeure le même qu'elles participent ou non à l'étude. Pour participer : les patientes complètent un premier questionnaire d’inclusion après avoir donné leur accord à l’aide d’un lien ou d’un QR code présents sur l’affiche d’information de l’étude.

Étude française de grande envergure (EPI-MERES)

Une étude française publiée le lendemain dans JAMA Network Open apporte un éclairage inédit sur ce sujet sensible. Les chercheurs ont exploité les données du registre EPI-MERES, intégré au système national des données de santé. Ce dispositif, qui couvre plus de 99 % de la population française, permet de suivre de façon exhaustive les grossesses et les naissances, en les reliant aux informations médicales, sociales et vaccinales.

Au total, 527 564 naissances vivantes ont été analysées. Parmi elles, 130 338 - soit près d’un quart - concernaient des grossesses exposées à au moins une dose d’un vaccin à ARNm au premier trimestre. La population des femmes vaccinées présentait des caractéristiques légèrement différentes de celle des femmes non vaccinées - notamment une moyenne d’âge un peu plus élevée, un moindre niveau de précarité sociale et une prévalence légèrement plus importante de certaines comorbidités.

L’objectif principal était d’évaluer la survenue de malformations congénitales majeures, définies selon les critères européens EUROCAT, qui constituent la référence en la matière. Soixante-quinze types de malformations ont été étudiés, répartis en treize grands systèmes d’organes, allant des malformations cardiaques ou digestives aux anomalies chromosomiques en passant par les atteintes neurologiques ou urinaires.

Le verdict est net. La fréquence des malformations congénitales majeures était de 176,6 pour 10 000 naissances dans le groupe exposé, contre 179,4 pour 10 000 dans le groupe non exposé. Cette différence n’est pas statistiquement significative, avec un odds ratio pondéré de 0,98 (intervalle de confiance à 95 % : 0,93-1,04). L’examen par systèmes d’organes confirme cette absence de signal. Les malformations cardiaques, qui constituent le groupe le plus fréquent, ne montrent aucune différence entre les deux groupes (OR 1,01). Les anomalies digestives semblent même légèrement moins fréquentes chez les enfants exposés, mais la différence n’atteint pas la significativité statistique. Lorsqu’on s’intéresse aux 75 malformations prises individuellement, aucune association significative n’émerge.

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Ces conclusions se maintiennent dans l’ensemble des analyses de sensibilité, y compris lorsqu’on restreint l’exposition à certaines fenêtres de l’organogenèse, lorsqu’on exclut les femmes infectées par le Sars-CoV-2 ou lorsqu’on compare l’exposition du premier trimestre à d’autres périodes vaccinales.

Les résultats français viennent ainsi conforter les conclusions des études scandinave et canadienne, mais avec un degré de précision bien supérieur. Là où ces travaux antérieurs n’avaient pas la possibilité d’évaluer certaines malformations individuelles, l’étude EPI-MERES offre une cartographie complète des risques, organe par organe et pathologie par pathologie.

Les auteurs rappellent cependant plusieurs limites inhérentes à leur approche. L’analyse ne porte que sur les naissances vivantes, elle ne prend donc pas en compte les malformations détectées avant la naissance qui ont conduit à une interruption médicale de grossesse (IMG) ; cette restriction pourrait sous-estimer certaines malformations sévères.

Autres études et données

Deux études ont évalué les éventuels risques pour la grossesse liés au vaccin contre le Covid-19. La première, publiée la semaine dernière dans le Lancet Infectious Diseases, évalue les risques immédiats d’effets secondaires chez la femme enceinte après un vaccin à ARN messager. Aucune différence n’est constatée après le vaccin de Pfizer/BioNTech, ou la première dose de Moderna.

Les études récentes suggèrent que la vaccination durant la grossesse ne provoque pas de lésions placentaires, n’augmente pas le risque de fausse couche et n’est pas associée à des complications pour le nouveau-né. Les données montrent également que la vaccination durant la grossesse n’augmente pas le risque de complications durant la grossesse ni l’accouchement et que les vaccins protègent efficacement les femmes enceintes contre l’infection par le virus.

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Le V-safe Surveillance and Pregnancy Registry assure une surveillance active et volontaire des effets indésirables des vaccins, qui est poursuivie pendant les 12 mois suivant la dernière dose. Dans ce système, les femmes enceintes ont été contactées par téléphone et incluses dans le V-safe Pregnancy Registry. Globalement, les symptômes n'étaient pas différents, en fréquence et gravité, chez les femmes enceintes et non enceintes du même âge, avec une augmentation des événements après la 2e dose (par exemple, fièvre > 38 °C : 1 % après la dose 1 versus 8 % après la dose 2), dans ces deux populations.

Sur 221 déclarations spontanées d'événements associés aux vaccins Pfizer-BioNTech et Moderna chez des femmes enceintes, 70 % correspondaient à des événements non spécifiques à une grossesse et 30 % à des événements spécifiques : avortement spontané (46 cas répartis en 37 et 2, respectivement au 1er et au 2e trimestre et 7 à un moment non précisé), mort fœtale in utero (3 cas), rupture prématurée des membranes (3 cas) et métrorragies (3 cas). Ces résultats sont sujets aux mêmes limites d'interprétation que celles du V-safe Pregnancy Registry, en particulier la sous-notification des événements indésirables et l'impossibilité d'estimer le taux d'événements, puisqu'on ignore le nombre de doses de vaccin administrées à des femmes enceintes.

Recommandations et politiques de santé

Sur le plan des politiques de santé, cette étude consolide les recommandations vaccinales en vigueur en France et près de 200 pays dont de nombreux pays européens, qui encouragent la vaccination dès le début de la grossesse pour protéger la mère et le fœtus contre les formes graves de Covid.

Selon les recommandations de la HAS, le vaccin contre le Covid fait partie des quatre vaccins recommandés chez la femme enceinte en plus de ceux contre la grippe, la bronchiolite, et la coqueluche : « En France, la vaccination contre la Covid-19 pour les femmes enceintes est recommandée depuis 2021, lors de la campagne de vaccination automnale, quel que soit le trimestre de la grossesse. »

Il est préférable de se faire vacciner contre la Covid-19 dès lors qu’on est enceinte, à défaut d’avoir pu le faire avant. S’il y a encore quelques mois se faire vacciner à partir du deuxième trimestre de grossesse était préconisé, aujourd’hui, les médecins et scientifiques sont unanimes : la vaccination peut être effectuée dès le premier trimestre. Le dernier avis du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, datant de février 2022, le confirme.

Les autorités françaises promeuvent désormais la vaccination dès le premier trimestre de grossesse.

Bénéfices de la vaccination pendant la grossesse

  • Protection contre les formes graves de COVID-19 : Les femmes enceintes sont plus susceptibles de développer des formes graves de COVID-19, avec un risque accru d'hospitalisation, de complications et de décès. La vaccination réduit considérablement ce risque.
  • Protection du nouveau-né : Les anticorps produits par la mère vaccinée sont transmis au fœtus via le placenta, offrant une protection contre la COVID-19 pendant les premiers mois de vie.
  • Réduction du risque de complications de la grossesse : La vaccination diminue le risque de complications telles que la prééclampsie, l'accouchement prématuré et les complications nécessitant une hospitalisation pour le nouveau-né.
  • Pas d'augmentation du risque de malformations congénitales : Les études scientifiques les plus récentes n'ont pas montré d'augmentation du risque de malformations congénitales chez les enfants nés de mères vaccinées pendant la grossesse.

Risques potentiels et considérations

  • Effets secondaires courants : Les effets secondaires les plus courants après la vaccination (maux de tête, fatigue, douleurs musculaires…) sont similaires à ceux rencontrés par les femmes qui ne sont pas enceintes.
  • Données limitées sur le long terme : Bien que les données disponibles soient rassurantes, des études à long terme sont nécessaires pour évaluer les effets potentiels de la vaccination sur la santé des enfants nés de mères vaccinées.
  • Importance de l'information et du choix éclairé : Avant toute vaccination, les professionnels de santé doivent informer les futures mères des données connues à ce jour afin de leur permettre de faire un choix éclairé.

Vaccins recommandés

Le Centre de référence sur les agents tératogènes (CRAT), un organisme public de conseil sur les médicaments, recommande d’utiliser de préférence un vaccin à ARN messager, car il ne contient pas de forme atténuée du virus (comme ceux à vecteur viral), de préférence avant les cinq mois de grossesse (et après 10 semaines d’aménorrhée) afin que la femme enceinte soit protégée pendant la période a priori la plus à risques (par rapport au Covid) qui correspond au dernier trimestre. Par mesure de précaution, dans l'attente des résultats finaux des études menées chez l'animal pour le vaccin Astrazeneca, il convient de privilégier les vaccins à ARNm (COMIRNATY ou Moderna), pour lesquels les études animales n'ont pas montré de conséquence sur le développement du fœtus.

Autres vaccinations recommandées pendant la grossesse

Outre la vaccination contre la COVID-19, quatre vaccins sont pourtant essentiels, précisément pendant la grossesse : les vaccins contre la grippe, le covid-19, la coqueluche et la bronchiolite.

  • Grippe : Être contaminée par la grippe alors que vous êtes enceinte présente un danger pour vous (hospitalisation en réanimation et même décès) et peut être à l’origine de complications pour votre grossesse (contractions, fausses-couches, accouchement prématuré). L'objectif du vaccin est de protéger la femme enceinte d’une grippe grave qui nécessiterait la réanimation voire entrainerait son décès. Elle vise aussi à éviter le risque de fausse-couche ou d'accouchement prématuré qui augmente en cas de grippe chez la mère.
  • Coqueluche : L’objectif est de protéger le nourrisson dans les premiers mois de sa vie par la transmission des anticorps fabriqués par la mère au futur bébé. La vaccination est recommandée à chaque grossesse en une dose, dès le 4ème mois (à partir de 16 semaines après les dernières règles) et de préférence à partir du 5ème mois (entre 20 et 36 semaines après les dernières règles), car c’est le moment de la grossesse le plus efficace pour transmettre vos anticorps avec l’un des vaccins disponibles en France.
  • Bronchiolite : Le but est de protéger le nourrisson de la bronchiolite grâce à la transmission des anticorps fabriqués par sa mère 14 jours après sa vaccination.

Les vaccins contre la rougeole-oreillon-rubéole (ROR), la tuberculose et la varicelle sont contre-indiquées pendant la grossesse, car ils s’appuient sur des virus vivants atténués. En cas de doute, consultez un professionnel de santé.

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