En France, l'infection à rotavirus représente une source importante de morbidité infantile, se traduisant par environ 60 000 consultations en médecine générale et 20 000 hospitalisations chaque année chez les enfants de moins de 3 ans. Face à ce constat, et suivant l'exemple de nombreux pays développés, la vaccination contre le rotavirus est recommandée en France depuis juin 2022 pour tous les nourrissons dès l'âge de 6 semaines.

Qu'est-ce que le rotavirus ?

Le rotavirus est un virus très contagieux, principal responsable des gastro-entérites aiguës chez les nourrissons et les enfants de moins de 5 ans. Il se transmet facilement par contact avec des selles contaminées, par les mains ou par des objets souillés.

Manifestations cliniques de l'infection

L'infection par le rotavirus se manifeste généralement par une diarrhée, des vomissements et de la fièvre. Dans certains cas, l'infection peut être asymptomatique. Bien que la plupart des cas soient bénins et guérissent en quatre à sept jours, une déshydratation aiguë dangereuse peut survenir chez les nourrissons en raison de la diarrhée et des vomissements, nécessitant une hospitalisation.

Prévention et traitement

La prévention de la gastro-entérite à rotavirus repose sur deux piliers : le lavage des mains et la vaccination. Le traitement consiste principalement à administrer des solutés de réhydratation orale (SRO) pour prévenir la déshydratation.

La vaccination : une protection efficace contre le rotavirus

La vaccination contre le rotavirus est un moyen efficace de protéger les nourrissons contre les gastro-entérites dues à ce virus. Elle est utilisée depuis de nombreuses années dans de nombreux pays développés, où elle a démontré une grande efficacité pour diminuer d'environ 80% les gastro-entérites et les hospitalisations dues aux infections à rotavirus.

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Schéma vaccinal

Il est essentiel de commencer la vaccination contre le rotavirus tôt, dès l'âge de 6 semaines. Le schéma vaccinal doit être terminé au plus tard à l'âge de 6 ou 8 mois, selon le vaccin utilisé. La première dose peut être administrée jusqu'à l'âge de 4 mois, et la dernière dose doit être prise avant l'âge de 6 mois pour Rotarix® et avant l'âge de 8 mois pour RotaTeq®.

Types de vaccins disponibles

Deux vaccins oraux vivants atténués sont actuellement disponibles en France : Rotarix® et RotaTeq®. Il s'agit de vaccins "à boire", ce qui signifie qu'aucune injection n'est nécessaire. Ils contiennent des virus vivants affaiblis qui stimulent la production d'anticorps protecteurs chez le nourrisson. Les deux vaccins sont aussi efficaces et peuvent être utilisés indifféremment. Le nombre de doses diffère :

  • Rotarix® : 2 doses (une à l'âge de 2 mois et l'autre à l'âge de 3 mois)
  • RotaTeq® : 3 doses (une à l'âge de 2 mois, une à l'âge de 3 mois et une à l'âge de 4 mois)

L'intervalle entre les doses doit être d'au moins 4 semaines. Le Rotarix ne doit pas être utilisé chez l’enfant de plus de 24 semaines.

Administration du vaccin

Même s’il s’agit d’un vaccin à prendre par la bouche, le vaccin contre les rotavirus doit être administré par un professionnel de santé. Celui-ci pourra vérifier que votre enfant n’a pas de contre-indication au vaccin, préparer le produit, et s’assurer que votre enfant reçoit bien la totalité du vaccin. Il pourra également remplir le carnet de santé, et le carnet de vaccination électronique inclus dans l’espace numérique en santé « Mon espace santé ». Le vaccin peut être administré en cabinet libéral, à l'hôpital, en centre de protection maternelle et infantile (PMI) ou bien dans un centre de vaccination. Il est disponible en pharmacie et doit être conservé au réfrigérateur entre + 2° C et + 8° C.

Efficacité des vaccins

Les deux vaccins ont démontré une efficacité très élevée, réduisant d'environ 80 % les gastro-entérites et les hospitalisations dues aux infections à rotavirus. La vaccination contre les rotavirus diminue d’environ 85% des cas de gastroentérites liées aux rotavirus et de plus de 80% les passages aux urgences et hospitalisations dues aux infection à rotavirus.

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Une méta-analyse Cochrane de 2021 a révélé que dans les pays à faible mortalité infantile, Rotarix® et RotaTeq® ont réduit respectivement de 93 % et 97 % le risque de GEA-RV sévères chez les enfants de moins de 1 an. L'efficacité vaccinale de Rotarix® était de 52 % à 1 an vis-à-vis des GEA toutes causes confondues.

Les données confirment une bonne efficacité croisée des deux vaccins contre les différents sérotypes circulant majoritairement en France.

Dans les pays ayant atteint une couverture vaccinale supérieure à 80 % chez les nourrissons, la réduction des hospitalisations dues aux gastro-entérites aiguës dues au rotavirus varie de 65 à 84 %.

De plus, les données récentes de la littérature confirment une bonne efficacité croisée de Rotarix® et de RotaTeq® contre les six combinaisons génotypiques circulant majoritairement en France à ce jour, qu’elles soient homotypiques avec G1P[8], G2P[4], G3P[8], G4P[8], ou hétérotypiques avec G9P[8] et G12P[8]. Selon les études, les vaccins considérés et les génotypes, l’efficacité en vie réelle contre les différentes souches génotypiques était estimée entre 88 et 90 % pour les souches homotypiques, avec une diminution observée d’environ 10 % pour les souches partiellement ou totalement hétérotypiques.

Effets secondaires possibles

Le vaccin contre le rotavirus est généralement bien supporté. Certains enfants peuvent présenter des troubles digestifs (diarrhée), des vomissements et parfois un peu de fièvre. Comme pour tous les vaccins, une réaction allergique peut exceptionnellement se produire.

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Dans de rares cas, une invagination intestinale aiguë (IIA) peut survenir dans les 3 à 7 jours suivant la vaccination. Les signes à surveiller sont des pleurs inhabituels, des épisodes de pâleur, des vomissements, un refus de manger ou de boire ou encore du sang dans les selles. Un médecin doit être consulté rapidement si ces signes apparaissent.

Le surrisque d’invagination intestinale aiguë (IIA) est estimé jusqu’à 6 cas pour 100 000 enfants dans les 7 jours suivant la vaccination. Le recours à l’échographie permet un diagnostic précoce des IIA, ainsi qu’une intervention rapide. Lorsqu’elle est prise en charge à temps, l’invagination intestinale se traite facilement et sans gravité.

Il est important de noter qu'en dehors de toute vaccination, environ 43 cas pour 100 000 enfants de moins d'un an sont enregistrés chaque année.

Précautions d'emploi et contre-indications

Bien que la vaccination contre le rotavirus soit largement recommandée, certaines précautions doivent être prises en compte :

  • Contre-indications : Hypersensibilité à la substance active ou à l'un des excipients, antécédents d'invagination intestinale, malformation congénitale non opérée de l'appareil gastro-intestinal, ImmunoDéficience Combinée Sévère (IDCS). En cas de diarrhée ou de vomissements, il est recommandé de différer la vaccination.
  • Précautions : Une attention particulière doit être portée aux nourrissons ayant une pathologie gastro-intestinale ou un retard de croissance. De plus, les vaccins contre le rotavirus étant des vaccins vivants, ils doivent être administrés avec précautions (notamment, mesures d’hygiène après chaque change) chez les enfants en contacts étroits avec des personnes immunodéprimées, tels que des patients atteints d’affections malignes ou des patients sous traitement immunosuppresseur. En effet, après la vaccination, le portage de la souche vaccinale peut perdurer pendant quelques semaines avec une possibilité de transmission à des sujets à risque la souche vaccinale.

Une information claire sur le risque d’IIA dans les 7 jours suivant la première dose de vaccination doit être systématiquement et immédiatement délivrée par les professionnels de santé aux parents des enfants à vacciner. Cette information doit préciser que l’IIA est un phénomène d’occlusion intestinale qui peut se produire spontanément, en dehors de toute vaccination contre les rotavirus, mais qu’il existe une légère augmentation de la fréquence de ce phénomène dans la semaine qui suit l’administration de ces vaccins. Elle doit faire expressément mention des signes cliniques évocateurs d’invagination intestinales aigüe chez le nourrisson et doit inciter les parents de ces enfants à consulter sans délai pour un diagnostic précoce et une prise en charge médicale, la gravité étant souvent le fait d’une prise en charge tardive.

Pour les nourrissons nés grands prématurés (à 28 semaines de grossesse ou moins), des pauses respiratoires peuvent survenir pendant 2 à 3 jours après la vaccination. Ce risque potentiel d'apnée avec nécessité de surveillance respiratoire pendant 48-72 h doit être soigneusement pris en compte lors de l'administration des doses de primovaccination chez les grands prématurés (nés à 28 semaines de grossesse ou moins) et particulièrement chez ceux ayant des antécédents d'immaturité respiratoire. En raison du bénéfice élevé de la vaccination chez ces nourrissons, l'administration ne doit pas être suspendue ou reportée.

Remboursement

L’Assurance Maladie rembourse à 65% les vaccins contre les rotavirus. Le reste est remboursé par les complémentaires santé (mutuelles).

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