Introduction
Le diabète gestationnel (DG), défini comme un trouble de la tolérance glucidique conduisant à une hyperglycémie de sévérité variable, débutant ou diagnostiqué pour la première fois pendant la grossesse, concerne près d’une grossesse sur dix. En France, en 2012, cela représentait environ 80 000 femmes. Cette condition, bien que temporaire, a un impact significatif sur la santé de la mère et de l'enfant. Il est crucial de le différencier d'une grossesse se déroulant dans le contexte d'un diabète de type 1 ou de type 2 préexistant chez la mère.
Dépistage et Diagnostic du Diabète Gestationnel
Quand et comment dépister ?
Le dépistage du diabète gestationnel est essentiel chez les femmes présentant un risque accru de développer cette affection. En France, depuis 2010, le dépistage se concentre en priorité sur les femmes présentant des facteurs de risques. Lors des consultations mensuelles de suivi de la grossesse, une recherche de sucre dans les urines est prévue pour toutes les femmes. Si du sucre est présent dans les urines, ou lorsque la femme présente des facteurs de risques, un dépistage du diabète gestationnel est lancé. Pour les femmes qui présentent un de ces facteurs de risque, un premier test de glycémie à jeun au premier trimestre (idéalement avant la conception, dès l’intention d’avoir un enfant) est recommandé pour détecter un diabète de type 2 antérieur à la grossesse et passé inaperçu jusqu’ici. Puis, en laboratoire d’analyses médicales une glycémie à jeun est réalisée, puis un second test appelé HGPO (hyperglycémie provoquée par voir orale) à 75 g de glucose sont réalisés, entre la 24 e et la 28 e semaine d’aménorrhée (absence des règles), période où la détection du diabète gestationnel est la plus propice. Des contrôles de la glycémie sont effectués à intervalle régulier.
Facteurs de risque
Plusieurs facteurs de risque ont été identifiés, notamment :
- L’âge de la mère au moment de sa grossesse : On constate en effet une plus forte incidence chez les mères âgées de 35 ans et plus lors de leur grossesse.
- Le poids de la femme avant sa grossesse : On constate que les femmes ayant un IMC de plus de 25, valeur à laquelle commence le surpoids, ont plus de risques de développer un diabète gestationnel.
- La préexistence de personnes atteintes de diabète dans la famille de la femme enceinte : Si une personne a développé un diabète de type 2 dans la famille proche de la femme enceinte, elle a également plus de risques de déclencher un diabète gestationnel.
- Le développement d’un diabète gestationnel lors d’une précédente grossesse : Les femmes ayant déjà développé un diabète gestationnel lors d’une précédente grossesse ont un risque élevé de déclencher le même type de diabète lors des grossesses suivantes.
- La naissance d’un bébé de 4 kilos ou plus : Enfin, les femmes ayant donné naissance à un enfant de 4 kilos ou plus ont également plus de risques de développer un diabète gestationnel lors d’une grossesse ultérieure.
Si la femme enceinte ne présente pas au moins un de ces facteurs de risques, on recherchera un diabète gestationnel seulement en cas d’hydramnios, qui désigne une quantité trop importante de liquide amniotique, ou de biométries fœtales (mesures de la dimension du fœtus) supérieures ou égales au 97e percentile.
Hyperglycémie Provoquée par Voie Orale (HGPO)
Le diagnostic repose sur un examen complémentaire appelé « hyperglycémie provoquée par voie orale » (HGPO). Une seule valeur de glycémie au-delà des seuils définis (0,92 g/L à jeun ; ou 1,80 g/L 1h après la charge orale en glucose ; ou 1,53 g/L 2 h après) suffit à diagnostiquer un diabète gestationnel. Il est à noter que la notion d’intolérance au sucre n’existe plus : on a soit une glycémie « normale », soit un diabète gestationnel .
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Complications Potentielles du Diabète Gestationnel
Le traitement du diabète gestationnel revêt une très grande importance car il aide à réduire les risques de complications, aussi bien pour la maman au cours de la grossesse, pendant et après l’accouchement (risque accru de césarienne, d’hypertension artérielle ou bien encore un diabète de type 2) que pour le bébé à la naissance et au cours de sa vie (macrosomie avec un poids de naissance de plus de 4 kg, diabète de type 2, etc).
Risques Maternels
- Pré-éclampsie: La complication la plus grave est la survenue d’une pré-éclampsie (ou toxémie gravidique). Il s’agit d’un dysfonctionnement du placenta qui associe une hypertension artérielle, une prise de poids, des œdèmes et la présence de protéines dans les urines.
- Accouchement par césarienne.
- Accouchement prématuré.
- Risque de développer un diabète de type 2 après la grossesse : Une mère ayant développé un diabète gestationnel a en effet 7 fois plus de risques de développer un diabète de type 2.
- Risque accru de maladies cardiovasculaires.
Risques Fœtaux et Néonataux
- Macrosomie: Le glucose en excès chez la mère est transmis au fœtus en surplus. Cette réserve calorique excédentaire est stockée dans les organes de l’enfant. La macrosomie, qui désigne un poids à la naissance supérieur à 4 kg, peut entraîner un accouchement difficile.
- Détresse respiratoire.
- Dystocie des épaules : L’épaule du fœtus se loge contre l’os pubien ou le sacrum de la mère, le bloque dans le canal vaginal.
- Hypoglycémie néonatale.
- Risque de développer plus tard un diabète de type 2.
Prise en Charge et Traitement du Diabète Gestationnel
Les clefs d'un traitement réussi s'appuient sur un dispositif qui comprend : • La motivation de la femme enceinte ; • Son autosurveillance glycémique régulière ; • Des mesures hygiéno-diététiques ; • Le suivi de l’évolution de la grossesse et du diabète gestationnel par un professionnel de santé.
Autosurveillance Glycémique (ASG)
L’autosurveillance glycémique (ASG) permet de surveiller les patientes et d’indiquer l’insulinothérapie. L’ASG est prescrite entre 4 et 6 fois par jour, au moins une fois à jeun et deux heures après les repas selon le traitement - diététique ou insuline - et l’équilibre obtenu. Vos glycémies doivent se rapprocher des seuils conseillés, soit inférieures à 0.95 g/l à jeun, entre 1.30 et 1.40 g/l environ 1h après les repas, et inférieures à 1.20, 2h après les repas.
Diététique et Activité Physique
La diététique est une étape fondamentale pour la prévention et la prise en charge du diabète gestationnel. Le traitement du DG repose avant tout sur l'adoption de règles hygiénio-diététiques afin de maintenir un bon équilibre de la glycémie. Ainsi, pour chaque repas, la quantité de glucides doit être contrôlée et adaptée à vos besoins. Ces derniers sont déterminés en collaboration avec l’équipe médicale en fonction de votre IMC, de vos habitudes alimentaires, et du poids pris pendant votre grossesse. La recommandation d’apport énergétique est de 25 - 35 kcal/kg/j. Les glucides devraient représenter 40 à 50% de l’apport calorique total et les glucides à index glycémique bas ainsi que les fibres pourraient avoir un intérêt pour le contrôle du diabète gestationnel. En parallèle d’une alimentation saine, et, sauf contre-indications, la pratique d’une activité physique au cours de la grossesse est vivement conseillée. Celle-ci vous aidera à réguler votre glycémie. Choisissez une activité physique quotidienne de 30 minutes, à pratiquer 3 à 5 fois par semaine et qui vous procure du plaisir. Il est recommandé de combiner des activités physiques d'endurance, de renforcement musculaire modéré et des exercices d’assouplissement. La marche, la natation ou l'aquagym sont des exemples d’activités physiques conseillées pendant la grossesse.
Insulinothérapie
En cas d’échec des mesures hygiéno-diététiques après 10 jours d’essai, la mise sous insuline devient alors indispensable et les résultats d’analyse sont réévalués en continu tous les 7 à 10 jours afin d’adapter le traitement. L'insuline est réservée aux femmes pour qui les mesures hygiéno-diététiques ne suffisent pas pour atteindre l’équilibre glycémique. Les médicaments antidiabétiques oraux ne sont pas prescrits car leur innocuité pendant la grossesse n'a pas été formellement démontrée. Des injections d’insuline rapide de type “analogues rapides” peuvent être prescrites, de même que des insulines lentes, si nécessaire.
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Suivi de la Grossesse et Accouchement
En cas de diabète gestationnel équilibré et en l’absence d’autres pathologies, le suivi clinique ne sera pas différent des autres grossesses. Dans la majorité des cas et si le diabète est bien équilibré, l’accouchement se passera normalement. En cas de diabète gestationnel mal équilibré, il est recommandé de provoquer l’accouchement à un terme approprié, si possible à partir de 39 SA. Si le diabète est mal équilibré, l’accouchement pourra être provoqué avant le terme.
Prévention et Suivi Post-Grossesse
Les femmes ayant fait un diabète gestationnel ont un risque plus élevé de faire par la suite un diabète de type II. Il est donc crucial d'adopter un mode de vie sain après la grossesse, incluant une alimentation équilibrée et une activité physique régulière, pour minimiser ce risque.
Conclusion
Le diabète gestationnel est une condition qui nécessite une attention particulière et une prise en charge adaptée pour assurer la santé de la mère et de l'enfant. Grâce à un dépistage précoce, une surveillance glycémique rigoureuse, une alimentation saine, une activité physique régulière et, si nécessaire, un traitement par insuline, il est possible de gérer efficacement le diabète gestationnel et de réduire les risques de complications.
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