Introduction

L'œuvre de François Perroux offre une perspective riche et nuancée sur les systèmes économiques, se distinguant par son réalisme et sa complexité. Loin des modèles simplificateurs, Perroux s'efforce de saisir la réalité des forces en jeu, les rapports de pouvoir et les dynamiques de domination qui façonnent l'économie mondiale. Cet article explore les fondements de sa pensée et son apport à la compréhension du capitalisme.

Le Capitalisme : Un Système Multiforme et Contradictoire

Pour aborder la pensée de Perroux, il est essentiel de considérer les différentes perceptions du capitalisme. Karl Marx soulignait la capacité du capitalisme à étendre la civilisation, même aux nations les plus reculées, grâce à l'amélioration constante des instruments de production et des moyens de communication ("Par le rapide perfectionnement des instruments de production et l’amélioration infinie des moyens de communications, la bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation jusqu’aux Nations les plus barbares"). D'autres, comme Al Capone, le considéraient comme un système d'exploitation organisé ("Le capitalisme est le racket légitime organisé par la classe dominante"). Keynes exprimait un certain cynisme quant à son fonctionnement ("Le capitalisme, c’est la croyance stupéfiante selon laquelle les pires hommes vont faire les pires choses pour le plus grand bien de tout le monde"), tandis que John R. Commons mettait en lumière le rôle croissant du capitalisme bancaire et son emprise sur les industries et les nations ("Les banques centrales contrôlées par les banquiers prennent une importance nouvelle et le capitalisme banquier (Banker Capitalism) prend le contrôle des industries et des nations").

L'Économie Politique Internationale (EPI) et le Pouvoir des Firmes

L'Économie Politique Internationale (EPI), apparue dans les années 1970, étudie les rapports entre la puissance politique et la richesse économique. L'EPI s'est interrogée sur l'ordre mondial : repose-t-il sur les États ou sur les puissances économiques ? Cette question a mis plus de trente ans à gagner la France. Un ouvrage collectif dirigé par des juristes se penche sur le pouvoir politique des groupes transnationaux, confirmant que les juristes connaissent désormais l'entreprise. Celle-ci n'est plus seulement une personne morale, mais une entité exerçant un pouvoir de direction sur d'autres par des moyens économiques et juridiques. Le livre reflète des avancées récentes en droit, en réponse à des catastrophes humaines. Il est nécessaire de distinguer la personne morale (société commerciale) et l'entreprise, car beaucoup d'économistes pensent qu'une société commerciale est la propriété de ses actionnaires, ce que réfutent de nombreux juristes.

La Question Structurelle et le Temps Long

Les auteurs privilégient la question structurelle : "qui décide des règles du jeu économique ?" Ils s'inscrivent dans un questionnement articulant le temps long des structures (l'économie-monde depuis plus de deux siècles) et ses transformations (les formes institutionnelles de la mondialisation actuelle).

L'Interaction entre Compréhension et Interprétation

L'ouvrage donne à voir la fabrique d'une analyse scientifique qui assume explicitement l'interaction entre exigence compréhensive et moment herméneutique voire normatif. Le lecteur a en main des chapitres qui s'interpellent ou se complètent, permettant de s'approprier des controverses scientifiques vivantes.

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Diagnostic et Régulation du Pouvoir des FTN

L'ouvrage propose un diagnostic sur le pouvoir des firmes, une discussion du concept de constitutionnalisation du pouvoir dans un ordre mondial, et explore des champs d'action pour réguler le pouvoir des FTN dans ce contexte structurel. Il propose une complémentarité bien intégrée des différentes contributions, mais plusieurs niveaux de débats interdisent un résumé linéaire du programme de recherches proposé.

Autonomie des FTN et Souveraineté des États

Le diagnostic initial est le suivant : d'un côté, l'autonomie croissante des grandes FTN grâce à leur capacité à tirer profit des localisations multiples, de la sous-traitance internationale, de la financiarisation et de la mise en concurrence des États ; de l'autre côté, des États qui en arrivent parfois à "vendre leur souveraineté", brouillant leur prééminence dans l'organisation des relations internationales. Pour dépasser cette vision dichotomique, les auteurs proposent un "nouveau cadre d'analyse" : le "constitutional system" comme champ complexe où différents types d'acteurs s'investissent pour la définition et l'implémentation des règles contraignant ou étendant le pouvoir des FTN.

Décloisonnement des Disciplines et Micro-Devices

L'ampleur des champs sociaux affectés par la "constitutionnalization of firm power" appelle une analyse du capitalisme qui décloisonne les disciplines et les objets de recherche. Au-delà du travail théorique pour ajuster le concept traditionnel de "constitution" à de nouveaux objets, cette "constitutionnalization" progresse par des "micro-devices" qui ne relèvent pas d'une stratégie concertée, ni même délibérée, et des marges de manœuvre existent.

Re-personnifier le Pouvoir d'Entreprise

Paddy Ireland propose une analyse stimulante sur les rapports entre l'entreprise et une élite économique, notamment une "nouvelle aristocratie de la finance". Il rejoint ainsi certains apports de la sociologie économique et plaide pour "re-personnifier" le pouvoir d'entreprise. L'enjeu est double : imputer des responsabilités et des pouvoirs sur les personnes qui l'exercent, et ressaisir ces personnes dans leurs structures sociales. Ireland réintroduit la problématique des classes sociales dans l'analyse économique et juridique, et critique la réification libérale de l'entreprise.

Responsabilité de l'Employeur et Interactions Systémiques

Elsa Peskine et Stéphane Vernac interrogent l'évolution de la constitutionnalisation du périmètre de responsabilité d'un employeur, et donc l'autonomie de son pouvoir, pour en tirer des propositions de régulation. Plutôt que de poser "l'entreprise" en sujet du droit, l'unité d'analyse systémique est les interactions qui construisent et font évoluer les ressources juridiques des différents acteurs impliqués dans une entreprise.

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Constitutionnalisme et Système Mondial de Pouvoir

La deuxième partie du livre propose une discussion plus théorique sur le concept de constitutionnalisme, à l'aune duquel on peut juger des interprétations proposées en première partie.

Constitutionnalisation dans la Société Globale

La thèse proposée par Teubner emprunte explicitement à Polanyi. La question de la constitutionnalisation dans la société globale émerge dans les champs de l'économie globale, de la science, de la technologie, de l'éducation, des médias et de la santé publique. Teubner propose une problématisation très gramscienne afin de mettre à distance le modèle constitutionnel canonique. Il s'interroge sur la place des règles constitutionnelles des entreprises : feront-elles partie des constitutions du monde des États, ou bien d'un "constitutionnalisme sociétal" ?

Déconstruction de la Notion de Constitution

De Munck revient sur la question des acteurs du système de pouvoirs et de la constitutionnalisation de leurs interactions en déconstruisant le double ancrage politique et juridique de la notion de "constitution". Il souligne les lacunes de la conception "orthodoxe" stato-centrée et propose de caractériser les "civil sovereignties" en même temps que les "political sovereignties" par l'enjeu central de la diffusion des droits humains et des valeurs supérieures dans la société civile.

Approches Juridiques Critiques

Véronique Champeil-Desplats clarifie les différentes acceptions juridiques des termes (constitution(s), constitutionnalisation, constitutionnalisme) et explicite la diversité des approches juridiques critiques. Elle distingue : l'approche structurale, l'approche institutionnelle, l'approche contractualiste et l'approche axiologique.

Les Limites du Capitalisme et la Recherche d'Alternatives

Keynes exprimait déjà en 1933 un certain malaise face au capitalisme international : "Le capitalisme international, et cependant individualiste, (…) n’est pas une réussite. Il est dénué d’intelligence, de beauté, de justice, de vertu, et il ne tient pas ses promesses. En bref, il nous déplaît et nous commençons à le mépriser. Mais quand nous nous demandons par quoi le remplacer, nous sommes extrêmement perplexes." Ce constat reste pertinent aujourd'hui.

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Capitalisme et Mondialisation

Le capitalisme est international, mais pas mondial, car nombre de personnes et de territoires vivent "hors du temps du monde". Il n'existe pas un Capitalisme unique, mais des capitalismes que chaque nation réinvente.

Individualisme et Injustice

Le capitalisme est individualiste et injuste, promouvant un monde du chacun pour soi. Les inégalités progressent entre les pays et au sein des pays les plus riches. La pauvreté persiste, même chez les salariés.

De l'Antimondialisation à l'Altermondialisation

La contestation sociale s'exprime par l'intermédiaire d'un mouvement altermondialiste et associatif. La transition de "l'antimondialisation" à "l'altermondialisation" illustre la recherche d'un programme plus réformiste que révolutionnaire.

La Primauté du Politique et du Social

La première victoire contre le capitalisme est de ne pas oublier que la vie ne se résume pas à la participation au système économique. Il faut remettre l'économie à sa juste place.

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