L'élevage laitier est une activité agricole complexe qui implique une gestion attentive des vaches et de leurs veaux. La traite des vaches, un processus central dans la production laitière, est intimement liée au cycle de vie des vaches et à l'alimentation des veaux. Cet article explore les différentes facettes de la traite des vaches, en mettant en lumière son impact sur la production laitière, la santé des animaux et les pratiques agricoles innovantes.
Rythme et routine de la traite
La traite des vaches est une activité quotidienne qui rythme la vie de l'exploitation agricole. Les vaches sont généralement amenées à la salle de traite deux fois par jour, matin et soir, à des heures régulières. Dans de nombreuses fermes, ces horaires se situent autour de 7h00 et 17h30, et ce, 365 jours par an. Ces horaires peuvent varier en fonction des saisons, avec des traites plus tardives en été pour s'adapter au rythme du soleil.
Les vaches se dirigent du champ ou de l'étable vers la salle de traite, où elles passent par petits groupes. L'agriculteur nettoie chaque trayon pour réduire la présence de bactéries et prévenir les infections. Une fois la traite terminée, les vaches retournent à l'étable.
Le cycle de production laitière
Une vache produit du lait pendant environ 10 mois par an. Les deux mois restants correspondent à une période de tarissement qui précède la naissance du veau. Ce vêlage déclenche la production de lait, initiant un nouveau cycle. La vache ne donne du lait qu'après avoir eu un veau, et elle continue à en produire pendant les 10 mois suivant la naissance du veau.
La salle de traite : un espace dédié à l'hygiène et à l'efficacité
La machine à traire est installée dans une salle spéciale, la salle de traite, dédiée à cette activité. Cette machine extrait le lait de manière hygiénique et indolore, tout en étant très efficace. La traite est un moment privilégié pour l'éleveur, qui peut observer l'état physique de ses animaux et détecter d'éventuelles maladies ou germes. Certaines fermes utilisent des salles de traite mobiles, montées sur tracteur, pour plus de flexibilité.
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L'importance du colostrum et des premiers jours de vie du veau
Après le vêlage, l'éleveur peut traire la vache pour recueillir le colostrum, un lait riche en anticorps essentiels à l'immunité du veau. Sitôt la vache traite, l'éleveur peut drencher le veau pour assurer un bon transfert d'immunité. L'objectif est de distribuer rapidement le bon volume de colostrum avec une concentration élevée d'IgG (immunoglobulines). L'éleveur note le volume trait et la qualité du colostrum pour chaque vache, afin d'assurer un suivi rigoureux.
Traditionnellement, les veaux tètent leurs mères pendant 15 à 21 jours. Cependant, certaines pratiques agricoles innovantes visent à prolonger cette période de tétée ou à utiliser des vaches nourrices pour élever les veaux.
Alternatives à la séparation précoce des veaux : les vaches nourrices
Certains éleveurs choisissent de ne pas séparer les veaux de leurs mères à la naissance et laissent les vaches laitières nourrir leurs veaux pendant toute la durée de production du colostrum. La vache nouvellement vêlée est également traite pendant cette période, car les besoins du veau sont inférieurs à la production de la vache. Si cette période "mère-veau" de 4 à 5 jours se passe bien, mère et veau passent en case collective et rejoignent des nourrices qui chacune élèvent plusieurs veaux.
Valentine Quemin, directrice de l’exploitation du site de Montbrison-Précieux, explique : « Nous faisons adopter les veaux à une vache qui accepte bien les tétés multiples. L’objectif est qu’une nourrice alimente trois veaux ». Les vaches nourrices continuent à être traites une fois par jour si besoin.
Le choix des tatas (vaches nourrices) est important. Il faut qu’elles soient calmes et acceptent plusieurs veaux. Les éleveurs ont remarqué que les veaux élevés avec les tatas ruminent plus rapidement que les autres.
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Impact de la tétée sur la production et la composition du lait
Des études ont montré que la tétée du veau avant et après la traite peut avoir un impact sur la production et la composition du lait. Une étude menée sur des vaches Salers a révélé que la quantité de lait trait n'était pas significativement différente entre les vaches qui tétaient avant la traite et celles qui avaient un contact physique sans tétée. Cependant, le contact à la mamelle sans tétée a permis d'augmenter la quantité de lait trait au détriment du lait bu par le veau, tandis que l'absence de contact physique a réduit la quantité de lait trait au profit du lait bu par le veau.
De plus, le taux butyreux (TB) du lait trait a été d'autant plus faible que le contact mère-veau a été réduit. Certains éleveurs ont également observé une baisse du TB dans le lait des vaches tétées qui passaient aussi à la traite, mais ce taux redevient normal quand il n’y a plus de tétée.
L'analyse des résultats permet de dire que, comparées à un système laitier classique, les différentes options pour laisser les veaux sous la mère impactent la production laitière. Le volume de lait livré est plus faible (environ 6 %), les taux sont modifiés (diminution du TB et augmentation du TP). La croissance des veaux est plus importante avant sevrage sur les lots ayant tété que sur le lot témoin.
Observation et adaptation : la clé d'une gestion réussie
Les éleveurs qui pratiquent la tétée par les veaux avant la traite soulignent l'importance de l'observation et de l'adaptation. Il n’y a pas forcément de recettes toutes faites, il faut le faire comme on le sent. Sur certains veaux ou certaines nourrices, cela ne fonctionne pas comme on le voudrait : une vache qui ne veut pas son veau ou qui ne veut pas être nourrice. Il s’agit bien d’un pilotage très fin, rien n’est écrit à l’avance, il faut ajuster au quotidien.
Valentine Quemin admet qu’il faut être très technique, il faut observer les vaches et les veaux, traire des quartiers si nécessaire. « Par exemple, hier, j’ai observé que le veau de Réplique n’a pas tété Mumu, alors aujourd’hui, j’ai décidé de remettre Réplique ».
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Les avantages perçus de la tétée par les veaux
Les éleveurs qui laissent les veaux téter leurs mères avant la traite rapportent plusieurs avantages :
- Simplicité : Moins de transfert de lait, de lavage de seaux et de tétines.
- Bien-être animal : Les veaux ne sont pas séparés de leurs mères et peuvent exprimer leurs comportements naturels.
- Santé des veaux : Moins de problèmes gastro-intestinaux ou pulmonaires.
- Apprentissage : Les veaux apprennent plus rapidement à pâturer et à ruminer.
- Valorisation du lait : Cette pratique contribue aux attentes des consommateurs pour un lait plus éthique.
Défis et considérations
La pratique de la tétée par les veaux avant la traite peut également présenter des défis :
- Baisse du volume de lait livré : Le volume de lait livré peut être plus faible.
- Modification des taux : Les taux de TB et de TP peuvent être modifiés.
- Veaux plus sauvages : Les veaux peuvent être plus sauvages car ils ne considèrent pas les humains comme des "biberons ambulants".
- Augmentation des cellules dans le lait : Le nombre de cellules dans le lait peut augmenter.
- Dégradation des mamelles : Les mamelles peuvent se dégrader.
- Veaux trop gras : Les veaux peuvent devenir trop gras.
Il est donc essentiel de peser les avantages et les inconvénients de cette pratique et de l'adapter aux spécificités de chaque exploitation.
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