Introduction
La chlamydiose abortive ovine est une maladie infectieuse causée par la bactérie Chlamydia abortus (Chlamydia psittaci, variété ovis), qui entraîne des pertes économiques importantes dans les élevages ovins et caprins. La maladie se manifeste principalement par des avortements en fin de gestation, la mortinatalité ou la naissance d'agneaux faibles. La lutte contre cette maladie repose sur des mesures sanitaires, l'antibiothérapie et la vaccination. Cet article fait le point sur les stratégies vaccinales actuelles et les perspectives de développement de nouveaux vaccins contre la chlamydiose abortive ovine.
La chlamydiose abortive ovine : une menace pour les élevages
Agent pathogène et transmission
La chlamydiose est une pathologie abortive qui touche principalement les ovins, mais les caprins peuvent également être touchés. Elle est provoquée par des bactéries du genre Chlamydia, notamment l'espèce Chlamydia abortus, responsable principale des troubles de la reproduction chez les ovins et les caprins. D'autres espèces, telles que C. pecorum et C. psittaci, peuvent également être impliquées. La transmission de la maladie a lieu essentiellement au moment de l’avortement, bien que la maladie se transmette également sexuellement.
Manifestations cliniques et diagnostic
Chez les petits ruminants, l’infection d’un troupeau par Chlamydia se traduit par des vagues d’avortements (touchant jusqu’à 30% du cheptel chez les ovins et 60% chez les caprins) sur une période de 1 à 2 années. La maladie se traduit par des avortements qui surviennent au cours des 2 à 3 dernières semaines de gestation avec mortinatalité et inflammation du placenta. Elle peut aussi provoquer la naissance à terme d’agneaux mort-nés ou trop chétifs pour survivre. Un écoulement utérin peut être observé pendant une quinzaine de jours. Le diagnostic est réalisé par bactérioscopie associée à un test sérologique. Pour le diagnostic direct de la chlamydiose lors d’un avortement, les prélèvements doivent être réalisés le plus tôt possible par le vétérinaire : placenta et organes de l’avorton (liquide gastrique, foie, rate), écouvillon vaginal. S’il s’agit d’un épisode abortif dans le cheptel (plus de 3 avortements en 7 jours ou moins), il faudra prélever au minimum 3 femelles afin d’effectuer un diagnostic de groupe.
Impact économique et zoonotique
La chlamydiose abortive ovine est à l’origine de sérieuses pertes de production car elle provoque des avortements en série, en particulier pour les troupeaux qui séjournent en bâtiment pendant la gestation. Certaines souches de Chlamydia (C. abortus, C. psittaci) sont transmissibles à l’homme, pouvant provoquer des nausées, des vertiges, parfois des pneumonies atypiques (C. psittaci) ou des avortements/mortinatalité. Les avortements sont les manifestations cliniques les plus fréquentes, les plus dangereuses pour la santé humaine, surtout pour les femmes enceintes, et celles dont les conséquences économiques sont les plus importantes.
Stratégies de lutte contre la chlamydiose abortive ovine
Mesures sanitaires et antibiothérapie
La contamination du milieu extérieur par le placenta, les fœtus et les décharges utérines des brebis infectées constitue la principale source d’infection pour les autres femelles qui se contaminent essentiellement par voie digestive. En cas d’avortement, les mesures recommandées pour limiter les risques sont destinées à limiter la contamination du milieu extérieur. Chez les ovins, la mise en œuvre d’une antibiothérapie (à base de tétracycline) chez les brebis atteinte ou susceptibles de l’être et chez les nouveau-nés permet de limiter l’extension de la maladie dans l’élevage mais elle ne garantit pas la disparition du germe. Il a été constaté chez les petits ruminants que l’administration de tétracyclines (antibiotique) en 2 à 3 injections espacées de 15 jours en fin de gestation permettait de diminuer la fréquence des avortements. Ce traitement peut être intéressant en cas de pic abortif dans le troupeau.
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Vaccination : un outil essentiel
Des stratégies vaccinales ont été définies et appliquées sur le terrain depuis plusieurs années. Compte tenu de la localisation intracellulaire de Chlamydia abortus et de Coxiella burnetii, l’immunité à médiation cellulaire joue un rôle majeur dans l’élimination de l’agent infectieux et dans la protection des individus vaccinés. Mis en place prioritairement dans les élevages infectés présentant des épisodes abortifs, les protocoles vaccinaux ciblent au premier chef les animaux de renouvellement et doivent être poursuivis plusieurs années en raison de la persistance d’animaux infectés et excréteurs dans les troupeaux, et pour la fièvre Q, en raison du maintien d’une contamination environnementale.
Vaccins vivants atténués
Il existe des vaccins vivants atténués, qui peuvent être employés chez les chèvres et les brebis, et dont l’efficacité protectrice a été démontrée durant plusieurs périodes de reproduction (chez les ovins, l’AMM indique 3 saisons de protection). Un vaccin vivant atténué contre la chlamydiose existe pour les ovins : utilisé sur tous les animaux puis sur tous les animaux de renouvellement pendant 3 ans, il prévient les avortements et l’excrétion du germe. Les vaccins vivants doivent être privilégiés à l’encontre de la chlamydiose abortive.
Ovilis Chlamydia : un vaccin vivant atténué pour les ovins
Ovilis Chlamydia est un médicament vétérinaire immunologique utilisé pour l'immunisation active des brebis contre la chlamydiose abortive. Il vise à réduire les avortements dus à Chlamydia abortus (Chlamydia psittaci, variété ovis) et son excrétion.
- Composition : Chaque dose (2mL) de vaccin reconstitué contient Chlamydia abortus, souche 1B (thermosensible), vivante…….. ≥ 105 UFI**. Le vaccin est présenté sous forme de lyophilisat, accompagné d'un solvant.
- Administration et posologie : Une dose de 2 mL est administrée par voie sous-cutanée ou intramusculaire, un mois avant la saison de lutte. La protection dure pendant 3 saisons de reproduction suivant la vaccination. La reconstitution doit être réalisée immédiatement avant l’utilisation du vaccin.
- Contre-indications et précautions : Le vaccin ne doit pas être utilisé chez les femelles en gestation ni chez les animaux présentant une hyperthermie. Il est recommandé de vacciner uniquement les animaux en bonne santé. Des investigations moléculaires ont révélé la présence possible de la souche vaccinale 1B dans des placentas récoltés lors de cas d’avortement enzootique de brebis vaccinées avec Ovilis Chlamydia.
- Effets indésirables : Les effets indésirables les plus fréquemment observés sont une augmentation transitoire de la température et, dans de rares cas, des réactions au site d'injection et une hypertrophie des nœuds lymphatiques.
Vaccins inactivés
Les vaccins tués adjuvés permettent de limiter le nombre d’avortements, mais ne diminuent pas l’excrétion des chlamydia ni le niveau d’infection dans le troupeau. Leur utilisation systématique entraîne la sélection de variants contre lesquels le vaccin n’est plus efficace. En matière de fièvre Q, des vaccins inactivés de phase I sont recommandés pour limiter l’excrétion.
Perspectives de développement de nouveaux vaccins
Les vaccins actuels, bien qu'efficaces, présentent certaines limitations. Les vaccins tués n'empêchent pas l'excrétion de la bactérie, tandis que les vaccins vivants peuvent être à l'origine d'avortements dans de rares cas. Un nouveau vaccin aussi efficace que le vaccin vivant mais permettant le dépistage des animaux infectés même dans les troupeaux vaccinés est à l’étude.
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