Le développement moteur et postural du nourrisson est un processus complexe, intimement lié à la maturation nerveuse et aux apprentissages issus de l'interaction entre les activités perceptives et cognitives. Le tonus axial, ou la tonicité des muscles du tronc, joue un rôle central dans cette évolution progressive vers la verticalisation et l'acquisition de compétences motrices de plus en plus complexes. Cet article explore en profondeur le développement du tonus axial chez le nourrisson, son influence sur les étapes posturo-motrices, les variations physiologiques et les troubles potentiels, offrant ainsi une vision globale de ce pilier essentiel du développement infantile.
Développement moteur et postural : une interaction complexe
Les progrès moteurs et posturaux chez le nourrisson ne sont pas uniquement le fruit de la maturation nerveuse. Ils résultent également d'apprentissages acquis grâce à l'interaction entre les activités perceptives et cognitives. Le bébé s'exerce en répétant les mêmes gestes, affinant ainsi ses compétences motrices.
L'activité motrice est présente bien avant la naissance, se manifestant par des mouvements fœtaux dès sept semaines de gestation. Ces mouvements, d'abord peu discernables, deviennent rapidement plus distincts, avec des mouvements isolés des membres (9 semaines) ou des yeux (16-23 semaines). Cette activité motrice fœtale remplit deux fonctions majeures :
- Fonction d'adaptation : in utero, elle participe au développement morphologique. Un défaut de mobilité peut entraîner des malformations.
- Fonction de préparation : elle entraîne le fœtus aux mouvements futurs.
Il existe une continuité entre les comportements du fœtus et ceux du nouveau-né. Jusqu'à la fin du 2ème mois environ, les mouvements du nouveau-né sont similaires à ceux produits par le fœtus. Le passage à la vie aérienne les rend simplement un peu moins fluides en raison de l'attraction terrestre.
Les lois du développement posturo-moteur
Dans l'hypothèse maturationniste, le développement moteur se fait à partir d'une structure totale qui s'individualise peu à peu, au fur et à mesure de la différenciation anatomique et de la maturation du système nerveux central.
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Réflexes primaires ou archaïques : les fondations du mouvement
Les réflexes primaires ou archaïques sont des réponses motrices involontaires à des stimuli spécifiques. Ces réflexes, présents dès la naissance, sont essentiels à la survie du nouveau-né et témoignent d'une bonne intégrité neurologique. Ils sont systématiquement évalués lors du test d'APGAR, un examen neurologique réalisé peu après la naissance.
Ces réflexes sont dits archaïques, car certains auteurs les considèrent comme des vestiges de notre passé (le réflexe d'agrippement serait un héritage de l'époque où les petits s'accrochaient au ventre de leur mère). D'autres y voient les premières formes de mouvements organisés, d'où le terme « primaire ».
La plupart des réflexes disparaissent entre 4 et 6 mois, sauf en cas de pathologies neurologiques.
Développement postural : de l'hypotonie axiale à la verticalisation
La posture est définie comme l'ajustement des différentes parties du corps dans l'espace. Au cours de la première année de vie, le développement postural du bébé l'amène progressivement à la position érigée. Cette verticalisation s'effectue par étapes, parallèlement à l'évolution du tonus axial : le bébé maintient d'abord sa tête (4 mois), puis son tronc pour se tenir assis (vers 8 mois) avant de se tenir debout (vers 10 mois).
Lors de la manœuvre du tiré-assis (le bébé allongé est amené en position assise en tractant ses bras), sa tête est maintenue dans l'axe du tronc vers 2 mois et demi, mais il faut attendre 4-5 mois pour qu'il puisse la relever.
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Le contrôle postural dépend de la maturation du tonus musculaire, très variable d'un enfant à l'autre.
Le nouveau-né se caractérise par une hypotonie axiale (muscles du tronc) et une hypertonie des membres inférieurs et supérieurs. Sa tête est ballante, son dos est recourbé et peu tonique, tandis que ses bras et ses jambes sont fléchis et très toniques.
Au cours des premiers mois, il se produit une inversion de l'état tonique néonatal : l'hypertonicité s'affaiblit au niveau des membres et se renforce au niveau de l'axe du corps. Les centres supérieurs du cerveau prennent le relais dans le contrôle de la motricité.
Pour tenir assis ou debout, le bébé doit apprendre à contrôler son équilibre. Trois sources d'information sensorielles contribuent à la maîtrise de cet équilibre : la vision, le système vestibulaire et le système proprioceptif.
Maintien de la tête
C'est la première habilité posturale à se mettre en place. La tête est maintenue dans l'axe du corps à partir de 3 mois.
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Station assise
Le contrôle postural s'étend progressivement aux membres supérieurs et au tronc.
- 3 mois : tient assis, dos rond, à condition qu'un adulte le place dans cette position et qu'il ait le dos calé contre un support
- 5-6 mois : tient assis, dos droit, buste penché vers l'avant. Pour ne pas tomber, il tend ses bras vers l'avant (trépied).
- 7-8 mois : vraie station assise
- 9-10 mois : passe de la station couchée à assise
Cette nouvelle posture permet au bébé de libérer ses mains qui vont pouvoir pleinement se consacrer au transport des objets, à leur manipulation et leur exploration.
Station debout
La force musculaire s'étend progressivement jusqu'aux membres inférieurs.
- 6 mois : tient en position verticale lorsqu'il est maintenu par un adulte
- 8 mois : mouvements répétés de flexion-extension des jambes
- 9 mois : tient seul debout en s'accrochant à un support à l'aide de ses deux mains (corps penché vers l'avant, fesses en arrière).
- 10-12 mois : tient debout sans soutien (bras écartés servant de balancier). Dans cette station debout, il présente une lordose lombaire et un genu valgum avec pieds plats qui peuvent persister jusqu'à 6 ou 7 ans.
Locomotion : l'exploration active du monde
Différents modes de déplacement sont observés pendant la première année de vie :
- La reptation : vers l'âge de 6 mois, le bébé se tracte à la force de ses bras tandis que ses jambes restent collées au sol.
- Marche quadrupédique (4 pattes !) : à partir de 8 mois ; membres inférieurs et supérieurs travaillent de concert dans des mouvements synchronisés ; l'abdomen est soulevé du sol.
- Certains enfants se déplacent sur les mains et le postérieur, une fois la station assise maîtrisée.
Chaque nouveau mode de locomotion entraîne des réorganisations importantes dans les systèmes perceptifs et cognitifs. En devenant autonome, l'enfant part à la conquête d'un monde nouveau : celui des objets éloignés ! C'est le début de l'exploration active.
Préhension et motricité fine : l'exploration tactile
La préhension va permettre l'exploration des objets. Cette activité se perfectionne rapidement à partir de la mise en place vers 4-5 mois de la coordination entre l'œil et la main.
Un nouveau-né en condition de « motricité libérée » (la nuque maintenue, on évite le réflexe de Moro) est capable de diriger ses bras vers des objets proches de ses mains ou de ses yeux. Mais ce n'est qu'avec la mise en place de la coordination vision-préhension que le geste devient intentionnel et sous contrôle visuel.
Une fois acquis les mécanismes de base (le tonus axial, la locomotion et la préhension), la deuxième étape est une diversification et un perfectionnement de ceux-ci. Durant cette phase qui se déroule de 18-24 mois à 7 ans, l'enfant améliore précision et vitesse d'exécution, affine sa motricité et intègre la dimension spatiale de nouveaux mouvements, augmente son adaptation à des situations variées et combine ses différents éléments.
Comprendre l'hypertonie et l'hypotonie chez le nourrisson
Le tonus musculaire est la légère contraction réflexe continue des muscles lorsque Bébé est au repos. C'est un état de base de ses muscles, une tension constante qui permet de créer et maintenir la structure de son corps et lui permet de bouger. On distingue deux types de tonus :
- Le tonus de fond ou de base : Il permet de maintenir le corps dans une position. Son principal rôle est de lutter contre la gravité afin de maintenir la posture.
- Le tonus d’action ou dynamique : Il s’agit du tonus du muscle directement ou indirectement nécessaire pour pouvoir réaliser le mouvement.
Ainsi le tonus variera d'une faible tonicité (hypotonie) à une forte tonicité (hypertonie).
Qu'est-ce que l'hypertonie chez Bébé ?
L'hypertonie se manifeste lorsque le tonus musculaire de Bébé est augmenté, ses muscles sont plus tendus et ont une contraction de base plus importante. L’hypertonie rend les réflexes du bébé plus prononcés. En conséquence, vu de l’extérieur, ton bébé bouge plus, il paraît plus actif. Cela est notamment dû au réflexe myotatique exagéré.
Qu'est-ce que l'hypotonie chez les bébés ?
À l’inverse, lorsque le tonus musculaire de Bébé diminue, on parle d’hypotonie. C'est-à-dire que la tension musculaire de base du muscle est réduite. Le corps du bébé paraît alors plus "mou". Son corps semble avoir moins de structure, ce qui peut rendre ses mouvements plus compliqués. Il peut apparaître, ainsi, plus passif.
Facteurs influençant le tonus
Le tonus du bébé est influencé par plusieurs facteurs, tant internes qu'externes :
- La corne spinale (centre du réflexe myotatique au niveau des vertèbres)
- Le développement du contrôle volontaire du mouvement (aura plutôt un rôle inhibiteur)
- Les systèmes de contrôle des mouvements involontaire (peut être inhibiteur comme excitateur)
- L'hypothalamus (rôle inhibiteur)
- L'état émotionnel (selon l’état de l’enfant, inhibiteur ou excitateur)
- L’état relationnel (selon ses besoins, inhibiteur ou excitateur)
- Les flux sensoriels (ce qui est agréable inhibiteur, ce qui est désagréable excitateur)
Chacun de ces facteurs peut avoir un effet d’augmentation ou de diminution du tonus. Et la somme de ces informations donnera le tonus de ton enfant.
Évolution du tonus chez le nouveau-né
La maturation du système nerveux joue un rôle essentiel dans l'évolution du tonus. Cette maturation ne se réalise pas nécessairement à la même vitesse selon les structures et selon les enfants.
Chez la plupart des enfants, on observe différentes phases durant lesquelles sa tonicité évoluera selon son développement :
- Le fœtus est, pendant les six premiers mois de grossesse, en hypotonie globale et en position d’enroulement dans l’utérus.
- À la naissance, le nouveau-né a une hypotonie du tronc et du cou, mais une légère hypertonie des fléchisseurs dans les bras et les jambes. Ce qui explique la position de Bébé recroquevillé sur lui-même avec les membres fléchis. Cas particulier du prématuré qui a plus d'hypertonie, en raison du manque de maturité de son système nerveux.
- Va suivre une phase où le tout-petit navigue entre l'hypertonie et l'hypotonie, avant de trouver un équilibre tonique vers 8-10 mois.
Facteurs impactant le tonus du nouveau-né
De manière générale, ce qui est agréable pour Bébé entraînera une diminution du tonus, et ce qui est désagréable, l’augmentation du tonus. Ainsi, les mouvements brusques, les sons secs ou trop forts, les odeurs désagréables… augmenteront le tonus. L’état émotionnel du Bébé influence le tonus. S’il est stressé ou apeuré, le tonus augmente. Si ses besoins relationnels sont comblés, il aura une diminution du tonus. L’état de vigilance du nouveau-né, c’est-à-dire plutôt vers l’endormissement (hypotonie) ou plus en phase d’éveil (hypertonie).
Au vu du rôle prépondérant du tonus comme outil de communication, les psychomotricien·nes distinguent hypertonie d’appel et hypotonie de satisfaction. L’intégration des réflexes (eux aussi soumis à la maturation du système nerveux) joue sur l’augmentation du tonus, de moins en moins présent au cours du développement.
Reconnaître une phase hypertonique
Plusieurs signes peuvent indiquer une phase hypertonique chez l'enfant :
- Bébé agité, qui bouge beaucoup avec des mouvements répétitifs mal maîtrisés.
- Difficulté à lui fléchir les bras ou les jambes en raison de la résistance accrue de ses muscles.
- Lorsque Bébé est mis sur ses pieds, il tend les jambes comme "pour tenir debout".
- Lorsque ton enfant est sur le ventre, il lève la tête et les jambes, ou, sur le dos il amène sa tête en arrière.
- La main est fermée autour du pouce.
- Difficultés pour se détendre.
Conséquences de l'hypertonie sur la motricité
Les phases d’hypertonie sont intéressantes pour Bébé, car cela lui permet de travailler sa motricité, de ressentir des mouvements qu’il n’aurait pas découverts autrement et de renforcer sa musculature. Toutefois, une hypertonie trop importante peut gêner sa motricité, complexifier la réalisation de certains mouvements, comme les retournements, les ramper et entraîner un décalage entre le souhait et la précision du mouvement.
Que faire dans les phases d'hypertonie ?
Il n'y a pas de solution miracle, car une grande partie est en lien avec la maturation du système nerveux. Toutefois, des actions peuvent aider à réduire la tonicité de ton bébé. L'objectif est de l’aider à comprendre comment calmer ses tensions pour améliorer le contrôle de sa motricité.
Voici quelques suggestions :
- Proposer des stimulations douces et englobantes
- Faire des massages à visée relaxante
- Proposer régulièrement de l’enroulement
- Observer et modifier les flux sensoriels qui augmentent le tonus (lumière ou musique trop forte, odeurs prononcées, température trop élevée…) : tu peux les remplacer par des musiques douces ou bruit blanc, aérer quotidiennement la pièce de vie, surtout si tu viens de cuisiner.
- Observer son état émotionnel et répondre à ses besoins de base (faim, change, stress, peur …).
Reconnaître une phase hypotonique
Les traits caractéristiques d’une phase d’hypotonie du bébé :
- Bébé peut sembler mou, ses mouvements sont plus lents,
- Il est moins expressif du visage,
- Il peut avoir du mal à pratiquer sa motricité de manière visible.
Conséquences de l'hypotonie chez Bébé
En cas d'hypotonie, les mouvements sont plus durs à réaliser, ce qui peut entraîner un décalage dans les apprentissages moteur.
Comment stimuler un bébé hypotonique ?
Pour stimuler un bébé en phase d'hypotonie, il est recommandé de favoriser les mouvements volontaires. Pour cela, tu peux :
- Utiliser des appuis désagréables l’incitant plus à bouger,
- Privilégier la comptine dynamique avec du mouvement,
- Des portages en petit bouddha,
- Des massages dynamiques,
- Trouver un objet, une activité qui attire tout particulièrement ton enfant.
Quand s'inquiéter des troubles de la tonicité ?
Les variations du tonus de l’hypotonie à l’hypertonie sont tout à fait normales dans le développement de l’enfant. L'hypertonie et l'hypotonie se révèlent problématiques - voire signe d'une pathologie - lorsque les variations toniques sont "anormales" (c’est-à-dire vraiment extrêmes) et ne sont liées ni au sexe, ni à l’âge, ni à la maturation du système nerveux ou à l’état de vigilance du bébé, et qui viennent entraver considérablement ses activités motrices et posturales ainsi que ses capacités d’expression. La plupart des cas qui engendrent ces troubles sont diagnostiqués ou suspectés avant ou dès la naissance.
Par exemple :
- La trisomie 21 entraînera une hypotonie.
- Les paralysies cérébrales, une hypertonie avec spasticité ou rigidité
- Les pathologies génétiques, de l’hypertonie ou de l’hypotonie.
Seul·e un·e professionnel·le de santé qui suit régulièrement ton enfant pourra faire les liens en recoupant toutes les informations à sa disposition.
Hypotonie axiale et naissance : un rôle adaptatif essentiel
L'hypotonie axiale, caractérisée par une tonicité plus relâchée au niveau des muscles centraux du corps (cou, dos, tronc), permet au bébé d’être plus flexible, facilitant ainsi le passage du bébé dans le canal de naissance. Cette flexibilité aide le corps du bébé à s’adapter aux formes et pressions du canal de naissance pendant le travail. Le fait que le tronc soit plus hypotonique réduit la résistance corporelle globale. Lors du passage à travers le bassin de la mère, un tonus musculaire trop élevé (hypertonie) pourrait créer une rigidité qui rendrait le passage plus difficile. Grâce à cette hypotonie, la colonne vertébrale du bébé est plus souple et moins rigide, ce qui réduit le risque de compressions ou de blessures pendant le passage dans le canal de naissance.
Système tonico-ventilatoire (STV) et développement
Un tonus immature se manifeste par une faiblesse des muscles centraux (tonus axial hypotonique) et une tension excessive des muscles périphériques (mains, pieds). Cette insuffisance de tonus axial compromet également le système tonico ventilatoire (STV), car les muscles axiaux, comme le diaphragme, sont essentiels pour la respiration et le maintien de la posture antigravitaire.
Les systèmes physiologiques, tels que le STV, reposent sur une interaction constante entre structure (anatomie) et fonction (physiologie). Lorsqu’un déséquilibre survient dans l’un de ces aspects, il déclenche des compensations qui peuvent s’auto-entretenir. Les interactions dysfonctionnelles entre respiration et posture illustrent comment un déséquilibre dans le STV peut avoir des répercussions profondes. Ces dysfonctions ne sont pas isolées, mais s’intègrent dans un réseau de compensations corporelles et physiologiques qui amplifient les difficultés.
Observation et détection des difficultés : le rôle des parents et des enseignants
Pour les enseignants et les parents, l'observation est la clé pour comprendre les difficultés de l'enfant. Une posture stable reflète un bon équilibre tonique. Lorsque l’enfant est debout, observer sa posture de face, de profil et de dos peut révéler des signes de déséquilibre ou de mauvaise répartition du tonus musculaire. Une posture stable et alignée signifie que le poids est réparti de manière équilibrée sur les deux pieds, sans pencher d’un côté ou l’autre. La posture assise est très importante pour le travail et les repas. Il est important que l’enfant ait les pieds bien à plat sur le sol, ce qui offre une base stable pour le positionnement du bassin et du dos. Une assise correcte signifie que les hanches sont alignées avec les genoux, et que le dos est droit sans pencher en avant ou en arrière.
Ces observations permettent de détecter précocement des signes de troubles neuromoteurs ou de difficultés dans le STV, qui peuvent indiquer une immaturité neurophysiologique.
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