Les Tétines Noires, groupe culte dont la musique associe punk, batcave, rock, indus, cabaret et délires dadaïstes totalement barrés, sont de retour après plus de vingt ans d'absence. Leur concert parisien a été un événement hallucinant, et leur reformation accompagne la réédition prochaine de leur discographie. Mais au-delà de la musique, l'univers des Tétines Noires est une exploration de thèmes profonds et dérangeants, tels que la mort, le grotesque et l'absurde.
La mort dans le monde antique: un point de départ
« Un mort n’est pas semblable à un vivant, mais par la mort la raison connaît le vivant » écrivait Hippocrate. Dans le monde antique, la mort était omniprésente, en particulier la mortalité infantile. Survivre à sa première année était un défi majeur. Pourtant, les pratiques funéraires liées à la naissance et à la mortalité infantile sont peu documentées dans les sources littéraires. Le monde des mineurs (enfants, femmes, esclaves…) est souvent négligé au profit des hommes adultes, et le traitement funéraire des très jeunes immatures est rarement mentionné.
Certains chercheurs, s'inspirant de l'anthropologie sociale et des travaux d'historiens modernes, ont postulé que la mort des enfants dans la première année entraînait des rituels succincts, plus sommaires que pour les adultes. Cependant, l'étude du mobilier funéraire déposé dans les sépultures de nourrissons et de périnatals peut nuancer ce propos et nous permettre de saisir une partie de l'identité des tout-petits. La pratique du dépôt dans les sépultures, élément déterminant de l'attention portée au défunt, est communément considérée comme un reflet de la personnalité sociale de la personne décédée.
Rituels funéraires et identité des tout-petits
Les tout-petits, ni tout à fait intégrés à la cité, ni encore tout à fait considérés comme individu, ont souvent été présentés par les Anciens comme des êtres mineurs appartenant encore au monde de la nature et donc exclus de la société, voire malfaisants en cas de décès. Cette vision soulève des questions sur le mobilier déposé dans les sépultures de bébés et de nourrissons et sur la position de ces petits êtres au sein des structures familiales, voire dans le cadre plus vaste de la cité.
Si des éléments communs peuvent être constatés au sein du monde grec, les pratiques funéraires ne sont cependant pas uniformes et obéissent à des croyances et à des rituels spécifiques, propres à chaque cité. L'étude de sites de référence répartis dans le monde grec, abritant des nécropoles ayant fait l'objet d'une publication pouvant servir de base à une étude approfondie des traitements funéraires et des fonctionnements spécifiques locaux, permet d'approfondir ces questions.
Lire aussi: Vernon : entre géologie et culture
Dépôts funéraires: témoignages d'attention et de commémoration
Si la pratique du dépôt funéraire est ancienne dans le monde grec, il existe peu de témoignages précis sur son déroulement ou sur ses réelles significations. Le répertoire des lécythes attiques à fond blanc nous suggère toutefois l'existence de cérémonies commémorant les défunts adultes. Sur le décor de certains lécythes, des enfants nus de très petite taille, à genoux sur la base de la stèle ou directement assis dessus, pourraient indiquer l'eidôlon d'un enfant décédé en bas âge. Ces peintures témoignent souvent de pratiques qui ont pu ne laisser aucune trace archéologique, comme le dépôt de bandelettes ou de couronnes végétales. Le dépôt de vases à l'extérieur des sépultures de tout-petits est également attesté sur quelques représentations qui peuvent être corrélées par les sources archéologiques aujourd'hui disponibles.
La présence de vases et autres objets (clous, figurines…) est parfois également attestée à l'extérieur des sépultures d'enfant dont l'âge a pu être compris entre 0 et 1 an. Leur proximité et leur datation indiquent un dépôt funéraire intentionnel lié à des rituels de célébration et de commémoration du défunt. À Corinthe, des sépultures de tout-petits datant du VIIe et du VIe siècles ont été découvertes accompagnées de céramiques déposées à l'extérieur du contenant. Il s'agit pour l'essentiel de vaisselle qui a pu servir après l'inhumation ou lors de visites à la tombe. Ce même type de dépôt a également été retrouvé à Rhodes dans les nécropoles de Camiros, où de nombreuses sépultures d'enfants en bas âge ont été découvertes entourées de mobilier funéraire.
Les découvertes archéologiques, en complétant les apports de l'iconographie, paraissent bien témoigner d'une possible existence de rituels autour des sépultures de nouveau-nés et de nourrissons dès le VIIe siècle. Ainsi, loin de recevoir une attention minimale à cause de leur très jeune âge, les tout petits défunts ont pu faire l'objet sinon de rituels similaires aux adultes, au moins d'un certain soin, voire d'une volonté de les célébrer et de commémorer leur mémoire.
Quantité de mobilier et statut social
Le mobilier découvert à l'intérieur des tombes est généralement utilisé comme indicateur pour déterminer la position sociale et économique que pouvait avoir un individu de son vivant. Pour les nouveau-nés et les nourrissons, il est habituel de penser que leurs tombes sont moins bien pourvues que celles des adultes et des autres enfants, voire ne peuvent qu'être vides d'offrandes. Ce traitement différencié serait lié à l'âge du défunt qui, en mourant trop tôt, n'aurait pas eu le temps d'être reconnu comme membre du premier cercle, la famille.
Mais s'il apparaît effectivement que, dans certaines nécropoles, les périnatals ne recevaient aucun dépôts de mobilier, il ne s'agit pas d'une pratique systématique. Les sites qui ont fait l'objet de fouilles exhaustives présentent ainsi une réalité plus nuancée. L'exemple de la nécropole Nord de Corinthe montre que les sépultures d'enfants en bas âge ne paraissent pas avoir été plus concernées par l'absence de mobilier funéraire que celles des autres individus plus âgés.
Lire aussi: Tétines Tommee Tippee : sont-elles adaptées ?
Mobilier funéraire particulier pour les bébés?
Si la quantité de mobilier déposée dans les sépultures ne paraît pas être uniquement fonction de l'âge au décès du défunt, la qualité du mobilier peut, par contre, servir d'éléments de définition de la personnalité sociale des tout-petits et du statut qu'ils pouvaient occuper au sein de la cité et surtout de leur famille. On peut ainsi s'interroger sur l'existence ou non d'un mobilier funéraire …
Le grotesque et l'absurde: l'esthétique des Tétines Noires
Le groupe Les Tétines Noires pousse cette exploration de la mort et du morbide encore plus loin, en intégrant des éléments grotesques et absurdes à leur esthétique. Leur concert commence à la manière d'un rituel étrange, surréaliste, à la fois drôle et inquiétant : un homme nu, inerte, est porté au milieu de la scène. C'est Made in Eric, le fameux pied de micro, et son rôle est de rester immobile, debout et les yeux fermés pour la durée du concert. Véritable corps-objet, sa performance est telle que si l'incongruité de la chose fait sourire au début, on en vient presque à oublier sa présence pour réellement le considérer comme un accessoire inanimé.
A peine cet "accessoire" placé à côté d'un pupitre recouvert de bougies, de bâtons d'encens et d'une tête de poupée, un groupe de personnes portant toutes le même masque apparaît à son tour, chacun jouant d'un minuscule accordéon, produisant des sons dissonants et étranges. Entre le pied de micro humain, les os et mouches en cartons découpés qui pendent un peu partout et ces accordéons, on est plongés dans un univers à part, imprévisible et loufoque.
"12 Têtes Mortes": un album emblématique
Le début du concert est consacré essentiellement à l'album 12 Têtes Mortes, le dernier du groupe, au son plus dur et industriel. Pour un groupe qui revient après plus de deux décennies d'absence, les musiciens sont particulièrement bien en place et nous emmènent dans leur univers absurde et menaçant. Emmanuel Hubaut capte immédiatement l'attention, avec ses mimiques boudeuses, ses grimaces expressionnistes, ses miaulements, ses rugissements et sa diction si particulière. Sa voix n'a pas pris une ride, et l'ensemble de la troupe déborde d'énergie et semble s'éclater.
La deuxième partie du concert permet de se replonger dans le reste de la discographie du groupe. Les deux rappels en remettent une couche dans la folie, tout d'abord avec Freaks et son "We accept you !" scandé en clin d'oeil à Tod Browning.
Lire aussi: De l'Antiquité à aujourd'hui : l'histoire de la tétine
tags: #tetines #noires #12 #tetes #mortes #signification
