Introduction
La procréation médicalement assistée (PMA) a connu un essor considérable depuis la naissance du premier « bébé-éprouvette » il y a plusieurs décennies. En France, cette évolution se traduit par une proportion significative de naissances issues de ces techniques. Cet article explore en profondeur les statistiques relatives à la PMA en France, les enjeux éthiques et sociétaux qui en découlent, ainsi que les perspectives d'avenir.
L'Essor de la PMA en France : Statistiques et Tendances
Selon les chiffres de l'Agence de la Biomédecine, en France, les enfants conçus après AMP (FIV et insémination) représentaient 27 180 naissances en 2019. En France, en 2019, 3,7% des enfants ont été conçus par PMA (procréation médicalement assistée), incluant 2,9% par FIV et 0,8% par insémination artificielle. Un enfant sur 28 est donc issu d’une technique d’Assistance Médicale à la Procréation. Autrement dit, en moyenne, parmi un groupe de 27 enfants nés en 2020, l’un de ces enfants a été conçu par PMA. Un enfant sur 30 est désormais conçu grâce à une technique d’assistance médicale à la procréation (AMP), qu’il s’agisse d’une fécondation in vitro (FIV) ou d’une insémination artificielle (IA). La FIV est à elle seule à l’origine de la naissance d’un enfant sur 40. Cette proportion croît de manière linéaire depuis plus de trois décennies. Globalement, 300 000 enfants ont été conçus par FIV entre 1981 et fin 2014. Si la tendance se poursuit, un total de 400 000 sera atteint fin 2019.
Les Risques et la Santé des Enfants Issus de la PMA
Les risques posés par les grossesses obtenues après FIV sont bien documentés : augmentation de la prématurité et du nombre de bébés de faible poids : l’hypotrophie, (ces risques sont à relier à l’infertilité elle-même), une plus grande fréquence de grossesses multiples (environ 25 % de grossesses gémellaires, 3 % de grossesses triples et plus).
Paradoxalement, il y a peu de données sur la santé des personnes nées d’une AMP, en raison du « petit nombre d’études qui s’intéressent au sujet, du petit nombre de personnes ayant participé à ces études, et du faible recul » explique l’Agence de la Biomédecine dans une brochure qu’elle actualise régulièrement sur le sujet. Il est vrai que la santé d’une personne est multifactorielle ensuite : quelle exposition aux toxiques ? quels antécédents familiaux ? quel mode de vie et quelle hygiène de vie ? Difficile d’affirmer avec certitude que la méthode de conception est directement en lien avec tel ou tel risque. C’est du moins le postulat retenu par les scientifiques. Malgré tout, l’Académie Nationale de la Médecine en France a publié en 2023 un rapport pour revenir sur ce que l’on sait vraiment aujourd’hui de la santé des enfants nés d’une FIV pour nous aider à faire le tri dans les informations. Notons que pour l’insémination artificielle, les données scientifiques n’on pas identifié de problème de santé chez les enfants.
Troubles du Neurodéveloppement et du Comportement
Sur le plan des troubles du « neurodéveloppement », c’est à dire les troubles moteurs, les déficits intellectuels, les troubles du spectre autistique (TSA), les troubles de l’apprentissage, de la communication, l’hyperactivité, les troubles obsessionnels compulsifs, les troubles de comportement ou l’anxiété, les études internationales se contredisent. Vous avez peut-être entendu parler d’absence de lien entre troubles du spectre autistique (TSA) et AMP, ou au contraire d’une augmentation de TSA en FIV ICSI ? Des études parlent d’augmentation de déficience cognitive en lien avec la prématurité des enfants nés de FIV, puis à l’inverse d’autres études évoquent des risques de déficience cognitive abaissé. Vous avez même peut être lu une étude qui faisait état d’un niveau d’éducation supérieur pour les enfants nés de FIV. Rien que ça ! Au final, difficile de faire le tri, si ce n’est que les études rapportant des troubles tempèrent leurs conclusions avec des limites sur la taille des effectifs et les facteurs liés aux antécédents des parents. L’Académie Nationale de la Médecine conclut que la conception par FIV ou par ICSI ne semble pas avoir d’effet négatif sur le neurodéveloppement, hormis bien entendu les séquelles dues à la prématurité. De nouvelles études devraient décrire plus précisément ces troubles, en lien notamment avec le contexte socio-familial.
Lire aussi: Retour sur le parcours de Fernando Alonso
Suivi Précoce Préventif Cardiovasculaire
Depuis plusieurs années, des études suggèrent des troubles cardiovasculaires chez les enfants nés de FIV, et ce, dès le plus jeune âge. En 2017, un groupe de chercheurs chinois après avoir étudié les travaux d’une vingtaines d’autres équipes de recherche, confirmaient une « augmentation mineure mais statistiquement significative de la pression artérielle systolique et diastolique », c’est à dire de la pression du sang lorsque le coeur se contracte et de la pression du sang dans les artères quand le coeur se relâche. L’augmentation de la pression artérielle chez l’enfant pourrait engendrer plus tard de l’hypertension artérielle et donc plus de maladies cardiovasculaires, car le coeur est plus fatigué. En cause dans ces études, le stress oxydant (une agression des constituants des cellules). Le stress oxydant pourrait être induit par les manipulations des gamètes et de l’embryon lors de la FIV/ICSI, ou plus simplement, viendrait des parents (infertilité, âge avancé, obésité, hygiène de vie). Au sujet de ce risque cardiovasculaire qualifié de « modéré », l’Académie Nationale de Médecine s’interroge sur « un suivi précoce préventif avec des mesures d’hygiène et diététiques adaptées » et rappelle l’importance d’avoir plus d’études sur le sujet.
Absence de Lien Entre AMP et Cancers Pédiatriques
Les études publiées à ce jour n’ont pas trouvé de différence du taux de cancer chez les enfants conçus par FIV par rapport à ceux conçus naturellement. Une large étude est en cours en France pour mesurer la survenue de cancers chez les enfants conçus par FIV et spécifiquement pour étudier la différence entre les embryons issus d’un transfert d’embryons congelé ou frais.
Aspects Psychologiques et Sociaux
Sur un point de vue psychologique, les « bébés éprouvettes » sont des enfants qui ont longtemps été désirés et qui sont issus d’un long combat contre l’infertilité. Après de nombreuses années d’essais, de traitements, d’échecs et de fausses couches, les parents ont eu tout le temps de se préparer à l’arrivée de ce bébé, souvent surnommé « bébé miracle ». Ces enfants sont alors généralement surprotégés et plus investis par leurs parents, mais leur devenir psychologique ne varie pas, comparé aux enfants conçus naturellement.
Cependant, ces études ne s’appuient que sur des enfants âgés de 0 à 5 ans, seules quelques-unes commencent à s’intéresser aux périodes de la pré-adolescence et de l’adolescence. Malgré le faible recul et le peu de chiffres disponibles, les différences notées ne sont pas statistiquement significatives. Les relations parents-enfants autour de l’adolescence laissent apparaître certaines difficultés psychoaffectives, mais aucun trouble psychologique grave ne paraît relatif au mode artificiel de conception. Cette période délicate qu’est l’adolescence laisse en effet penser que l’enfant se pose davantage de questions sur son existence et sa venue au monde et que selon ces mêmes études, seuls 8,6 % des adolescents conçus par FIV étaient au courant de leur origine génétique.
Fertilité des Personnes Nées par FIV
Parmi les différentes causes pouvant expliquer l’infertilité, le facteur de la génétique est à prendre en considération. Le syndrome de Turner, par exemple, constitue l’une des principales anomalies chromosomiques susceptibles de provoquer une stérilité chez la femme. Chez l’homme, on peut faire l’hypothèse que les cas d’altération de la fertilité seront possible chez les garçons conçus par une FIV ICSI réalisée pour résoudre le problème d’infertilité de leur père d’origine génétique, comme le suggère une étude belge de 2016. En revanche aucune étude n’a démontré que les techniques d’AMP étaient délétères sur la fertilité des enfants ainsi conçus. D’ailleurs, Amandine, le premier « bébé-éprouvette » a donné naissance en 2017 à une petite fille conçue de manière tout à fait naturelle. C’est aussi le cas de Louise Brown née en 1978 qui, en 2006, a eu un enfant en parfaite santé par « fécondation naturelle ».
Lire aussi: Guide complet : taille des filles à la naissance
Le Don de Gamètes : Une Solution Face à l'Infertilité
Seul 5 % de l’activité d’AMP française est réalisée avec un don de gamètes, en général de spermatozoïde, les dons d’ovocytes connaissant une pénurie importante. Dans le cas des FIV avec don de gamètes, la pénurie de gamètes en France est telle, les délais d’attente sont si longs, que beaucoup de couples se tournent vers l’étranger. 386 hommes ont fait un don de sperme et 777 femmes un don d’ovocytes en 2018. On comptait en 2015 environ 3,8 naissances pour un don de sperme, mais seulement 0,5 naissance pour un don d’ovocytes. En 2015, 3 500 nouveaux couples se sont inscrits pour bénéficier d’un don de gamètes et il faut environ 300 dons de spermatozoïdes et 1 400 dons d’ovocytes annuels pour répondre à ce besoin.
La PMA et les Évolutions Législatives en France
La législation française restreignait l’accès de l’AMP aux couples hétérosexuels d’âge reproductif. L’Assemblée Nationale a voté le 29 juillet 2020 en 2ème lecture l’ouverture de de la PMA à toutes les femmes, mesure phare de la loi bioéthique. Le Sénat a adopté début février 2021, cette loi bioéthique, mais en refusant l’article 1 qui ouvre la PMA à toutes les femmes, tout en adoptant la réforme de la filiation liée à l’ouverture de la PMA pour toutes.
PMA Ouverte à Toutes les Femmes : Comparaison Européenne
L’Espagne, le Portugal, l’Irlande, le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, la Finlande, le Luxembourg admettent la PMA pour les couples lesbiens et les femmes seules.
Diagnostic Préimplantatoire et Sélection Embryonnaire
Si l’un des 2 parents est porteur d’une maladie génétique grave, le couple peut demander à bénéficier d’un diagnostic préimplantatoire : il s’agit de procéder à une FIV et de sélectionner avant transfert les embryons non-porteurs de cette maladie génétique. La loi de bioéthique autorise par ailleurs à sélectionner un embryon parfaitement compatible immunologiquement avec un frère ou une sœur ainée touché(e) par une maladie grave et nécessitant une greffe.
La GPA : Un Sujet Délicat et Encadré
Concernant la GPA à l’étranger, 9 pays de l’UE l’autorisent, ou du moins la « tolèrent » (c’est-à-dire quand la GPA n’est ni autorisée ni interdite) : le Royaume-Uni, l’Irlande, la Belgique, la Roumanie, les Pays-Bas, la Slovaquie, la Pologne, la Grèce et le Portugal. La GPA est également autorisée en Ukraine ainsi qu’en Russie. Les lois sur la GPA ne sont pas les mêmes pour tous ces pays. Ainsi en Roumanie, en Irlande, en Grèce ou en Grande-Bretagne, la pratique de la GPA est autorisée mais encadrée par la loi. Par exemple, au Royaume-Uni, seule la gestation altruiste est autorisée. La GPA commerciale est interdite. De plus, pour être reconnus parents légaux de l’enfant, les parents d’intention doivent demander le transfert de la parentalité après la naissance. En Grèce, seuls les couples hétérosexuels et les femmes célibataires peuvent avoir recours à une mère porteuse. La GPA rémunérée n’est quant à elle autorisée qu’en Roumanie. En Belgique, en Slovaquie, aux Pays-Bas et en Pologne, la Gestation pour autrui n’est ni autorisée ni interdite. Elle est donc tolérée. En ce qui concerne la GPA au Portugal, les conditions d’autorisation sont plus strictes. D’autres pays dans le monde, tels que les USA, le Canada, l’Inde, la Thaïlande, et d’autres, autorisent la GPA. Au Royaume-Uni, 9 enfants sur 10 issus d’une FIV avec un tiers donneur ne connaissent par leur histoire de conception. Le 4 octobre 2019, la Cour de cassation réunie en assemblée plénière a jugé, dans la droite ligne de l’avis de la Cour européenne des droits de l’Homme rendu en avril 2019, qu’il faut reconnaître la filiation des enfants nés d’une gestation pour autrui à l’étranger.
Lire aussi: Guide des boîtes de naissance faites main
Questions Éthiques et Sociétales
- Devrait-on rembourser la PMA pour les couples homosexuels ?
- Devrait-on accorder un droit d’accès à des informations non identifiantes sur le tiers donneur pour les personnes issus d’une FIV avec don de gamètes ?
- Devrait-on leur donner la possibilité d’accéder à l’identité du tiers donneur avec l’accord de ce dernier ?
- Quelles implications ce droit d’accès aurait-il pour le tiers donneur ?
- Devrait-on autoriser la GPA en France ?
L'Importance de la Communication avec les Enfants Conçus par PMA
Myriam Szejer : Cela dépend du type de PMA. S’il n’y a pas de donneur ou de donneuse, c’est aux parents de décider s’ils ont envie ou pas de le dire à l’enfant. C’est leur intimité et cela n’aura pas trop de conséquences sur lui. C’est mon avis. D’autres affirment le contraire. Ils estiment que la mémoire inconsciente remonte jusqu’à la conception et qu’il faut en parler. Je pense, en revanche, qu’il est impératif de le dire lorsque l’enfant est conçu avec le matériel génétique d’un donneur ou d’une donneuse.
À Quel Âge en Parler ?
M. S. : Je préconise d’en parler dès la naissance. Même si un nourrisson ne peut pas tout comprendre, il est important qu’il ait entendu cette histoire qui le concerne. Par la suite, il ne s’agit pas d’en parler tout le temps, mais il ne faut pas non plus qu’il y ait de tabous. Si le sujet vient dans une conversation, on ne fait pas silence. Ce n’est pas un secret. On reprend l’histoire, petit à petit, en fonction du développement cognitif de l’enfant, et avec des mots simples pour qu’il comprenne quelque chose. En général, cela se passe entre 6 et 10 ans, mais cela dépend aussi beaucoup des parents, s’ils sont à l’aise ou non pour évoquer un parcours souvent difficile.
Dès que l’enfant est en âge de comprendre, il est bon de lui expliquer ce qu’est une PMA, un donneur, du matériel génétique pour l’éclairer sur ce qui s’est passé de particulier au moment de sa conception, qui a permis ensuite qu’il vienne au monde et qu’il ait une vie comme les autres enfants. L’important, j’insiste là-dessus, est d’éviter la révélation, de manière à ce que l’enfant puisse grandir dans cette vérité-là.
Réactions des Enfants et Répercussions Psychologiques
Vous recevez des enfants nés par PMA. Comme réagissent-ils lorsqu’ils comprennent leur histoire ? M. S. : Cela dépend beaucoup de leur histoire familiale. Je cite souvent le cas d’une petite fille de 6 ans à qui j’expliquais, en présence des parents, qu’il avait fallu qu’une dame espagnole donne sa graine pour qu’elle naisse. Après nous avoir écoutés attentivement, elle nous a dit avec un grand sourire : « Si je comprends bien, j’ai mon papa, ma maman, plus une dame espagnole à qui je peux ressembler ». Pour elle, c’était un plus. Une autre s’était exclamée : « Oh, pauvre papa », l’air de dire que le père infertile avait dû souffrir mille morts d’avoir fait appel à un donneur. Lorsque l’enfant naît dans un couple de femmes, il va se demander « Pourquoi je n’ai pas de papa ? ». Je conseille de lui répondre progressivement, en fonction de son âge, en lui disant qu’en effet, il n’a pas de papa. Un monsieur a donné une graine parce qu’on a toujours besoin d’un homme et d’une femme pour faire un bébé. Mais deux dames qui s’aiment peuvent tout à fait vivre ensemble et élever un enfant. Il y en a une qui a accouché et pas l’autre, mais cela ne remplace pas un papa. Il faut lui expliquer les spécificités de cette famille-là, sans nier la différence des sexes.
Y a-t-il des répercussions psychologiques ? M. S. Oui, mais elles ne sont pas forcément négatives. Tout dépend de la manière dont les parents gèrent l’histoire de cette naissance. L’important est que les enfants puissent poser des mots sur ce qu’ils ressentent ou ce qu’ils perçoivent. Et en particulier sur la différence des sexes. Je pense qu’ils ont besoin de grandir et de se développer avec cette notion pour comprendre qui sert à quoi et qui fait quoi dans la conception d’un bébé.
tags: #une #naissance #sur #30 #issue #pma
