L'objectif principal de la production porcine moderne est d'optimiser la quantité et la qualité de la viande produite par truie chaque année, tout en minimisant les coûts. Pour atteindre cet objectif, il est crucial de comprendre et de satisfaire les besoins nutritionnels spécifiques de la truie allaitante. Une alimentation adéquate pendant la lactation est essentielle pour assurer une production laitière optimale, le bien-être de la truie et la croissance saine des porcelets.

Détermination des Besoins Énergétiques de la Truie Allaitante

La détermination précise des besoins énergétiques de la truie allaitante est un défi complexe. Les méthodes basées sur des essais d'alimentation présentent des limites, notamment en ce qui concerne l'extrapolation des résultats à différentes situations. Une approche plus précise consiste à utiliser une méthode factorielle, qui prend en compte les différents éléments contribuant aux besoins énergétiques de la truie.

Cette méthode repose sur plusieurs facteurs clés :

  • Besoins d'entretien : Les besoins énergétiques de base pour maintenir les fonctions vitales de la truie, estimés à environ 110 kcal d'énergie métabolisable (EM) par kg de poids métabolique (P0.75).
  • Rendement d'utilisation de l'EM pour la synthèse du lait (kl) : L'efficacité avec laquelle l'énergie métabolisable est convertie en énergie laitière, estimée à environ 72 %.
  • Rendement d'utilisation des réserves corporelles pour la synthèse du lait (krl) : L'efficacité avec laquelle les réserves corporelles (graisses et protéines) sont mobilisées pour produire du lait, estimée à environ 88 %.
  • Énergie exportée dans le lait : La quantité d'énergie contenue dans le lait, estimée à partir de la croissance de la portée (R' > 0,87).

En utilisant ces paramètres, il est possible de calculer les besoins en EM de la truie allaitante. Les calculs montrent que ces besoins varient en fonction du poids vif de la truie et, surtout, du gain de poids de la portée. En moyenne, les besoins se situent entre 18 et 20 Mcal par jour, ce qui peut dépasser la capacité d'ingestion moyenne des truies allaitantes.

Besoins en Protéines et Acides Aminés

Les protéines sont des éléments essentiels pour la croissance des porcs, et les acides aminés, qui les composent, sont cruciaux. Certains acides aminés, appelés essentiels, doivent être apportés par l'alimentation car le porc ne peut pas les synthétiser. La lysine est l'acide aminé limitant, ce qui signifie que son apport conditionne l'utilisation des autres acides aminés. Les besoins en acides aminés sont déterminés en fonction de leur digestibilité par l'animal.

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Il est important de noter que les besoins en énergie et en acides aminés sont interdépendants et sont souvent exprimés sous forme d'un rapport entre la lysine digestible et l'énergie nette.

Besoins en Minéraux et Vitamines

Le phosphore est essentiel pour le métabolisme énergétique et la santé osseuse des porcs et doit être présent en quantité adéquate dans l'alimentation. Un excès de phosphore peut également contribuer à la pollution environnementale. De plus, une carence en zinc peut entraîner des problèmes de peau, tandis qu'un manque de vitamine E et de sélénium peut causer des troubles musculaires. Un niveau adéquat de calcium favorisera le processus physiologique de la mise-bas. Le rôle du zinc dans la réduction des porcelets mort-nés est bien référencé, mais les mécanismes exacts qui le déterminent ne sont pas connus.

Alimentation Spécifique par Phase de Production

Gestation

Les truies en gestation et en lactation ont des besoins nutritionnels spécifiques pour soutenir leur portée et leur production de lait. Une truie en gestation nécessite environ 13 MJ d'énergie métabolisable par jour.

Il est crucial de maîtriser l'alimentation de la truie gestante pour optimiser sa carrière et la vitalité des porcelets à la naissance. L'alimentation pendant la gestation est divisée en trois phases principales :

  1. Reconstitution des réserves (début de gestation) : Profiter du premier mois de gestation pour permettre la reconstitution des réserves de la truie après son sevrage. La quantité d'aliment apportée dépend de son rang de portée, de son état corporel, des besoins de croissance et de l'objectif d'état à atteindre pour la prochaine mise-bas. Elle peut varier entre 2,6 kg à 4,0 kg par jour (aliment formulé à 9,0 MJ EN/kg) en fonction des truies.
  2. Maintien de l'état corporel (milieu de gestation) : Entre le 30ème et le 85ème jour de gestation, les besoins du fœtus sont encore faibles et la truie a reconstitué ses réserves. La truie utilise l'aliment en majorité pour ses besoins d'entretien.
  3. Croissance du fœtus (fin de gestation) : Au-delà du 85ème jour de gestation, la croissance du fœtus est forte. L'alimentation de la truie doit y pourvoir sans que la truie puise dans ses réserves destinées à la phase de lactation. En général, une augmentation modérée des apports alimentaires est indiquée pour le développement mammaire et la production de colostrum et de lait, et chaque élevage en particulier doit être étudié.

Il est important de noter que la truie gestante commence à avoir froid à moins de 18 °C lorsqu'elle est logée en stalle individuelle, ou à moins de 12°C lorsqu'elle est en groupes. Une truie en position debout dépense deux fois plus d'énergie que lorsqu'elle est couchée.

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Lactation

Une truie allaitante peut nécessiter jusqu'à 18 MJ/jour. En lactation, près de 75 % des besoins de la truie sont consacrés à la lactation. L'alimentation de la truie allaitante doit permettre de limiter les pertes de poids et d'état corporel de la truie, tout en maintenant un bon niveau de lactation pour améliorer le poids de la portée.

Quand plusieurs aliments peuvent être distribués en maternité, l'aliment de gestation peut être apporté jusque 2 ou 3 jours après la mise-bas. Puis les truies passent à l'aliment allaitante. Si c'est possible, une transition entre les deux aliments doit être effectuée, et ce d'autant plus si les formules des aliments de gestation et de lactation sont très différentes. Si les maternités sont approvisionnées avec un seul aliment, alors les truies reçoivent l'aliment de lactation dès leur entrée en maternité. Il faut alors être plus vigilant sur la cohérence des matières premières utilisées dans les aliments de gestation et de lactation et limiter les quantités distribuées d'aliment allaitante pour éviter une surcharge en acides aminés.

L'augmentation progressive de l'alimentation en début de lactation permet de limiter le risque de chute d'appétit. La capacité d'ingestion de la truie étant limitée, tout retard dans la progression de consommation ou blocage (montée trop rapide) ne pourra pas être compensée ensuite. Dans des conditions de températures élevées, une baisse d'appétit peut être observée.

Le plan d'alimentation de la truie doit être modulé en fonction de son état à l'entrée en maternité, sa capacité d'ingestion, son appétit et la taille de la portée.

Dans les lactations de 28 jours on peut proposer une consommation supérieure à 200 kg/truie et dans celles de 24 jours de > 150 kg, mais le plus important est d'atteindre la plus forte consommation journalière de lysine digestible (> 65 g) et d'énergie nette journalière ( > 14 500 kcal).

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Porcelets

Dès la naissance, la qualité du lait maternel est importante pour leur croissance. Le colostrum (premier lait produit par les mamelles de la truie peu de temps avant et immédiatement après la mise bas) qui est riche en immunoglobines et en nutriments joue un rôle déterminant pour le développement du système immunitaire des porcelets. Il est essentiel de veiller à ce que chaque porcelet consomme environ 250 g de colostrum.

Le lait maternel fournit environ 12 MJ/kg et il doit être complété par des aliments pré-sevrage (poudre, granulés, pépinières liquides) à partir de la deuxième semaine pour permettre aux porcelets de s'adapter à une alimentation solide.

Le sevrage se fait généralement 3 à 4 semaines après la naissance et un poids de 7 a 8 kg. Les besoins nutritionnels des porcelets changent. Ils doivent consommer des aliments solides à haute digestibilité, avec des niveaux de protéines ajustés (18 à 20 %) pour réduire le stress post-sevrage. Des acides aminés essentiels comme la méthionine et la lysine restent vital pour une bonne croissance.

La phase de finition, qui commence lorsque les porcs atteignent près de 70 kg, nécessite une alimentation qui optimise la conversion alimentaire et la prise de poids, souvent ciblée à 2,4 à 2,6 kg d'aliment pour 1 kg de gain de poids. Le niveau énergétique des rations augmente à environ 13 à 14 MJ/kg, tandis que la teneur en protéines est réduite à environ 15 à 17 % pour éviter les excès d'azote et les coûts inutiles.

Facteurs Influant sur la Consommation Alimentaire

Plusieurs facteurs peuvent influencer la consommation alimentaire de la truie allaitante, notamment :

  • Température ambiante : Une température ambiante trop élevée peut entraîner un stress thermique et réduire l'appétit de la truie.
  • Rang de portée : Les truies primipares (ayant mis bas pour la première fois) ont souvent une consommation alimentaire inférieure à celle des truies multipares.
  • Génétique : Certaines races de truies peuvent avoir une capacité d'ingestion plus élevée que d'autres.
  • Concentration énergétique de l'aliment : Un aliment trop concentré en énergie peut limiter la consommation.
  • État corporel : Il est essentiel de différencier les grosses reproductrices et les maigres. Il sera plus difficile pour une grosse truie de mettre bas, et il sera plus difficile pour l'éleveur de l'amener à sa productivité laitière maximale. C'est pourquoi il est important de contrôler l'état corporel pendant la gestation.

Stratégies pour Optimiser l'Ingestion Alimentaire

Pour optimiser l'ingestion alimentaire de la truie allaitante, plusieurs stratégies peuvent être mises en œuvre :

  • Alimentation fractionnée : Distribuer l'alimentation en plusieurs petits repas tout au long de la journée, plutôt qu'en un seul gros repas. Un maximum de 2-2,5 kg par repas serait idéal. Par temps chaud, il serait intéressant de donner les repas tôt et tard pour que les truies ne soient pas trop gênées par la chaleur.
  • Alimentation de qualité : Utiliser des aliments de haute qualité, appétissants et facilement digestibles. On sait que près de 80 % des besoins énergétiques pour l'entretien en fin de gestation sont perdus sous forme de chaleur et seulement 20 % vont aux fœtus et aux tissus comme énergie d'entretien, mais il faut se rappeler que les besoins sont constitués sur la base du poids métabolique et nous avons des truies avec des variations allant jusqu'à 100 kilos de poids vif. Les besoins azotés pour l'entretien pendant cette période ne sont pas non plus bien connus. Régimes avec des protéines et des acides aminés hautement digestibles.
  • Gestion de l'environnement : Assurer un environnement confortable et propre, avec une température ambiante appropriée et un accès facile à l'eau fraîche. La truie gestante commence à avoir froid à moins de 18 °C lorsqu’elle est logée en stalle individuelle, ou à moins de 12°C lorsqu’elle est en groupes. Une truie en position debout dépense deux fois plus d’énergie que lorsqu’elle est couchée.
  • Accès à l'eau : L'accès à l'eau est un élément crucial pour la production laitière. Une truie qui ne boit pas suffisamment ne mangera pas non plus comme il faut. L'abreuvement correspond à 93,6 % de la consommation d'eau d'un élevage. Les consommations d'eau par jour sont : De 15 à 20 litres par jour pour les truies gestantes, De 20 à 35 litres par jour pour les truies allaitantes. Apporter de l’eau aux porcs de plus de deux semaines en permanence est une obligation réglementaire, quel que soit le mode d’alimentation. Le débit de l'abreuvoir est important, plus en été, afin que la truie puisse boire beaucoup d'eau sans avoir beaucoup de travail pour appuyer sur l'abreuvoir.

Impact de l'Alimentation sur la Production et la Santé

L'alimentation influence directement les taux de croissance, la conversion alimentaire et la qualité de la viande. Des études montrent qu'un régime bien équilibré peut améliorer la croissance journalière de 15 à 20 % et réduire le temps nécessaire pour atteindre le poids de marché de 10 à 15 jours. Une alimentation riche en acides aminés essentiels et en énergie permet d'optimiser le rendement de viande maigre, augmentant ainsi la rentabilité.

Un apport adéquat en nutriments essentiels, tels que les protéines, les acides aminés, les vitamines et les minéraux, est indispensable pour une croissance optimale. Un régime équilibré favorise une meilleure synthèse des protéines musculaires, ce qui se traduit par une croissance journalière plus importante de 15 à 20% selon les études.

La conversion alimentaire représente l'efficacité avec laquelle les animaux convertissent la nourriture en gain de poids. Un régime riche en nutriments digestibles et appétissants encourage une meilleure absorption des nutriments, réduisant ainsi la quantité de nourriture gaspillée.

L'alimentation joue un rôle important dans la composition et les caractéristiques de la viande. Un régime riche en acides aminés essentiels favorise le développement des muscles maigres, ce qui se traduit par une viande plus tendre et plus savoureuse.

Réduction des Coûts d'Alimentation

Pour réduire les coûts, les producteurs peuvent utiliser des ingrédients locaux ou des sous-produits de l'industrie agroalimentaire. L'incorporation de coproduits, tels que les drêches de distillerie, peut réduire les coûts sans compromettre la qualité nutritionnelle.

Importance du Suivi et de l'Adaptation

Il est important de surveiller régulièrement l'état corporel des truies, leur consommation alimentaire et la croissance des porcelets. En fonction des observations, il peut être nécessaire d'ajuster le plan d'alimentation pour répondre aux besoins spécifiques de chaque truie et de sa portée.

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