La parentalité est un concept en constante évolution, influencé par les transformations sociales, culturelles et technologiques. Au fil des décennies, les rôles parentaux, les méthodes d'éducation et les structures familiales ont subi des changements significatifs. Cet article se propose d'explorer les différents aspects de cette paternité réinventée, en mettant en lumière les transformations majeures qui ont redessiné le visage de la famille contemporaine.
L'Évolution des Rôles Parentaux
Traditionnellement, les rôles parentaux étaient clairement définis : le père était le pourvoyeur de la famille, tandis que la mère s'occupait principalement de l'éducation des enfants et des tâches ménagères. Cependant, cette répartition des rôles a évolué. Aujourd'hui, les pères sont de plus en plus impliqués dans l'éducation quotidienne de leurs enfants, et les mères assument des responsabilités professionnelles importantes. Le congé paternité s'allonge et les pères revendiquent leur place dans l'éducation quotidienne. Cette nouvelle répartition des rôles apporte richesse et complexité. Les enfants grandissent avec deux modèles parentaux engagés.
Cette évolution est également visible dans la manière dont les parents interagissent avec leurs enfants. L'approche éducative est devenue plus horizontale, privilégiant le dialogue et la compréhension plutôt que l'obéissance aveugle. "Parce que c’est comme ça" ou "Parce que je suis ton père" ne suffisent plus comme explications. Les parents prennent le temps d'expliquer leurs décisions et cherchent à comprendre les émotions derrière les comportements difficiles. Nos parents appliquaient souvent une discipline plus verticale. L’obéissance primait sur la compréhension. Les punitions physiques étaient courantes et socialement acceptées. Cette approche éducative plus horizontale demande patience et énergie.
L'Impact de la Technologie sur la Parentalité
Internet a bouleversé chaque aspect de notre vie quotidienne, y compris la parentalité. Les parents modernes ont accès à une multitude d'informations et de ressources en ligne, allant des conseils pour calmer les coliques de bébé aux applications de parentalité qui suivent la croissance des enfants jour après jour. Smartphone à la main et théories éducatives en tête, vous naviguez dans les eaux tumultueuses de la parentalité moderne. Entre héritage familial et révolutions sociétales, votre façon d’élever vos enfants diffère profondément de celle de vos parents. Les parents documentent leurs premiers pas, leurs premiers mots et leurs premiers dessins sur les réseaux sociaux.
Cependant, cette révolution numérique a deux visages. Elle offre des ressources infinies, mais elle peut aussi plonger les parents dans un abîme d'informations contradictoires. De plus, l'omniprésence technologique crée une nouvelle pression de performance parentale, avec des images idéalisées de la parentalité constamment affichées sur les réseaux sociaux.
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La Diversité des Structures Familiales
Les structures familiales ont connu une diversification considérable au cours des dernières décennies. Familles recomposées, monoparentales, homoparentales, adoptives ou d’accueil : les configurations familiales se sont multipliées et s’affichent fièrement. Vous célébrez la diversité familiale dans les livres que vous lisez à vos enfants. Vous leur apprenez à respecter toutes les familles, quelles que soient leur composition ou leurs origines. Nos parents évoluaient dans un modèle familial plus uniforme et normé. Le divorce portait un stigmate social. Les familles "atypiques" restaient discrètes face au regard parfois critique de la société. Cette diversité ouvre le champ des possibles.
Cette diversité reflète une évolution des valeurs sociales et une plus grande acceptation des différentes formes de famille. Les parents modernes sont plus ouverts à la diversité et s'efforcent d'élever leurs enfants dans un environnement inclusif et respectueux.
La Centralité de l'Enfant
L'enfant occupe une place centrale dans la famille moderne. Vos choix de logement, de vacances et même professionnels s’organisent autour du bien-être de vos enfants. Vous consultez les avis des écoles avant d’acheter une maison. Vous prenez en compte leurs préférences alimentaires. Vous négociez vos horaires de travail pour assister à leurs événements importants. Nos parents suivaient davantage leur propre chemin, attendant que les enfants s’adaptent aux choix adultes. Les décisions familiales répondaient d’abord aux besoins et désirs parentaux. Cette centralité de l’enfant apporte épanouissement et défis.
Les parents sont de plus en plus attentifs aux besoins et aux désirs de leurs enfants, et ils cherchent à créer un environnement familial qui favorise leur épanouissement personnel. Cette approche centrée sur l'enfant peut être bénéfique, mais elle peut aussi entraîner une pression accrue sur les parents et les enfants.
L'Importance de l'Expertise et de la Science
Les parents modernes s'appuient de plus en plus sur l'expertise et la science pour guider leurs décisions parentales. Vous suivez des comptes Instagram de pédiatres réputés. Vous dévorez les dernières études scientifiques sur le développement de l’enfant. Vous confrontez ces connaissances théoriques à votre réalité quotidienne. Vous adaptez les conseils d’experts à la personnalité unique de votre enfant. Nos parents s’appuyaient sur la transmission intergénérationnelle et quelques figures d’autorité locales. Le médecin de famille, l’instituteur et la sagesse populaire constituaient les principales sources de conseils. Cette expertise multiforme peut devenir écrasante.
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Ils consultent des experts en développement de l'enfant, lisent des études scientifiques sur l'éducation et s'informent sur les meilleures pratiques parentales. Cette approche basée sur les preuves peut être utile, mais elle peut aussi être source de confusion et de stress pour les parents.
La Conscience Écologique dans la Parentalité
La conscience écologique est devenue un élément important de la parentalité moderne. Couches lavables, jouets en bois, alimentation bio et locale : vos choix parentaux intègrent l’impact environnemental. Vous limitez les écrans pour favoriser le contact avec la nature. Vous privilégiez les jouets durables aux gadgets plastiques éphémères. Nos parents vivaient dans une société de consommation triomphante. L’abondance matérielle symbolisait la réussite familiale. Cette conscience écologique transforme profondément le quotidien.
Les parents sont de plus en plus soucieux de l'impact environnemental de leurs choix parentaux, et ils cherchent à adopter des pratiques durables et respectueuses de l'environnement. Cela peut se traduire par l'utilisation de couches lavables, l'achat de jouets en bois et l'alimentation biologique.
L'Hypervigilance Parentale
L'hypervigilance est une caractéristique de la parentalité moderne. Capteurs de respiration dans le lit de bébé. Applications de géolocalisation pour suivre les déplacements des adolescents. Caméras de surveillance consultables à distance. Vous vérifiez constamment que tout va bien. Vous anticipez les dangers potentiels dans chaque situation. Nos parents nous laissaient jouer dehors sans surveillance constante. Nous rentrions à la maison "quand les lampadaires s’allumaient". Cette hypervigilance pèse sur toute la famille.
Les parents sont de plus en plus soucieux de la sécurité et du bien-être de leurs enfants, et ils ont tendance à les surveiller de près. Cela peut se traduire par l'utilisation de technologies de surveillance, la limitation des activités autonomes et la planification excessive des activités des enfants.
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L'Influence des Pairs et des Médias Sociaux
Les enfants modernes sont fortement influencés par leurs pairs et par les médias sociaux. Vos enfants citent plus facilement leur influenceur favori que leurs grands-parents. Vous tentez de filtrer ces influences numériques. Vous discutez avec eux des contenus qu’ils consomment. Nos parents contrôlaient davantage les sources d’influence extérieures. La télévision familiale, les livres choisis et les amis connus constituaient l’essentiel des apports culturels. Ce nouvel écosystème d’influence bouscule l’autorité parentale.
Les parents doivent composer avec cette influence et aider leurs enfants à développer un esprit critique et une conscience des risques liés aux médias sociaux.
L'Importance de l'Intelligence Émotionnelle
L'intelligence émotionnelle est de plus en plus valorisée dans la parentalité moderne. "Exprime tes émotions", "C’est normal d’être triste", "Tu as le droit d’être en colère" : ces phrases font partie de votre vocabulaire quotidien. Vous créez des espaces de parole réguliers en famille. Vous montrez l’exemple en exprimant vos propres ressentis. Nos parents valorisaient davantage la retenue émotionnelle. "Les garçons ne pleurent pas" et "Sois une grande fille" encourageaient à réprimer certaines émotions. Cette attention nouvelle aux émotions change la dynamique familiale.
Les parents s'efforcent d'aider leurs enfants à identifier et à exprimer leurs émotions de manière saine et constructive. Ils encouragent également l'empathie et la compréhension des émotions des autres.
La Paternité Solo: Une Réalité Croissante
L’expression, récente, de « familles monoparentales » désigne des situations qui participent à la diversité des formes familiales françaises et représentent 1,5 million de familles en France métropolitaine en 2011 (Buisson et al., 2015). Selon une enquête de l’Atelier Parisien d’Urbanisme, « à Paris, une famille sur quatre est constituée d’un parent vivant seul avec ses enfants » (Portas et al., 2008 : 1). L’intérêt de travailler sur le territoire parisien est double : c’est un espace sur lequel on observe une concentration de familles dites « monoparentales » et ces parents solos ont des profils variés qui reflètent les différentes facettes de la Capitale. Cela permet ainsi de travailler sur des profils d’individus divers qui font face à une même situation familiale, « la parentalité solo » mais dans des conditions variées (conditions de séparation, logement, catégorie socio-professionnelle, âge, etc.). Cette forte présence des familles dites « monoparentales » dans les aires urbaines et notamment à Paris est en partie à mettre en regard avec l’offre et la proximité des services en termes de transport public, d’équipement d’accueil des jeunes enfants et des aides socioéducatives (Portas et al, 2008). Ce territoire est également pertinent lorsqu’on travaille sur les espaces, puisque la Capitale présente les caractéristiques des grandes villes prisées, avec des loyers élevés et difficilement accessibles aux familles et plus encore aux familles dites « monoparentales ».
La monoparentalité est une situation familiale complexe à appréhender du fait qu’elle « recouvre une grande diversité de situations » (Letablier, 2011 : 6). Cette hétérogénéité amène à interroger la pertinence d’une désignation critiquée depuis plusieurs années (Letablier, 2011). L’objectif recherché à travers cette expression était de déstigmatiser une forme familiale jusqu’alors présentée comme « bancale » (Lefaucheur, 1991) et d’adapter le vocabulaire scientifique aux nouvelles représentations sociales (Neyrand, 2001) en donnant une visibilité institutionnelle et sociale à cette configuration. Cependant, l’expression « famille monoparentale » tend à minimiser, voire à nier l’existence de l’autre parent, alors qu’il est souvent présent dans la vie de l’enfant (appels téléphoniques, droits de visite et d’hébergement notamment). L’expression indigène de « parents solos » est utilisée dans cet article pour deux raisons principales. D’une part, le terme de « solo » renvoie à la métaphore du soliste qui joue seul sur le devant de la scène mais avec l’appui en arrière-plan de l’orchestre (ici des tiers aidant le parent au quotidien), d’autre part, cette expression est fréquemment employée par les parents eux-mêmes pour qualifier leur situation.
Ces parents doivent redéfinir leur intimité familiale et conjugale depuis l’entrée en parentalité solo (Bessin, 2009). L’article porte sur un groupe spécifique d’individus : hommes et femmes divorcés, veufs ou célibataires devenus parents « gardiens », assumant la majeure partie de l’éducation de leur enfant. En analysant en quoi leur parentalité solo entraine une redéfinition des frontières de l’intimité et de nouveaux rapports aux temps et aux espaces, nous formulons l’hypothèse d’une parentalité solo qui serait vectrice d’une plus grande réflexivité face à l’intimité et aux frontières spatio-temporelles (Piesen, 2017).
Une recherche doctorale de sociologie étudie les parents solos, définis comme parents habitant sans conjoint(e) avec leur(s) enfant(s) âgé(s) de moins de 18 ans, dans la même résidence principale. Les enfants passent en général une partie du temps (moins de la moitié) avec l’autre parent. Cette définition restreint de fait les parents solos enquêtés aux parents ayant la résidence quotidienne. Les situations de garde alternée sont donc écartées de cette étude.
Selon Le Borgne-Uguen (2001), « le fait d’être parent “gardien” fait peser sur ce dernier le poids de l’autorité parentale. Les devoirs de parent et le métier de parent sont plus lourds » (p.118). Les entretiens abordent la parentalité depuis l’entrée en parentalité solo selon les pratiques parentales quotidiennes (tâches ménagères, tâches parentales, relations avec l’enfant, activités communes, etc.) et la perception de la situation familiale (représentation des rôles parentaux, perception de la situation par l’entourage familial, amical, professionnel, etc.).
54 parents solos (36 mères et 18 pères) ont été rencontrés entre 2012 et 2016. Les mères avaient en moyenne 1,72 enfant et les pères 2. Les entretiens ont duré d’1h30 à 2h30 et se sont déroulés dans un lieu choisi par l’enquêté (domicile, café, lieu de travail), principalement en région parisienne.
Les pères solos rencontrés étaient âgés de 40 à 54 ans et avaient en moyenne 42 ans au moment de l’entretien et étaient solos depuis 5,6 ans. Les mères solos quant à elles, étaient âgées de 23 à 65 ans, avaient en moyenne 44 ans, et étaient solos depuis 8,4 ans en moyenne. Il faut souligner que le corpus reste restreint (54 entretiens), ce qui ne permet pas de généraliser nos propos.
Pour analyser nos entretiens, nous avons croisé les réponses et les trajectoires des différents parents solos rencontrés en fonction des thématiques. Cela nous a permis de faire ressortir différents comportements face à une « même » situation.
Nous avons pu identifier deux configurations spécifiques qui caractérisent les pères et les mères. La volonté de distinguer à l’intérieur de ces deux groupes, les hommes et les femmes, repose sur le postulat qu’aujourd’hui encore, les attentes en matière de parentalité restent différenciées selon le sexe du parent. Dès lors, ne pas dissocier les hommes des femmes dans l’analyse reviendrait à nier l’impact du genre dans la compréhension de la parentalité contemporaine.
La première configuration que nous avons appelée « parents solos mixtes » regroupe les parents qui ont obtenu la résidence habituelle de l’enfant à leur domicile et dont l’ex-conjoint(e) est encore (plus ou moins) présent(e). Ces parents doivent définir leur rôle parental au regard de l’autre parent. En effet, bien que le « parent gardien » soit celui chez qui la résidence a été fixée, l’autorité conjointe reste toutefois appliquée. Ainsi, les deux ex-conjoints doivent faire perdurer le couple parental même si le couple conjugal a rompu, voire divorcé.
Contrairement à la première configuration, la « parentalité solo stricte » a pour particularité sa dimension « solitaire ». Alors que dans la parentalité « solo mixte », le second parent est toujours (plus ou moins) présent, ce n’est plus le cas dans cette seconde configuration. Le choix d’employer le qualificatif de « strict » plutôt que celui d’« exclusif » repose sur une dimension soulignée par Modak et Palazzo (2002) dans leur étude sur les différents modèles de paternité. Ces deux auteures développent l’idée selon laquelle le terme « exclusif » met en avant une mise à l’écart volontaire de la mère par le père.
La modalité d’entrée en parentalité solo semble plus « choisie » chez les mères. Cette surreprésentation peut s’expliquer par un fait biologique : les mères peuvent avoir un enfant seule selon plusieurs modalités (relation de passage, PMA, insémination, adoption, etc.), d’autre part, les femmes sont plus souvent à l’initiative de la séparation et/ou du divorce (Singly, 2011). Les situations ayant conduit à la parentalité solo féminine sont variées (pas de mise en couple, séparation, divorce, veuvage, etc.).
Les mères solos rencontrées sont principalement devenues solos suite à une séparation (20 sur 36). Les séparations pendant la grossesse sont également nombreuses, elles représentent 60 % des cas de séparation des mères rencontrées. Dans notre corpus, la deuxième situation la plus courante conduisant à la parentalité solo féminine est celle qui suit un divorce (15 mères sur 36). Pour une mère, cette situation s’est produite en raison d’un veuvage.
Contrairement aux mères solos, les pères semblent avoir davantage subi la situation de parentalité solo (Piesen, 2016). Sur les 18 pères solos rencontrés, l’entrée en parentalité solo est variée : divorce, veuvage, abandon du domicile familial, le plus souvent à l’initiative de la mère. Aucun des pères rencontrés ne s’est retrouvé en situation de parent solo à la naissance de son enfant. Ainsi, neuf des dix-huit pères rencontrés étaient divorcés, huit étaient séparés et un était veuf.
Seuls deux pères ont déclaré que l’attribution de la garde s’était déroulée dans de « bonnes » conditions. Le registre de la mère défaillante ou « insuffisamment » investie est souligné par la plupart des pères. Le père apparaît alors comme le plus qualifié pour assurer la fonction de « bon » parent qui va désormais s’occuper au quotidien de son enfant (Martin, 2014).
Sans obligatoirement dénigrer les compétences maternelles de leur ex-conjointe, certains pères avancent leur plus grande compétence dans l’organisation quotidienne d’une « bonne » vie familiale (Le Pape, 2014), telle que la préparation de repas équilibrés, l’importance de coucher l’enfant à un horaire raisonnable et adapté à son âge, la vérification des devoirs, l’hygiène corporelle, etc.
Suite à leur entrée en parentalité solo, les pères et les mères ont adapté leurs rapports au temps et à l’espace (Martin, 2001). En effet, la nouvelle configuration familiale bouscule le rythme établi auparavant. Désormais, la notion de temps n’est plus appréhendée de la même manière par les parents (Smyth, 2005).
Le Rôle des Grands-Parents dans la Redéfinition de la Paternité
Après le divorce, les rôles et la position de chaque parent doivent être redéfinis, mais les relations intergénérationnelles sont également recomposées. Ainsi, pour comprendre la dynamique des « nouvelles parentalités » et les redéfinitions contemporaines de la paternité, il est indispensable d’analyser l’influence des relations intergénérationnelles au sein des processus de recomposition familiale. Les grands-parents apportent fréquemment une aide indispensable afin que les nouvelles familles recomposées puissent fonctionner, et leur rôle devient décisif dans la redéfinition de la parentalité après le divorce (Schneider 2005).
Les grands-parents contribuent non seulement au bien-être physique et économique de leurs petits-enfants, mais ils sont aussi des éléments actifs dans les revendications associées aux nouvelles parentalités, au regard notamment d’une plus grande égalité entre père et mère.
La loi prévoit les relations avec les grands-parents, car ceux-ci peuvent subir les conséquences négatives d’un conflit familial mal géré. Pour surmonter cette situation, en 2003, la Loi espagnole 42/2003 a prévu le droit pour les grands-parents de passer du temps avec leurs petits-enfants s’il n’y a pas d’accord entre les parties. Ce droit est régi par l’article 160 du Code civil, qui établit « qu’on ne peut pas empêcher sans juste cause les relations de l’enfant avec les grands-parents et autres parents. En cas de litige, le juge, à la demande de l’enfant, des grands-parents ou parents, tranchera en fonction des circonstances ».
Le Code civil Catalan, réformé en 2010, établit aussi que le père et la mère doivent faciliter la relation de l’enfant, garçon ou fille, avec ses grands-parents et qu’ils ne peuvent l’empêcher de les voir sauf dans certains cas, tout en envisageant aussi la possibilité d’un régime de visites des grands-parents. Toutefois, bien que la loi soit claire quant au droit des grands-parents et des petits-enfants à être en rapport les uns avec les autres, son accomplissement n’est pas si facile.
Le rôle des nouveaux grands-parents est fondamental en Catalogne pour trois raisons. En premier lieu, parce que les individus qui sont maintenant grands-parents se sont mariés pendant le franquisme, quand le divorce n’était pas permis et que la séparation n’était envisagée que dans des cas tout à fait exceptionnels. Ayant connu moins de ruptures que les générations suivantes, ces grands-parents forment des couples plus stables, considèrent le divorce comme une exception et ont une conception différente des relations conjugales. En deuxième lieu, parce qu’en Catalogne la continuité familiale a été un élément essentiel dans la configuration culturelle des familles, aspect qui semble avoir une certaine continuité dans la Catalogne urbaine (Bestard & Contreras 1995). Enfin, et surtout, du fait de la faiblesse de la politique familiale en Espagne, les grands-parents doivent adopter un rôle substitutif très important dans le soin apporté aux petits-enfants (Flaquer & Garriga 2009). Les grands-parents apportent fréquemment une aide indispensable au fonctionnement des nouvelles familles recomposées.
Ce rôle est crucial dans le cas des grands-mères. Sans l’implication des grands-mères actuelles, comme le souligne Tobío (2001, 2012), le fonctionnement de la famille en Espagne serait très difficile. Elles prennent en effet en charge les enfants de leurs filles, mais elles assurent aussi le soutien de leurs parents, se situant dès lors entre deux générations. Les grands-parents s’occupent souvent à plein temps de leurs petits-enfants, un dévouement intense qui peut être interprété comme une forme de substitution permettant aux mères de travailler. Pour cette auteure, le soutien informel peut-être une solution provisoire lors d’une période de transition.
Il ne s’agit cependant pas uniquement d’une question d’aide pratique à la garde des enfants. Les enjeux sont également culturels, en lien avec l’idée de la transmission de la filiation, notamment lorsque celle-ci est fragilisée par le divorce.
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