Introduction
L'humiliation, qu'elle soit verbale ou physique, peut avoir des conséquences psychologiques profondes et durables sur le développement de l'enfant. Longtemps sous-estimée, la violence psychologique, incluant l'humiliation, est aujourd'hui reconnue comme une forme de maltraitance infantile aux effets délétères sur le cerveau et la santé mentale. Cet article explore les mécanismes par lesquels l'humiliation affecte le cerveau de l'enfant, les conséquences à court et à long terme, et les moyens de prévenir et de traiter ces traumatismes.
L'Impact des Relations Adultes-Enfants sur le Développement Cérébral
Le cerveau de l’enfant, particulièrement immature et malléable, est extrêmement vulnérable aux influences extérieures. Selon Catherine Gueguen, pédiatre spécialiste des neurosciences affectives et sociales, chaque relation s’imprime profondément dans le cerveau de l’enfant, modifiant les molécules cérébrales, les neurones, les circuits cérébraux, les structures cérébrales, et même l’expression de certains gènes. Cette malléabilité est particulièrement prononcée pendant les deux premières années de vie, mais elle persiste tout au long de l'enfance.
La Sensibilité du Cerveau de l'Enfant au Stress
Le cerveau immature de l'enfant est beaucoup plus sensible au stress que celui de l'adulte. Les humiliations verbales et/ou physiques provoquent un stress qui stimule l’amygdale cérébrale et déclenche la sécrétion de cortisol et d’adrénaline. Chez l’enfant, un taux de cortisol élevé ou une sécrétion prolongée et répétée peut être toxique pour les neurones, la myéline, la transmission entre les neurones, les circuits neuronaux et certaines structures cérébrales en développement. Les violences éducatives ordinaires (VEO), qui incluent les humiliations, peuvent donc avoir des conséquences redoutables pour le cerveau de l'enfant lorsqu'elles sont fréquentes et répétées.
La Maltraitance Émotionnelle et ses Manifestations
La maltraitance émotionnelle se manifeste par des comportements ou des paroles qui rabaissent l’enfant, le ridiculisent, le critiquent, le punissent, lui procurent un sentiment d’humiliation, de honte, lui font peur, le terrorisent ou l’excluent. Ces agissements, souvent perpétrés en toute bonne foi par des adultes pensant aider l'enfant à bien se comporter, peuvent avoir des effets dévastateurs. Il est crucial de prendre conscience que ces comportements, souvent réservés aux enfants, sont en réalité très nocifs pour leur cerveau.
Conséquences Neurologiques de la Maltraitance Émotionnelle
Une étude récente menée par Anne-Laure van Harmelen révèle que la maltraitance émotionnelle sévère chez l’enfant affecte le fonctionnement du cortex orbito-frontal (COF) et augmente le risque de développer des pathologies comportementales et psychiatriques telles que l’agressivité, l’anxiété, la dépression, les troubles dissociatifs, la délinquance et les addictions. Le COF joue un rôle primordial dans les capacités d’affection et d’empathie, la capacité à faire des choix, et le sens moral. Il participe également à la régulation des émotions, ce qui explique les difficultés rencontrées par ces enfants dans leur vie relationnelle.
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L'Impact des Paroles Blessantes sur la Compréhension du Langage
Selon une étude de Jeewook Choi, les paroles blessantes, humiliantes et méprisantes empêchent l’enfant de comprendre ce qu’on lui dit. Ces paroles altèrent le fonctionnement de circuits neuronaux et de zones participant à la compréhension du langage. D’autres structures cérébrales, comme le cortex préfrontal et l’hippocampe, sont également très sensibles au stress.
Les Effets du Stress sur le Cerveau de l'Enfant
Bruce Mac Ewen a démontré qu’un stress très important ou répété altère les neurones du cerveau de l’enfant et peut même provoquer leur destruction dans des structures importantes comme le cortex préfrontal et l’hippocampe. Le cortisol, en trop grande quantité, altère la croissance des neurones en interférant négativement sur l’expression du BDNF (Brain Derived Neurotrophic Factor), facteur de croissance des neurones. Martin Teicher a constaté que les enfants humiliés physiquement et/ou verbalement ont un hippocampe diminué de volume, ce qui affecte leur capacité d’apprentissage et de mémorisation.
La Nécessité d'une Nouvelle Vision de l'Enfant
Il est essentiel de comprendre, à la lumière de ces recherches, ce qu’est un enfant petit. Ces études scientifiques remettent en question nos habitudes ancestrales et nous incitent à une véritable révolution éducative. Les tempêtes émotionnelles des enfants peuvent fatiguer, déstabiliser et mettre en colère les adultes, mais il est crucial de modifier notre regard sur l’enfant. Au lieu de le punir, il est nécessaire d’avoir de l’empathie et de la compassion pour lui.
Les Besoins Fondamentaux de l'Enfant
Quand les besoins fondamentaux de l’enfant ne sont pas satisfaits - besoin d’affection, d’attention, de calme, de jouer - il est en grande insécurité, ce qui active son cerveau archaïque et peut l’inciter à taper, mordre ou jeter ses jouets. L’enfant n’est pas méchant, il a juste besoin de beaucoup de compréhension et d’attention pour sa grande immaturité émotionnelle.
L'Importance de l'Apaisement et de l'Expression Émotionnelle
Les chercheurs soulignent que l’enfant petit n’est pas capable de s’apaiser seul ; il a absolument besoin d’un adulte qui comprenne ses émotions, l’apaise et l’aide à les exprimer. Cette attitude favorise la maturation du cerveau. Un enfant élevé avec bienveillance et empathie deviendra lui-même empathique et sociable, et ne développera pas de comportements agressifs et antisociaux.
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L'Éducation Empathique et Bienveillante
Éduquer sans violence ne signifie pas être laxiste. L’adulte doit donner des repères et un cadre avec empathie et bienveillance. Quand l’enfant n’a pas un comportement adéquat, l’adulte exprime son désaccord tout en lui donnant confiance : « Cela ne me convient pas, je ne suis pas d’accord quand je t’entends dire …, quand je te vois faire… Tu vas apprendre à faire autrement, je te fais confiance. » Il est crucial de ne pas juger, critiquer ou faire des reproches à l’enfant, car cela mine sa confiance en lui et entrave son progrès.
Les Effets Nocifs des Punitions Corporelles
Akemi Tomoda a montré que les « corrections » avec des ceintures, lanières ou autres objets provoquent une réduction du volume de la substance grise dans la région préfrontale. Jaimie Hanson a constaté que les punitions corporelles entraînent une diminution du volume du cortex orbito-frontal (COF). De nombreuses études ont démontré que les fessées sont préjudiciables à l’enfant.
Les Conséquences Comportementales des Punitions Corporelles
Catherine Taylor a étudié des mères qui donnaient au moins deux fessées par mois à leur enfant de 3 ans et a constaté qu’à 5 ans, ces enfants étaient très agressifs. Rebecca Waller a comparé une éducation positive et empathique à une éducation punitive et a observé que les enfants ayant reçu une éducation punitive développent souvent une insensibilité, un cynisme, une dureté et une tendance au mensonge, ainsi que des troubles du comportement tels que l’agressivité, l’anxiété et la dépression. Elisabeth Gershoff a étudié 169 000 enfants et a montré que ceux-ci sont plus agressifs, plus anxieux, plus dépressifs, ont plus de comportements antisociaux, plus de troubles psychiatriques, plus de relations négatives avec leurs parents, une diminution des capacités cognitives et une mauvaise estime de soi.
Les Traumatismes de l'Enfance et leurs Conséquences à l'Âge Adulte
Les blessures émotionnelles subies dans l'enfance peuvent se prolonger tout au long de la vie. Les traumatismes infantiles ont un impact très fort sur la construction de l'identité, l'estime de soi, le comportement, le caractère et la capacité de vivre sainement les expériences émotionnelles.
Les Différents Types de Traumatismes Infantis
- L'indisponibilité émotionnelle du soignant : Ce type de traumatisme survient lorsque la mère ou le soignant est incapable ou refuse de répondre aux peurs de l'enfant ou quitte la famille.
- La violence éducative : Toute forme de violence contre les enfants, même légère, est mauvaise. La violence apprend aux enfants à résoudre leurs conflits par la violence.
- Le rejet constant : Le rejet constant d'un enfant crée un processus de rejet de soi, entraînant un sentiment d'insuffisance et d'incapacité à faire face à la vie.
- L'injustice : Un adulte qui a souffert d'un sentiment d'injustice peut devenir très insécurisé avec une vision pessimiste de la vie.
- Les promesses non tenues : Ne pas tenir ses promesses crée un traumatisme chez l'enfant, lui faisant croire que le monde et les gens qui l'entourent ne sont pas fiables.
- L'humiliation : L'humiliation est un traumatisme infantile qui concerne les enfants constamment soumis à des situations humiliantes, moqueuses et disqualifiées.
- La peur non reconnue : Ne pas reconnaître ou minimiser les peurs de l'enfant peut être traumatisant.
Les Conséquences des Traumatismes Infantis
Les traumatismes infantiles peuvent entraîner diverses conséquences à l'âge adulte, telles que :
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- Une enfance manquée : manque de souvenirs du passé et d'une narration cohérente de son histoire.
- La perte d'une partie de soi : tentative d'isoler la partie de soi liée au traumatisme pour se préserver.
- La répétition de relations toxiques ou destructrices.
- L'évitement des liens : peur de s'impliquer et de faire face à la possibilité que quelque chose tourne mal.
- L'évitement d'être soi : difficulté à accepter certaines parties de soi.
- La déconnexion émotionnelle et l'incapacité à vivre une expérience émotionnelle.
Surmonter les Traumatismes du Passé
Pour surmonter les traumatismes du passé, il est essentiel de reconnaître que l'on a un problème et d'accepter ce que l'on ressent. Chaque traumatisme nécessite un processus et une élaboration particuliers qui passent par différentes phases, dont certaines sont très douloureuses.
La Maltraitance Psychologique : Une Violence Invisible
La maltraitance psychologique, souvent invisible, est plus difficile à diagnostiquer en l'absence de lésions physiques. Elle peut se manifester par l’inhibition psychoaffective, l’anxiété dépressive, l’idéation suicidaire, les sentiments d’infériorité, les problèmes de comportements, l’agressivité et les retards pédagogiques inexpliqués. Selon Pascal Vivet, les agressions verbales, les dévalorisations systématiques et les humiliations des enfants font partie des violences psychologiques courantes.
Les Formes de la Violence Psychologique
La violence psychologique peut s’exprimer de différentes manières :
- Les agressions verbales : Insultes, menaces, dénigrement.
- Le chantage affectif : Imposer sa volonté ou poser des interdits à l’enfant « pour son bien ».
- La manipulation : Exercer un pouvoir sur l’autre, souvent plus faible.
- Le rejet : Rabaisser l’enfant, dévaloriser sa personne et ses actes, lui faire honte ou tourner en ridicule ses manifestations normales d’affection, de chagrin ou de peur.
- La terreur : Menacer ou avoir des comportements pouvant induire de blesser, tuer ou abandonner des personnes que l’enfant aime.
Les Conséquences de la Violence Psychologique
Un enfant qui est en permanence nié et rabaissé est plus en danger sur le plan psychique qu’un enfant qui se fait régulièrement frapper. L’enfant victime de violences psychologiques, qui pense être privilégié par rapport aux enfants battus, vit dans un mal-être permanent. Il est essentiel de reconnaître l'enfant comme victime et de l'écouter dans sa plainte.
La Maltraitance Infantile et le Risque de Suicide
Une étude récente démontre que la maltraitance infantile accroît les risques de suicides, surtout à l’âge adulte. Les enfants maltraités psychologiquement ont souvent une vision négative de leur avenir et du monde en général, et les idées suicidaires parasitent leur évolution.
Que Faire en Cas de Maltraitance Psychologique sur un Mineur ?
Si vous êtes témoin de maltraitances psychologiques sur un mineur, il est crucial d'agir. La maltraitance psychologique peut engendrer de graves conséquences sur l’enfant, telles qu’une altération du développement cérébral, une dépression infantile ou une sévère anxiété.
Les Signes de Maltraitance Psychologique
- La dévalorisation : paroles et comportements visant à rabaisser l’enfant.
- L’isolement forcé : interdiction de voir ses amis ou de participer à des activités sociales.
- La négligence émotionnelle : absence de signes d’affection.
- La corruption : incitation à des comportements inappropriés pour son âge.
Les Démarches à Suivre
- Signaler la situation : Contacter le 119, le service national d’accueil téléphonique de l’enfance en danger (SNATED).
- Témoigner : Les proches et les connaissances de l’enfant peuvent témoigner de ses changements de comportement.
- Consulter un avocat : Il est conseillé de consulter un avocat expert en maltraitance de mineur dès la suspicion des faits.
- Obtenir un certificat médical : Un certificat médical peut démontrer les conséquences des faits.
Les Mécanismes Neuro-Biologiques de la Violence
Muriel Salmona explique que toute violence entraîne un état de sidération cérébrale avec de fortes sécrétions d’hormones de stress (adrénaline et cortisol) représentant un risque sérieux pour les organes vitaux. Pour échapper à ce risque, le cerveau produit d’autres hormones (proches de la morphine et de la kétamine) venant stopper la sécrétion des hormones de stress et ayant un rôle d’anesthésiant émotionnel.
Les Violences Éducatives Ordinaires (VEO) : Des Pratiques à Bannir
Les violences éducatives ordinaires (VEO), telles que crier, injurier, se moquer, rabaisser, faire peur, menacer et culpabiliser son enfant, ne sont pas efficaces pour changer son comportement et peuvent entraîner des troubles psychologiques durables. La loi du 10 juillet 2019 interdit ces pratiques car la violence n'est pas considérée comme un mode d'éducation.
Les Conséquences des Violences Verbales dans l'Enfance
La violence verbale, incluant les insultes, les humiliations, les menaces et le chantage affectif, est malheureusement fréquente et souvent sous-estimée. Elle agit comme un stress toxique qui perturbe l’architecture cérébrale, la régulation hormonale et les circuits émotionnels.
Les Conséquences Cliniques de la Violence Verbale
- À court terme : Anxiété, inhibition sociale, troubles du sommeil, difficultés scolaires, troubles du comportement et symptômes somatiques fonctionnels.
- À long terme : Dépression, troubles anxieux, troubles de la personnalité, recours à l’alcool ou aux psychotropes, difficultés attentionnelles, baisse des performances scolaires et moindre résilience face aux défis cognitifs.
Les Signatures Cérébrales de la Violence Verbale
Les techniques d’imagerie ont permis d’identifier des signatures cérébrales associées à l’exposition à la violence verbale : réduction locale de matière grise dans l’hippocampe et le cortex préfrontal, modifications de l’intégrité de la matière blanche et réponse amygdalienne exagérée aux stimuli menaçants.
Les Thérapies Adaptées aux Victimes de Violence Verbale
- Thérapie Interpersonnelle (TIP) : Aide à rétablir des relations permettant une bonne estime de soi et à rejeter les relations qui dévalorisent.
- Thérapies Cognitivo-Comportementales (TCC) : Utiles pour travailler les schémas cognitifs négatifs, les croyances d’incompétence et les ruminations.
- EMDR : Peut être proposée lorsque des souvenirs émotionnellement chargés et des réactions de type stress post-traumatique persistent.
- Thérapies centrées sur la compassion et la mentalisation : Visent à diminuer les émotions et sont adaptées aux patients pour lesquels la honte et l’auto-critique sont prédominantes.
La Prévention : Un Enjeu Crucial
Sensibiliser les professionnels et les familles au fait que les paroles peuvent laisser des séquelles durables est la première étape. Il est essentiel de ne pas minimiser les paroles blessantes sous prétexte qu’elles « ne font pas mal ».
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